L'Ouest ukrainien, entre exode hongrois et afflux de déplacés

Cette région compte 1,2 million de personnes: aux côtés des Ukrainiens, cohabite une mosaïque de minorités, les Hongrois étant les plus nombreux. (Photo, AFP)
Cette région compte 1,2 million de personnes: aux côtés des Ukrainiens, cohabite une mosaïque de minorités, les Hongrois étant les plus nombreux. (Photo, AFP)
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Publié le Dimanche 13 mars 2022

L'Ouest ukrainien, entre exode hongrois et afflux de déplacés

  • À la fuite des habitants de la minorité hongroise craignant d'être enrôlés, succède l'arrivée d'une partie des deux millions de personnes déplacées à l'intérieur du pays
  • Des Ukrainiens ont fui l'invasion russe jusqu'à Tijuana, plus grand poste frontalier au monde entre le Mexique et les Etats-UnisRuss

BEREHOVE : Les uns partent, les autres cherchent un refuge: la guerre a bouleversé le quotidien de la ville frontalière ukrainienne de Berehove, pourtant épargnée par les combats.

À la fuite des habitants de la minorité hongroise craignant d'être enrôlés, succède l'arrivée d'une partie des deux millions de personnes déplacées à l'intérieur du pays.

Ici la moitié de la population est d'origine hongroise, l'héritage magyar omniprésent et les écriteaux s'affichent dans les deux langues.

Mais désormais, on entend surtout parler ukrainien dans la rue. Sur la place principale, un grand écran diffuse en boucle des images d'un clip promotionnel de l'armée.

Hôtels, logements, écoles accueillent ceux qui ont tout quitté devant l'invasion russe et les bombardements incessants.

"Nous affichons complet. Ils ont réservé des chambres pour des semaines, voire pour certains des mois", commente Konstantyn Popovych, 34 ans, gérant de l'hôtel Olesja en plein centre.

Mosaïque et tensions

L'adjoint au maire estime entre "4 000 et 5 000" le nombre de nouveaux arrivants dans la commune de 22 000 habitants, qui a à l'inverse déjà vu partir plusieurs milliers de Hongrois.

"Dès que la guerre a éclaté et que le gouvernement a décrété la mobilisation générale, beaucoup ont fait leurs bagages, souvent pour rejoindre des proches ou amis dans leur patrie d'origine", explique Istvan Vincze.

Interrogé par l'AFP devant la mairie, où flottent sur le fronton drapeaux ukrainien et hongrois, l'élu s'inquiète des conséquences de ces départs massifs. "Je comprends leurs raisons, leur envie d'échapper à la guerre, la perspective d'une vie meilleure, mais nous voulons évidemment qu'ils reviennent vite", dit-il.

La Transcarpatie, coupée géographiquement du reste de l'Ukraine par la partie orientale des Carpates, était sous contrôle de Budapest jusqu'à la Première Guerre mondiale. Ballottée entre Etats, elle a finalement intégré en 1991 l'Ukraine devenue indépendante.

Cette région compte 1,2 million de personnes: aux côtés des Ukrainiens, cohabite une mosaïque de minorités, les Hongrois étant les plus nombreux.

Mais on craint maintenant que la guerre n'avive des relations tendues de longue date, sur fond de sentiment d'abandon par Kiev et de craintes d'assimilation forcée.

En 2017, une loi renforçant la place de l'ukrainien à l'école avait suscité l'inquiétude. Le dirigeant hongrois souverainiste Viktor Orban, dénonçant une discrimination, en avait fait un argument pour bloquer toute velléité d'accession de l'Ukraine à l'Otan.

Dans le même temps, il a choyé la diaspora hongroise depuis son retour au pouvoir en 2010 en accordant aide financière, droits de vote et double citoyenneté.

"Seul Orban s'occupe de nous", lance une retraitée, croisée aux abords d'un lycée rénové avec des fonds hongrois. "Sans ce soutien, nous n'aurions rien", ajoute-t-elle sous couvert d'anonymat. 

À 10 000 km de Kiev, des réfugiés ukrainiens bloqués aux portes des Etats-Unis au Mexique

TIJUANA : Des Ukrainiens ont fui l'invasion russe jusqu'à Tijuana, plus grand poste frontalier au monde entre le Mexique et les Etats-Unis, où ils espèrent se réfugier chez un proche à 10 000 km de Kiev malgré l'intransigeance américaine.

