Une première résidence d’artistes située au cœur de l'oasis d'AlUla dévoilée aujourd’hui

Mabiti AlUla, siège du programme pilote de résidence artistique AlUla. (Photo de Mae Woolworth, avec l'autorisation de Manifesto)
Mabiti AlUla, siège du programme pilote de résidence artistique AlUla. (Photo de Mae Woolworth, avec l'autorisation de Manifesto)
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Publié le Samedi 04 décembre 2021

Une première résidence d’artistes située au cœur de l'oasis d'AlUla dévoilée aujourd’hui

  • La première résidence d’artistes d'AlUla a été inaugurée aujourd’hui
  • Pendant une période de 11 semaines s’achevant le 14 janvier 2022, six artistes travailleront sur le terrain autour de la « renaissance de l’oasis »

ALULA : La Commission Royale pour AlUla (RCU), l’Agence française pour le développement d’AlUla (Afalula) et Manifesto ont annoncé aujourd’hui le lancement du premier programme de résidence d’artistes à AlUla (Arabie saoudite), une région culturelle unique du nord-ouest de l’Arabie, véritable pôle culturel et commercial en constante évolution depuis plusieurs siècles.

Rendu du futur quartier de la vieille ville d'AlUla, mettant en valeur le quartier des arts et l'emplacement de la vieille ville, avec l'aimable autorisation de RCU.
Rendu du futur quartier de la vieille ville d'AlUla, mettant en valeur le quartier des arts et l'emplacement de la vieille ville, avec l'aimable autorisation de RCU.

Sélectionnés parmi plus de cinquante profils, six artistes font partie de la première résidence, ouverte le 1er novembre 2021 et qui se poursuivra jusqu’au 14 janvier 2022 :

Rashed Al Shashai (Photo fournie)
Rashed Al Shashai (Photo fournie)

Rashed Al Shashai (né en 1977 en Arabie saoudite, installé à Riyad) est un artiste conceptuel et professeur d’art. Son œuvre explore la finalité de l’existence humaine et les fonctions de la société à partir d’objets et d’images du quotidien.

Sara Favriau (Photo fournie)
Sara Favriau (Photo fournie)

Sara Favriau (née en 1983 en France, installée à Paris) est une artiste pluridisciplinaire. Ses sculptures, installations et représentations se penchent sur la permanence de soi, de la nature et des œuvres d’art.

Talin Hazbar (Photo fournie)
Talin Hazbar (Photo fournie)

Talin Hazbar (née en 1988 en Syrie, installée à Charjah) est une architecte et artiste visuelle. Ses travaux et procédés visent à mettre en évidence les chevauchements entre la nature, l’histoire et l’écologie.

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Laura Sellies (Crédit Thomas Favel)

Laura Sellies (née en 1989 en France, installée à Paris dans son studio à POUSH Manifesto) est une artiste multimédia. Elle recherche, à travers ses créations, de nouvelles façons de comprendre les relations qui existent entre les sculptures, les corps, les images et les sons.

Sofiane Si Merabet (Crédit Augustin Paredes)
Sofiane Si Merabet (Crédit Augustin Paredes)

Sofiane Si Merabet (né en 1981 en France, installé à Dubaï) est un artiste multimédia. Son travail analyse les souvenirs, les identités et les migrations.

Muhannad Shono (Crédit Marwah Almugait)
Muhannad Shono (Crédit Marwah Almugait)

Muhannad Shono (né en 1977 en Arabie saoudite, installé à Riyad) est un artiste pluridisciplinaire dont le travail questionne ce qui se cache sous la surface de l’expérience humaine.

