Emeutes aux îles Salomon sur fond de rivalité entre Taïwan et Pékin

Les flammes ravagent des bâtiments et des colonnes de fumée noire s'élevent au-dessus de la ville de Honiara, capitale des Iles. (Photo, AFP)
Les flammes ravagent des bâtiments et des colonnes de fumée noire s'élevent au-dessus de la ville de Honiara, capitale des Iles. (Photo, AFP)
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Publié le Vendredi 26 novembre 2021

Emeutes aux îles Salomon sur fond de rivalité entre Taïwan et Pékin

  • L'Australie, grand voisin situé à 1500 kilomètres, a déployé une force de maintien de la paix
  • Les manifestants ont brûlé un poste de police et pillé des commerces, dont certains appartenant à des Chinois

HONIARA : De nouvelles émeutes ont secoué jeudi les Iles Salomon, amenant l'Australie à y déployer une force de maintien de la paix, sur fond de rivalité entre Taïwan et Pékin qui s'alarme pour ses intérêts dans l'archipel du Pacifique.

Les Iles Salomon, qui depuis 1983 entretenaient des liens diplomatiques avec Taïwan, ont choisi en 2019 de rompre avec le territoire pour reconnaître le pouvoir communiste de Pékin en tant que représentant légitime de la Chine.

Le géant asiatique, qui considère Taïwan comme l'une de ses provinces bien qu'il ne contrôle pas l'île de 23 millions d'habitants, en fait un prérequis pour l'établissement de relations diplomatiques avec d'autres pays.

La décision du gouvernement des Iles Salomon avait alors provoqué le ressentiment d'une partie de la population qui entretenait des relations étroites avec Taipei.

Mercredi, des centaines de personnes ont manifesté pour réclamer la démission du Premier ministre Manassah Sogavare, avant de se rendre dans le quartier chinois de Honiara, la capitale des Iles Salomon.

Les manifestants ont brûlé un poste de police et pillé des commerces, jusqu'à l'intervention de la police avec des gaz lacrymogènes.

Un couvre-feu a été imposé. Mais en dépit de l'interdiction de sortir, des manifestants sont à nouveau descendus dans la rue jeudi. Les médias locaux ont fait état de pillages et d'utilisation de gaz lacrymogène par la police.

Un témoin a dit à l'AFP avoir vu la police installer des barrages routiers. Sans aucun signe d'accalmie du côté des émeutiers, plus de 24 heures après le début des troubles devant le Parlement.

Jeudi soir, des centaines de pillards défiaient ouvertement le couvre-feu instauré par la police, courant dans les rues avec des cartons et des sacs de marchandises, alors que les flammes ravageaient des bâtiments et que des colonnes de fumée noire s'élevaient au-dessus de la ville.

Des images publiées sur les réseaux sociaux montraient des bâtiments en flammes, de la fumée s'échappant des devantures et des toits effondrés. Des débris, poubelles et branches d'arbres parsemaient les rues.

Les banques, écoles, postes de police et les commerces détenus par des Chinois faisaient selon ces sources partie des bâtiments incendiés.

Pékin a fait part de sa "grande préoccupation" pour ses intérêts aux Salomon.

"Nous demandons au gouvernement des Iles Salomon de prendre toutes les mesures nécessaires pour assurer la sécurité des ressortissants chinois et entités chinoises", a indiqué devant la presse un porte-parole de la diplomatie de Pékin, Zhao Lijian.

Le Premier ministre Manasseh Sogavare, qui a déploré mercredi un "événement triste et malheureux visant à faire tomber un gouvernement démocratiquement élu", a assuré qu'il resterait au pouvoir.

Des manifestants venus de l'île voisine de Malaita auraient pris part à ces violences pour protester contre la décision, en 2019, de transférer sa reconnaissance diplomatique de Taïwan à la Chine.

Le dirigeant de la province de Malaita, Daniel Suidani, a accusé le Premier ministre d'être l'homme de Pékin, affirmant qu'il avait "placé les intérêts étrangers au-dessus de ceux des habitants des îles Salomon". "Les gens ne sont pas aveugles et ne veulent plus être trompés", a-t-il ajouté.

L'Australie, grand voisin des Salomon situé à 1500 kilomètres, va y déployer une force de maintien de la paix, a annoncé jeudi le Premier ministre Scott Morrison. "Notre objectif est d'assurer la stabilité et la sécurité", a-t-il déclaré, affirmant avoir reçu une demande d'assistance de son homologue.

La ministre australienne de l'Intérieur Karen Andrews a indiqué que "vingt-trois membres de la police fédérale australienne ont été déployés (...), ils sont déjà sur le terrain à Honiara. D'autres seront déployés aujourd'hui, environ 50", a-t-elle informé.

"La situation est très volatile ici. Pour l'instant, nous savons que les émeutes se sont intensifiées au cours des deux derniers jours", a-t-elle déclaré, ajoutant que les troupes sécuriseraient, entre autres, l'aéroport et les ports.