Natalia Poliakova, 25 ans, raconte qu'elle a commencé dès le 24 février au premier jour de la guerre un voyage de 40 heures de Kiev à Budapest, puis Barcelone, Bogota, Mexico, et enfin Tijuana.

La jeune styliste raconte qu'elle venait de trouver un très bon poste à Kiev. Et qu'en 2014, elle avait déjà dû abandonner sa Crimée natale, annexée par la Russie, pour se réfugier à Kiev.

La jeune femme cherche à rejoindre une tante qui vit aux Etats-Unis, mais assure vouloir revenir en Ukraine. "Nous voulons tous rentrer à la maison et reconstruire notre pays".

Au bout de son périple, elle affiche ce samedi la même désillusion que les milliers de migrants centro-américains qui sont chaque année interdits de territoire états-unien après un long voyage jusqu'à Tijuana.

"Le gouvernement des Etats-Unis dit: 'nous vous aiderons', mais cela fait des jours que nous sommes dans la rue", soupire la styliste de 25 ans, les traits tirés.

Avec son anglais parfait, elle aide ses compatriotes dans la même situation qu'elle face aux agents du CBP américain (Agence de protection des douanes et des frontières).

Ces derniers jours, l'AFP à Tijuana a pu constater l'arrivée récente d'Ukrainiens qui demandent l'asile aux frontières des Etats-Unis. Quelques familles ont pu passé au compte-goutte.

"Il en arrive plus ou moins 20 par jour", a déclaré côté mexicain un officiel de l'Institut national de Migration (INM), cité par le journal Milenio.

"Ils n'ont aucun type de documents (...)" donc les autorités américaines "ne laissent passer personne", ajoute au même journal Jann Budd, une militante aidant les migrants qui affirme "identifier les familles ukrainiennes" qu'elle rencontre.

Les Etats-Unis appliquent le "Titre 42", qui permet aux agents des frontières d'écarter les demandeurs d'asile et les migrants pour des raisons sanitaires. Cette disposition a été mise en place au début de la pandémie par l'administration Trump.

À Tijuana, tout près du poste-frontière de San Ysidro, les Ukrainiens cotoient quelques Russes et Bélarusses, dont les deux gouvernements sont alliés dans l'invasion de l'Ukraine.

Un Bélarusse de 40 ans, qui se présente sous le nom d'Andrei, assure avoir fui des persécutions politiques. Il cherche aussi à rejoindre des proches aux Etats-Unis. "Si je retourne au Bélarus, je vais en prison".

D'après le service américains, l'arrivée des Ukrainiens via le Mexique a augmenté ces derniers mois après une chute drastique en 2020-2021, années de pandémie.

À la frontière des Etats-Unis, Tijuana a davantage l'habitude de voir transiter des centro-américains du Guatemala, Honduras, Salvador ou Nicaragua, souvent privés du rêve américain après un long voyage. 

Le poste-frontière de San Ysidro est réputé être le plus fréquenté au monde (7,3 millions de piétons et 25,5 millions d'automobiles, d'après la presse mexicaine en 2019, citant l'administration américaine).

«Crève-coeur»

Les Ukrainiens, eux, déplorent les liens tissés par le Premier ministre hongrois avec le président russe Vladimir Poutine, et le soupçonnent de convoiter la Transcarpatie. 

Ils lui reprochent aussi son refus de laisser passer sur son territoire des armes létales destinées à l'Ukraine.

Mais pour Istvan Vincze, "l'heure n'est pas à l'affrontement ethnique. Il faut agir ensemble".

Et de citer la mise en place de cinq centres d'accueil pour les Ukrainiens venus de l'Est. 

Dans un pensionnat de la ville, Kyril, metteur en scène de théâtre de 41 ans, apprécie cette offre de couvert et logis qui vient adoucir un peu l'exode.

Originaire de Kharkiv, la deuxième ville d'Ukraine, située à une quarantaine de kilomètres de la frontière russe, il raconte la soudaine annulation de la tournée prévue.