Paysage d'oasis d'AlUla (Photo RCU)
Paysage d'oasis d'AlUla (Photo RCU)

« La résidence d’artistes inaugurale marque une nouvelle étape dans le développement culturel d’AlUla, déclare Nora AlDabal, directrice de la programmation artistique et culturelle de la RCU. Notre objectif est non seulement de proposer des expériences culturelles uniques aux visiteurs, mais aussi de contribuer à la création d’un écosystème culturel florissant avec un Arts District dynamique et un espace destiné aux artistes et aux créateurs d’AlUla. Le programme pilote de résidence d’artistes dévoilé aujourd’hui jettera de solides bases pour une telle ambition. Nous prévoyons un campus dédié aux arts, à l’engagement, l’inspiration et la création, sur lequel les artistes et les esprits créatifs du monde entier pourront vivre, travailler et contribuer à façonner le prochain chapitre de notre héritage, qui ne cesse d’évoluer. »

Le programme pilote de résidence, d’une durée de 11 semaines, favorise le dialogue, l’échange et la collaboration entre les artistes en résidence et les experts travaillant sur le terrain à AlUla, les acteurs locaux et les autres membres de la communauté locale. Grâce à ces collaborations avec des équipes techniques aux expertises variées allant de la géologie à l’architecture, en passant par l’archéologie et la botanique, AlUla deviendra réellement une « destination pensée par les artistes ».

«L'originalité de ce tout premier programme de résidences d’artistes développé en partenariat entre la RCU et l'Agence française pour le développement d’AlUla réside dans la rencontre entre de jeunes artistes internationaux et l'impressionnante palette de scientifiques travaillant actuellement dans l'Oasis : archéologues, anthropologues, agronomes et botanistes, etc, précisent Jean-François Charnier, directeur scientifique d’Afalula et Arnaud Morand, responsable de la création et de l’innovation. C'est une expérience inédite d'associer à cette échelle le regard des artistes et la démarche scientifique dans l'écriture des récits, dans la réinvention d'une destination. Cela contribuera à faire d'AlUla une destination culturelle d'un nouveau genre. »

Les membres de RCU, Afalula et Manifesto ont accueilli les artistes invités lors de l'ouverture de la résidence d'art AlUla à Mabiti AlUla le 1er novembre 2021 (Photo: The Nabataean Studio)
Les membres de RCU, Afalula et Manifesto ont accueilli les artistes invités lors de l'ouverture de la résidence d'art AlUla à Mabiti AlUla le 1er novembre 2021 (Photo: The Nabataean Studio)

« Nous sommes très fiers que Manifesto ait été choisie pour lancer ce tout premier centre artistique au cœur de l’oasis d’AlUla, se réjouit de son côté Laure Confavreux-Colliex, directrice générale de Manifesto, agence artistique et culturelle basée à Paris et impliquée dans de grands projets de développement urbain et patrimonial. Nous œuvrons actuellement sur place pour faire de ce site le point d’entrée d’une destination véritablement conçue par des artistes. »

Pour cette première édition, les recherches et les travaux des artistes se consacrent à la renaissance de l’oasis, l’un des paysages les plus marquants d’AlUla, objet d’un programme de rénovation en cours dans le but de lui insuffler un nouvel élan de vie.

Des artisans de la communauté locale d'AlUla assistent à un atelier conçu et organisé par l'artiste en résidence Sara Favriau le 19 novembre 2021 (Photo Anais Veignant)
Des artisans de la communauté locale d'AlUla assistent à un atelier conçu et organisé par l'artiste en résidence Sara Favriau le 19 novembre 2021 (Photo Anais Veignant)

Le programme pilote encourage les résidents invités à réfléchir à la place de l’artiste au sein de programmes de développement aussi vastes et à la manière dont leurs perceptions et points de vue peuvent s’intégrer aux recherches entreprises par la communauté d’experts. Par leur regard créatif, les artistes s’interrogeront sur l’évolution de l’oasis tout en (re)définissant ce que l’oasis, objet de savoir, de création et de préservation, peut nous apprendre dans le contexte spécifique d’un programme de rénovation.

