Des histoires régionales peu connues révélées à la Foire du livre de Charjah

Traduction d’un recueil qui a été «réalisée entre le Xe et le XIe siècle» (Photo fournie)
Traduction d’un recueil qui a été «réalisée entre le Xe et le XIe siècle» (Photo fournie)
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Publié le Jeudi 04 novembre 2021

Des histoires régionales peu connues révélées à la Foire du livre de Charjah

Traduction d’un recueil qui a été «réalisée entre le Xe et le XIe siècle» (Photo fournie)
  • Les principaux ouvrages de la collection du marchand de livres rares Peter Harrington sont exposés ce mois-ci aux Émirats arabes unis
  • El Kamsa, un traité rédigé en 1866 par Carlo Guarmani et le double-volume L’élevage des pur-sang arabes et L’histoire du haras de chevaux arabes authentiques de la Société royale d’agriculture offrent un aperçu fascinant de l’histoire des pur-sang arabes

DES CHEVAUX QUI PARLENT 

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El Kamsa, un traité rédigé en 1866 par Carlo Guarmani et le double-volume L’élevage des pur-sang arabes et L’histoire du haras de chevaux arabes authentiques de la Société royale d’agriculture tous deux produits par la Société royale d’agriculture égyptienne dans les années 1930 et 1940 — offrent un aperçu fascinant de l’histoire des pur-sang arabes.  

Les livres de la Société royale d’agriculture d’Angleterre (Rase) relatent les efforts déployés par la société pour mettre un terme à l’extinction de cette icône culturelle, efforts largement soutenus par l’Arabie saoudite. Le livre de Guarmani, quant à lui, est considéré comme l’un des meilleurs ouvrages occidentaux anciens sur le sujet des chevaux arabes, notamment parce qu’il comprend la traduction de «trois ouvrages arabes clés, dont le plus important est celui d’un certain Ahmed, considéré par Guarmani comme «le principal hippologue du siècle», directeur des écuries d’Abdallah Pacha ben Ali, gouverneur ottoman de l’Eyalet de Sidon de 1820 à 1832», selon le catalogue de Peter Harrington. 

Guarmani, expert et marchand de chevaux italien, s’est rendu dans la région en 1850. Il a passé seize ans en Syrie, en Palestine, en Égypte et dans le désert d’Arabie et a appris à parler couramment l’arabe. Il était chargé de trouver des étalons arabes de race pure à acheter pour les militaires français et italiens. «Au bout de plusieurs mois, après nombre d’aventures risquées, Guarmani “réussit à acheter trois étalons de premier choix pour le prix exorbitant de 100 chameaux”. Cette deuxième édition ajoute son récit de ce voyage», précise le catalogue. «Le titre, El Kamsa, fait référence aux cinq grandes familles de chevaux arabes.» 

DES COURS DE LANGUE 

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Le libraire décrit cette collection de sept manuels d’arabe khaliji (du Golfe) comme «une réunion très inhabituelle de guides linguistiques extrêmement rares». Ils ont été rédigés dans les années 1940 à 1960 à l’intention des employés des diverses compagnies pétrolières étrangères qui ont étendu leurs activités dans la région après la Seconde Guerre mondiale, notamment Aramco en Arabie saoudite, la Bahrain Petroleum Company et la Kuwait Oil Company. 

Le Vocabulaire de travail arabe pour les Américains en Arabie saoudite d’Aramco est, selon le catalogue, «le premier à couvrir le dialecte qatifi, les usages à Hofouf, Bahreïn et Joubaïl, avec également quelques adaptations pour les Bédouins». Il comprend également quelques conseils culturels, tels que celui-ci: «La tendance de l’occidental à se passer des formalités peut souvent être involontairement offensante». Seuls six exemplaires de cette édition sont conservés dans les bibliothèques du monde entier. 

Le manuel de la Kuwait Oil Company est similaire et contient des conseils sur la manière de converser dans «le bazar, le port, les magasins, la raffinerie, etc. », ainsi que des exercices sur la géographie et le climat locaux, la pêche à la perle, la pêche et la construction de bateaux, tandis que le manuel Arabe dialectal de la Bapco, destiné aux employés, est «composé de huit leçons axées sur le travail avec le personnel local à Bahreïn: il inclut le vocabulaire du lieu de travail, les salutations et conversations, l’entretien, la construction, le transport, dans les magasins, et les problèmes». 

