Moins de produit, même prix: la «shrinkflation», faire payer plus cher, discrètement

En septembre, le géant agroalimentaire General Mills (Cheerios notamment) avait évoqué la flambée des coûts, des matières mais aussi de la main-d'œuvre, pour justifier des hausses de prix classiques. (AFP)
En septembre, le géant agroalimentaire General Mills (Cheerios notamment) avait évoqué la flambée des coûts, des matières mais aussi de la main-d'œuvre, pour justifier des hausses de prix classiques. (AFP)
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Publié le Dimanche 17 octobre 2021

Moins de produit, même prix: la «shrinkflation», faire payer plus cher, discrètement

  • «C'est plus insidieux parce que diminuer la taille, c'est moins voyant qu'une hausse de prix»
  • Un professeur de marketing relève qu'une fois passée la période inflationniste, «il n'y a aucune incitation» pour les marques à rendre aux produits leur taille originelle

NEW YORK: Moins de chips ou de céréales qu'avant dans le paquet ? Vous ne rêvez pas, la "shrinkflation" rétrécit bien les articles de nos supermarchés, un moyen traditionnel pour l'agroalimentaire de masquer des hausses de prix, qui revient en vogue avec la poussée inflationniste post-pandémie.


Grand prêtre du phénomène, qu'il suit depuis un quart de siècle, Edgar Dworsky dit avoir recensé des douzaines de produits dont le format a diminué ces derniers mois, des rouleaux de papier toilette Charmin aux paquets de céréales Cheerios, en passant par la pâtée pour chat Royal Canin. Le prix, lui, reste identique.


En septembre, le géant agroalimentaire General Mills (Cheerios notamment) avait évoqué la flambée des coûts, des matières mais aussi de la main-d'œuvre, pour justifier des hausses de prix classiques, mais aussi de la PPA (price pack architecture), un terme technique qui signifie l'ajustement des quantités, ou "shrinkflation".


Mais s'il y a 20 ans, seuls les consommateurs qui avaient l'œil "se plaignaient dans leur coin", aujourd'hui, avec internet, "c'est public", souligne Edgar Dworsky. Sur le réseau social Reddit, un groupe "Shrinkflation" compte ainsi 14 500 membres, qui partagent leurs découvertes, davantage sur le mode ludique que revendicatif.


"C'est plus insidieux parce que diminuer la taille, c'est moins voyant qu'une hausse de prix", explique à l'AFP Jonathan Khoo, concepteur de logiciel en Oregon. "C'est le délai entre l'achat et le moment où vous vous rendez compte que vous vous êtes fait avoir qui rend la manœuvre pire" qu'une hausse de prix.


Ce sentiment d'arnaque "vient du fait que la plupart des consommateurs ont confusément l'idée que les quantités sont normées, réglementées", ce qui n'est pas le cas, à de rares exceptions près, comme pour l'alcool, explique Pierre Chandon, professeur de marketing à l'Insead. "Comme on fait l'hypothèse que le poids est fixe, on ne le regarde pas".

«Mauvais acheteurs»
"Pour moi, c'est clairement un problème", affirme Jonathan Khoo, "mais j'ai aussi l'impression qu'en tant que consommateurs, on n'est pas entendus, (...) qu'il n'y a rien à faire."


"Les entreprises font ça parce que les consommateurs ont un prix en tête pour tel ou tel article, basé sur des années d'expérience", fait valoir Brian Johnson, analyste de données de 52 ans.


Cet autre résident de l'Oregon a tiqué en constatant que les pots de glace Tillamook, une marque locale à la mode, étaient passés de 1,65 litre à 1,42.


"Ils ne font pas ça à la légère", explique Edgar Dworsky. "Ils ont intégré les coûts (du re-calibrage) et s'ils ont 0,5% des consommateurs qui se plaignent, ils leur envoient des bons d'achat pour qu'ils continuent à acheter" l'article concerné.


Il n'existe ainsi aucun exemple d'un produit dont les consommateurs se seraient détournés en nombre après une réduction de sa taille. Les membres du groupe dédié sur Reddit n'appellent d'ailleurs quasiment jamais au boycott d'une marque.


"Peut-être qu'on a appris que c'est habituel et que si on se fait avoir, c'est parce qu'on a été de mauvais acheteurs, quelque part", propose Pierre Chandon.


Outre le prix, Brian Johnson se désole aussi du "gâchis d'emballage" exacerbé par la "shrinkflation". "Si ça continue à leur faire gagner de l'argent, ils le feront", dit-il, dépité.


Professeur de marketing à l'université de Central Florida, Anand Krishnamoorthy relève aussi qu'une fois passée la période inflationniste, "il n'y a aucune incitation" pour les marques à rendre aux produits leur taille originelle. Le changement devient donc, dans les faits, définitif.


Il met cependant en garde contre une stigmatisation de l'agroalimentaire, car pour lui, les exemples se retrouvent dans bien d'autres secteurs. En témoigne le développement des appartements de petites surfaces, des modèles de voitures compactes ou l'aménagement des avions de ligne pour contenir plus de passagers qu'avant au mètre carré.


