Washington et Pékin en quête du juste équilibre dans leur confrontation sur Taïwan

Washington et Pékin doivent absolument renforcer le dialogue pour trouver le juste équilibre entre «dissuasion et bonne compréhension». (Photo, AFP)
Washington et Pékin doivent absolument renforcer le dialogue pour trouver le juste équilibre entre «dissuasion et bonne compréhension». (Photo, AFP)
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Publié le Mercredi 13 octobre 2021

Washington et Pékin en quête du juste équilibre dans leur confrontation sur Taïwan

  • Les Etats-Unis reconnaissent depuis 1979 la République populaire de Chine, mais le Congrès américain impose parallèlement de fournir des armes à Taïwan pour son autodéfense
  • Le président chinois Xi Jinping semble adresser des messages ambivalents. Malgré les incursions aériennes, il a aussi plaidé samedi pour une «réunification pacifique»

WASHINGTON : Les tensions s'intensifient autour du sort de Taïwan, et placent la Chine et les Etats-Unis face à un choix délicat: jusqu'où peuvent-ils renforcer leur pression sans que la compétition diplomatique ne déraille en conflit entre les deux superpuissances nucléaires.

Les deux premières économies mondiales s'opposent frontalement sur moult dossiers dans un climat de Guerre froide, mais la question taïwanaise est souvent considérée comme la seule susceptible de provoquer une confrontation armée.

Ces derniers jours, l'aviation militaire chinoise a réalisé un nombre record d'incursions près de l'île -- que la Chine communiste considère comme une de ses provinces, menaçant régulièrement de recourir à la force en cas de proclamation formelle d'indépendance.

"C'était pour dire à Taïwan que personne ne peut venir à son secours", estime Oriana Skylar Mastro, chercheuse à l'université californienne de Stanford et au cercle de réflexion American Enterprise Institute.

Un avertissement donc, plutôt que des préparatifs pour une invasion, même si le gouvernement taïwanais redoute que Pékin soit capable de lancer une attaque d'envergure dès 2025.

Outre Washington, des alliés des Etats-Unis ont récemment pris des positions qui agacent les autorités chinoises: le Japon a soutenu Taïwan, notamment dans son intention de rejoindre un bloc commercial régional, et l'Australie a formé une alliance avec les Américains et les Britanniques, surnommée AUKUS, pour mieux contrer la Chine.

Risque de malentendu

Pour Oriana Skylar Mastro, cette dernière veut signifier par ses incursions aériennes que "rien de cela ne va modifier ses calculs stratégiques".

Taïwan a son propre gouvernement depuis 1949 et la victoire des communistes sur la partie continentale de la Chine, qui promettent eux d'obtenir une réunification.

Les Etats-Unis reconnaissent depuis 1979 la République populaire de Chine, mais le Congrès américain impose parallèlement de fournir des armes à Taïwan pour son autodéfense.

Une position d'équilibriste qui a largement préservé la paix. Mais le risque existe qu'un malentendu dégénère en conflit: le chef d'état-major américain, Mark Milley, a récemment reconnu avoir appelé son homologue chinois lors de la fin chaotique du mandat de Donald Trump pour assurer que le président américain n'avait pas l'intention d'attaquer le pays rival.

Jake Sullivan, conseiller pour la sécurité nationale de l'actuel président Joe Biden, a discuté de Taïwan lors d'une réunion la semaine dernière en Suisse avec un des plus hauts diplomates chinois, Yang Jiechi.

Prié ensuite de dire, sur la BBC, si les Etats-Unis étaient prêts à intervenir militairement pour défendre l'île, il a répondu: "nous allons agir maintenant pour tenter de faire en sorte que cela ne soit jamais nécessaire".

Un responsable du Pentagone a ainsi confirmé à l'AFP que des forces spéciales américaines entraînaient discrètement l'armée taïwanaise.

«Zone grise»

Mais l'administration Biden a pour l'instant bloqué une autre mesure symbolique qui permettrait à la mission taïwanaise à Washington de bénéficier de l'appellation plus officielle de Bureau de représentation de Taïwan.

"Vendre des armes est une chose qui mérite de prendre des risques, car cela aide Taïwan à tenir plus longtemps", explique Oriana Skylar Mastro. "Les changements de nom, cela peut servir à montrer que les Etats-Unis sont prêts au bras de fer, mais in fine ça risque surtout de renforcer la détermination chinoise."