"Tout a basculé du jour au lendemain", confie-t-il, assis sur un lit aux côtés de sa famille. Sa femme Lubov, scénographe, "s'inquiète" pour ses parents bloqués dans une ville "bombardée depuis plusieurs jours", "sans lumière ni gaz" pour se chauffer.

"Il y a tant de témoignages crève-coeur", soupire le directeur de l'établissement, Arpad Szabo, dans les couloirs. Et de "prier pour que l'école retrouve son cours normal". Car depuis le début de la guerre, les enfants n'ont pas classe.

En Finlande, les frontaliers de la Russie entre flegme et inquiétude

IMATRA : Dans sa maison de bois couverte de neige à 20 minutes de la frontière russe, Maija Pöyhä a sur sa tête le foulard bleu traditionnel que sa mère portait lorsqu'elle a fui l'invasion de la Finlande par l'URSS en 1939.

"La maison d'enfance de mon père est toujours du côté finlandais", mais celle de sa mère est aujourd'hui en Russie, explique la septuagénaire à l'AFP.

Dans sa petite ville de Lappeenranta comme ailleurs dans cette région finlandaise voisine de la Russie, la guerre en Ukraine a réveillé des parallèles douloureux avec la "guerre d'Hiver", lorsque les troupes soviétiques ont envahi la Finlande par surprise, franchissant la frontière longue aujourd'hui de 1 340 kilomètres.

Comme en Ukraine aujourd'hui, la petite armée finlandaise avait surpris le monde par sa résistance acharnée et les lourdes pertes infligées à l'Armée rouge.

La Finlande, indépendante du voisin russe depuis 1917, avait toutefois dû perdre la moitié de sa province de Carélie, entraînant le déplacement de presque un demi-million de personnes, avant de se compromettre dans une deuxième guerre (1941-1944) avec cette fois une alliance de facto avec l'Allemagne nazie.

Durant toute la guerre froide, Moscou garda ensuite aussi un droit de regard étroit sur le pays nordique, qui lui interdisait notamment de rejoindre l'Otan.

Visiteurs russes

Aujourd'hui, le mari de Maija, Seppo Laaksovirta, trouve que la Finlande devrait rejoindre l'alliance militaire occidentale - comme pour la première fois une majorité de Finlandais, à la suite de l'invasion de l'Ukraine ordonnée par Vladimir Poutine.

"Ca fera plus de bien que de mal", assure le Finlandais de 76 ans. "Aujourd'hui on a des armes d'Amérique et de l'Ouest ici. Dans les années 60, elles étaient russes".

Malgré les traumatismes historiques de ce coin de Carélie, ni lui ni sa femme ne se disent toutefois inquiets d'une invasion russe. "Je ne connais personne ici qui nous ait dit qu'il fallait que nous soyions sur nos gardes", dit-il.

Pour la maire de la ville voisine d'Imatra, Anna Helminen, l'inquiétude est plutôt de voir s'effacer les liens reconstruits ces dernières décennies avec les Russes.

Dans sa ville de 26 000 habitants, un millier de résidents ont la nationalité russe et la ville doit son essor "au pouvoir d'achat russe", explique-t-elle.

Les commerces, hôtels et spas d'Imatra ont déjà souffert de l'absence de touristes russes durant la pandémie.

"Maintenant bien sûr, la même situation va continuer", déplore la dirigeante élue du conseil municipal.

Une nouvelle liaison ferroviaire avec Saint-Pétersbourg et plusieurs autres projets transfrontaliers "ont disparu du jour au lendemain", de même que "les contacts quotidiens", après l'invasion de l'Ukraine et les lourdes sanctions contre l'économie russe.

Même s'il a lancé une réévaluation de la stratégie de sécurité du pays, le gouvernement finlandais a affirmé qu'il ne voyait pas de "menace imminente" de conflit avec la Russie.

«Comme un rat»

"On veut croire à ça et voir l'avenir avec optimisme", souligne Mme Helminen, "mais bien sûr cette situation laissera des traces, y compris dans les échanges entre les gens" des deux côtés de la frontière.

Des groupes communautaires de Finlandais russophones se sont inquiétés d'une montée d'un sentiment antirusse ces dernières semaines, notamment sur les réseaux sociaux.