Pierre Chandon voit dans ce mouvement un avantage, celui de la santé. "On sait que plus il y en a, plus on en mange", dit-il, or avec la "shrinkflation", après des décennies d'explosion des quantités, "on est en train de revenir vers ce qui était des portions normales il n'y a pas si longtemps."


Le pétrole accentue sa flambée après de nouvelles frappes en Iran

L'armée américaine a mené une troisième nuit consécutive de frappes contre l'Iran lundi, tandis que le président américain Donald Trump a rétabli un blocus du transport maritime iranien et proposé d'imposer une redevance de 20 % pour assurer la protection du détroit d'Ormuz. (Shutterstock)
L'armée américaine a mené une troisième nuit consécutive de frappes contre l'Iran lundi, tandis que le président américain Donald Trump a rétabli un blocus du transport maritime iranien et proposé d'imposer une redevance de 20 % pour assurer la protection du détroit d'Ormuz. (Shutterstock)
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  • Le pétrole bondit après de nouvelles frappes en Iran et l'annonce du retour du blocus des ports iraniens
  • Les tensions autour d'Ormuz renforcent les craintes pour l'approvisionnement mondial

LONDRES: Les cours du pétrole accélèrent mardi leur ascension, après de nouvelles frappes en Iran, à quelques heures du rétablissement du blocus naval des ports iraniens annoncé par Donald Trump, qui a aussi dit vouloir de mettre en place un péage sur le détroit d'Ormuz.

En pleine escalade militaire entre Téhéran et Washington, les autorités locales ont rapporté de nouveaux bombardements américains sur la ville portuaire de Bouchehr, où se trouve la seule centrale nucléaire d'Iran, et au sud-ouest du pays, dans une zone pétrolifère proche de l'Irak et du Koweït.

Peu après avoir brièvement pris plus de 5%, le prix du baril de Brent de la mer du Nord, pour livraison en septembre, montait de 4,93% à 87,41 dollars vers 10H55 GMT (12H55 à Paris). Celui de son équivalent américain, le West Texas Intermediate (WTI), pour livraison en août, progressait de 3,75% à 81,07 dollars.

Les deux références du brut ont atteint mardi des prix inédits depuis mi-juin, après s'être envolées jusqu'à plus de 10% la veille.

Le président américain a annoncé lundi sur Truth Social que les Etats-Unis prendraient le contrôle du détroit d'Ormuz, avec la mise en place d'un nouveau blocus des ports iraniens, qui doit entrer en vigueur mardi à 20H00 GMT, selon l'armée américaine.

"La perte de pétrole brut iranien, qui a représenté en moyenne 2% de la demande mondiale depuis la signature du protocole d'accord" entre Washington et Téhéran le 17 juin - qui s'était traduit par la levée du précédent blocus - "se fera sentir sur les marchés mondiaux", note Vivek Dhar, de CBA.

L'analyste estime qu'environ 40 à 50% du pétrole ayant quitté le détroit d'Ormuz depuis le 18 juin est attribuable à l'Iran, contre une part de 10 à 15% avant la guerre.

"La véritable inconnue est la réaction de l'offre non iranienne" selon lui, car la République islamique "est désormais fortement incitée à rétablir son propre blocus".

Tout comme Téhéran souhaite instaurer un péage pour traverser Ormuz, Donald Trump a aussi dit vouloir percevoir en échange de la protection du détroit "une rémunération correspondant à 20% de la valeur des cargaisons", contraire au droit international censé garantir la liberté de navigation.

Pour l'association d'armateurs Bimco, "le surcoût qui en résulterait constituerait un frein supplémentaire au transit" via Ormuz.

"Un tournant extraordinaire des événements est en train de se jouer au Moyen-Orient", résume John Evans, de PVM Energy, qui constate que "cette dégradation de la diplomatie et cette accélération des échanges de tirs ont pris le marché quelque peu de court".

Mais Donald Trump tout de même estimé, devant la presse à la Maison Blanche, qu'un accord avec l'Iran était encore "possible", les consultations avec les médiateurs se poursuivant selon la diplomatie iranienne.


Le pétrole bondit après les déclarations Trump sur la fin du cessez-le-feu avec l'Iran

Les contrats à terme sur le Brent ont progressé de 3,82 dollars, soit 5,15 %, pour atteindre 77,98 dollars le baril à 11h32 (heure saoudienne). (Shutterstock)
Les contrats à terme sur le Brent ont progressé de 3,82 dollars, soit 5,15 %, pour atteindre 77,98 dollars le baril à 11h32 (heure saoudienne). (Shutterstock)
  • Les prix du pétrole ont bondi de plus de 6 % après les déclarations de Donald Trump annonçant la fin du cessez-le-feu avec l’Iran
  • La reprise des tensions au détroit d’Ormuz ravive les craintes sur l’approvisionnement mondial en pétrole, malgré la poursuite possible des négociations

LONDRES: Les cours du pétrole bondissent mercredi après les déclarations de Donald Trump affirmant mettre fin au cessez-le-feu avec l'Iran, dans la foulée d'une reprise des hostilités à la suite d'attaques de bateaux dans le détroit d'Ormuz.