LE RÉCIT D’UN ESPION 

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Au début du XXe siècle, Max Van Oppenheim a traversé le nord de la Mésopotamie depuis Le Caire. Officiellement, il effectuait une expédition pour déterminer le circuit du chemin de fer de Bagdad, mais en réalité, il était espion pour le compte de l’empereur allemand Guillaume II. Van Oppenheim est considéré comme «l’une des personnalités les plus marquantes de la politique et de l’archéologie du Moyen-Orient (...), un orientaliste et un ardent défenseur du destin de son pays en Orient. Il a beaucoup voyagé à travers la Mésopotamie et la Syrie, puis les territoires ottomans, cartographiant et prenant des notes méticuleuses sur tout, de la configuration du terrain au nombre de tentes et de maisons appartenant à chaque tribu et village . Son périple l’a conduit à Beyrouth, Damas, Palmyre, Mossoul, Bagdad, Mascate, Aden, et Zanzibar, entre autres. 

L’ENCYCLOPÉDIE D’UNE SOCIÉTÉ SECRÈTE 

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Reconnue comme «l’une des encyclopédies scientifiques médiévales les plus complètes existantes», il s’agit de la traduction d’un recueil qui a été «réalisée entre le Xe et le XIe siècle par un groupe énigmatique et remarquable d’auteurs anonymes basés à Bassorah, connus collectivement sous le nom d’Ikhwān al-Safā’ ou Frères en pureté». Selon un historien britannique, ils ont «saccagé toutes les croyances, toutes les philosophies. “Aucune science, aucune méthode n’est à mépriser”, disaient-ils, aucune part de connaissance, aucune tentative de découvrir la vérité, n'était commune ou impure pour eux (...) Sa valeur réside dans son exhaustivité, dans sa systématisation des résultats de l’étude arabe». Les 52 «traités» portent sur les mathématiques, la théologie, la psychologie, les sciences naturelles, et bien plus encore. 

UN GUIDE ESSENTIEL SUR L’AGRICULTURE 

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L’auteur Ibn Al-‘Awwam était «un agriculteur arabe qui a prospéré à Séville, dans le sud de l’Espagne, à la fin du XIIe siècle». Ce guide est présenté comme «le traitement le plus complet de l’agriculture en arabe médiéval, et l’un des ouvrages médiévaux les plus importants sur le sujet, quelle que soit la langue». Il a été «pendant longtemps la seule source de référence sur l’agronomie andalouse médiévale». Al-‘Awwam décompose son sujet de manière très détaillée et couvre les cultures et le bétail. «Le livre décrit la culture de 585 plantes différentes, et donne des remèdes aux maladies des arbres et des vignes, ainsi qu’aux maladies et blessures des chevaux et du bétail.» 

UNE CARTE RARE DE LA RÉGION 

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Cet ouvrage de 1935 est la dernière édition de la «fameuse carte d’Arabie» de Frederick Fraser Hunter. Ce dernier l’a produite pour accompagner le célèbre Index géographique du Golfe, d’Oman et d’Arabie centrale, rédigé au début du XXe siècle, qui demeure «un outil important pour les chercheurs». Hunter a basé son travail sur les enquêtes des compagnies pétrolières et des géologues, les récits des voyageurs, les cartes existantes et les «informations des autochtones locaux». Ce travail constitue «un jalon dans la cartographie de la péninsule Arabique». Il s’agit d’un ouvrage «extrêmement rare et méticuleux» dont seulement quatre exemplaires sont répertoriés dans le catalogue WorldCat. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com 


Mondial-2026: le Maroc a confirmé son nouveau statut et regarde déjà vers 2030

Des supporters marocains réagissent en regardant le quart de finale de la Coupe du monde 2026 opposant leur équipe à la France, disputé aux États-Unis, depuis le stade Prince Moulay Abdellah, transformé en fan zone, à Rabat, au Maroc. (AFP)
Des supporters marocains réagissent en regardant le quart de finale de la Coupe du monde 2026 opposant leur équipe à la France, disputé aux États-Unis, depuis le stade Prince Moulay Abdellah, transformé en fan zone, à Rabat, au Maroc. (AFP)
  • Malgré son élimination face à la France (2-0), le Maroc confirme sa progression parmi les grandes nations du football
  • Les Lions de l'Atlas se projettent déjà vers la CAN 2027 et le Mondial 2030 avec de fortes ambitions

LOS ANGELES: Eliminé en quart de finale par la France (2-0) jeudi, le Maroc a néanmoins confirmé lors du Mondial-2026 son statut de nation forte et, certaine d'être sur la bonne voie, se projette déjà sur "sa" Coupe du monde dans quatre ans.

