Juifs d’Orient à l’IMA: «Lutter contre l’oubli et les amalgames»

Tikims, coffres servant à conserver et protéger la Torah (Photo Anne Ilcinkas)
Tikims, coffres servant à conserver et protéger la Torah (Photo Anne Ilcinkas)
Grande robe de mariée, Rabat, 1900 (Photo Anne Ilcinkas)
Grande robe de mariée, Rabat, 1900 (Photo Anne Ilcinkas)
Moïse Maïmonide, Misneh Torah (Photo Anne Ilcinkas)
Moïse Maïmonide, Misneh Torah (Photo Anne Ilcinkas)
Veste de femme et robe, Constantine Algérie XIXᵉ siècle (Photo Anne Ilcinkas)
Veste de femme et robe, Constantine Algérie XIXᵉ siècle (Photo Anne Ilcinkas)
Homme lisant un livre saint dans sa maison à Wadi Amlah, Yémen, tirage moderne (Photo Anne Ilcinkas)
Homme lisant un livre saint dans sa maison à Wadi Amlah, Yémen, tirage moderne (Photo Anne Ilcinkas)
Affiche de l’exposition
Affiche de l’exposition
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Publié le Mardi 23 novembre 2021

Juifs d’Orient à l’IMA: «Lutter contre l’oubli et les amalgames»

Tikims, coffres servant à conserver et protéger la Torah (Photo Anne Ilcinkas)
Grande robe de mariée, Rabat, 1900 (Photo Anne Ilcinkas)
Moïse Maïmonide, Misneh Torah (Photo Anne Ilcinkas)
Veste de femme et robe, Constantine Algérie XIXᵉ siècle (Photo Anne Ilcinkas)
Homme lisant un livre saint dans sa maison à Wadi Amlah, Yémen, tirage moderne (Photo Anne Ilcinkas)
Affiche de l’exposition
  • L’IMA accueille du 24 novembre 2021 au 13 mars 2022 l’exposition Juifs d’Orient, une histoire plurimillénaire, la première d’une telle ampleur sur cette thématique
  • À travers un parcours déployé sur 1100 m² et 280 œuvres, ce sont quinze siècles de cohabitation des juifs dans le monde arabe que le visiteur découvre

PARIS: «Accueillir l’exposition Juifs d’Orient, une histoire plurimillénaire à l’Institut du monde arabe porte une symbolique forte: célébrer la pluralité du monde arabe et lutter contre l’oubli et les amalgames», tels sont les mots employés par Jack Lang dans la préface du catalogue de l’exposition du même nom, organisée à l’Institut du monde arabe (IMA) du 24 novembre 2021 au 13 mars 2022. Ce projet est le troisième volet d'une trilogie consacrée par l'IMA aux religions monothéistes, succédant ainsi au Hajj, le pèlerinage à la Mecque, en 2014, et à Chrétiens d'Orient, 2000 ans d'histoire, en 2017. Sous la direction de Benjamin Stora, commissaire général de l’exposition, la nouvelle exposition met en lumière la longue histoire juive en Orient. 

À travers un parcours déployé sur 1100 m² et 280 œuvres, ce sont quinze siècles de cohabitation des juifs dans le monde arabe que le visiteur découvre. Des pièces d’exception: rares objets liturgiques, manuscrits anciens, bijoux d’une grande valeur et finesse, œuvres archéologiques exceptionnelles, photographies de famille et installations audiovisuelles témoignent de l’importance et de la pluralité des communautés juives, des rives de l’Euphrate aux plateaux de l’Atlas. 

Première exposition internationale de grande ampleur qui aborde ce sujet, elle illustre aussi les liens profonds – tour à tour féconds et tumultueux – qui ont uni juifs et musulmans pendant des siècles.  