Selon la ministre, le déploiement australien devrait durer "quelques semaines", contrairement à la dernière mission de maintien de la paix qui s'est déroulée entre 2003 et 2017, coûtant près de 2,2 milliards de dollars (près de deux milliards d'euros). 

"Notre objectif principal est de rétablir la loi et l'ordre public, il ne s'agit certainement pas d'intervenir dans les affaires politiques qui se déroulent en ce moment", a-t-elle assuré.

Les Salomon, indépendantes de la Grande-Bretagne depuis 1978, avaient sombré dans des violences interethniques au début des années 2000. De nouvelles tensions avaient entraîné le déploiement d'une force de maintien de la paix dirigée par l'Australie.

Des émeutes avaient notamment éclaté dans le quartier chinois de Honiara lors des élections législatives de 2006, à la suite de rumeurs selon lesquelles des entreprises proches de Pékin avaient truqué le vote.

 

 

 

 


L'UE appelle Israël à cesser son « escalade militaire» au Liban

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  • Israël doit cesser son "escalade militaire" au Liban et respecter "la souveraineté et l'intégrité territoriale" de ce pays
  • "Le peuple libanais a déjà enduré d’immenses épreuves. Il n’a pas choisi cette guerre, et cette guerre n’est pas la sienne"

BRUXELLES: Israël doit cesser son "escalade militaire" au Liban et respecter "la souveraineté et l'intégrité territoriale" de ce pays, où les autorités israéliennes envisagent d'établir dans le sud une zone sous contrôle militaire, a affirmé lundi un porte-parole de l'Union européenne.

"Le peuple libanais a déjà enduré d’immenses épreuves. Il n’a pas choisi cette guerre, et cette guerre n’est pas la sienne", a affirmé ce porte-parole, Anouar El Anouni.

 

 


Trump a renvoyé une proposition d'accord plus stricte à l'Iran 

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  • D'après le New York Times, citant samedi des responsables ayant connaissance des tractations, le président américain a durci certains termes de la proposition qui était sur la table et a adressé ce nouveau plan à Téhéran
  • Selon le site Axios, il souhaitait renforcer la position de Washington sur plusieurs aspects qu'il considère personnellement comme importants, notamment le sort des matériaux nucléaires iraniens

WASHINGTON: Donald Trump a renvoyé une nouvelle proposition d'accord plus stricte à l'Iran pour mettre fin à la guerre, alors qu'une entente semblait se rapprocher ces derniers jours, affirment samedi des médias américain.

D'après le New York Times, citant samedi des responsables ayant connaissance des tractations, le président américain a durci certains termes de la proposition qui était sur la table et a adressé ce nouveau plan à Téhéran.

Le média américain n'est pas en mesure de préciser les changements apportés par le républicain. Mais selon le site Axios, il souhaitait renforcer la position de Washington sur plusieurs aspects qu'il considère personnellement comme importants, notamment le sort des matériaux nucléaires iraniens.

M. Trump a maintes fois répété qu'il était exclu que Téhéran se dote de l'arme atomique, et exige que son stock d'uranium hautement enrichi soit détruit.

La question du nucléaire est l'un des principaux points de friction dans les négociations pour mettre fin à la guerre déclenchée le 28 février par l'offensive israélo-américaine contre la République islamique.

Parmi les autres priorités du président figurent la réouverture et le déminage du détroit d'Ormuz par l'Iran, qui en bloquant cette voie d'eau perturbe gravement les approvisionnements en carburant et l'économie mondiale en général.

Les modifications apportées par Donald Trump pourraient encore prolonger les négociations. Des sources américaines ont indiqué à l'AFP que le président n'avait pas décidé de signer la proposition sur son bureau vendredi, après une réunion de crise à la Maison Blanche.

Dans la soirée, un responsable de la présidence avait affirmé que Donald Trump ne signerait un accord "que s'il est bon pour l'Amérique et que ses lignes rouges sont satisfaites".


Les Etats-Unis et l'Iran s'attaquent mutuellement malgré le cessez-le-feu

Les Etats-Unis et l'Iran ont annoncé dans la nuit de dimanche à lundi une série d'attaques réciproques, portant un nouveau coup au cessez-le-feu au moment où leurs négociations pour mettre fin à la guerre patinent. (AFP)
Les Etats-Unis et l'Iran ont annoncé dans la nuit de dimanche à lundi une série d'attaques réciproques, portant un nouveau coup au cessez-le-feu au moment où leurs négociations pour mettre fin à la guerre patinent. (AFP)
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  • Les informations de médias américains pendant le week-end faisant état de nouvelles exigences américaines envers Téhéran ont refroidi les espoirs d'accord imminent, alimentés par Donald Trump lui-même
  • Et tandis que sur le front libanais Israël a intensifié son offensive, l'armée américaine a annoncé avoir mené samedi et dimanche une nouvelle vague de frappes "défensives" sur le sud de l'Iran, la troisième en un peu plus d'une semaine

TEHERAN: Les Etats-Unis et l'Iran ont annoncé dans la nuit de dimanche à lundi une série d'attaques réciproques, portant un nouveau coup au cessez-le-feu au moment où leurs négociations pour mettre fin à la guerre patinent.