Selon Kuo Yujen, analyste politique à l'université nationale Sun Yat-sen de Taïwan, les autorités américaines tentent de montrer à Pékin que ses pressions croissantes sont "contreproductives pour les objectifs de la Chine et la stabilité du détroit de Taïwan".

Or le président chinois Xi Jinping semble adresser des messages ambivalents. Malgré les incursions aériennes, il a aussi plaidé samedi pour une "réunification pacifique".

Craig Singleton, de la Foundation for Defense of Democracies, un cercle de réflexion proche des "faucons" de la politique étrangère américaine, estime que ce discours était, "une fois n'est pas coutume, mesuré et réaliste".

Washington devrait en tenir compte, dit-il, car "cela n'a pas beaucoup de sens de continuer à alimenter la volonté de Taïwan d'acquérir des armes sophistiquées et coûteuses tout en sachant qu'elles pourraient être détruites par l'armée chinoise dès les premières heures d'un éventuel conflit".

Les Etats-Unis feraient mieux de se préparer une hausse des intimidations chinoises à l'égard de l'île et à une "compétition durable" dans une "zone grise" aux confins du conflit militaire classique, recommande-t-il.

Pour Michael Swaine, du Quincy Institute for Responsible Statecraft, qui plaide pour la retenue en diplomatie, Washington et Pékin doivent absolument renforcer le dialogue pour trouver le juste équilibre entre "dissuasion et bonne compréhension".

"Les deux camps doivent reconnaître qu'ils contribuent tous deux à la collision à laquelle nous sommes en train d'assister au ralenti", prévient-il dans une récente note.


La police enquête sur les propos islamophobes d’un passager du métro de Londres

La British Transport Police enquête sur un incident haineux à bord d’un métro de la District Line entre les stations Mile End et Monument. (Photo, Reuters)
La British Transport Police enquête sur un incident haineux à bord d’un métro de la District Line entre les stations Mile End et Monument. (Photo, Reuters)
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  • Samedi, un homme récitait des versets du Coran dans le métro lorsqu’un autre passager lui a dit qu’il se trouvait «dans un pays chrétien», lui demander d’interrompre sa lecture
  • L’homme à l’origine des insultes a crié que si les autres usagers ne réagissaient pas, c’est qu’ils avaient peur du «passager musulman»

LONDRES: La police enquête sur une vidéo montrant un homme musulman victime d’insultes islamophobes dans le métro de Londres. 

Samedi, l’homme récitait des versets du Coran lorsqu’un autre passager lui a dit qu’il se trouvait  «dans un pays chrétien» et que ses prières lui manquaient de respect, ainsi qu’aux autres passagers du train. La police a ouvert une enquête sur l’incident après que la vidéo a été diffusée sur Internet. Dans cette vidéo, aucun autre passager n’exprime son mécontentement face aux prières de l’homme. 

«Vous n’allez pas réciter le Coran dans les transports en commun où je suis assis. Vous n’avez même pas eu la décence de me demander si vous pouviez le faire», s’est énervé l’homme. «Je n’ai pas besoin de votre permission», lui a rétorqué le passager musulman. Furieux, l’homme lui  a alors répondu: «Vous avez besoin de ma permission pour envahir mon espace».«Je suis là et vous êtes là-bas», a répondu l’homme musulman au assis en face de lui dans le petit wagon. 

Lorsque l’homme, qui criait, a entendu que personne d’autre dans le train n’avait de problème avec la récitation du Coran, il a répondu que la raison pour laquelle personne d’autre ne lui disait d’arrêter était qu’ils avaient «trop peur» parce qu’il était musulman. Sur les réseaux sociaux, le passager victime de ces propos s’est exprimé. «L’homme en face de moi avait un problème avec le fait que je lise le Coran dans un espace public. Personne ne semblait dérangé, sauf lui, pour être honnête», a-t-il écrit. 

«Je lui ai dit de bouger s’il était tellement gêné ou de se taire, mais il n’a fait ni l’un ni l’autre. Il voulait juste que j’arrête de lire le Coran parce qu’il pense que “nous ne devrions pas être autorisés à lire nos prières dans les transports en commun londoniens”.» 