«Le but n’est pas de "réconcilier" ceux qui pensent que cette histoire doit être seulement décrite comme un exemple d’harmonie et de convivialité entre les trois religions monothéistes en Orient et ceux qui la décrivent seulement comme une suite de conflits terribles, notamment après l’apparition de la civilisation islamique», déclare Benjamin Stora à Arab News en français, media partenaire de l’exposition. «Ce que nous aimerions dire, montrer, se situe à l’intersection de ces deux conceptions», précise-t-il.  

Une «convivance» historique entre juifs et musulmans 

«La particularité de cette exposition est d’inscrire la présence des juifs en Orient – au sens large – dans une très grande temporalité historique. Nous avons pour habitude de percevoir les relations entre les juifs et les musulmans par la fin, c’est à dire au XXᵉ siècle, avec notamment le conflit israélo-palestinien qui est très important, mais nous oublions ce qu’a été cette histoire très longue de la présence juive en terre d’islam et avant l’arrivée de cette religion», confie l’historien. «Cette histoire du monde juif dans le monde arabe ne se réduit pas à la question de la création de l’État d’Israël, mais existait déjà bien avant. Ensuite, il y a la question du sionisme, mais le sionisme est une idéologie politique», poursuit Benjamin Stora. 

L’historien insiste sur l’importance de la préservation du lien culturel en dépit de toutes les questions politiques «non réglées». «J’emploie le mot convivance entre juifs et musulmans pour décrire cette exposition, un terme emprunté à l’intellectuel tunisien Abdelwahab Meddeb. Dans le fond, il y a certainement des appréhensions côté palestinien vis-à-vis de cette exposition, mais elle peut maintenir le fil d’une histoire longue pour créer les conditions de retrouvailles politiques. Dans l’attente de solutions politiques, il est de notre devoir de préserver ce patrimoine historique et ce fil culturel», précise-t-il.  Ce dernier passe par la littérature, la civilisation, la religion, ou encore la langue. Et c’est ce que «l’exposition a mis en valeur». 

Un questionnement sur les origines  

Pour Benjamin Stora, le but ultime est de réinscrire cette histoire dans la temporalité longue, afin que celle-ci ne disparaisse pas. «Aujourd’hui, de nombreux jeunes s’interrogent sur leurs origines et lorsqu’ils découvrent qu’il  existait une présence juive en Orient au XIIIᵉ siècle, ils se posent de nombreuses questions sur la nature de cette présence, son histoire, les relations que la communauté entretenait avec les autres religions monothéistes, notamment l’islam, la langue parlée…», ajoute le commissaire général de l’exposition. 

L’approche privilégiée par l’exposition est à la fois thématique et chronologique et décline les grands temps de la vie intellectuelle et culturelle des juifs en Orient. Chaque espace de l’exposition évoque une situation vécue par les populations juives, du Maroc à l’Irak, de la Tunisie à la Syrie, en passant par le Yémen. 

De l’Antiquité au temps des dynasties 

L’exposition promène le visiteur de la Haute Antiquité à nos jours, selon un parcours chronologique. «L’idée est d’ancrer cette histoire dans le temps long», explique Élodie Bouffard, commissaire exécutive de l’exposition pour l’IMA. Le premier espace est consacré aux communautés juives avant l’islam, lorsque pendant plus d'un millénaire, ces communautés vivent en terre de Canaan. Avec les répressions romaines durant jusqu'au milieu du IIᵉ siècle, la diaspora juive s'intensifie et les populations quittent Jérusalem, emportant avec elles les rouleaux de Torah. Les quatre grands foyers deviennent la Galilée, la Babylonie, la Syrie et l’Égypte. 

Le second espace retrace la période du VIIᵉ au XVᵉ siècle. À cette époque, la majorité des populations juives vivent dans le monde musulman. Elles y adoptent la langue arabe, dans la multiplicité de ses dialectes, qui, retranscrite en hébreu, devient le «judéo-arabe». Une période de symbiose culturelle, linguistique et philosophique entre les trois religions monothéistes présentes en Orient. À titre d’exemple, les vestiges des synagogues de cette période qui témoignent de ces échanges interreligieux, dont l’intérieur somptueux et d’une grande finesse démontre la richesse des contacts entre les artisans de toutes confessions.  