Vers 09H15 GMT (11H15 à Paris), le prix du baril de Brent de la mer du Nord, pour livraison en septembre, s'envolait de 6,45% à 78,94 dollars.

Son équivalent américain, le baril de West Texas Intermediate, pour livraison en août, grimpait de 6,49% à 75,01 dollars.

Les deux références du brut évoluaient à leurs plus hauts niveaux depuis deux semaines.

Le président américain a affirmé mercredi à Ankara que le cessez-le-feu avec l'Iran était "terminé", qualifiant les Iraniens de "menteurs".

"En ce qui me concerne, c'est terminé (...) c'est juste une perte de temps de négocier avec eux, ce sont des menteurs", a-t-il affirmé, interrogé sur le cessez-le-feu avec l'Iran, qu'il a qualifié de pays "malade".

Le locataire de la Maison Blanche a toutefois laissé entendre que les négociateurs pourraient poursuivre les discussions.

Si "le prix du baril a fortement progressé" ce matin, il n'est pas revenu à ses plus hauts atteints durant la guerre, tempère John Plassard, analyste chez Cité Gestion, interrogé par l'AFP.

L'analyste voit davantage une "pause" du cessez-le-feu que sa fin, car si le président américain dit qu'il "est terminé, c'est aussi un moyen de mettre de la pression".

Donald Trump n'a, selon lui, "aucun intérêt à ce que les discussions s'arrêtent totalement", pour des raisons électorales, après avoir mis en avant les prix bas à la pompe dans sa campagne.

Trois navires ont été frappés en 24 heures dans le détroit d'Ormuz, a rapporté l'agence de sécurité maritime britannique UKMTO mardi. Le Qatar et l'Arabie saoudite ont imputé deux de ces attaques à l'Iran.

Dénonçant des "attaques iraniennes" et une "violation flagrante du cessez-le-feu", l'armée américaine a lancé une série de "frappes puissantes" contre l'Iran, touchant plus de 80 cibles, dont des systèmes iraniens de défense antiaérienne.

Ces tirs américains ont déclenché mercredi des représailles de Téhéran, qui a dit avoir attaqué des bases américaines au Koweït et à Bahreïn.

Washington a également rétabli ses sanctions économiques sur le pétrole iranien.

Le protocole d'accord, signé le 17 juin pour mettre fin à la guerre déclenchée le 28 février par l'offensive américano-israélienne contre la République islamique, prévoit la réouverture du passage stratégique d'Ormuz ainsi que la levée des sanctions américaines sur le pétrole iranien.


Le patron de TotalEnergies voit la Syrie comme une «route alternative» pour le pétrole

  • "Aujourd'hui, c'est clair que la situation sécuritaire ne permet pas encore de travailler, mais je trouve que c'est une belle initiative de venir ici, à Damas"
  • "C'est un pays qui est à la croisée des chemins dans le Moyen-Orient"

DAMAS: La Syrie peut devenir un "pays de transit important pour le pétrole qui vient d'Irak vers la Méditerranée", et offrir des "routes alternatives" au détroit d'Ormuz, a déclaré mardi à Damas le patron de TotalEnergies Patrick Pouyanné, en marge de la visite d'Emmanuel Macron.

"Aujourd'hui, c'est clair que la situation sécuritaire ne permet pas encore de travailler, mais je trouve que c'est une belle initiative de venir ici, à Damas", a-t-il dit à des journalistes juste avant l'annonce de l'explosion de deux bombes à proximité de l'hôtel où le président français avait passé la nuit.

"C'est un pays qui est à la croisée des chemins dans le Moyen-Orient", a-t-il ajouté.

Selon lui, "ce qui vient de passer avec le détroit d'Ormuz" dans le Golfe, bloqué durant la guerre américano-israélienne contre l'Iran, "lui donne également plus d'importance", "puisqu'on voit bien que maintenant, si on veut investir au Moyen-Orient, il va falloir qu'on trouve des routes alternatives".

Début avril, l'Irak avait annoncé avoir commencé à transporter du pétrole par camion à travers la Syrie en vue de sa réexportation, en raison de la fermeture du détroit d'Ormuz. L'Irak et la Syrie ont récemment évoqué un projet de restauration de l'oléoduc reliant les deux pays, fermé depuis des décennies.

TotalEnergies a conclu un mémorandum d'entente avec la Syrie pour un bloc d'exploration offshore en Méditerranée, mais n'a pas encore d'autre projet spécifique dans le pays, a souligné Patrick Pouyanné.

Sa visite à Damas, la première depuis la fin de la guerre civile en 2024, vise à "rencontrer les autorités" pour "des prises de contact", a-t-il précisé.

"Laissons au gouvernement le temps de prendre le contrôle de ce pays. Il ne faut pas trop demander" après plus de 13 ans de guerre civile, "il faut être un peu patient", a-t-il ajouté.