Comme en 2022, les Lions de l'Atlas ont en effet fini par plier face aux Bleus, sur le même score. Et avec cette fois le sentiment d'avoir été battus par une équipe qui leur a été assez largement supérieure, quand la demi-finale perdue sans démériter au Qatar avait pu à l'époque faire naître quelques regrets.

"Nous avons tout donné face à un adversaire très fort. Mais nous continuerons à construire une équipe capable de lutter pour les titres", s'empressait de déclarer à l'issue du match le sélectionneur Mohamed Ouahbi.

Car pour le Maroc, l'enseignement de cette Coupe du monde dépasse largement l'issue de ce quart de finale: après avoir créé la surprise lors de la précédente édition, il a confirmé qu'il fallait désormais bien compter sur lui sur l'échiquier mondial, dans la foulée d'une Coupe d'Afrique des nations remportée sur tapis vert (le Tribunal arbitral du sport doit encore statuer) à domicile, qui aurait pu jeter un voile sur ses prétentions.

Mohamed Ouahbi, qui a succédé à Walid Regragui, a réussi, en un peu plus de trois mois à peine, à transfigurer le style de jeu des Lions de l'Atlas, devenu plus proactif, offensif, basé sur la possession.

- "Croire en notre projet" -

"Je suis très fier de ce que nous avons réalisé. Je suis agréablement surpris par la vitesse avec laquelle les joueurs ont assimilé ma philosophie de jeu. Ils ont montré une immense envie de progresser", a souligné le technicien.

Son équipe, menée par le capitaine Achraf Hakimi, s'est montrée conquérante lors de ses cinq premiers matches. Elle a d'abord fait plus que jeu égal avec le Brésil (1-1) pour son entrée en lice, puis elle a su faire preuve de grandes ressources mentales pour renverser les Pays-Bas en 16es (1-1, 3-2 t.a.b.) et elle s'est montrée implacable en 8e face au Canada pays coorganisateur (3-0).

Tant et si bien que le Maroc était perçu comme un adversaire de taille pour la France et les paroles de Mohamed Ouahbi prononcées en début de tournoi - "Le Maroc est entré dans une nouvelle ère, une ère où nous devons croire en notre capacité à être sacrés champions du monde" - ont été prises au sérieux.

A commencer par les Bleus de Kylian Mbappé, qui n'ont pas pris de haut leurs adversaires et ont mis fin à leur aventure plus tôt qu'ils ne l'avaient envisagé.

"Cette défaite ne doit pas briser notre détermination", a déclaré Ouahbi. "Nous devons continuer à croire en notre projet, poursuivre notre travail et rester concentrés sur les fondamentaux."

- "L'avenir sera très beau" -

Un mot d'ordre venu rappeler la double stratégie au long cours mise en place par la Fédération.

La première se repose sur la formation des jeunes, qui a déjà porté ses fruits avec le titre glané au Mondial des moins de 20 ans l'an passé, déjà sous les ordres de Ouahbi à la tête d'une génération talentueuse appelée à jouer chez les A, Gessime Yassine ayant été le seul convoqué pour le tournoi.

La seconde vise à convaincre les binationaux de choisir le Maroc, à l'image d'Ayyoub Bouaddi, né à Senlis il y a 18 ans, passé par les sélections de jeunes en équipe de France et qui s'est décidé juste avant le Mondial à jouer pour le pays de ses parents.

"Nous disposons d’un grand vivier de jeunes joueurs et de toutes les conditions nécessaires pour continuer à progresser", a dit le sélectionneur.

Son homologue Didier Deschamps ne pouvait qu'abonder: "A part Achraf Hakimi, qui compte plus d’une centaine de sélections, beaucoup de joueurs sont encore au début de leur parcours international. Cela laisse penser que le Maroc aura un avenir avec le sourire".

Dans quatre ans, le Maroc coorganisera le prochain Mondial, avec l'Espagne et le Portugal. Et il n'y a aucune raison pour que ses ambitions viennent à baisser.

"Il y aura d'abord une Coupe d’Afrique des Nations (en 2027) avec des éliminatoires à bien préparer et puis une compétition que nous voulons remporter à domicile en 2030", a martelé Mohamed Ouahbi, convaincu que "l'avenir sera très beau si cette équipe continue sur cette voie".