Du temps des séfarades au temps des exils 

Cette situation se dégrade notamment dès la fin du XIVᵉ siècle, surtout dans la péninsule Ibérique. Les difficultés économiques et les troubles politiques entraînent violences et conversions forcées. En 1492, les souverains espagnols victorieux signent l’édit d’expulsion des juifs. Ils leur donnent le choix entre la conversion au christianisme et le départ. Les juifs hispaniques, dits «séfarades», ainsi que les «marranes» (juifs convertis de force au christianisme, mais perpétuant en secret leurs traditions religieuses) émigrent pour beaucoup vers les ports de la Méditerranée, et fondent de nouveaux foyers au Maroc, dans l’Empire ottoman et en Europe. Les deux siècles qui suivent connaissent de nouveaux exils.  

Les deux derniers siècles sont également mouvementés pour la communauté juive d’Orient. Le XIXᵉ siècle est marqué par la colonisation de l’Algérie (1830), la prise de contrôle de la Tunisie (1881), de l’Égypte (1882), du Maroc, de la Libye (1912) par la France, le Royaume-Uni, l’Espagne et l’Italie. Après la Première Guerre mondiale (1914-1918), l’Empire ottoman est démantelé par la mise en place des mandats français (Liban, Syrie) et britanniques (Irak, Palestine et Transjordanie) dans les provinces arabes. La mainmise de l’Europe sur une partie du monde arabe a un impact économique, politique et culturel sur les communautés juives dans le monde arabe. 

L'exposition se conclut sur le «temps des exils» et le rôle de l'Europe dans la détérioration des relations entre juifs et musulmans, l'Holocauste, puis la création d'Israël en 1948 et le début des guerres entre ce nouvel État et des pays arabes.  

Des événements qui vont provoquer une séparation entre les communautés juives et musulmanes et pousser au départ de nombreux juifs vers l’Europe, Israël, les États-Unis et le Canada. Forte d’un million de personnes en 1945, la population juive dans les pays arabo-musulmans n’en compte aujourd’hui que 30 000, principalement en Turquie, au Maroc et en Iran.  

«Le moment présent est certes marqué par des ruptures et séparations, mais il existe une histoire plus profonde qui permet de comprendre la richesse du monde arabo-musulman, mais également celle des identités qui se déploient dans ce monde séfarade aujourd’hui. Nous voulons témoigner d’une histoire et de l’importance de la valoriser au sein des nouvelles générations», explique Élodie Bouffard. «Et surtout, coûte que coûte, lutter contre l’oubli», conclut la commissaire exécutive de l’exposition. 


Le mannequin franco-saoudien Amira Al-Zuhair défile pour Dolce & Gabbana

Le mannequin franco-saoudien Amira Al-Zuhair a défilé lors de la dernière présentation Alta Moda de Dolce & Gabbana, organisée dans le cadre luxuriant du parc botanique Radicepura, à Taormine, en Sicile. (Instagram)
Le mannequin franco-saoudien Amira Al-Zuhair a défilé lors de la dernière présentation Alta Moda de Dolce & Gabbana, organisée dans le cadre luxuriant du parc botanique Radicepura, à Taormine, en Sicile. (Instagram)
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  • Amira Al-Zuhair a participé au défilé Alta Moda de Dolce & Gabbana, organisé au parc botanique Radicepura à Taormine, en Sicile
  • La collection, inspirée de la mythologie et du patrimoine sicilien, présentait 100 créations de haute couture mettant les motifs floraux à l'honneur

DUBAÏ : Le mannequin franco-saoudien Amira Al-Zuhair a foulé le podium à l’occasion de la dernière présentation Alta Moda de Dolce & Gabbana, organisée dans le cadre luxuriant du parc botanique Radicepura, à Taormine, en Sicile.

Amira Al-Zuhair portait l’une des silhouettes aériennes de la collection, rejoignant un casting international de mannequins pour cette présentation exclusive.

