Les cinémas rouvrent leurs portes à Bombay

Les cinéphiles font la queue pour acheter des collations pendant l'entracte dans un cinéma de Mumbai le 22 octobre 2021 alors que les cinémas ont rouvert des semaines après le verrouillage du coronavirus Covid-19. (Sujit Jaiswal / AFP)
Les cinéphiles font la queue pour acheter des collations pendant l'entracte dans un cinéma de Mumbai le 22 octobre 2021 alors que les cinémas ont rouvert des semaines après le verrouillage du coronavirus Covid-19. (Sujit Jaiswal / AFP)
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Publié le Samedi 23 octobre 2021

Les cinémas rouvrent leurs portes à Bombay

  • Alors que la pandémie a torpillé l'industrie dans le monde entier, les cinémas de la ville indienne espèrent que les superproductions du mois prochain attireront les foules
  • L'industrie espère qu'une série de nouveaux films à gros budget - dont certains tournés il y a plusieurs mois mais pas encore sortis - fera renaître le bon vieux temps

BOMBAY, Inde : Les cinémas ont commencé à rouvrir leurs portes vendredi dans la capitale du cinéma indien Bombay, où les spectateurs ont l'habitude de faire la queue pour voir le même film plusieurs fois, et dont les stars jouissent d'un statut quasi divin.

Vendredi, seuls quelques cinémas ont profité de l'autorisation d'ouvrir, projetant le nouveau James Bond et le film de super-héros américain "Venom" ainsi que des films plus anciens.

"Je suis un fervent amateur de cinéma et j'attendais ce jour depuis longtemps. La dernière fois que j’ai vu un film était en 2019, avant le début de la pandémie. Je suis trop content d'être de retour", a déclaré Smer Sagar, 18 ans, tout juste après avoir vu "No Time to Die".

Alors que la pandémie a torpillé l'industrie dans le monde entier, les cinémas de la ville indienne espèrent que les superproductions du mois prochain attireront les foules.

Les fermetures et la recrudescence des cas de coronavirus en avril et en mai ont éloigné les Indiens du grand écran, entraînant la fermeture de dizaines de petits cinémas et mettant les sociétés de production dans une situation difficile.

De nombreux Indiens se sont tournés vers les plateformes de streaming telles que Netflix, qui a connu un boom des abonnés et a accueilli les sorties de certains nouveaux films de Bollywood.

L'industrie espère qu'une série de nouveaux films à gros budget - dont certains tournés il y a plusieurs mois mais pas encore sortis - fera renaître le bon vieux temps.

L'énorme quantité de films en réserve commencera à être projetée à partir du week-end de Diwali - la fête des lumières, début novembre - avec "Sooryavanshi", avec Akshay Kumar, l'une des plus grandes stars de Bollywood.

Bollywood, l'industrie cinématographique indienne, la plus prolifique au monde, valait 2,5 milliards de dollars en 2019. Et les films en langue étrangères font aussi régulièrement de bonnes recettes. 

- Biryani interdit -

L'État du Maharashtra et sa capitale Bombay sont parmi les derniers à rouvrir les théâtres, multiplexes et auditoriums, mais pour l'industrie, c'est "très, très important", explique Komal Nahta, analyste de l'industrie du cinéma.

"Le Maharashtra contribue à environ 20% des recettes totales des salles de cinéma en Inde et Bombay est le centre névralgique de Bollywood", explique Komal Nahta.

Le taux d'occupation des salles est limité à 50% et aucun rafraîchissement ne peut être servi, loin de l'époque pré-pandémique où les spectateurs des grands multiplexes se voyaient servir du biryani et de la glace sur leur siège.

Les cinéphiles doivent porter des masques à tout moment, mais si le personnel doit être entièrement vacciné, il n'y a en revanche aucune obligation de vaccination pour les spectateurs.

"Les effets de la pandémie persisteront, mais nous avons bon espoir que 2021 ramènera le public des salles de cinéma", a déclaré Ajay Bijli, président de la plus grande chaîne de cinémas indienne, PVR.

M. Nahta a prédit que le public "reviendra en force et que les recettes dépasseront probablement tout ce que l'on peut imaginer".