Des photographies de la Coupe du Monde au Qatar exposées à Mexico

Mêlant photographie, installations multimédias et objets emblématiques du sport, l’exposition explore l’impact de la précédente Coupe du Monde bien au-delà du football. (Fourni)
Mêlant photographie, installations multimédias et objets emblématiques du sport, l’exposition explore l’impact de la précédente Coupe du Monde bien au-delà du football. (Fourni)
  • L’exposition « Journeys to Greatness: Qatar 2022 Legacy » à Mexico présente des photographies de Tasweer illustrant l’impact humain et culturel de la Coupe du Monde Qatar 2022
  • Ouverte jusqu’au 9 août au Centro de Cultura Digital, elle met en avant l’héritage du tournoi à travers la photographie, des installations multimédias et des objets sportifs

DUBAÏ : Des photographies mettant en lumière les histoires humaines qui ont marqué la Coupe du Monde de la FIFA Qatar 2022 sont arrivées à Mexico, où elles sont présentées dans le cadre d’une exposition qui établit un lien entre l’héritage du tournoi et la Coupe du Monde actuelle.

Une sélection d’images de « After the Game », l’une des expositions phares de la troisième édition du Tasweer Photo Festival Qatar en 2025, est présentée dans « Journeys to Greatness: Qatar 2022 Legacy ». Organisée par le Musée olympique et sportif 3-2-1 Qatar, en partenariat avec le ministère mexicain de la Culture à travers le Centro de Cultura Digital, l’exposition s’inscrit dans le cadre de l’Année de la Culture Qatar-Canada-Mexique 2026.

Associant photographie, installations multimédias et souvenirs sportifs, l’exposition explore les répercussions de la précédente Coupe du Monde au-delà du terrain, en mettant l’accent sur les personnes, les cultures et les communautés réunies par cet événement.

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Les photographies de Tasweer sont présentées dans différentes sections de l’exposition, notamment « Look of the Game », « Matches and Players » et « Unity in Diversity ». (Fourni)

Les photographies de Tasweer sont présentées dans différentes sections de l’exposition, notamment « Look of the Game », « Matches and Players » et « Unity in Diversity ». Plutôt que de documenter l’action sur le terrain, elles mettent en lumière les célébrations des supporters, les échanges culturels et les rencontres du quotidien.

« L’héritage de Qatar 2022 appartient non seulement aux joueurs et aux matchs, mais aussi aux supporters qui ont donné vie à cette compétition », a déclaré Abdulla Al-Mulla, directeur du Musée olympique et sportif 3-2-1 Qatar, soulignant que l’exposition illustre la manière dont le tournoi continue de créer des liens au-delà des frontières.

De son côté, Khalifa Al-Obaidli, directeur du Tasweer Photo Festival, a déclaré : « La photographie possède une capacité unique à préserver les émotions. Les œuvres présentées pour la première fois dans After the Game capturent les expériences, les rencontres et l’humanité partagée qui ont fait de Qatar 2022 une étape marquante et profondément transformatrice. »

L’exposition est présentée au Centro de Cultura Digital de Mexico jusqu’au 9 août. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


IMA: « Raconte moi ton mariage », un événement qui met à l’honneur une France multiculturelle

Sous un soleil écrasant, le parvis de l’Institut du monde arabe (IMA) s’est transformé, le temps d’une journée, en une immense fête populaire.  Des centaines de personnes, de toutes générations et de toutes origines, sont venues participer à « Raconte-moi ton mariage », une création de l’artiste Mohamed Bourouissa, organisée en partenariat par l’IMA et le Grand Palais. (Photo Arlette Khouri)
Sous un soleil écrasant, le parvis de l’Institut du monde arabe (IMA) s’est transformé, le temps d’une journée, en une immense fête populaire. Des centaines de personnes, de toutes générations et de toutes origines, sont venues participer à « Raconte-moi ton mariage », une création de l’artiste Mohamed Bourouissa, organisée en partenariat par l’IMA et le Grand Palais. (Photo Arlette Khouri)
  • Pendant quelques heures, Paris prend les couleurs d’un mariage maghrébin
  • Mais derrière cette ambiance joyeuse se dessine un projet précis : faire du mariage un récit collectif, transmettre une mémoire familiale et rappeler que les traditions populaires ont pleinement leur place dans le paysage culturel français

PARIS: Sous un soleil écrasant, le parvis de l’Institut du monde arabe (IMA) s’est transformé, le temps d’une journée, en une immense fête populaire.

Des centaines de personnes, de toutes générations et de toutes origines, sont venues participer à « Raconte-moi ton mariage », une création de l’artiste Mohamed Bourouissa, organisée en partenariat par l’IMA et le Grand Palais.

Les youyous résonnent, les mains se parent de henné, un orchestre nord-africain entraîne la foule dans une danse spontanée, les enfants courent entre les voitures décorées de fleurs, tandis que les visiteurs se mêlent aux comédiens sans toujours distinguer où s’arrête la représentation et où commence la réalité.