Inspirée par la rencontre entre les divinités mythologiques et les mortels, la collection réunissait 100 créations de haute couture célébrant l’héritage intemporel de la Sicile. Dentelle noire emblématique, robes de bal spectaculaires en tulle, broderies florales somptueuses, capes de velours et ornements tridimensionnels raffinés composaient un univers où la mythologie antique rencontrait la fantaisie contemporaine. Les fleurs constituaient le fil conducteur de la collection, se déclinant en appliqués sculpturaux, ornements scintillants et broderies élaborées, en écho aux luxuriants jardins botaniques qui entouraient le podium. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Mondial-2026: l'Espagne brise le rêve des Bleus

Comme lors des deux dernières confrontations entre les deux pays, en demi-finales de l'Euro-2024 (2-1) et de la Ligue des nations 2025 (5-4), survolées par la Roja, la France a paru impuissante et on a eu peine à reconnaître la fantastique équipe du début de la compétition avec ce jeu résolument porté vers l'avant, magnifié par des attaquants à la connexion parfaite. 9QFP0
Comme lors des deux dernières confrontations entre les deux pays, en demi-finales de l'Euro-2024 (2-1) et de la Ligue des nations 2025 (5-4), survolées par la Roja, la France a paru impuissante et on a eu peine à reconnaître la fantastique équipe du début de la compétition avec ce jeu résolument porté vers l'avant, magnifié par des attaquants à la connexion parfaite. 9QFP0
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  • Une éventuelle médaille de bronze ne consolera sans doute pas les Bleus, qui se disaient en mission pour décrocher de nouveau le Graal et succéder aux héros de 1998 et 2018
  • La France a paru impuissante et on a eu peine à reconnaître la fantastique équipe du début de la compétition avec ce jeu résolument porté vers l'avant, magnifié par des attaquants à la connexion parfaite

ARLINGTON: Il n'y aura pas de troisième étoile pour les Bleus. La formidable aventure de l'équipe de France au Mondial-2026 a pris fin brutalement mardi après une cuisante défaite en demi-finale face à l'Espagne (2-0), qualifiée pour la deuxième finale de son histoire, seize ans après son unique sacre de 2010.

Le dénouement est cruel pour les hommes de Didier Deschamps, parvenus dans le dernier carré pour la troisième fois d'affilée mais surclassés par des champions d'Europe bien plus forts collectivement et qui peuvent en outre s'appuyer sur une défense de fer. Après avoir enchanté la planète football par leur jeu offensif flamboyant, les Bleus sont tombés sur une véritable machine, qui ne leur a laissé aucune chance.

La Roja, qui l'a emporté grâce à un penalty de Mikel Oyarzabal (22e), à la suite d'une faute de Lucas Digne sur le prodige Lamine Yamal, et un but de Pedro Porro (58e), peut désormais rêver d'un deuxième titre, dimanche au MetLife Stadium d'East Rutherford (New Jersey), contre le vainqueur d'Angleterre-Argentine. La France va elle devoir se contenter du match pour la troisième place, samedi à Miami.

Une éventuelle médaille de bronze ne consolera sans doute pas les Bleus, qui se disaient en mission pour décrocher de nouveau le Graal et succéder aux héros de 1998 et 2018. Mais il va falloir se remobiliser rapidement pour ne pas gâcher la dernière en tant que sélectionneur de Didier Deschamps, qui quittera son poste à l'issue de la partie après 14 années glorieuses sur le banc.

Comme lors des deux dernières confrontations entre les deux pays, en demi-finales de l'Euro-2024 (2-1) et de la Ligue des nations 2025 (5-4), survolées par la Roja, la France a paru impuissante et on a eu peine à reconnaître la fantastique équipe du début de la compétition avec ce jeu résolument porté vers l'avant, magnifié par des attaquants à la connexion parfaite.

