Kazakhstan: retour à la normale, le président dénonce une «tentative de coup d'Etat»

Dimanche soir, le ministère de l'information a retiré un bilan publié plus tôt dans la journée sur une chaîne officielle Telegram, selon lequel plus de 164 personnes avaient trouvé la mort dans le pays au cours des violences. (AFP).
Dimanche soir, le ministère de l'information a retiré un bilan publié plus tôt dans la journée sur une chaîne officielle Telegram, selon lequel plus de 164 personnes avaient trouvé la mort dans le pays au cours des violences. (AFP).
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Publié le Lundi 10 janvier 2022

Kazakhstan: retour à la normale, le président dénonce une «tentative de coup d'Etat»

  • Le Kazakhstan a présenté les émeutes à Almaty comme une attaque de "groupes terroristes"
  • Près de 8.000 personnes ont été arrêtées après une semaine d'émeutes marquées par une répression implacable

ALMATY: Le président du Kazakhstan a assuré lundi que les émeutes meurtrières qui ont secoué son pays étaient une "tentative de coup d'Etat" menée par des "combattants armés", assurant que ses forces ne tireraient "jamais" sur des manifestants pacifiques.


Les troupes conduites par Moscou et déployées au Kazakhstan à la suite de ces troubles vont se retirer "bientôt", a-t-il ajouté.


"Des groupes de combattants armés qui attendaient leur moment sont entrés en action. Leur objectif principal est apparu clairement (...) Il s'agissait d'une tentative de coup d'Etat", a indiqué Kassym-Jomart Tokaïev lors d'une réunion par visioconférence avec son homologue russe Vladimir Poutine et d'autres chefs d'Etat alliés.


"Jamais nous n'avons utilisé ni n'utiliserons la force militaire contre des manifestants pacifiques", a-t-il dit.   


Il a précisé que 2.030 hommes ont été déployés dans le cadre de cette mission, après son appel à l'aide de cette organisation, dominée par Moscou et regroupant des pays d'ex-URSS.  


Selon le président kazakh, des forces "terroristes" organisées, incluant aussi bien des "islamistes" mais aussi "des criminels", des "casseurs" et des "petites frappes", ont profité d'un mouvement de contestation sur la hausse du prix du carburant pour tenter de renverser le pouvoir.


"Nous avons réussi à reprendre le contrôle de la situation", a-t-il dit. 

Internet a été rétabli et la vie revenait progressivement à la normale lundi à Almaty, la plus grande ville du Kazakhstan, après une semaine d'émeutes et une répression implacable qui ont fait plusieurs dizaines de morts dans le plus grand pays d'Asie centrale. 


Dans la capitale économique de 1,8 million d'habitants, où se sont déroulées les émeutes les plus violentes, les sites web locaux et étrangers étaient à nouveau accessibles lundi, décrété jour de deuil après les pires troubles de l'histoire indépendante de l'ex-république soviétique. Et les transports publics étaient visibles sur les routes d'Almaty pour la première fois depuis le début des violences, ont constaté les correspondants de l'AFP.


Le Kazakhstan a présenté les émeutes à Almaty comme une attaque de "groupes terroristes" et exprimé son mécontentement envers la couverture médiatique étrangère des événements, qui ont commencé par des manifestations contre une hausse du prix du carburant dans l'ouest du pays le 2 janvier.


Dimanche soir, le ministère de l'information a retiré un bilan publié plus tôt dans la journée sur une chaîne officielle Telegram, selon lequel plus de 164 personnes avaient trouvé la mort dans le pays au cours des violences.

Quelques chiffres

Près de 8.000 personnes ont été arrêtées après une semaine d'émeutes marquées par une répression implacable au Kazakhstan, qui ont fait plusieurs dizaines de morts, a annoncé lundi le gouvernement. 

"Au 10 janvier, 7.989 individus sont détenus par les organes du (ministère) de l'Intérieur", a indiqué le ministère dans un

«Erreur technique»

Il a expliqué à deux sites internet privés que sa diffusion était le résultat d'une "erreur technique". Il n'y a toutefois pas eu de nouveau bilan.


Le bilan de 164 morts, qui n'a pas pu être vérifié de manière indépendante, est en forte hausse, les autorités ayant jusqu'ici fait état de 26 manifestants et 16 membres des forces de sécurité tués et plus de 2.000 personnes blessées.