Pendant quelques heures, Paris prend les couleurs d’un mariage maghrébin. Mais derrière cette ambiance joyeuse se dessine un projet précis : faire du mariage un récit collectif, transmettre une mémoire familiale et rappeler que les traditions populaires ont pleinement leur place dans le paysage culturel français.

Conçue à partir de témoignages recueillis auprès d’habitants de Gennevilliers, Saint-Denis, Pantin ou Saint-Ouen, la performance donne vie à des histoires de mariage issues de l’immigration maghrébine.

Des cortèges de voitures fleuries convergent vers l’IMA avant de poursuivre leur route jusqu’au Grand Palais, où un couscous géant, des concerts et des spectacles prolongent la fête jusque tard dans la nuit.

Une nouvelle étape dans l’évolution de l’IMA

Pour Chawki Abdel Amir, vice-président de l’Institut du monde arabe, cette manifestation marque une nouvelle étape dans l’évolution de l’institut.

« On nous reproche parfois d’être trop intellectuels », déclare-t-il à Arab News en français. « Or, la culture, ce ne sont pas seulement les colloques ou les collections patrimoniales ; c’est aussi la cuisine, les coutumes, les mariages. Nous voulions montrer une culture vivante, joyeuse, telle qu’elle est réellement vécue. »

Dans une période internationale marquée par les conflits et les tensions, il revendique le choix d’offrir « un peu de bonheur » et de faire du parvis de l’IMA un lieu où les cultures populaires retrouvent toute leur vitalité.

Au-delà de l’aspect festif, il voit également dans cette célébration une manière d’assumer sereinement des identités parfois contestées, malgré les polémiques récurrentes autour des cortèges de mariage ou des youyous.

Il regrette que certains cherchent à faire disparaître des expressions culturelles pourtant parfaitement compatibles avec les valeurs de la République.

Ses propos font écho aux initiatives de certaines municipalités visant, au nom de l’ordre public ou d’une conception très restrictive de la neutralité, à encadrer, voire à décourager, certaines manifestations festives inspirées des cultures d’origine.

« La France est une idée universelle, rappelle-t-il. Elle s’est toujours enrichie des cultures qui la composent. Vouloir effacer ces particularités, c’est finalement appauvrir ce qu’elle représente. »

Le cortège lui-même illustre cette volonté de rendre visibles des traditions souvent confinées à la sphère privée.

Au volant de la voiture des mariés, l’un des participants raconte avec enthousiasme cette traversée de Paris, commencée à Gennevilliers.

Le convoi a emprunté les grands axes de la capitale, traversé Bir-Hakeim, longé les Champs-Élysées avant de rejoindre l’Institut du monde arabe.

En célébrant des traditions parfois regardées avec méfiance, « Raconte-moi ton mariage » apparaît finalement comme une réponse joyeuse à ceux qui voudraient uniformiser les expressions culturelles au nom d’une conception étriquée de l’identité française.

Tout au long du parcours, les passants applaudissaient, klaxonnaient et répondaient spontanément à la fête. « Les gens participaient comme s’ils assistaient à un vrai mariage », raconte-t-il avec émotion.

« C’était formidable de voir autant de sourires. Même devant l’Assemblée nationale, nous avions l’impression de partager un moment avec toute la ville. »

Pour Mohamed Bourouissa, cette réaction confirme l’ambition de son projet. « On ne voit pas cela tous les jours à Paris, indique-t-il. Je voulais rejouer le rituel du mariage parce qu’il est porteur de joie, d’amour et de mémoire. C’est un moment qui rassemble toute une communauté, mais qui parle aussi à tout le monde. »

L’artiste explique avoir voulu dépasser le simple folklore pour transformer ces récits familiaux en une œuvre contemporaine.

Les histoires recueillies auprès de familles venues principalement du Maghreb, mais aussi du Liban et d’autres horizons du monde arabe, deviennent ici une matière artistique qui relie les générations. La traversée entre les villes populaires de la périphérie parisienne et le cœur de la capitale revêt d’ailleurs une portée hautement symbolique.

« J’ai eu l’impression de vivre une véritable odyssée, confie-t-il, car cette traversée raconte quelque chose de notre histoire commune. »

En célébrant des traditions parfois regardées avec méfiance, « Raconte-moi ton mariage » apparaît finalement comme une réponse joyeuse à ceux qui voudraient uniformiser les expressions culturelles au nom d’une conception étriquée de l’identité française.