«Je l’ai ignoré et j’ai continué ma récitation, mais il a fait tout son possible pour me suivre hors du train et se plaindre au personnel du métro», ajoute-t-il. Un porte-parole de la British Transport Police a déclaré à MailOnline que les officiers étaient au courant de cet incident sur la District Line: «Ils enquêtent activement.» 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com 


Omicron : les interdictions générales de voyager ne vont pas empêcher sa propagation

Des avions sont sur la piste de l'aéroport international Newark Liberty le 30 novembre 2021 à Newark, New Jersey. Les États-Unis, et une liste croissante d'autres pays, ont restreint les vols en provenance des pays d'Afrique australe en raison de la détection de la variante COVID-19 Omicron la semaine dernière en Afrique du Sud. (AFP)
Des avions sont sur la piste de l'aéroport international Newark Liberty le 30 novembre 2021 à Newark, New Jersey. Les États-Unis, et une liste croissante d'autres pays, ont restreint les vols en provenance des pays d'Afrique australe en raison de la détection de la variante COVID-19 Omicron la semaine dernière en Afrique du Sud. (AFP)
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  • Ces mesures «peuvent avoir un impact négatif sur les efforts de santé mondiaux pendant une pandémie en dissuadant les pays de signaler et de partager les données épidémiologiques et de séquençage»
  • l'OMS appelle mardi les pays à adopter une approche fondée sur une évaluation des risques lorsqu'ils prennent des mesures, telles que le dépistage des passagers et les quarantaines

GENEVE: Les interdictions générales de voyager ne vont pas empêcher la propagation du nouveau variant Omicron du coronavirus, a averti mardi l'OMS, qui recommande aux plus de 60 ans de reporter leurs voyages.

Dans ses recommandations en matière de voyage, l'Organisation mondiale de la santé explique qu'à la date du 28 novembre "56 pays auraient mis en oeuvre des mesures en matière de voyages visant à essayer de retarder l'importation du nouveau variant".

Mais cette organisation dont le siège est à Genève, dont les recommandations sont loin d'être toujours suivies par ses 194 Etats membres, prévient : "Les interdictions générales de voyager n'empêcheront pas la propagation internationale et elles font peser une lourde charge sur les vies et les moyens de subsistance". 

En outre, souligne-t-elle, ces mesures "peuvent avoir un impact négatif sur les efforts de santé mondiaux pendant une pandémie en dissuadant les pays de signaler et de partager les données épidémiologiques et de séquençage".

Dans ses recommandations à la population, l'OMS exhorte les "personnes qui ne sont pas en bonne santé ou qui risquent de développer une forme grave de la maladie Covid-19 et de mourir, notamment les personnes âgées de 60 ans ou plus et celles qui présentent des comorbidités (par exemple : maladie cardiaque, cancer et diabète), de reporter leur voyage".

Plus généralement, elle appelle tous les voyageurs à "rester vigilants", à se faire vacciner et à suivre les règles sanitaires de santé publique quel que soit leur statut vaccinal, notamment en utilisant des masques de protection, en respectant les mesures de distanciation physique et en évitant les espaces bondés et mal ventilés.

Dimanche dernier, le bureau régional de l'OMS en Afrique avait lancé un appel à ce que "les frontières restent ouvertes", après que l'Afrique du Sud avait demandé la "levée immédiate et urgente" des restrictions de voyage la visant après la détection du nouveau variant Omicron.

Dans son document technique, l'OMS appelle mardi les pays à adopter une approche fondée sur une évaluation des risques lorsqu'ils prennent des mesures, telles que le dépistage des passagers et les quarantaines.

"Toutes les mesures doivent être proportionnelles au risque, limitées dans le temps et doivent être appliquées en respectant la dignité des voyageurs, des droits humains et des libertés fondamentales", écrit l'OMS.

Elle rappelle aussi, comme elle l'avait déjà abondamment fait dans les premiers mois de la pandémie, que "les voyages internationaux essentiels - y compris les voyages humanitaires et d'urgence, les rapatriements et le transport par fret de matériels essentiels - doivent rester prioritaires".


Covid: l'Allemagne sur le chemin de la vaccination obligatoire

Des personnes font la queue devant un centre de vaccination Covid-19 à Francfort-sur-le-Main, dans l'ouest de l'Allemagne, le 30 novembre 2021. (AFP)
Des personnes font la queue devant un centre de vaccination Covid-19 à Francfort-sur-le-Main, dans l'ouest de l'Allemagne, le 30 novembre 2021. (AFP)
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  • L'Allemagne avait jusqu'ici écarté l'option radicale d'imposer la vaccination, retenue par le voisin autrichien
  • La campagne de vaccination a permis à cette date la vaccination complète d'environ 57 millions de personnes (68,5%)

BERLIN: La vaccination obligatoire contre le Covid-19, dont l'Allemagne refusait d'entendre parler il y a quelques mois, va faire l'objet d'une proposition de loi soumise au parlement avant la fin de l'année pour tenter d'enrayer la flambée d'infections, a annoncé mardi le futur chancelier Olaf Scholz.