Les artistes Laura Sellies et Rashed AlShashai visitent le Madrasat AdDeera, le centre d'art et de design d'AlUla (Photo The Nabataean Studio)
Les artistes Laura Sellies et Rashed AlShashai visitent le Madrasat AdDeera, le centre d'art et de design d'AlUla (Photo The Nabataean Studio)

Outre le soutien apporté aux projets de recherche et de production des artistes installés à AlUla, un programme public dynamique est proposé chaque semaine en collaboration avec les artistes, les experts et la communauté locale. Des portes ouvertes, ateliers et rencontres permettent au public et aux artistes de discuter de leurs travaux en cours à différentes étapes de la résidence.

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Atelier de teinture au centre d'art et de design d'AlUla, le 17 novembre (Photo Anais Veignant)

La première édition a lieu à Mabiti AlUla, une palmeraie et maison d’hôtes située au cœur de l’oasis d’AlUla. Elle sera ensuite organisée à Madrasat AdDeera, un centre d’art et de design. Les artistes en résidence ont déjà commencé à collaborer avec des artisans locaux grâce aux programmes organisés à Madrasat AdDeera, tout en approfondissant et en concentrant leurs recherches sur les matériaux disponibles localement à AlUla, son artisanat et ses pratiques culturelles.

Le 12 novembre 2021, pour le premier programme public de l'édition pilote de la résidence d'art d'AlUla, l'artiste française Laura Sellies a présenté sa pratique et ses recherches en cours à AlUla. Photo d'Abdulmuhsin Bluwi, avec l'aimable autorisation de l'artiste et de Manifesto.
Le 12 novembre 2021, pour le premier programme public de l'édition pilote de la résidence d'art d'AlUla, l'artiste française Laura Sellies a présenté sa pratique et ses recherches en cours à AlUla (Photo d'Abdulmuhsin Bluwi, avec l'aimable autorisation de l'artiste et de Manifesto)

Madrasat AdDeera sera un élément clé du futur Arts District d’AlUla, véritable pôle dynamique de programmes, d’enseignement et de production qui s’imposera comme une destination artistique active et dynamique pour les communautés, étudiants, artistes et visiteurs.

L'artiste française Sara Favriau présentant sa pratique et ses recherches en cours à AlUla lors du deuxième programme de discussion publique de la résidence d'art, organisé le 19 novembre 2021 à Mabiti. Photo d'Oscar Parasiego, avec l'aimable autorisation de l'artiste et de Manifesto.
L'artiste française Sara Favriau présentant sa pratique et ses recherches en cours à AlUla lors du deuxième programme de discussion publique de la résidence d'art, organisé le 19 novembre 2021 à Mabiti (Photo d'Oscar Parasiego, avec l'aimable autorisation de l'artiste et de Manifesto)

Cette édition pilote est un projet expérimental et la toute première étape vers la mise en place d’un programme plus vaste qui accueillera régulièrement des artistes en résidence à AlUla. À long terme, AlUla donnera naissance à un écosystème florissant d’artistes du monde entier, qui profiteront des installations de production et d’un réel soutien en matière de conservation et vision artistique.

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Des trésors mondiaux passent sous le marteau

« Vue de Zevekote, Knokke », Camille Pissarro. (Fourni)
« Vue de Zevekote, Knokke », Camille Pissarro. (Fourni)
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  • Points forts internationaux de la vente aux enchères « Origins II » de Sotheby’s, qui se tiendra le 31 janvier à Diriyah

Andy Warhol

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« Muhammad Ali »

Peut-être le nom le plus célèbre du pop art rencontre probablement le sportif le plus célèbre du XXᵉ siècle dans cet ensemble de quatre sérigraphies de 1978, réalisées à la demande de l’homme d’affaires américain Richard Weisman. « Rassembler cette série m’a semblé naturel, car deux des loisirs les plus populaires à l’époque étaient le sport et l’art, mais à ma connaissance ils n’avaient aucun lien direct », expliquait Weisman en 2007. « J’ai donc pensé que faire réaliser la série par Andy inspirerait les amateurs de sport à entrer dans les galeries, peut-être pour la première fois, et que les amateurs d’art découvriraient un grand champion. » Warhol s’est rendu au camp d’entraînement d’Ali pour prendre des Polaroids servant à sa recherche et a été « frappé par la concentration sereine sous-jacente à la puissance d’Ali — sa quiétude contemplative, sa discipline intérieure », selon le catalogue de vente.

