Sur «l'autre route migratoire», les rêves brisés des Africains partis pour l'Arabie Saoudite

Des migrants éthiopiens attendent lors d'une distribution de colis d'assistance aux migrants dans un centre de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) dans la ville d'Hargeisa, le 19 septembre 2021. (Photo, AFP)
Des migrants éthiopiens attendent lors d'une distribution de colis d'assistance aux migrants dans un centre de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) dans la ville d'Hargeisa, le 19 septembre 2021. (Photo, AFP)
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Publié le Mardi 23 novembre 2021

Sur «l'autre route migratoire», les rêves brisés des Africains partis pour l'Arabie Saoudite

  • Loin des caméras braquées sur l'Europe, les traversées de la Méditerranée et les milliers de réfugiés actuellement massés aux frontières polonaises, cette autre route connaît un regain de fréquentation
  • Le voyage est périlleux, parfois fatal, à travers les déserts et certaines régions chaotiques de la Corne de l'Afrique, les eaux tumultueuses du golfe d'Aden, jusqu'au Yémen en guerre

HARGEISA : Les passeurs avaient promis à Fentahun Derebe de l'amener en Arabie Saoudite, où il pourrait gagner plus d'argent qu'il n'en avait jamais rêvé, puis revenir chez lui, en Ethiopie, pour monter son entreprise. 

Arrivé sur la côte somalienne, les passeurs lui ont demandé plus d'argent. Fentahun ne pouvait pas payer. Alors ils l'ont abandonné. 

Sans argent, seul, le jeune homme de 19 ans n'a eu d'autre choix que de rebrousser chemin, plusieurs centaines de kilomètres à travers le désert. 

"On m'avait dit que j'aurais un bon travail et que je changerais de vie. On m'avait dit que ce serait facile. Mais ça ne s'est pas du tout passé comme ça", raconte de sa voix douce le jeune homme, rencontré à Hargeisa, dans le nord de la Somalie.

De nombreux migrants africains, principalement éthiopiens, échouent dans cette ville, carrefour d'une des routes migratoires les plus fréquentées au monde: la "route de l'Est", vers la péninsule arabique.

Loin des caméras braquées sur l'Europe, les traversées de la Méditerranée et les milliers de réfugiés actuellement massés aux frontières polonaises, cette autre route connaît un regain de fréquentation.

Le voyage est périlleux, parfois fatal, à travers les déserts et certaines régions chaotiques de la Corne de l'Afrique, les eaux tumultueuses du golfe d'Aden, jusqu'au Yémen en guerre.

De là, les migrants doivent traverser de nouvelles zones hostiles dans l'espoir d'atteindre l'Arabie saoudite ou d'autres États du Golfe pour y trouver du travail.

«J'avais peur»

La plupart n'y arrivent jamais.

Des dizaines de milliers d'entre eux se retrouvent piégés au Yémen, incapables de payer un voyage de retour, pris en otage par des passeurs ou détenus par les autorités locales. 

En mars, un incendie dans un centre de détention surpeuplé de la capitale yéménite a tué des dizaines de migrants.

Le même mois, 20 personnes sont mortes noyées lorsque des passeurs ont jeté par-dessus bord des dizaines de migrants de leur embarcation surchargée en route vers le Yémen. 

Beaucoup ne quittent jamais l'Afrique, escroqués comme Fentahun avant même de mettre les voiles. 

"Ils m'ont dit que ça coûterait 500 dollars (440 euros) pour monter sur le bateau. Je n'en avais même pas 100. J'ai été choqué", raconte le jeune homme, qui a quitté sa ville de Gondar, dans le nord de l'Éthiopie, ayant à peine terminé son lycée.

Les migrants ont deux options pour rejoindre le Yémen depuis le continent africain. 

L'une via Obock, à Djibouti, mais les côtes y sont surveillées et les migrants traqués.

L'autre depuis Bosaso, dans le nord de la Somalie, où le contrôle est plus faible. Cette dernière est plus populaire mais aussi plus longue et plus dangereuse. 

Fentahun raconte que durant sa marche d'un mois entre Bosaso et Hargeisa (600 kilomètres à vol d'oiseau), il a croisé de nombreux migrants dans une situation désespérée. Certains avaient été volés ou maltraités physiquement. Tous manquaient désespérément d'eau et de nourriture.

"J'avais peur", confie-t-il: "La route n'était pas sûre".

Beaucoup des migrants sur cette route sont des adolescents seuls, dont "certains n'ont pas de chaussures", souligne Farhan Omer, employé dans un centre de l'Organisation internationale de la migration (OIM) à Hargeisa.

«Pas le choix»

Des centaines de migrants sont coincés à Hargeisa, désoeuvrés, sans argent pour gagner Bosaso ou faire demi-tour et rentrer chez eux. 