Dans une déclaration envoyée à la presse lundi, le ministère des affaires étrangères a déclaré que les articles des médias étrangers avaient créé "la fausse impression que le gouvernement du Kazakhstan s'en prenait à des manifestants pacifiques. Nos forces de sécurité ont affronté des foules violentes qui ont commis des actes de terreur éhontés".


La présidence a annoncé dimanche que 5.800 personnes avaient été arrêtées, parmi lesquelles "un nombre substantiel d'étrangers", et 125 enquêtes ouvertes dans le sillage de ces émeutes inédites depuis l'indépendance, en 1989, de ce pays de 19 millions d'habitants riche en hydrocarbures.


La contestation avait débuté en province après l'augmentation des prix du gaz, avant de gagner des grandes villes, notamment Almaty, où la police a tiré à balles réelles sur les manifestants prenant d'assaut des bâtiments officiels.


Selon le ministère kazakh de l'Intérieur, le préjudice matériel causé par les violences a été initialement évalué à environ 175 millions d'euros.


Plus de 100 commerces et banques ont été pillés et plus de 400 véhicules détruits, selon la même source.


Le Kazakhstan avait annoncé samedi l'arrestation de l'ex-directeur des services de renseignement, Karim Massimov, première personnalité majeure interpellée, pour des soupçons de "haute trahison".

Poutine: Les forces russes au Kazakhstan se retireront après leur mission

Le président russe Vladimir Poutine a affirmé lundi que les forces de son pays et alliées envoyées au Kazakhstan pour épauler le pouvoir, visé selon lui par le "terrorisme international", quitteraient le pays après la fin de leur mission.


"Une fois que le contingent aura rempli ses fonctions, il se retirera du territoire du Kazakhstan", a indiqué M. Poutine lors d'une réunion par visioconférence avec ses alliés, dont le président kazakh.


Avant lui, le président du Kazakhstan Kassym-Jomart Tokaïev avait assuré que le retrait aura lieu "bientôt".


Conduits par la Russie, quelque 2.030 militaires de l'Organisation du traité de sécurité collective (OTSC), ont été déployés au Kazakhstan à la demande du président kazakh. 


Le dirigeant russe a estimé que son voisin et allié avait été victime "d'une agression du terrorisme international", affirmant que ces "bandes d'hommes armés", disposant "clairement d'une expérience de combat", avaient été formés dans des "centres à l'étranger".  


Il a ensuite averti que Moscou ne tolèrera pas de "révolutions colorées" en ex-URSS, formule récurrente pour décrire des révoltes orchestrées selon le Kremlin par l'Occident dans des pays ex-soviétiques depuis les années 2000.


"Nous comprenons qu'il ne s'agit ni de la première ni de la dernière tentative de s'immiscer dans les affaires de nos pays", a-t-il dit.


"Et nous ne laisserons pas la situation être perturbée chez nous, et nous ne laisserons pas se développer les scénarios de soi-disant révolutions colorées", a-t-il martelé.

«Tirer pour tuer»

Refusant tout dialogue avec les manifestants, le président Tokaïev avait autorisé vendredi ses forces à "tirer pour tuer".


Condamnant cet ordre, le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken a estimé dimanche sur ABC que "les autorités au Kazakhstan devraient être capables de s'occuper des défis auxquels elles font face de façon pacifique, pour s'assurer que les droits de ceux qui manifestent pacifiquement soient protégés".


Almaty portait dimanche les stigmates des violences, avec des façades d'immeubles noircies par les flammes et des carcasses de voitures brûlées jonchant les rues.


Outre la hausse du coût de la vie, la figure de l'ex-président Noursoultan Nazarbaïev, qui a régné d'une main de fer sur le Kazakhstan de 1989 à 2019, a cristallisé la colère des manifestants.


Son porte-parole, Aïdos Oukibaï, a une nouvelle fois nié dimanche que M. Nazarbaïev ait quitté le pays, assurant qu'il soutenait M. Tokaïev.


Sur fond de rumeurs de lutte de pouvoir, il a aussi affirmé que M. Nazarbaïev avait cédé de son propre chef la direction du Conseil de sécurité nationale à M. Tokaïev, qui avait brusquement annoncé cette semaine qu'il en prenait les rênes.