Anastasia Petrichina, une Russe qui vit et travaille près d'Imatra depuis dix ans, dit ne pas avoir observé ce phénomène. Ses amis finlandais "comprennent que la Russie en tant qu'Etat n'est pas la même chose que le peuple russe", dit cette responsable de qualité dans le secteur pharmaceutique.

"Mais je ne peux pas être sûre à 100% de ce qu'il en sera à l'avenir, surtout venant de gens qui ne me connaissent pas personnellement", reconnaît cette mère de deux enfants.

Elle a aussi renoncé à un projet de visite auprès de sa fille aînée à Saint-Pétersbourg. "Je ne veux pas être coincée là bas comme un rat", incapable de revenir en Finlande, explique Anastasia Petrichina.

Les lois draconiennes en Russie menaçant de prison quiconque critique "l'opération spéciale" en Ukraine l'ont aussi poussée à réduire au minimum ses conversations avec ses proches en Russie sur la guerre.

"Optimiste pas principe", la Russe de Finlande croit que les choses finiront par s'améliorer. "Mais la question c'est: 'Combien de temps ça va prendre?'".


Après l'arrestation d'Andrew, la monarchie britannique dans une crise sans précédent

Des commentateurs estiment que la monarchie britannique traverse sa crise la plus grave depuis des décennies. Presque tous les journaux britanniques ont publié vendredi en Une une photographie du prince déchu. (AFP)
Des commentateurs estiment que la monarchie britannique traverse sa crise la plus grave depuis des décennies. Presque tous les journaux britanniques ont publié vendredi en Une une photographie du prince déchu. (AFP)
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  • L’ex-prince Andrew a été placé en garde à vue pendant près de 12 heures dans le cadre de l’affaire Epstein, soupçonné d’avoir transmis des informations confidentielles
  • Son arrestation provoque une crise majeure pour la monarchie britannique

LONDRES: L'enquête policière continue après la garde à vue spectaculaire de l'ex-prince Andrew pour des soupçons liés à l'affaire Epstein et la famille royale britannique fait face à une crise jugée particulièrement périlleuse par les experts de la monarchie.

Le frère cadet de Charles III a été relâché jeudi en fin de journée "en attendant la suite de l'enquête", selon la police, et les perquisitions devaient se poursuivre vendredi à Royal Lodge, près de Windsor, son ancien domicile dont il a été récemment chassé.

Andrew, dont l'interpellation a coïncidé avec son 66e anniversaire, a été interrogé près de 12 heures sur des accusations de "manquements dans l'exercice de fonctions officielles", accusé d'avoir transmis des informations confidentielles au financier et pédocriminel américain Jeffrey Epstein.

Après sa garde à vue, le prince déchu a été photographié quittant le commissariat situé à une trentaine de kilomètres de sa nouvelle résidence de Sandringham (est de l'Angleterre): le cliché spectaculaire, qui le montre hagard, les yeux écarquillés à l'arrière d'une voiture, faisait vendredi la Une de la totalité des journaux britanniques, Financial Times excepté.

Cette arrestation aura marqué "le jour le plus préjudiciable pour la monarchie", soulignait le Telegraph, tandis que le Daily Mail évoquait une "monarchie moderne face à son plus grave péril".

- Fin de la "déférence" -

Pour l'expert royal Ed Owens, la situation à laquelle la monarchie est confrontée est d'autant plus dangereuse qu'elle compte "beaucoup d'inconnues". A commencer par l'incertitude sur une éventuelle inculpation d'Andrew, ou les soupçons d'agressions sexuelles qui l'entourent, pour l'instant restés hors du champ de toute enquête formelle.

Évoquant les précédentes crises qui l'ont ébranlée au cours des dernières décennies - la mort de la princesse Diana en 1997 ou l'abdication d'Édouard VIII en 1936 - il a rappelé qu'il avait fallu "plus de 10 ans pour stabiliser l'institution et regagner l'affection et la loyauté du public".

L'ex-prince est accusé d'avoir transmis des informations confidentielles à Epstein, notamment des rapports de voyages en Asie et des possibilités d'investissement en Afghanistan, lorsqu'il était envoyé spécial du Royaume-Uni pour le Commerce, de 2001 à 2011.