L'Espagne a comme à son habitude monopolisé le ballon mais les individualités bleues sont totalement passées à côté de cet immense rendez-vous, surtout Ousmane Dembélé, transparent et dont la prestation a été indigne d'un Ballon d'Or, et Michael Olise, incapable de trouver la moindre ouverture. Fautes techniques, transmissions ratées, le joueur du Bayern Munich n'a pas réussi grand chose, il est vrai guère aidé par Adrien Rabiot qui a symbolisé la faillite du milieu de terrain.

Mbappé impuissant 

Le capitaine Kylian Mbappé s'est lui démené mais après avoir été le fer de lance de l'équipe de France avec ses huit buts, il pouvait difficilement faire la différence sans l'aide de ses compères face à une telle équipe d'Espagne. L'attaquant du Real Madrid se savait attendu contre son pays d'adoption mais il a été complètement muselé et ne s'offrira pas de deuxième couronne mondiale après celle de 2018.

Sa première grosse occasion n'est intervenue qu'à la 65e minute mais le "crack" de Bondy est tombé sur un Unai Simon vigilant dans la cage. Il a eu dans la foulée une autre belle opportunité, également détournée en corner (67e).

La sortie sur blessure dès la 30e minute du défenseur William Saliba, remplacé par Maxence Lacroix, n'a pas non plus aidé les hommes de Deschamps. Aurélien Tchouaméni, de retour après avoir manqué les deux dernières rencontres pour cause de soucis aux adducteurs, a lui été très loin de son meilleur niveau.

Le comble pour la France c'est que Lamine Yamal, considéré comme la principale menace espagnole et bourreau des Bleus en 2024 et 2025, ne s'est montré à son avantage qu'à de très rares exceptions, à l'image de sa Coupe du monde. Il a certes été à l'origine du penalty mais ne s'est pas souvent mis en valeur.

Qu'importe pour l'astre du Barça. A tout juste 19 ans, il va découvrir pour la première fois une finale de Coupe du monde, deux ans après avoir remporté l'Euro. Un écrin à la mesure de son talent.


Livin et Lunar, deux championne saoudiennes présentes à la EWC: nous sommes ici pour gagner

Arrivées à Paris hier soir, les joueuses ont confié à Arab News en français qu’elles abordent cette compétition avec enthousiasme, mais aussi avec la conscience de vivre un moment historique. (Photo fournie)
Arrivées à Paris hier soir, les joueuses ont confié à Arab News en français qu’elles abordent cette compétition avec enthousiasme, mais aussi avec la conscience de vivre un moment historique. (Photo fournie)
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  • Si Paris accueille cette troisième édition, l’Arabie saoudite reste plus que jamais au cœur de la compétition, car le Royaume arrive avec les deux principaux favoris du championnat des clubs, véritable épreuve reine de l’EWC
  • Double tenant du titre, Team Falcons vise un troisième sacre consécutif

PARIS: À Paris, l’Esports World Cup dépasse le simple cadre du jeu vidéo : c’est aussi un rendez-vous où se jouent l’influence, l’image et la puissance d’un pays qui veut s’imposer au cœur de l’e-sport mondial.

En installant pour la première fois sa compétition phare hors de Riyad, l’Arabie saoudite transforme la capitale française en vitrine internationale de ses ambitions sportives et géopolitiques.

Pendant sept semaines, plus de 2 000 joueurs venus d’une centaine de pays vont s’affronter pour un titre qui vaut bien plus qu’un trophée.

Mais si Paris accueille cette troisième édition, l’Arabie saoudite reste plus que jamais au cœur de la compétition, car le Royaume arrive avec les deux principaux favoris du championnat des clubs, véritable épreuve reine de l’EWC, où les organisations accumulent des points dans plusieurs disciplines afin de désigner le meilleur club du monde.

Double tenant du titre, Team Falcons vise un troisième sacre consécutif. Présent dans dix-huit tournois, le club saoudien dispose de l’effectif le plus dense du circuit et fait figure de référence sur des jeux aussi variés que Rocket League, Counter-Strike 2, Call of Duty: Warzone ou encore Overwatch.