Jean-Michel Basquiat

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« Untitles »

Basquiat « émergea de la scène underground new-yorkaise pour devenir l’un des artistes les plus influents de la fin du XXᵉ siècle », précise Sotheby’s. L’œuvre de 1985 présentée ici « témoigne de manière éclatante de sa capacité singulière à transformer le dessin en lieu de réflexion intellectuelle, de mémoire culturelle et d’expression viscérale de soi ». D’origine caribéenne et portoricaine, Basquiat « développa un langage visuel d’une immédiateté et d’une intelligence extraordinaires, où image et texte se heurtent avec une urgence brute », poursuit le catalogue.

Camille Pissarro

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« Vue de Zevekote, Knokke »

Le « Knokke » du titre désigne Knokke-sur-Mer, village balnéaire belge où l’impressionniste franco-danois séjourna à l’été 1894 et produisit 14 tableaux, dont celui-ci. Le village séduisait Pissarro par son « intérêt durable pour la vie provinciale ». Dans cette œuvre, « des coups de pinceau staccato, rappelant ses tableaux des années 1880, se mêlent à la palette de couleurs terreuse de ses œuvres ultérieures. Le paysage résultant, baigné d’une lumière solaire, célèbre les environnements ruraux pittoresques pour lesquels il est le plus connu. »

David Hockney

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« 5 May »

Ce dessin sur iPad provient de la série de 2011 de l’artiste anglais, « Arrival of Spring in Woldgate, East Yorkshire in 2011 », décrite par Sotheby’s comme « l’une des explorations les plus ambitieuses et vibrantes de Hockney sur le paysage, la perception et les possibilités technologiques ». Chaque image documente « de subtiles variations de couleur, de lumière et d’atmosphère » sur le même tronçon de Woldgate, « montrant le paysage comme une expérience dans le temps plutôt qu’un instant figé ». Le catalogue souligne que le printemps a longtemps inspiré les artistes européens, mais qu’« aucun artiste ne l’a observé avec une attention si fascinée et aimante, ni enregistré avec un tel détail comme un processus évolutif ».

Zarina

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« Morning »

Sotheby’s décrit l’artiste indienne Zarina Hashmi — connue sous son prénom — comme « l’une des figures les plus captivantes de l’art international d’après-guerre — une artiste dont les œuvres épurées et méditatives distillent le tumulte d’une vie itinérante en formes visuelles ». Née à Aligarh, en Inde britannique, « la tragédie de la Partition de 1947 a façonné une méditation à vie sur la notion de foyer, à la fois lieu physique et concept spirituel ». Cette œuvre fait partie d’une série de 36 gravures sur bois intitulée « Home is a Foreign Place ».

George Condo

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« Untitles »

Cette peinture à l’huile sur lin de 2016 illustre parfaitement ce que l’artiste américain appelle le « cubisme psychologique », que Sotheby’s définit comme « une reconfiguration radicale de la figure humaine fragmentant l’identité en états émotionnels et perceptifs simultanés ». L’œuvre « condense des décennies de réflexion sur les mécanismes du portrait, s’inspirant du passé artistique tout en affirmant un langage contemporain à la fois incisif et sombrement humoristique », note le catalogue, ajoutant que l’œuvre est « brûlante de tension psychologique et de virtuosité picturale ».

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com
 


Art Cairo revient sous le thème « Arab. Art. Here »

La sixième édition du salon, qui s'est tenue au Grand Musée égyptien. (Fourni)
La sixième édition du salon, qui s'est tenue au Grand Musée égyptien. (Fourni)
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  • Art Cairo 2026 explore la langue arabe comme force culturelle vivante avec galeries de toute la région
  • Le Hiwar Programme propose des discussions sur le marché de l’art, la collaboration artistique et le rôle de l’art dans la mémoire culturelle

DUBAÏ : Art Cairo 2026 se tiendra sous le thème « Arab. Art. Here », inspiré par les mots du poète palestinien Mahmoud Darwish : « C’est ma langue, mon miracle, ma baguette magique. »

La foire d’art se déroulera du 23 au 26 janvier au très attendu Grand Egyptian Museum.

