Brexit: Amal Clooney juge « lamentable » le recul du Royaume Uni sur ses engagements

L’avocate des Droits de l’Homme Amal Clooney lors d’un panel de la conférence globale pour la liberté des médias à Londres. (Tolga Akmen/AFP)
L’avocate des Droits de l’Homme Amal Clooney lors d’un panel de la conférence globale pour la liberté des médias à Londres. (Tolga Akmen/AFP)
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Publié le Samedi 19 septembre 2020

Brexit: Amal Clooney juge « lamentable » le recul du Royaume Uni sur ses engagements

  • Londres a provoqué la colère des Européens en présentant un projet de loi, en cours d'examen au Parlement, qui revient sur certains engagements pris dans le traité de Brexit en violation du droit international
  • "Il est devenu intenable pour moi d'appeler les autres États à respecter leurs obligations pendant que le Royaume-Uni déclare ne pas vouloir le faire", a déclaré Amal Clooney, démissionnant de son rôle d’envoyée spéciale pour la liberté de la presse

LONDRES : L'avocate Amal Clooney a démissionné avec fracas vendredi de son rôle d'envoyée spéciale du Royaume-Uni pour la liberté de la presse, jugeant "lamentable" la volonté du gouvernement britannique de revenir sur l'accord encadrant la sortie de l'Union européenne.

Londres a provoqué la colère des Européens en présentant un projet de loi, en cours d'examen au Parlement, qui revient sur certains engagements pris dans le traité de Brexit, ce qui revient de son propre aveu à une violation "spécifique et limitée" du droit international.

"Il est devenu intenable pour moi, en tant qu'envoyée spéciale, d'appeler les autres États à respecter et appliquer leurs obligations internationales pendant que le Royaume-Uni déclare ne pas avoir l'intention de le faire", a expliqué l'avocate libano-britannique spécialiste des droits de l'Homme dans sa lettre de démission adressée au chef de la diplomatie Dominic Raab, rendue publique.

"Il est lamentable que le Royaume-Uni dise son intention de violer un traité international signé par le Premier ministre il y a moins d'un an", a-t-elle ajouté. "Cela menace d'encourager les régimes autocratiques à violer le droit international avec des conséquences dévastatrices dans le monde entier".

L'avocate, qui est l'épouse de la star hollywoodienne George Clooney, avait été nommée en 2019 pour ce rôle décrit selon elle comme devant "aider le Royaume-Uni à défendre la liberté de la presse dans le monde".

Le projet de loi controversé contredit en particulier des dispositions spéciales prises pour l'Irlande du Nord afin d'éviter un retour à une frontière avec la République d'Irlande qui pourrait fragiliser l'accord de paix de 1998 qui avait mis fin à trois décennies de violences.

Les Européens ont exigé son retrait d'ici à la fin du mois, y voyant un coup porté à la confiance mutuelle en pleines négociations déjà difficiles pour tenter d'arriver à un accord de libre-échange et éviter une rupture brutale le 1er janvier.

Le projet a également provoqué un avertissement du candidat démocrate à la Maison Blanche Joe Biden, qui a assuré qu'un accord commercial entre Londres et Washington serait conditionné au respect de l'accord de paix de 1998.

Le gouvernement britannique explique le projet par le besoin d'assurer son intégrité territoriale et les échanges entre la Grande-Bretagne et la province d'Irlande du Nord, que les Européens menacent, selon lui, d'un "blocus alimentaire".

 


Après l'attaque contre deux églises, Algésiras défend la coexistence entre les communautés

Des amis de la victime se rassemblent près de l'église où un sacristain a été tué la veille sur la place Alta à Algésiras, dans le sud de l'Espagne, le 26 janvier 2023 (Photo, AFP)
Des amis de la victime se rassemblent près de l'église où un sacristain a été tué la veille sur la place Alta à Algésiras, dans le sud de l'Espagne, le 26 janvier 2023 (Photo, AFP)
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  • Saïda Laroussi, installée depuis près de trente ans à Algésiras, ville connue pour ses nombreux ferrys partant vers le Maroc, craint que les musulmans ne soient stigmatisés après cette attaque
  • Des centaines de personnes sont venues se recueillir jeudi sur la place devant cette église pour rendre hommage au sacristain

ALGECIRAS: A quelques kilomètres des côtes marocaines, Algésiras défend la coexistence entre ses communautés et espère qu'elle ne sera pas remise en péril par l'attaque meurtrière de mercredi soir contre deux églises.

"Nous avons toujours été bien ici. Nous avons vu ce genre de choses ailleurs, mais à Algésiras, c'est la première fois", se désole Rosa Amado, retraitée de 73 ans, venue rendre hommage à Diego Valencia, le sacristain tué dans l'attaque, qu'elle voyait tous les dimanches à l'église Nuestra Señora de La Palma.

Sous un beau soleil d'hiver, des centaines de personnes sont venues, comme elle, se recueillir jeudi sur la place devant cette église pour rendre hommage au sacristain et exprimer leur rejet d'un acte qu'elles n'auraient jamais cru voir dans leur ville.