Pierre Bourdieu, la grande figure de la sociologie française

Le sociologue Pierre Bourdieu s'adresse au public du forum organisé par une FNAC parisienne, quelques semaines après la sortie de son ouvrage «La domination masculine».  (Pierre Verdy/AFP)
Le sociologue Pierre Bourdieu s'adresse au public du forum organisé par une FNAC parisienne, quelques semaines après la sortie de son ouvrage «La domination masculine». (Pierre Verdy/AFP)
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  • Pierre Bourdieu, né le 1er août 1930 à Denguin, près de Pau, est resté toute sa vie du côté de ceux qu'il appelait «les dominés»
  • Il crée en 1975 et dirige jusqu'à sa mort le 23 janvier 2002 la revue Actes de la recherche en sciences sociales

 

PARIS : Pierre Bourdieu, né dans un modeste village du sud-ouest de la France, a gravi tous les échelons pour s'imposer comme la grande figure de la sociologie au XXe siècle, et un intellectuel influent à la fin de sa vie.

Il avait acquis la renommée avec «Les Héritiers» (1964, éditions de Minuit), en collaboration avec Jean-Claude Passeron, qui dénonçait l'illusion du système éducatif français d'une égalité des chances.

Au terme d'un parcours scientifique très riche dans lequel il se méfiait de tout dogmatisme, il était entré dans l'arène du débat intellectuel dans les années 1990.

L'un des moments marquants de sa vie est l'engagement aux côtés des grévistes de décembre 1995 contre un projet de réforme de la sécurité sociale du président français Jacques Chirac.

Dans un discours, prononcé devant des cheminots à Paris, il dénonçait «la destruction d'une civilisation associée à l'existence du service public, celle de l'égalité républicaine des droits, droits à l'éducation, à la santé, à la culture, à la recherche, à l'art et, par-dessus tout, au travail».

- Vocation trouvée en Algérie -

Pierre Bourdieu, né le 1er août 1930 à Denguin, près de Pau, est resté toute sa vie du côté de ceux qu'il appelait «les dominés».

Fils d'un facteur-receveur des Postes, il connaîtra une ascension qui rappelle d'autres trajectoires brillantes, comme celle de Charles Péguy ou Albert Camus.

S'il est doué pour l'école, à mesure qu'il avance dans ses études vers les temples de l'élite intellectuelle, il ressent durement le décalage avec ses camarades issus de milieux aisés. Il abandonne résolument, par exemple, son accent béarnais.

Ce produit de l'École normale supérieure est d'abord agrégé de philosophie. Il enseignera au lycée de Moulins (centre), puis comme assistant à la Faculté des lettres d'Alger où il découvrira sa vocation de sociologue, à la fin des années 1950.

«Sociologie de l'Algérie» (1958), «Travail et travailleurs en Algérie» (1963), «Le Déracinement» (1964) en témoignent.

Devenu universitaire en France, à Paris et plus brièvement à Lille (nord), il s'intéresse à la formation des élites culturelles et à la fabrique des inégalités sociales, d'où «Les Héritiers», et plus tard «La Reproduction» (1970), «La Distinction» (1979), «Questions de sociologie» (1980) ou encore «Ce que parler veut dire» (1982).

- Critique du néo-libéralisme -

Sa carrière se fait essentiellement à l'École pratique des hautes études (EPHE), rebaptisée École des hautes études en sciences sociales (Ehess). Poursuivie au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), qui lui attribue sa médaille d'or en 1993, elle s'achèvera au Collège de France où il apprécie sa liberté de ton.

Il crée en 1975 et dirige jusqu'à sa mort le 23 janvier 2002 la revue Actes de la recherche en sciences sociales.

«Il sera resté profondément un intellectuel de service public, qui évitait la proximité avec le pouvoir», témoigne Jean-Louis Fabiani qui a longtemps travaillé avec lui.

Politiquement, il se sentait proche d'un Michel Rocard, Premier ministre entre 1988 et 1991 du socialiste François Mitterrand, mais a refusé d'être assimilé à quelque parti que ce soit. Il avait aussi soutenu en 1980 la candidature éphémère de l'humoriste et comédien Coluche à la présidentielle en France.

Il était en effet très critique des dysfonctionnements de ce qu'il appelait le «champ politique» et de son indispensable compagnon, le «champ médiatique», gagnés selon lui par des préoccupations d'efficacité économique et un néo-libéralisme ravageur pour les classes populaires.