Woynshat Esheto, 35 ans, rêvait d'aller en Arabie saoudite et devenir femme de ménage. Mais elle est tombée à court d'argent.

"Je suis partie pour mes enfants", explique cette mère célibataire de quatre enfants: "Je n'avais aucun moyen de les nourrir ou de les envoyer à l'école. Je n'avais pas le choix". 

Les mouvements ont repris sur la "route de l'Est", après un ralentissement en 2020 en raison des fermetures de frontières causées par la pandémie de coronavirus. 

En 2018 et 2019, c'était la route de migration maritime la plus fréquentée au monde. Plus de 138 000 migrants ont embarqué sur des bateaux à destination du Yémen en 2019, contre 110 000 traversant la Méditerranée la même année. 

Mais ces déplacements de population, qui ne touchent pas l'Europe ou l'Amérique du Nord, sont souvent ignorés.  

"Ce qui est frustrant ici, c'est qu'il y ait si peu d'attention (...) Personne ne s'intéresse vraiment aux gens qui ont des problèmes dans les pays de la Corne de l'Afrique", déplore Richard Danziger, chef de mission de l'OIM pour la Somalie. 

Accroché à ses rêves d'une vie meilleure, Mengistu Amare n'est pas découragé par les périls à venir, même s'il ne sait pas grand-chose de l'endroit où il va ni de ce qui l'attend en chemin. 

"Je sais qu'il faut traverser la mer pour rejoindre l'Arabie Saoudite. Je ne suis jamais monté sur un bateau et je ne sais pas nager", explique cet Éthiopien de 21 ans. Mais il tentera sa chance: "J'irais n'importe où, tant qu'il y a du travail".


Malgré les menaces de Téhéran, les discussions continuent "à un rythme rapide" selon Trump

Des personnes scandent lors d’un rassemblement à Téhéran lundi soir, alors que les progrès vers un accord de paix entre les États-Unis et l’Iran s’essoufflaient. (West Asia News Agency via Reuters)
Des personnes scandent lors d’un rassemblement à Téhéran lundi soir, alors que les progrès vers un accord de paix entre les États-Unis et l’Iran s’essoufflaient. (West Asia News Agency via Reuters)
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  • Les pourparlers États-Unis–Iran sont fragiles, entre annonces d’accords et suspension du dialogue.
  • Malgré les discussions, les frappes et menaces d’escalade régionale se poursuivent, alimentant l’instabilité

TEHERAN: Donald Trump a assuré lundi que les négociations avec Téhéran pour mettre un terme à la guerre au Moyen-Orient se poursuivaient "à un rythme rapide" et qu'une détente se profilait au Liban, comme exigé par la partie iranienne.

Un peu plus tôt, l'agence de presse iranienne Tasnim avait affirmé que les négociateurs du pays avaient "suspendu" le dialogue indirect avec Washington à cause des "crimes" qu'Israël "continue à commettre", sans que cette information ne soit confirmée de source officielle iranienne.

"Les Etats-Unis sont directement responsables d'une violation du cessez-le-feu contre l'Iran, et d'une violation du cessez-le-feu par le régime israélien contre le Liban", a estimé le ministère iranien des Affaires étrangères dans un communiqué.

Les Gardiens de la Révolution, armée idéologique de la République islamique, ont estimé que "les lignes rouges franchies" à Gaza et au Liban équivalaient "à une guerre directe", en référence aux frappes quasi quotidiennes d'Israël dans le territoire palestinien et à son offensive dans le pays voisin.

"En réponse", l'Iran "est déterminé à mener des opérations défensives" et à "ouvrir de nouveaux fronts", ont averti les Gardiens.

Mais Donald Trump a annoncé avoir obtenu auprès du Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, l'engagement de ne pas envoyer de troupes à Beyrouth, et auprès du Hezbollah pro-iranien celui de "cesser totalement le feu".

"Israël ne les attaquera pas et ils n'attaqueront pas Israël", a-t-il écrit.

Peu après, l'ambassade du Liban aux Etats-Unis a confirmé que le Hezbollah avait accepté une proposition américaine de "cessation mutuelle des attaques" avec Israël.

- Le pétrole fébrile -

Les négociations indirectes entre les Etats-Unis et l'Iran, pour mettre fin à la guerre déclenchée le 28 février par une attaque conjointe israélo-américaine, patinent depuis des semaines.

D'autant que Téhéran a redit lundi que le nucléaire iranien ne faisait pas partie "à ce stade" des discussions, contrairement aux attentes de Donald Trump, qui a affirmé dimanche soir qu'un protocole d'accord devrait stipuler "très clairement que l'Iran n'aura(it) pas d'arme nucléaire".