Le prêtre d'une autre église, située à quelques centaines de mètres, a été gravement blessé dans cette attaque à la machette perpétrée par un jeune Marocain de 25 ans, mais il est désormais hors de danger.

"Dans ces moments-là, tu crois être dans un film", car "quand cela t’arrive, tu n'y crois pas", a confié à l'AFP Juan José Marina, prêtre de Nuestra Señora de La Palma, qui n'était pas à Algésiras au moment de l'attaque.

"Si je suis vivant, c'est parce que Diego est mort", a-t-il ajouté, ému et les yeux gonflés par une nuit sans sommeil.

Jamais eu de "divisions" 

Il espère désormais que cette attaque, qui a entraîné l'ouverture d'une enquête pour terrorisme, ne mettra pas en danger l'entente qui règne entre les communautés religieuses.

"J'essaie par tous les moyens de faire en sorte que cela ne soit pas utilisé pour faire ressortir les divisions qui sont fréquentes (ailleurs), car ici, il n'y en a jamais eu", insiste-t-il devant l'église, dont les portes sont fermées.

L'auteur présumé de l'attaque "a invoqué le nom de Dieu pour le mal", dénonce-t-il.

Nombre d'habitants de confession musulmane sont également venus rendre hommage au sacristain tué.

Parmi eux, Saïda Laroussi, installée depuis près de trente ans à Algésiras, ville connue pour ses nombreux ferrys partant vers le Maroc, et qui craint que les musulmans ne soient stigmatisés après cette attaque.

"Ce jeune ne devait tuer personne, car l'Islam, c'est la paix. Nous sommes ici pour dire aux habitants que nous sommes avec eux, que nous sommes contre cela", insiste cette professeure d'arabe de 50 ans aux cheveux recouverts d'un voile beige.

"Honte" 

Femme au foyer de 67 ans, Carmen bat en brèche l'image de bonne entente et préfère ne pas donner son nom de famille quand elle dénonce l'absence d'intégration de familles musulmanes dans son quartier. "Nous sommes tous sous le choc, mais on le voyait venir" affirme-t-elle.

Un discours contre lequel veut lutter Hicham Ayoubi, venu exprimer sa "honte" d'une attaque commise par un jeune homme né au Maroc comme lui.

"Nous avons très peur que cela ait un impact sur notre intégration dans la ville, parce que nous nous sentons espagnols, nous nous sentons d'Algésiras et nous ne voulons pas que cela arrive de nouveau", assure ce chauffeur routier de 41 ans, arrivé de Tanger il y a 22 ans.


USA: blessée par balle par un enfant, une institutrice poursuit son école

Une maîtresse d'école américaine, qui avait été blessée par balle par un élève de 6 ans, a annoncé mercredi poursuivre la direction de l'établissement, qui selon elle a ignoré à plusieurs reprises la menace posée par l'enfant (Photo d'illustration, AFP)
Une maîtresse d'école américaine, qui avait été blessée par balle par un élève de 6 ans, a annoncé mercredi poursuivre la direction de l'établissement, qui selon elle a ignoré à plusieurs reprises la menace posée par l'enfant (Photo d'illustration, AFP)
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  • L'élève, en possession d'un pistolet Taurus de calibre 9 mm, a tiré une balle qui a perforé la main de Mme Zwerner, avant de l'atteindre à la poitrine
  • Les autorités locales ont décidé de retirer temporairement la garde de l'enfant à ses parents et de le faire admettre dans un centre médical, en attendant de décider d'éventuelles poursuites

WASHINGTON: Le 6 janvier, jour de ce drame qui a choqué l'opinion publique, l'institutrice Abigail Zwerner et ses collègues ont averti à trois reprises les responsables de l'école primaire Richneck à Newport News, en Virginie, que l'élève de CP pouvait être armé et menaçait ses camarades, a assuré Diane Toscano, l'avocate de l'enseignante.

"Mais l'administration de l'école n'a pas paru s'en soucier", a poursuivi l'avocate en détaillant sa plainte en justice, lors d'une conférence de presse mercredi.

L'élève, en possession d'un pistolet Taurus de calibre 9 mm, a tiré une balle qui a perforé la main de Mme Zwerner, avant de l'atteindre à la poitrine.

La victime âgée de 25 ans affirme avoir prévenu le matin la direction de l'établissement que le garçon, dont l'identité n'a pas été révélée, avait menacé de frapper un autre enfant.

Une heure après, un autre enseignant avait lui averti que l'enfant avait probablement apporté un pistolet à l'école sans qu'il ait pu l'apercevoir dans son cartable.

Enfin, un troisième instituteur a signalé qu'un élève lui avait dit en pleurant qu'il venait de voir l'arme et d'être menacé avec.

Malgré ces avertissements, les enseignants n'ont pas obtenu la permission de fouiller l'élève.

"Cette tragédie aurait pu être totalement évitée si les responsables de la sécurité de l'école avaient joué leur rôle et pris des mesures lorsqu'ils ont eu connaissance d'un danger imminent", a déclaré Diane Toscano.