Dans un rare communiqué après l'arrestation, le roi Charles III a affirmé jeudi que la "justice doit suivre son cours", tout en faisant part de sa "plus profonde inquiétude".

Le monarque, qui avait déjà déchu son cadet de tous ses titres royaux en octobre en raison de nouvelles informations sur les liens d'Andrew avec Epstein, a néanmoins évité de chambouler son agenda, se rendant comme prévu à un défilé de la Fashion Week de Londres.

Selon Roya Nikkhah, experte royale du Sunday Times, la famille royale va essayer de "poursuivre ses activités comme si de rien n'était", mais "la confiance dans l'institution risque vraiment d'être érodée" avec cette arrestation inédite depuis le XVIIe siècle.

"Le temps de la déférence qui prévalait pendant le règne de la reine (Elizabeth II, ndlr) est terminé, et il s'agit d'un immense défi pour Charles, car le public n'a plus l'affection pour l'institution" qu'il avait sous la défunte reine, dit-elle.

- Suspect comme un autre -

Alimentant le sentiment que la famille royale n'est plus au-dessus des lois, les médias britanniques ont souligné que le roi n'avait pas été prévenu à l'avance de l'arrestation de son frère.

Et le tabloid The Sun note que, comme tout suspect, Andrew a dû se soumettre à un prélèvement salivaire pour recueillir son ADN, à la prise d'empreintes digitales et d'une photo d'identité judiciaire.

Donald Trump, qui a souvent manifesté une certaine fascination pour la monarchie britannique, a jugé jeudi soir l'arrestation de l'ex-Duc d'York "très triste" et "très mauvaise pour la famille royale".

Son interpellation a aussi mis en évidence le contraste avec les Etats-Unis, où les répercussions de la tentaculaire affaire Jeffrey Epstein sont restées jusqu'ici limitées. Seule son ex-compagne et complice, Ghislaine Maxwell, a été condamnée pour ses liens avec le criminel sexuel.

Ces derniers jours, la police britannique avait indiqué examiner des documents contenus dans la dernière salve des dossiers Epstein, publiés le 30 janvier par le ministère américain de la Justice.

De nouvelles accusations en avaient émergé à l'encontre de l'ex-prince, qui s'est gardé de les commenter.

La police a aussi indiqué "évaluer" des informations selon lesquelles une femme aurait été envoyée par Jeffrey Epstein à Royal Lodge en 2010, potentiellement pour avoir des relations sexuelles avec Andrew.

Mais cette accusation n'a pas été mentionnée jeudi par la police et on ignore si Andrew a été interrogé sur ce sujet.


Internet, IA: l'Europe est un "espace sûr", contrairement à ce que disent des "amis mal informés"

Le président français Emmanuel Macron prononce un discours lors du AI Impact Summit à New Delhi, le 19 février 2026. (AFP)
Le président français Emmanuel Macron prononce un discours lors du AI Impact Summit à New Delhi, le 19 février 2026. (AFP)
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  • Macron défend l’Europe comme un “espace sûr” pour l’innovation et l’investissement dans l’intelligence artificielle, tout en participant à la définition des règles internationales avec des alliés comme l’Inde
  • Protection des enfants et durabilité de l’IA : priorité au G7 pour limiter l’exposition des mineurs aux contenus numériques et promouvoir une IA moins énergivore et au service du bien commun

NEW DELHI: Le président français Emmanuel Macron a affirmé jeudi que l'Europe était un "espace sûr", non "centré aveuglément" sur la régulation contrairement à ce que les Etats-Unis disent, et déterminé à participer à la définition des "règles du jeu" dans l'intelligence artificielle.

"Contrairement à ce que certains amis mal informés disent, l'Europe n'est pas aveuglément centrée sur la régulation (..) L'Europe est un espace sûr (pour l'innovation et l'investissement, ndlr) et les espaces sûrs gagnent sur le long terme", a-t-il dit à l'ouverture du sommet sur l'intelligence artificielle à New Delhi.

"Nous sommes déterminés à continuer à définir les règles du jeu et à le faire avec nos alliés, tels l'Inde, parce que nous croyons dans les valeurs fondamentales partagées, la science, l'Etat de droit, l'équilibre mondial, un multilatéralisme efficace et l'innovation au bénéfice de tous", a-t-il ajouté devant un parterre de chefs d'Etat et des plus grands patrons de la "tech".