Selon les organisateurs, le thème explore la langue arabe comme une force culturelle vivante façonnant l’expression artistique à travers la région.

Les galeries participantes viennent de toute la région, avec une forte représentation de l’Égypte, du Levant et au-delà.

En provenance d’Égypte, on retrouve les galeries Zamalek Art Gallery, Mashrabia Gallery of Contemporary Art, Gallery Misr, Villa Azad, et Le Lab. by Mark Hachem, Maya Art Space, Arame Art Gallery et ZAAT. La KAF Art Gallery représentera la scène artistique libanaise, tandis que la Jordanie sera représentée par Wadi Finan Art Gallery et Orfali Art Gallery.

Les galeries du Golfe participant à Art Cairo incluent Salwa Zeidan Gallery d’Abu Dhabi, Fann A Porter de Dubaï et Folk Art Space de Bahreïn, tandis que l’Europe du Nord sera représentée par la Galerie SANAA des Pays-Bas et Quartum Galleri de Norvège.

Pour la septième édition de la foire, Art Cairo présentera une exposition solo au musée dédiée à l’artiste pionnière Inji Efflatoun, issue de la collection du Egyptian Museum of Modern Art. La peintre égyptienne, décédée en 1989, était également militante dans le mouvement féministe.

Le Hiwar Programme — signifiant « dialogue » en arabe — revient comme composante centrale d’Art Cairo 2026, proposant une série de tables rondes sur la pratique artistique, la responsabilité institutionnelle et l’évolution du marché de l’art régional.

Parmi les sujets abordés : la relation entre galeries, maisons de vente aux enchères, artistes et collectionneurs ; les responsabilités partagées dans la construction de l’héritage artistique ; la collaboration entre designers et galeries ; le rôle de l’art dans la création de communautés ; et des réflexions sur l’art égyptien moderne comme prisme de mémoire culturelle.

Les intervenants incluent des représentants de Christie’s, des artistes, des universitaires, des entrepreneurs et des leaders culturels d’Égypte et de la région.

Au-delà des halls du Grand Egyptian Museum, la foire propose un programme culturel et social incluant des visites guidées de monuments historiques. Parmi les temps forts : le Palais Aisha Fahmy, le Palais Amir Taz et le Musée Mahmoud Khalil. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Dolola: des livres musicaux pour sensibiliser les plus jeunes à la langue arabe

Dolola, une maison d’édition spécialisée dans les livres musicaux en langue arabe pour enfants. (Photo fournie)
Dolola, une maison d’édition spécialisée dans les livres musicaux en langue arabe pour enfants. (Photo fournie)
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  • Malgré toute la bonne volonté, parler arabe à la maison ne suffit pas toujours
  • L’enfant, scolarisé en France, évolue en symbiose totale avec son environnement social et éducatif francophone

PARIS: Garder le contact avec ses racines et sa langue arabe est une préoccupation majeure pour de nombreux jeunes parents dont les enfants sont nés et grandissent en France. Une tâche souvent plus ardue qu’elle n’en a l’air.

Malgré toute la bonne volonté, parler arabe à la maison ne suffit pas toujours. L’enfant, scolarisé en France, évolue en symbiose totale avec son environnement social et éducatif francophone.
Peu à peu, la langue d’origine se marginalise, reléguée à quelques mots, quelques expressions, parfois à de simples sonorités familières, amenant certains parents à baisser les bras face à cette réalité.

Ce renoncement n’a jamais été une option pour Maria Faddoul.

Jeune maman à l’énergie débordante, elle est aujourd’hui à la tête de Dolola, une maison d’édition spécialisée dans les livres musicaux en langue arabe pour enfants, fondée avec son amie et associée Lara Andari Yammine.