Par ce revirement spectaculaire, la première économie européenne espère convaincre un maximum de citoyens de faire le choix du vaccin avant que celui-ci ne devienne impératif si les députés le décident.

"Trop de gens ne se sont pas fait vacciner", a déclaré M. Scholz à la chaîne Bild TV. 

Rendre les vaccins obligatoires est justifié "pour nous protéger tous", a-t-il ajouté, précisant qu'il souhaitait que les parlementaires s'emparent du sujet et le soumettent au vote d'ici la fin de l'année pour une entrée en vigueur en février ou mars.

Le prochain chancelier social-démocrate, qui devrait prendre ses fonctions dès la semaine prochaine, s'exprimait à l'issue d'une réunion d'urgence avec la dirigeante sortante Angela Merkel, la future coalition et les chefs des régions pour examiner différentes mesures destinées à combattre la quatrième vague d'infections.

L'Allemagne avait jusqu'ici écarté l'option radicale d'imposer la vaccination, retenue par le voisin autrichien. 

Olaf Scholz s'était également prononcé contre une telle mesure durant sa campagne électorale, dans un pays où les restrictions contre le Covid-19 ont fortement divisé l'opinion publique.

Mardi, il a exprimé son soutien à une telle mesure, a indiqué son entourage à l'AFP.

 - Situation "dramatique" -

Le débat sur cette question est monté en puissance ces dernières semaines alors que le pays est durement frappé par le rebond des contaminations.

A l'issue de la réunion de mardi, "tous s'accordent à dire que la quatrième vague de la pandémie a entraîné une situation extrêmement grave, parfois dramatique au niveau régional, dans notre système de santé, à laquelle l'État fédéral et les Länder vont réagir ensemble et avec détermination", a indiqué dans un communiqué la chancellerie, à quelques jours du départ de Mme Merkel.

La situation sanitaire reste très tendue, avec mardi un taux d'incidence de 452,2 pour 100 000 habitants.

Première priorité, selon la chancellerie: poursuivre la campagne vaccinale.

"D'ici Noël, jusqu'à 30 millions de vaccinations initiales, secondaires et de rappel devraient être possibles", selon la chancellerie, favorable à ce que "le cercle des personnes autorisées à pratiquer la vaccination soit considérablement élargi".

L'obligation vaccinale a été récemment décidée pour les personnels des maisons de retraite et hôpitaux, de même que les soldats de la Bundeswehr, et devrait bientôt entrer en vigueur.

Le camp conservateur CDU/CSU de la chancelière sortante Angela Merkel, qui s'apprête à passer dans l'opposition, soutient désormais la vaccination obligatoire.

Et selon le quotidien Welt, une large majorité des députés écologistes, qui vont gouverner avec les sociaux-démocrates, y sont également favorables.

 - Patchwork -

La campagne de vaccination a permis à cette date la vaccination complète d'environ 57 millions de personnes (68,5%).

La vaccination obligatoire, longtemps rejetée par une majorité d'Allemands, est désormais réclamée par près de deux tiers d'entre eux (64%), selon un récent sondage des médias RTL et ntv.

D'autres mesures devraient être discutées jeudi, dont "l'introduction d'importantes restrictions de contact, surtout pour les personnes non vaccinées, y compris lors de réunions privées" ou "l'extension des règles 2G (vacciné ou guéri, ndlr) au commerce de détail" et des "restrictions lors de grands événements".

"Ce qui doit se passer est absolument clair: les contacts doivent être réduits", a résumé le prochain vice-chancelier, l'écologiste Robert Habeck.

Plusieurs régions allemandes durement touchées ont déjà annulé les marchés de Noël et interdit aux personnes non vaccinées l'accès aux espaces publics tels que les salles de sport et les centres de loisirs. 

De nombreux responsables estiment toutefois que le patchwork de règles est source de confusion et souhaitent uniformiser les restrictions au niveau national.

La Cour constitutionnelle allemande a conforté mardi ces appels à un nouveau tour de vis en jugeant légales les restrictions radicales imposées au début de la pandémie pour endiguer les infections, notamment les couvre-feux, les fermetures d'écoles et les limitations de sortie.