La situation au Kazakhstan est suivie avec inquiétude à l'étranger. Le pape François a exprimé dimanche sa "douleur" et appelé au "dialogue" pour retrouver la paix.


Moscou a déployé des troupes dans le pays d'Asie centrale dans le cadre d'un contingent multinational de l'Organisation du traité de sécurité collective (OTSC), à l'appel de M. Tokaïev.


Les Etats-Unis ont estimé qu'il serait "très difficile" pour le Kazakhstan d'obtenir le départ des militaires russes, une critique que Moscou a qualifiée samedi de "grossière".


Le détroit d'Ormuz «complètement ouvert» vendredi, annonce Trump après l'accord avec l'Iran

Donald Trump a affirmé que le détroit d'Ormuz serait "complètement ouvert" vendredi, jour de la cérémonie de signature du cadre d'accord trouvé entre les Etats-Unis et l'Iran pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient. (AFP)
Donald Trump a affirmé que le détroit d'Ormuz serait "complètement ouvert" vendredi, jour de la cérémonie de signature du cadre d'accord trouvé entre les Etats-Unis et l'Iran pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient. (AFP)
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  • Des médias iraniens ont annoncé dans la soirée que trois pétroliers et deux cargos transportant des marchandises avaient traversé la zone jusque-là soumise au blocus naval américain
  • "Des navires, dont certains chargés de pétrole, commencent à sortir du détroit", s'est réjoui lundi le président américain sur son réseau Truth Social. "Navires du monde entier, mettez les moteurs en marche. Que le pétrole coule à flots!"

TEHERAN: Donald Trump a affirmé que le détroit d'Ormuz serait "complètement ouvert" vendredi, jour de la cérémonie de signature du cadre d'accord trouvé entre les Etats-Unis et l'Iran pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient.

"Des navires, dont certains chargés de pétrole, commencent à sortir du détroit", s'est réjoui lundi le président américain sur son réseau Truth Social. "Navires du monde entier, mettez les moteurs en marche. Que le pétrole coule à flots!"

Des médias iraniens ont annoncé dans la soirée que trois pétroliers et deux cargos transportant des marchandises avaient traversé la zone jusque-là soumise au blocus naval américain.

Selon un haut responsable américain, le cadre d'accord a déjà été signé de manière électronique par Donald Trump, son vice-président JD Vance, et le président du Parlement iranien et principal négociateur de Téhéran, Mohammad Bagher Ghalibaf.

Le texte n'a pas été rendu public, laissant planer des doutes sur des points de divergence entre les deux parties après de laborieuses négociations.

Ce document "apportera la paix dans la région", a promis lundi Donald Trump. Il a laissé entendre que le texte pourrait être publié vendredi, après sa signature à Genève, qui marquera l'ouverture d'une période de soixante jours pour conclure un accord final.

"Nous avons un passif d'engagements non tenus, non appliqués, abandonnés, tout cela est présent dans notre esprit", dans le processus de négociation et de mise en place de l'accord, a déclaré, plus circonspect, le chef de la diplomatie iranienne Abbas Araghchi à la télévision d'Etat.

"En même temps, nous faisons tout ce qui est possible pour créer à travers ce processus des opportunités économiques pour notre pays", a-t-il ajouté.

Fin "définitive" de la guerre 

Les premières informations sur le contenu de l'accord sont principalement venues d'Iran. Selon sa diplomatie, il prévoit "la fin immédiate et définitive de la guerre et des opérations militaires sur les différents fronts, y compris au Liban".

Dans le très stratégique détroit d'Ormuz, l'Iran devrait facturer des frais liés aux services aux navires, plutôt qu'instaurer un péage dont les Etats-Unis ne voulaient pas, selon la même source.

"Nous nous attendons à ce que le détroit soit rouvert sans péage à long terme", a dit le vice-président américain JD Vance à CNBC lundi.

La diplomatie iranienne a aussi assuré que "la partie américaine s'était engagée" à débloquer des fonds iraniens gelés à l'étranger et à verser des réparations pour les dégâts provoqués par la guerre.

"Ils ne recevront jamais le moindre dollar du contribuable américain. Jamais", a toutefois insisté JD Vance sur Fox News.