Mercredi soir, le conseil scolaire de Newport News a annoncé le départ prochain du responsable des autorités scolaires, George Parker, dans le cadre d'un accord "à l'amiable".

La décision a été prise "sans motif", en se basant uniquement "sur la trajectoire et les besoins futurs" du district scolaire, a assuré la présidente du conseil, Lisa Surles-Law, dans un communiqué, qualifiant le responsable de "compétent".

L'enseignante a survécu à une balle dans la poitrine mais doit subir d'autres opérations.

Les autorités locales ont décidé de retirer temporairement la garde de l'enfant à ses parents et de le faire admettre dans un centre médical, en attendant de décider d'éventuelles poursuites.

Compte tenu de son jeune âge, il devrait être considéré comme irresponsable sur le plan pénal, même si la police a qualifié le tir d'"intentionnel".

Ses parents pourraient en revanche être inculpés pour violation d'une loi locale qui interdit de laisser des armes chargées accessibles à des enfants de moins de 14 ans.

Les Etats-Unis, où près de 400 millions d'armes sont en circulation, sont régulièrement endeuillés par des fusillades dans des écoles mais il est très rare que les tireurs soient aussi jeunes.


Un des principaux réseaux d'attaques au rançongiciel au monde a été démantelé

Le procureur général américain Merrick Garland prend la parole lors d'une conférence de presse au ministère de la Justice à Washington, DC, le 24 janvier 2023. (Photo, AFP)
Le procureur général américain Merrick Garland prend la parole lors d'une conférence de presse au ministère de la Justice à Washington, DC, le 24 janvier 2023. (Photo, AFP)
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  • «La nuit dernière, le ministère de la Justice a démantelé un réseau international de rançongiciel qui a extorqué ou tenté d'extorquer des millions de dollars à ses victimes», a déclaré le ministre Merrick Garland
  • L'opération a été menée en coordination avec les forces de police allemande et néerlandaise, ainsi qu'Europol, a précisé le directeur de la police fédérale américaine (FBI) Christopher Wray

WASHINGTON: Les autorités américaines et allemandes ont annoncé jeudi le démantèlement d'un des principaux réseaux d'attaques au rançongiciel au monde, baptisé "Hive", accusé d'avoir pris pour cible quelque 1 500 entités dans 80 pays. 

"La nuit dernière, le ministère de la Justice a démantelé un réseau international de rançongiciel qui a extorqué ou tenté d'extorquer des millions de dollars à ses victimes", a déclaré le ministre Merrick Garland lors d'une conférence de presse à Washington. 

Les serveurs du groupe ont été saisis et la police fédérale a pris le contrôle de son site sur le "darkweb", la partie d'internet non référencée par les navigateurs classiques, a-t-il précisé. 

L'opération a été menée en coordination avec les forces de police allemande et néerlandaise, ainsi qu'Europol, a ajouté le directeur de la police fédérale américaine (FBI) Christopher Wray. 

Détecté pour la première fois en juin 2021, le groupe criminel Hive est accusé d'avoir collecté plus de 100 millions de dollars de rançon. 

Après s'être infiltrés dans un système informatique, les pirates au rançongiciel cryptent les données des entreprises et exigent un paiement pour les débloquer. 

Selon des firmes spécialisés en cybersécurité, le rançongiciel de Hive, ou "ransomware" en anglais, a été déployé contre des hôpitaux américains, la chaîne allemande de magasins d'électronique Telemarkt ou encore le géant indien Tata. 

« Hacké les hackeurs » 

En juin, le FBI avait réussi à pénétrer dans les réseaux de Hive et avait récupéré sa clé de chiffrement, qu'elle a offerte aux victimes dans le monde entier les mois suivants, leur permettant d'éviter de payer 130 millions de dollars de rançons, a précisé Christopher Wray. 

La police fédérale avait également distribué des copies de cette clé aux anciennes victimes de Hive pour qu'elles récupèrent intégralement leurs données. 

"Malheureusement, au cours de ces sept mois, nous avons découvert que seules 20% des victimes de Hive avaient alerté la police", a déploré le chef du FBI en appelant toutes les entreprises et entités à contacter au plus vite ses agents en cas d'attaque. 

Le parquet de Stuttgart, en Allemagne, a précisé dans un communiqué que l'opération, baptisée "Dawnbreaker", trouvait sa source dans une enquête ouverte par ses services après des attaques contre des entreprises de la région. Celles-ci n'ont toutefois "pas cédé au chantage et ont informé les autorités", a-t-il ajouté. 

"Une fois de plus, il s'est avéré qu'une coopération intense et mutuelle de confiance par-delà les frontières et les continents est la clé d'une lutte efficace contre la grande cybercriminalité", a déclaré Udo Vogel, le chef de la police de Reutlingen (sud-ouest de l'Allemagne), cité dans le communiqué. 

"On a hacké les hackeurs", a pour sa part déclaré la numéro 2 du ministère américain de la Justice, Lisa Monaco. "Pendant des mois, on a aidé les victimes à lutter contre leurs agresseurs et on a privé le réseau de ses profits criminels", a-t-elle déclaré.