Sa postérité scientifique le place aujourd'hui aux côtés de figures tutélaires de la discipline, le Français Émile Durkheim, l'Allemand Max Weber ou l'Américano-Canadien Erving Goffman.


Rêve et larmes pour la dernière collection de Virgil Abloh pour Vuitton

Un mannequin présente une création dans le cadre du défilé Louis Vuitton lors du défilé de la collection Homme Automne/Hiver 2022 à Paris, le 20 janvier 2022. (Photo, AFP)
Un mannequin présente une création dans le cadre du défilé Louis Vuitton lors du défilé de la collection Homme Automne/Hiver 2022 à Paris, le 20 janvier 2022. (Photo, AFP)
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  • Des mannequins en tenues blanches avec des ailes d'ange ont clôturé le défilé Louis Vuitton sous les verrières du Carreau du temple
  • Une tenue évoquant une robe de mariée avec une traîne et une voilette sur une casquette est portée par un homme

PARIS : C'est dans une "maison de rêve" couleur bleu ciel que Louis Vuitton a dévoilé jeudi à Paris la dernière collection de Virgil Abloh, décédé en novembre à 41 ans, qui a été applaudie debout par un public en larmes.

Des mannequins en tenues blanches avec des ailes d'ange ont clôturé le défilé Louis Vuitton sous les verrières du Carreau du temple, le temps fort de la semaine du prêt-à-porter homme à Paris.

Au moment où le créateur vient traditionnellement saluer le public après le défilé, ce sont quelque 30 membres de l'équipe de Virgil Abloh, portant des T-shirts aux couleurs du soleil couchant, violet et orange, qui ont marché sur le podium déclenchant larmes et ovation debout.

Le défilé-performance dont Virgil Abloh, designer, architecte et DJ, était friand s'est déroulé dans une mise en scène représentant "une maison de rêve" spacieuse et décloisonnée.

Jupes, dentelles et bottes à talons sont omniprésentes dans la collection, mêlant streetwear et coupe classique, ainsi que kaftans et djellabas, ces silhouettes unisexes. Une tenue évoquant une robe de mariée avec une traîne et une voilette sur une casquette est portée par un homme.

«Il a tout planifié»

"Je ne crois aux aux genres, je crois au design", disait Virgil Abloh, emporté à 41 ans par un cancer qu'il n'avait pas révélé au grand public.

Dans la chambre, les meubles bougent au même rythme que les artistes exécutant des pas de danse et des acrobaties. A la table du salon, sont installés les musiciens de Chineke! , premier orchestre professionnel de musique classique célébrant la diversité qui accompagnent le défilé de musique live, choisie par le styliste.

"Il a tout planifié si parfaitement jusqu'à la dernière minute", témoigne à l'AFP Kim Jones, directeur artistique des collections homme de Dior, ancien de Vuitton. "Virgil et moi, nous avons parcouru le monde ensemble. Je me sens très chanceux de l'avoir connu. Quel gâchis quand on pense ce qu'il aurait pu faire!"

La collection dévoilée jeudi était "prête à 95%" avant la mort de Virgil Abloh, a précisé Michael Burke, le PDG de la marque, dans un entretien à WWD.

C'est probablement la raison pour laquelle la maison n'a pas encore évoqué publiquement la question de sa succession.

"C'est un choix qui demandera de l'audace tout comme le choix de Virgil a été audacieux", analyse Serge Carreira, maître de conférences à Sciences Po. "Il y a une dynamique de Virgil Abloh qui est encore là, il n'y a pas d'urgence".

«Honorer l'héritage»

Seul créateur noir à un poste de ce niveau dans une maison de luxe avec Olivier Rousteing chez Balmain, il "a incarné une nouvelle façon d'appréhender la mode qui inclut aussi la culture, la société, les grands mouvements et mixe tout", souligne Serge Carreira.

Auteur de multiples collaborations allant de Nike à Evian et Ikea en passant par des expositions avec le plasticien japonais Takashi Murakami, "il prenait les références moins élitistes et avec un champ d'expression qui parlait vraiment à des catégories très larges", ajoute-t-il.

"Virgil a montré comment être multidisciplinaire et ne pas avoir peur de créer ce que l'on veut. C'était vraiment puissant. Il a eu un impact sur la vie de tant de gens", confie à l'AFP Bianca Saunders, styliste londonienne aux racines afro-caribéennes qui a débuté mercredi avec un défilé à la Fashion Week de Paris.