Aucun avoir sous sanction américaine n'a été débloqué pour l'instant, selon un haut responsable américain.

Les Etats-Unis doivent également garantir qu'Israël mette fin à la guerre au Liban, a affirmé le porte-parole de la diplomatie iranienne Esmaïl Baghaï.

Les affrontements entre Israël et le Hezbollah pro-iranien au Liban semblaient avoir cessé, mais une frappe israélienne a tué une personne dans le sud lundi à la mi-journée. Puis le Hezbollah a annoncé y avoir "repoussé", au moyen de roquettes et de drones, une force israélienne qui tentait d'avancer.

L'armée israélienne restera au Liban "aussi longtemps que nécessaire", comme en Syrie et à Gaza, a déclaré lundi soir le Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Alors que l'accord irano-américain est largement perçu comme un échec pour Israël par la société et une grande partie de la classe politique, le Premier ministre israélien a affirmé que la guerre avait sauvé son pays de la menace d'une "destruction nucléaire".

Et annoncé qu'il comptait se présenter aux élections législatives d'ici la fin de l'année, malgré les critiques et son procès pour corruption. Âgé de 76 ans, il a gouverné le pays plus longtemps qu'aucun autre Premier ministre: plus de 18 années cumulées depuis 1996.

Négociations sur l'uranium iranien 

L'annonce d'un accord pour mettre fin à la guerre, déclenchée le 28 février par des frappes américano-israéliennes et qui a fait des milliers de morts, principalement en Iran et au Liban, a fait chuter les prix du pétrole de près de 5% lundi. Ils se stabilisent mardi.

Les habitants de la région semblaient eux mitigés. "Le peuple iranien n'a rien gagné avec cet accord", réagit Arya, 38 ans, professeur d'anglais à Téhéran. "Les gens ne vont pas revenir à leur vie d'avant."

Au Liban, certains déplacés envisageaient timidement un retour vers le sud dans des zones non occupées par Israël. "Même s'il ne reste que des ruines, nous y planterons une tente et nous y resterons", assure Hana al-Jamma.

Les 60 jours de négociations qui doivent s'ouvrir porteront sur quatre sujets, selon le vice-ministre iranien des Affaires étrangères: la levée des sanctions contre l'Iran, le nucléaire, la "reconstruction" et "le développement économique" du pays, ainsi que "la mise en place d'un mécanisme de suivi" des engagements pris.

L'Iran cherchera "à ce que l'accord final soit soutenu par une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies", a précisé sa diplomatie.

Dans des déclarations au New York Times, Donald Trump a indiqué qu'un volet des négociations concernerait l'acceptation par l'Iran d'un moratoire de vingt ans sur l'enrichissement d'uranium, laissant entendre qu'il pourrait transiger sur quinze ans.

En vertu du protocole d'accord, des inspecteurs de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) seront par ailleurs autorisés à se rendre en Iran pour aider Téhéran à "détruire son stock d'uranium hautement enrichi", a annoncé JD Vance sur NBC News.

 


Frankly Speaking: Quelle sera la prochaine étape des relations entre l'Arabie saoudite et l'Inde?

L’ambassadeur sortant de l’Inde en Arabie saoudite, Suhel Ajaz Khan, a souligné la résilience d’un partenariat qui, selon lui, continue de se développer malgré les turbulences régionales. (Photo AN)
L’ambassadeur sortant de l’Inde en Arabie saoudite, Suhel Ajaz Khan, a souligné la résilience d’un partenariat qui, selon lui, continue de se développer malgré les turbulences régionales. (Photo AN)
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  • L'ambassadeur indien sortant affirme que les conflits régionaux ont renforcé la coordination en matière de sécurité, de routes maritimes et d'approvisionnement énergétique
  • Suhel Ajaz Khan souligne le développement des échanges commerciaux, des investissements et des liens entre les peuples alors que le partenariat entre l'Arabie saoudite et l'Inde entre dans une nouvelle phase

RIYAD : Alors que la guerre américano-israélienne contre l’Iran se répercute à travers le Moyen-Orient et le monde, peu de pays ont autant d’enjeux que l’Inde. Fortement dépendante des approvisionnements énergétiques régionaux, de plus en plus investie dans les routes commerciales maritimes et comptant des millions de citoyens vivant dans les États du Golfe, New Delhi a observé le conflit avec inquiétude.