À ses côtés, Twisted Minds poursuit une ascension fulgurante. Déjà vainqueur sur PUBG: Battlegrounds et Call of Duty: Warzone l’an dernier, le club s’est qualifié dans neuf disciplines et nourrit lui aussi de grandes ambitions.

Face à eux, la concurrence sera rude, notamment avec la formation française Team Vitality, portée par son public, et l’expérimentée Team Liquid, qui tenteront de mettre un terme à la domination saoudienne.

L’e-sport féminin constitue également l’un des temps forts de cette édition parisienne, avec le Mobile Legends: Bang Bang Women’s Invitational (MWI), seule compétition exclusivement féminine de l’EWC, qui réunit les seize meilleures équipes du monde après des qualifications organisées dans plus de soixante régions.

Parmi les équipes les plus attendues figure Virtus.pro MENA, qualifiée pour représenter officiellement la région Moyen-Orient et Afrique du Nord.

Arrivées à Paris hier soir, les joueuses ont confié à Arab News en français qu’elles abordent cette compétition avec enthousiasme, mais aussi avec la conscience de vivre un moment historique.

« Au début, nous avons été très surprises », souligne Lunar. « Nous avions l’habitude de jouer en Arabie saoudite, où nous évoluions à domicile. C’est la première fois que nous représentons l’Arabie saoudite dans une compétition organisée à l’étranger. C’est une expérience très particulière et nous avons hâte que le tournoi commence. »

Pour l’équipe, cette édition parisienne constitue pourtant déjà une troisième participation à l’Esports World Cup, après les éditions 2024 et 2025.

À la tête de Virtus.pro MENA, Livin incarne parfaitement la nouvelle génération de joueuses saoudiennes. Analyste de données à plein temps, elle partage son quotidien entre son travail et les entraînements organisés chaque soir avec ses coéquipières.

« Certaines d’entre nous travaillent, d’autres poursuivent leurs études », explique-t-elle. « Mais nous trouvons toujours le temps de nous entraîner ensemble. Nous nous préparons intensivement depuis trois mois et c’est ce travail qui nous a permis de décrocher notre qualification pour la scène mondiale. »

Concilier études, emploi et e-sport de haut niveau n’est pas toujours simple, reconnaît Lunar, mais la passion l’emporte sur les contraintes. « Nous adorons ce que nous faisons. La préparation demande beaucoup de discipline, mais nous prenons énormément de plaisir à nous entraîner ensemble. Nous étions déjà amies avant de devenir coéquipières. »

Toutes deux jouent à Mobile Legends: Bang Bang depuis leur adolescence et, lorsque MOONTON Games a lancé un tournoi féminin et ouvert des qualifications pour la région MENA, elles ont immédiatement saisi leur chance.

Aujourd’hui, leur objectif est clair. « Nous sommes ici pour gagner », affirme Livin sans détour. « Bien sûr, nous allons apprendre en affrontant les meilleures équipes du monde, mais notre ambition reste de remporter le titre. »

Lunar partage cette détermination. « Nous voulons aller le plus loin possible. Pour atteindre le sommet, il faut être prêtes à affronter toutes les équipes qui se présenteront devant nous. »

Au-delà de leurs performances, les deux joueuses espèrent contribuer à faire évoluer le regard porté sur l’e-sport féminin dans la région.

« Si des jeunes sont passionnés par les jeux vidéo, je les encourage à suivre cette voie. L’e-sport permet de réaliser son rêve de devenir joueur ou joueuse professionnelle », souligne Lunar.

À travers Team Falcons, Twisted Minds et Virtus.pro MENA, l’Arabie saoudite ne se contente donc pas d’organiser l’un des plus grands rendez-vous mondiaux de l’e-sport : elle entend aussi démontrer qu’elle est devenue une puissance sportive de premier plan, capable de briller aussi bien dans les compétitions masculines que féminines.