Vente caritative de baskets

Le choix du successeur, devra-t-il respecter l'héritage de Abloh qui dénonçait le racisme et avait milité pour une société plus inclusive?

Parmi les potentiels candidats noirs, ont été cités ses anciens collaborateurs Samuel Ross et Heron Preston, le directeur artistique de Reebok, Kerby Jean-Raymond, la Britannique Grace Wales Bonner et même le rappeur et designer Kanye West, ami d'Abloh.

Les noms des créateurs "au chômage" Kris van Assche après son départ de Berluti et Daniel Lee qui a quitté Bottega Veneta, mais aussi Riccardo Tisci (Burberry, ex-Givenchy) sont également mentionnés.

Autre évènement fort en hommage au créateur, Louis Vuitton s'est associé à Sotheby’s pour la vente aux enchères caritative des 200 paires de baskets Louis Vuitton et Nike "Air Force 1" dessinées par Virgil Abloh, à 2 000 dollars minimum.

Les bénéfices seront reversés à sa fondation "Post-Modern", une bourse d’étude soutenant la formation d’étudiants prometteurs d’origine afro-américaine et africaine.


Pour l’année du Tigre, «statuettes de l’espoir» au Vietnam

Cette photo prise le 19 janvier 2022 montre une femme posant avec un modèle de tigre plaqué or à Hanoï, avant le Nouvel An lunaire qui célébrera l'Année du Tigre. (Nhac Nguyen / AFP)
Cette photo prise le 19 janvier 2022 montre une femme posant avec un modèle de tigre plaqué or à Hanoï, avant le Nouvel An lunaire qui célébrera l'Année du Tigre. (Nhac Nguyen / AFP)
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  • Le Nouvel an lunaire, célébré dans de larges parts de l'Asie, appelé Têt au Vietnam, est la fête la plus importante du calendrier
  • L'année du tigre est censée apporter puissance et prospérité, et les artisans qui confectionnent les objets précieux tentent de refléter cela dans leur travail

HANOÏ, Vietnam : Plusieurs centaines de dollars, parfois beaucoup plus. Certains Vietnamiens ne reculent devant aucun sacrifice pour s'offrir un tigre plaqué or à l'approche de l'année du tigre qui débute le 1er février.

Le Nouvel an lunaire, célébré dans de larges parts de l'Asie, comme en Chine, et appelé Têt au Vietnam, est la fête la plus importante du calendrier.

Dans les nombreuses boutiques de souvenirs de Hanoï, des milliers de tigres occupent les étagères à quelques jours de l'événement, l'occasion d'offrir des cadeaux à sa famille, ses amis ou ses clients.

Suivant la taille, la matière et la posture du félin, les figurines se vendent entre 300 et 3.000 dollars la pièce.

«Le modèle de tigre plaqué or m'apportera le sentiment d'appartenir à une classe supérieure», déclare Pham Quang Duc, un architecte qui s'est offert un tigre ailé pour décorer sa maison.

L'année du tigre est censée apporter puissance et prospérité, et les artisans qui confectionnent les objets précieux tentent de refléter cela dans leur travail. 

«Le tigre dans mon modèle ne montre pas seulement la férocité de l'animal, mais aussi la puissance, l'objectif d'aller de l'avant et de conquérir», explique l'artisan Vu Dung à propos de son tigre aux ailes d'aigle.

«Posséder un modèle de tigre plaqué or signifie que son propriétaire fait partie de la haute classe de la société et qu'il a du succès économique», ajoute M. Dung. 

Il faut plusieurs jours de travail minutieux aux artisans pour fabriquer les étincelantes figurines plaquées or.

D'un bloc d'argile, ils sculptent l'animal puis le peignent, le polissent, le recouvrent de cuivre et appliquent les feuilles d'or minutieusement. 

«Nous devons veiller à ce que la couche de dorure soit répartie uniformément sur le modèle, y compris dans chaque petite plissure», explique Lai Huy Nam dans son atelier de Hanoï.

Le Vietnam a souffert économiquement de la pandémie de Covid-19, avec une croissance économique au plus bas depuis 30 ans l'an dernier et plus de 1,4 million d'emplois perdus. 

«Le modèle du tigre avec des ailes montre mon espoir de voir mes travaux décoller et de faire des percées dans la nouvelle année», confie M. Duc.