Leur ambition n’est ni scolaire ni académique : il ne s’agit pas de former de parfaits arabisants, mais de maintenir un lien vivant, affectif et joyeux avec la langue arabe dès le plus jeune âge.

« L’idée nous est venue quand nos enfants sont nés », raconte Maria Faddoul. Toutes deux souhaitaient transmettre à leurs enfants leurs racines libanaises et la langue arabe, mais se sont rapidement heurtées à une offre éditoriale peu convaincante.

« On trouvait des livres très rébarbatifs, parfois même rebutants pour les enfants. Rien de vraiment ludique ou attrayant.»

À l’inverse, leurs enfants adoraient les livres musicaux en français ou en anglais, ces ouvrages interactifs où l’on appuie sur une puce pour écouter une chanson ou un son.

« On s’est demandé pourquoi ce type de livres n’existait pas en arabe. C’est comme ça que tout a commencé. »

Le premier livre Dolola est consacré aux comptines libanaises, celles que Maria et Lara chantaient dans leur propre enfance.
C’est un choix naturel, presque évident, qui ancre immédiatement la maison d’édition dans une démarche de transmission sensible et affective.

Le succès du premier ouvrage encourage les fondatrices à poursuivre, avec ensuite un livre dédié aux instruments de musique orientaux, puis une série d’ouvrages destinés à initier les enfants à la langue arabe de manière ludique : alphabet, couleurs, nombres, vocabulaire du quotidien.

Une clientèle majoritairement issue de la diaspora

Aujourd’hui, Dolola compte huit livres et s’apprête à publier un neuvième, consacré aux nombres.
Pour accompagner ces livres, certaines chansons sont composées spécialement avec des musiciens au Liban, afin de garantir une qualité musicale et culturelle fidèle aux racines orientales.

« Il n’y a pas que le texte, insiste Faddoul, il y a toute une réflexion autour du thème, de la musique, de la langue utilisée et des illustrations. Tout est pensé pour que l’enfant ait envie d’y revenir. »

La question de la langue est centrale. Pour cela, Dolola fait le choix d’un arabe accessible, parfois dialectal, parfois en arabe classique simplifié, selon les ouvrages.

Ainsi, l’histoire de Boucle d’Or et les trois ours a été adaptée en libanais et en arabe classique.
« Tout le monde connaît Boucle d’Or. C’était important pour nous de partir d’une histoire familière, pour que la langue ne soit pas un obstacle », explique Faddoul.

Si l’âme de Dolola est libanaise et française, la fabrication, elle, est internationale.
La maison d’édition a été officiellement créée en France en 2020, et l’accueil réservé aux livres Dolola dépasse les attentes des fondatrices.

« Les parents adorent, mais surtout les enfants. Certains parents nous écrivent pour nous dire qu’ils n’en peuvent plus d’entendre les chansons en boucle », dit Faddoul avec un large sourire.

La clientèle est majoritairement issue de la diaspora libanaise, en France, en Europe et aux États-Unis, mais les livres se vendent aussi au Liban et à Dubaï.

En France, Dolola est présente à l’Institut du monde arabe, dans plusieurs librairies indépendantes et à la FNAC sur commande. L’essentiel des ventes se fait toutefois via le site internet de la maison d’édition, soutenu par une forte présence sur les réseaux sociaux.

Parmi les projets à venir, un livre consacré au Liban, encore à l’état de réflexion, ainsi qu’une possible collection dédiée aux pays arabes.

Mais Maria Faddoul formule aussi un regret : l’absence à Paris d’un lieu dédié aux jeunes enfants pour les mettre en contact avec la langue et la culture arabes, à travers la lecture, la musique ou les activités artisanales.

« Il y a énormément à faire », assure-t-elle.

Avec Dolola, elle a déjà commencé à tisser ce fil fragile mais essentiel qui relie les enfants de la diaspora à leur langue d’origine.