Cependant, la crise a également mis en évidence l’importance du renforcement des relations entre l’Inde et l’Arabie saoudite — un partenariat qui a considérablement évolué au cours de la dernière décennie, passant d’une relation centrée principalement sur le pétrole à une relation stratégique globale englobant la sécurité, l’investissement, la culture et la diplomatie.

Invité de l’émission d’actualité « Frankly Speaking » sur Arab News, l’ambassadeur sortant de l’Inde en Arabie saoudite, Suhel Ajaz Khan, a expliqué comment le conflit a intensifié le dialogue entre New Delhi et Riyad.
Dans le même temps, cela a mis en évidence la résilience d’un partenariat qui continue de se développer malgré les turbulences régionales. Pour l’Inde, a-t-il déclaré à Katie Jensen, animatrice de « Frankly Speaking », les développements dans le Golfe restent impossibles à ignorer.

« Le conflit dans la région est certainement une source de grande préoccupation pour nous », a déclaré M. Khan. « Cette région fait partie de notre voisinage élargi. »

Avec près de 10 millions d’Indiens vivant à travers le Moyen-Orient, dont quelque 2,7 millions rien qu’en Arabie saoudite, l’ambassadeur a déclaré que la sécurité de la région était directement liée aux intérêts nationaux de l’Inde.

« C’est l’un de nos plus grands partenaires commerciaux. C’est l’un de nos plus grands partenaires pour l’énergie et les engrais. Il est donc évident que tout ce qui se passe dans cette région revêt une grande importance pour nous. »

M. Khan a indiqué que la communication entre les dirigeants indiens et saoudiens s’était intensifiée tout au long de la crise. Le Premier ministre Narendra Modi et le prince héritier Mohammed ben Salmane se sont entretenus à deux reprises pendant le conflit, tandis que les ministres et les hauts responsables restent en contact fréquent.

« Nos dirigeants se sont consultés et ont entretenu des échanges très intenses », a-t-il déclaré.

L’Inde a condamné à plusieurs reprises les attaques iraniennes contre l’Arabie saoudite et les pays du Conseil de coopération du Golfe, tout en réitérant son appel de longue date au dialogue et à la désescalade. « Notre position sur le conflit lui-même est très claire », a déclaré M. Khan.

Il a ajouté que New Delhi restait profondément préoccupée par la sécurité des voies maritimes et la fluidité du commerce à travers l’une des voies navigables les plus stratégiques au monde.

« Nous pensons également que le détroit d’Ormuz doit rester ouvert », a-t-il déclaré. « La navigation, la navigation libre et sans entrave, ainsi que les routes commerciales libres sont très importantes pour nos pays, pour l’ensemble de la région et pour le monde entier. »

Cette préoccupation est devenue de plus en plus pressante face aux attaques contre des navires marchands opérant dans les eaux du Golfe. Le conflit a déjà coûté la vie à des marins indiens servant à bord de navires commerciaux près d’Oman, suscitant des protestations de la part de New Delhi et soulevant de nouvelles questions sur la sécurité maritime.
L’Inde a convoqué vendredi le chef de mission adjoint américain Jason Meeks pour la deuxième fois en deux jours, à la suite des frappes américaines contre trois navires marchands dont l’équipage était majoritairement indien. M. Meeks avait déjà été convoqué au ministère des Affaires étrangères mercredi, à la suite d’une frappe américaine contre le MT Settebello, battant pavillon des Palaos, au large des côtes d’Oman, au cours de laquelle trois marins indiens ont été tués.

Cette frappe faisait suite à celle du 8 juin contre le MT Marivex, un autre pétrolier battant pavillon des Palaos. Les autorités omanaises ont évacué par avion 24 marins indiens du navire touché. Jeudi, un pétrolier battant pavillon de Guinée-Bissau a été touché lors d’une frappe américaine. New Delhi a déclaré que son équipage, qui comprenait 20 marins indiens, avait été secouru.

M. Khan a qualifié ces attaques de profondément préoccupantes et a réitéré l’appel de l’Inde à la retenue. « Il est très regrettable que les attaques contre les infrastructures civiles, y compris les compagnies maritimes, se poursuivent », a-t-il déclaré.