Autre dossier clé des discussions, la navigation maritime. Selon Tasnim, l'Iran compte continuer à verrouiller le détroit d'Ormuz, et envisage de perturber le trafic dans celui de Bab el-Mandeb, de l'autre côté de la péninsule arabique - ce qui bloquerait l'accès au canal de Suez via la mer Rouge et contraindrait les navires à d'énormes détours.

Un navire a été touché par un projectile dans le Golfe qui a déclenché une forte explosion, a indiqué sans plus de détails l'agence de sécurité maritime britannique UKMTO.

Dans ce contexte, le cours du Brent de la mer du Nord, référence mondiale du pétrole brut, est brutalement reparti à la hausse (jusqu'à environ +7%) avant de ralentir quelque peu et de terminer la séance en hausse de 4,24% à 94,98 dollars.

- Washington défend des frappes "défensives" -

L'Iran avait plus tôt dans la journée accusé les Etats-Unis de violer à nouveau le fragile cessez-le-feu conclu le 8 avril, après des frappes américaines ce week-end suivies de représailles militaires iraniennes.

L'armée américaine a annoncé avoir mené samedi et dimanche une nouvelle vague de frappes "défensives" sur le sud de l'Iran, la troisième en un peu plus d'une semaine.

Ces bombardements ont visé des systèmes de radar et de contrôle de drones dans la ville de Goruk et l'île de Qeshm dans le détroit d'Ormuz, a précisé le Commandement américain pour le Moyen-Orient (Centcom).

Les Gardiens iraniens avaient dit avoir riposté en attaquant une base utilisée par l'armée américaine pour des frappes contre son territoire, sans nommer le pays visé - mais le Koweït a intercepté des missiles et drones "hostiles" et les a attribués à l'Iran.

La guerre a fait des milliers de morts, surtout en Iran et au Liban, et ébranle l'économie mondiale.


L'UE appelle Israël à cesser son « escalade militaire» au Liban

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  • Israël doit cesser son "escalade militaire" au Liban et respecter "la souveraineté et l'intégrité territoriale" de ce pays
  • "Le peuple libanais a déjà enduré d’immenses épreuves. Il n’a pas choisi cette guerre, et cette guerre n’est pas la sienne"

BRUXELLES: Israël doit cesser son "escalade militaire" au Liban et respecter "la souveraineté et l'intégrité territoriale" de ce pays, où les autorités israéliennes envisagent d'établir dans le sud une zone sous contrôle militaire, a affirmé lundi un porte-parole de l'Union européenne.

"Le peuple libanais a déjà enduré d’immenses épreuves. Il n’a pas choisi cette guerre, et cette guerre n’est pas la sienne", a affirmé ce porte-parole, Anouar El Anouni.

 

 


Trump a renvoyé une proposition d'accord plus stricte à l'Iran 

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  • D'après le New York Times, citant samedi des responsables ayant connaissance des tractations, le président américain a durci certains termes de la proposition qui était sur la table et a adressé ce nouveau plan à Téhéran
  • Selon le site Axios, il souhaitait renforcer la position de Washington sur plusieurs aspects qu'il considère personnellement comme importants, notamment le sort des matériaux nucléaires iraniens

WASHINGTON: Donald Trump a renvoyé une nouvelle proposition d'accord plus stricte à l'Iran pour mettre fin à la guerre, alors qu'une entente semblait se rapprocher ces derniers jours, affirment samedi des médias américain.

D'après le New York Times, citant samedi des responsables ayant connaissance des tractations, le président américain a durci certains termes de la proposition qui était sur la table et a adressé ce nouveau plan à Téhéran.

Le média américain n'est pas en mesure de préciser les changements apportés par le républicain. Mais selon le site Axios, il souhaitait renforcer la position de Washington sur plusieurs aspects qu'il considère personnellement comme importants, notamment le sort des matériaux nucléaires iraniens.

M. Trump a maintes fois répété qu'il était exclu que Téhéran se dote de l'arme atomique, et exige que son stock d'uranium hautement enrichi soit détruit.

La question du nucléaire est l'un des principaux points de friction dans les négociations pour mettre fin à la guerre déclenchée le 28 février par l'offensive israélo-américaine contre la République islamique.

Parmi les autres priorités du président figurent la réouverture et le déminage du détroit d'Ormuz par l'Iran, qui en bloquant cette voie d'eau perturbe gravement les approvisionnements en carburant et l'économie mondiale en général.

Les modifications apportées par Donald Trump pourraient encore prolonger les négociations. Des sources américaines ont indiqué à l'AFP que le président n'avait pas décidé de signer la proposition sur son bureau vendredi, après une réunion de crise à la Maison Blanche.

Dans la soirée, un responsable de la présidence avait affirmé que Donald Trump ne signerait un accord "que s'il est bon pour l'Amérique et que ses lignes rouges sont satisfaites".