Les informations de médias américains pendant le week-end faisant état de nouvelles exigences américaines envers Téhéran ont refroidi les espoirs d'accord imminent, alimentés par Donald Trump lui-même.

Et tandis que sur le front libanais Israël a intensifié son offensive, l'armée américaine a annoncé avoir mené samedi et dimanche une nouvelle vague de frappes "défensives" sur le sud de l'Iran, la troisième en un peu plus d'une semaine.

Ces bombardements ont visé des systèmes de radar et de contrôle de drones dans la ville de Goruk et l'île de Qeshm dans le détroit d'Ormuz, a précisé le Commandement américain pour le Moyen-Orient (Centcom) dimanche soir sur X.

Ces opérations ont été menées "en réponse à des actions agressives de l'Iran, dont la destruction d'un drone américain MQ-1 qui opérait au-dessus des eaux internationales", a ajouté la même source.

Les Gardiens de la Révolution iraniens, peu après, ont affirmé avoir attaqué une base utilisée par l'armée américaine pour des frappes contre son territoire.

La localisation de cette base n'a pas été précisée dans le communiqué des Gardiens diffusé par les médias d'Etat.

L'armée du Koweït a annoncé de son côté faire face à une attaque de drones et missiles.

Washington et Téhéran s'étaient déjà accusés mutuellement jeudi de violer le cessez-le-feu en vigueur depuis le 8 avril, après des frappes américaines sur le sud de l'Iran suivies d'une attaque contre le Koweït.

Plus de fermeté 

La guerre a été déclenchée le 28 février par une offensive israélo-américaine, alors que Téhéran et Washington avaient repris des négociations sur le nucléaire. Le conflit, qui a fait des milliers de morts, ébranle l'économie mondiale en faisant grimper les prix du pétrole.

Alors que les deux pays semblaient ces derniers jours se rapprocher d'un accord, le New York Times a rapporté samedi, sans plus de détails, que le président américain avait durci sa proposition et envoyé une nouvelle version d'un possible protocole d'accord à Téhéran.

Selon le site américain Axios, M. Trump, dont la priorité déclarée est de mettre fin au programme nucléaire iranien et de rétablir le trafic maritime dans le détroit d'Ormuz, souhaite plus de fermeté des négociateurs de Washington.

La chaîne CBS a rapporté dimanche soir que la nouvelle proposition américaine prévoit une prolongation du cessez-le-feu de 60 jours avec des clauses prévoyant la réouverture d'Ormuz et un cadre pour une reprise des négociations sur le nucléaire.

"Nous n'approuverons aucun accord tant que nous n'aurons pas la certitude que les droits du peuple iranien ont été pleinement garantis", a averti dimanche le principal négociateur iranien, le président du Parlement Mohammad Bagher Ghalibaf.

L'Iran, qui revendique son droit à mener un programme nucléaire civil, a toujours démenti vouloir se doter de l'arme atomique, malgré les soupçons en ce sens des Etats-Unis et de nombreux pays.

Il souhaite aborder ce dossier dans un second temps en cas d'accord avec Washington et exige une levée immédiate des sanctions le frappant.

Site stratégique 

Donald Trump a insisté dimanche sur Truth Social que le projet d'accord "stipule très clairement que l'Iran n'aura pas d'arme nucléaire", et ce "en des termes très fermes".

Téhéran insiste aussi pour que tout accord inclue la fin des hostilités au Liban, où Israël veut "éliminer" le Hezbollah pro-iranien.

Mais sur ce front, l'armée israélienne continue à avancer dans le sud du pays où elle a mené de nouvelles frappes, et le Hezbollah poursuit ses attaques notamment dans le nord israélien, malgré la trêve en vigueur depuis le 17 avril, mais non respectée.

L'armée israélienne s'est emparée dimanche de la forteresse médiévale de Beaufort, un site stratégique où elle avait établi une base pendant les deux décennies de l'occupation israélienne, achevée en 2000.

Pour les Etats-Unis, c'est au Hezbollah de cesser les tirs en premier, en contrepartie de quoi Israël "s'abstiendrait de toute escalade à Beyrouth", selon un plan rapporté par un responsable américain à la suite d'entretiens menés dimanche par le chef de la diplomatie Marco Rubio avec le président libanais Joseph Aoun et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.

La France a demandé une réunion d'urgence au Conseil de sécurité, qui se tiendra lundi, selon des sources diplomatiques à l'AFP.