Qualifiant les récents développements de « regrettables », il a souligné que la diplomatie restait la seule voie viable pour aller de l’avant : « Nous avons constamment appelé au dialogue et à la diplomatie. Nous pensons que c’est la seule façon de résoudre ces problèmes. »

Il a ajouté : « Nous appelons toutes les parties concernées à respecter le cessez-le-feu, à ne pas attaquer les infrastructures civiles, y compris les lignes maritimes, et à conclure au plus vite les négociations diplomatiques en cours. »

La menace maritime a été l’un des nombreux sujets abordés lors des récents échanges de haut niveau entre l’Inde et l’Arabie saoudite.

M. Khan a révélé que le conseiller indien à la sécurité nationale, Ajit Doval, avait mené de vastes consultations à Riyad lors d’une visite en avril, s’appuyant sur les contacts réguliers entre les deux pays en matière de sécurité. « Notre conseiller à la sécurité nationale est en contact permanent avec son homologue saoudien », a-t-il déclaré.

Au cours de sa visite, M. Doval a rencontré de hauts responsables saoudiens, notamment le ministre d’État Musaad Al-Aiban, le ministre de l’Énergie, le prince Abdulaziz bin Salman, et le ministre des Affaires étrangères, le prince Faisal bin Farhan.

« Ils ont passé en revue l’ensemble des relations bilatérales ainsi que l’évolution de la dynamique dans la région, la sécurité de la région et les implications du conflit », a déclaré M. Khan. Les discussions ont également porté sur des questions vitales pour l’économie indienne, notamment l’approvisionnement en énergie et en engrais.

Ces discussions ont pris une importance croissante, l’incertitude entourant le détroit d’Ormuz ayant suscité des inquiétudes quant aux marchés énergétiques mondiaux. L’Inde importe une part importante de son pétrole brut auprès des producteurs du Golfe, ce qui fait des perturbations d’approvisionnement une préoccupation stratégique majeure.

Selon M. Khan, la mise en service par l’Arabie saoudite d’installations d’exportation sur la côte de la mer Rouge a contribué à atténuer l’impact de l’instabilité régionale. « L’Arabie saoudite a pu nous fournir du pétrole brut via le port de Yanbu », a-t-il déclaré.

L’ambassadeur s’est récemment rendu lui-même à Yanbu, où il a pu constater que les exportations de pétrole brut et les expéditions d’engrais sont désormais acheminées via des installations moins exposées aux perturbations dans le Golfe.

L’Arabie saoudite reste l’un des partenaires énergétiques les plus importants de l’Inde, fournissant environ 15 % des besoins en pétrole brut du pays. « L’Arabie saoudite a toujours été un fournisseur très fiable et constant pour nos besoins en pétrole brut », a déclaré M. Khan.

Il a noté que l’utilisation de Yanbu a contribué à réduire la dépendance vis-à-vis des routes liées à Ormuz. « Après la mise en service du port de Yanbu, cela a atténué l’impact sur les approvisionnements transitant par Ormuz », a-t-il ajouté.

Tout en reconnaissant la persistance de perturbations ailleurs dans la région, M. Khan a déclaré que l’Inde et l’Arabie saoudite partageaient un intérêt commun à maintenir ouvertes les routes commerciales maritimes.

« Notre position est très similaire à celle de l’Arabie saoudite, très similaire à celle des autres pays du Golfe », a-t-il déclaré. « Le détroit d’Ormuz et les routes commerciales doivent rester ouverts, ils ne doivent en aucun cas être entravés. »

Le conflit a également mis à l’épreuve la capacité du Golfe à soutenir les communautés d’expatriés prises dans l’instabilité régionale. À cet égard, M. Khan a particulièrement salué le rôle joué par l’Arabie saoudite pour aider les citoyens indiens à rentrer chez eux pendant la crise. « Ce fut un immense soulagement que l’espace aérien saoudien soit resté ouvert tout au long du conflit », a-t-il déclaré.

Selon l’ambassadeur, les autorités saoudiennes ont délivré près de 15 000 visas de transit à des ressortissants indiens bloqués dans les pays voisins. « L’Arabie saoudite a aidé nos compatriotes, non seulement ceux qui se trouvaient en Arabie saoudite mais aussi ceux de toute la région, à rentrer au pays si tel était leur souhait », a-t-il déclaré.

La décision du Royaume de maintenir les aéroports en activité et de faciliter le trafic aérien régional s’est avérée cruciale pour les milliers de personnes cherchant à quitter les zones touchées par le conflit. « Nous remercions sincèrement l’Arabie saoudite et saluons ses efforts pour maintenir la connectivité aérienne et fournir des facilités de transit à notre peuple », a ajouté M. Khan.

Cette coopération en temps de guerre reflète une transformation plus large des relations saoudo-indiennes qui, selon M. Khan, s’est considérablement accélérée au cours de la dernière décennie. « Nos relations se sont véritablement épanouies au cours des 10 à 12 dernières années », a-t-il déclaré.

Au cœur de cette évolution se trouve la relation personnelle entre le Premier ministre Modi et le prince héritier Mohammed ben Salmane. Selon M. Khan, ces deux dirigeants ont donné l’élan politique nécessaire pour renforcer les liens bilatéraux.

« Je pense que cela a été vraiment important et que les deux dirigeants entretiennent d’excellentes relations, fondées sur la confiance et le respect mutuels », a déclaré l’ambassadeur, qualifiant leur engagement direct de « véritable moteur de nos relations au cours de la dernière décennie ».

M. Khan a pu observer de près le leadership du prince héritier lors de plusieurs réunions et a déclaré qu’un aspect ressortait systématiquement. « Ce que je constate, c’est qu’il a une grande vision pour son pays et qu’il a un grand respect pour l’Inde », a-t-il déclaré.

Ce respect s’étend à la communauté indienne elle-même. M. Khan a rappelé les propos tenus par le prince héritier lors d’une visite en Inde en 2023. « Il a déclaré que la communauté indienne faisait partie intégrante de la société saoudienne. »

L’ambassadeur estime que de tels sentiments ont contribué à renforcer les liens entre les deux pays tout en renforçant le sentiment d’appartenance des Indiens vivant dans le Royaume. « Ce genre d’affection, de respect et d’attention envers la communauté indienne fait également une grande différence. »


Sur le plan institutionnel, l’un des développements les plus significatifs a été la création et l’expansion du Conseil de partenariat stratégique. Créé en 2019, ce conseil est devenu le principal cadre guidant la coopération entre les deux pays. « C’est une manière très systématique de renforcer notre engagement », a déclaré M. Khan.

Ce qui a commencé avec des comités politiques et économiques s’est depuis élargi pour inclure la défense, la culture et le tourisme. « C’est un dispositif très complet dont nous disposons et qui guide notre engagement. »

L’intensité de cet engagement s’est considérablement accrue. Au cours des trois années de son mandat, a indiqué M. Khan, il y a eu environ 30 visites au niveau ministériel dans chaque sens.

La coopération économique s’est développée parallèlement aux liens politiques. Les échanges bilatéraux dépassent désormais les 42 milliards de dollars, tandis que les exportations indiennes vers l’Arabie saoudite ont connu une croissance rapide. « Nos échanges commerciaux progressent dans les deux sens », a déclaré M. Khan.

Le nombre d’entreprises indiennes opérant en Arabie saoudite a également bondi : « En 2019, on comptait environ 490 entreprises. Aujourd’hui, plus de 5 000 entreprises sont enregistrées ici. »

Pourtant, M. Khan estime que les plus grandes opportunités restent à venir, notamment en matière d’investissement : « Je pense que c’est un domaine où nous pouvons certainement faire davantage. »

Parmi les initiatives les plus importantes actuellement à l’étude figurent des projets de création de deux raffineries de pétrole en joint-venture en Inde, impliquant le géant saoudien de l’énergie Aramco et des partenaires indiens.

Au-delà des industries traditionnelles, les deux pays se tournent de plus en plus vers la technologie et l’intelligence artificielle. « Il existe d’énormes opportunités dans les nouveaux secteurs, l’IA et tous les nouveaux secteurs informatiques », a déclaré M. Khan.

Des entreprises indiennes participent déjà à d’importants projets numériques saoudiens et collaborent à des initiatives émergentes en matière d’IA : « Nos entreprises travaillent, par exemple, avec des sociétés comme HUMAIN et ALLAM, qui sont les moteurs de la révolution de l’IA en Arabie saoudite. »

L’ambassadeur a également mis en avant l’écosystème croissant des start-ups en Inde, qui compte désormais plus de 100 entreprises « licornes ».

Malgré l’accent mis sur le commerce et la technologie, les personnes restent au cœur de cette relation. La communauté indienne en Arabie saoudite s’est développée de manière constante pendant le mandat de M. Khan, reflétant à la fois les opportunités économiques et un sentiment d’intégration sociale.

« Nos communautés se sentent à l’aise ici, elles se sentent respectées ici, elles sont bien intégrées dans la société saoudienne », a-t-il déclaré.

Il a décrit les expatriés indiens comme « le pont vivant entre nos deux pays », contribuant à renforcer la compréhension culturelle à travers la cuisine, le cinéma, les affaires et les interactions quotidiennes.

Alors que son mandat en Arabie saoudite touche à sa fin, M. Khan a également évoqué une expérience plus personnelle : avoir accompli le hadj cette année tout en exerçant ses fonctions d’ambassadeur.

Pour quelqu’un qui a passé des décennies à s’occuper de l’administration du hadj, ce pèlerinage revêtait une importance à la fois professionnelle et spirituelle.

« Le hadj est toujours une expérience spirituelle très, très profonde », a-t-il déclaré.

En même temps, cela lui a donné l’occasion de soutenir les pèlerins indiens et de constater les améliorations apportées par l’Arabie saoudite pour gérer l’un des plus grands rassemblements annuels au monde.

« C’est donc assurément une source de grande satisfaction spirituelle, mais cela me procure également la satisfaction de servir notre communauté », a-t-il déclaré.

Cette expérience, a-t-il ajouté, a couronné un mandat marqué par la chaleur humaine, la coopération et l’optimisme quant à l’avenir. « Je vois un grand potentiel entre l’Inde et l’Arabie saoudite », a déclaré M. Khan.

Résumant cette relation en trois mots, il a ajouté : « Paix, progrès et prospérité. » Pour les deux pays, dans un contexte régional turbulent, ces aspirations pourraient s’avérer plus importantes que jamais.


L'Iran affirme que les discussions sur un accord final avec les Etats-Unis devraient débuter vendredi

Donald Trump a assuré lundi, peu après son arrivée à Evian (France) pour le sommet du G7, que le détroit d'Ormuz, artère essentielle pour le commerce mondial de brut, serait "complètement ouvert" vendredi. (AFP)
Donald Trump a assuré lundi, peu après son arrivée à Evian (France) pour le sommet du G7, que le détroit d'Ormuz, artère essentielle pour le commerce mondial de brut, serait "complètement ouvert" vendredi. (AFP)
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  • Le cadre d'accord entre les Etats-Unis et l'Iran a été signé de manière électronique par le président américain Donald Trump, son vice-président JD Vance, ainsi que le président du Parlement iranien et principal négociateur Mohammad Bagher Ghalibaf
  • Donald Trump a assuré lundi, peu après son arrivée à Evian (France) pour le sommet du G7, que le détroit d'Ormuz, artère essentielle pour le commerce mondial de brut, serait "complètement ouvert" vendredi

WASHINGTON: Le cadre d'accord entre les Etats-Unis et l'Iran a été signé de manière électronique par le président américain Donald Trump, son vice-président JD Vance, ainsi que le président du Parlement iranien et principal négociateur Mohammad Bagher Ghalibaf, a annoncé lundi un haut responsable américain.

"Le président voulait le signer personnellement, car il voulait montrer son (...) abnégation à trouver une issue favorable", a déclaré ce haut responsable à la presse, sous couvert d'anonymat.

Les discussions sur un accord final avec les Etats-Unis devraient débuter vendredi

Pour sa part, le chef de la diplomatie iranienne a annoncé le probable début de discussions approfondies avec les Etats-Unis vendredi, jour prévu de la cérémonie de signature du protocole d'accord trouvé entre les deux pays après plus de trois mois de guerre.

"Vraisemblablement vendredi, dans un lieu qui reste à déterminer (...) un nouveau cycle de négociations entre l'Iran et les Etats-Unis visant à parvenir à un accord final va débuter", a déclaré le ministre Abbas Araghchi lors d'une réunion avec des diplomates étrangers diffusée à la télévision d'Etat.