L'administration américaine, invoquant la liberté d'expression, dénonce régulièrement la régulation des grandes plateformes américaines imposée par l'Union européenne, des "actes flagrants de censure extraterritoriale", selon elle.

"L'intelligence artificielle va aider l'humanité à investir plus vite (..) dans la santé, l'énergie, la mobilité, l'agriculture, les services publics et le bien commun de tous", a poursuivi Emmanuel Macron.

Le chef de l'Etat a insisté sur la nécessité pour la France comme pour l'Inde de "prendre ensemble le chemin de l'innovation, de l'indépendance et de l'autonomie stratégique" en la matière.

Et sur le besoin d'une IA qui serve à "protéger la planète et pousser la prospérité de tous" et qui soit "durable" et donc moins dévoreuse d'énergie avec ses gigantesques centres de données.

Le président français a aussi insisté sur la nécessité de mieux protéger les enfants des "abus numériques et de l'IA", en soulignant que ce serait une priorité de la présidence française du G7 cette année.

"Il n'y a pas de raison que nos enfants soient exposés en ligne à ce qui est légalement interdit dans le monde réel", a-t-il dit, appelant plateformes, gouvernements et régulateurs "à travailler ensemble pour faire de l'internet et des réseaux sociaux un espace sûr".

La France est elle-même en train de prendre des mesures pour interdire l'accès des moins de 15 ans aux réseaux sociaux, a-t-il rappelé.


Macron retrouve Modi en Inde, entre vente de Rafale et IA

Le président français Emmanuel Macron à son arrivée à Mumbai le 17 février 2026. (AFP)
Le président français Emmanuel Macron à son arrivée à Mumbai le 17 février 2026. (AFP)
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  • À Bombay, Emmanuel Macron retrouve Narendra Modi pour renforcer le partenariat stratégique franco-indien, marqué par l’intention d’achat de 114 Rafale supplémentaires et l’inauguration d’une chaîne d’assemblage d’hélicoptères H125 d’Airbus avec Tata Group
  • La visite met aussi l’accent sur l’intelligence artificielle et l’innovation, avec le Sommet mondial pour l’Impact de l’IA à New Delhi et des échanges sur le multilatéralisme (G7/Brics)

BOMBAY: Le président français Emmanuel Macron retrouve mardi le Premier ministre Narendra Modi à Bombay, capitale économique de l'Inde, pour renforcer le partenariat stratégique bilatéral, avec à la clef la vente de 114 chasseurs Rafale et un ancrage dans l'intelligence artificielle.

Le chef de l'Etat français, arrivé dans la nuit, rendra d'abord hommage aux victimes des attentats de Bombay en 2008 au Taj Mahal Palace.

Les attentats, perpétrés devant les caméras de télévision du monde entier, avaient fait 166 morts, dont deux Français. Pendant trois jours, les assaillants avaient mené des attaques au fusil d'assaut AK-47 et à la grenade à travers la métropole, y compris dans cet hôtel mythique de l'époque coloniale.

Emmanuel Macron rencontrera ensuite autour d'un déjeuner six stars du cinéma indien, dont Bombay est la capitale avec les studios de Bollywood, machine à superproductions mondiales.

Il entend évoquer les "coopérations possibles" dans ce domaine et "mettre en valeur l'attractivité de la France pour les tournages", précise l'Elysée.

- "Made in India" -

Le Premier ministre indien, venu spécialement à Bombay, rejoindra son hôte vers 15H00 (09H30 GMT) pour une série d'entretiens, suivis de déclarations à la presse et d'un dîner dans le décor somptueux du Taj Mahal Palace.

Les échanges s'annoncent sous les meilleurs auspices après la confirmation par l'Inde de son intention d'acheter 114 avions de combat Rafale supplémentaires, une commande sans précédent pour le constructeur Dassault, qui s'ajouterait aux 62 déjà acquis.

"Les discussions porteront sur la consolidation du partenariat stratégique et sur sa diversification dans des secteurs nouveaux et émergents", ont indiqué les services de Narendra Modi.

Elles vont permettre de "continuer à ancrer la relation bilatérale en la tournant résolument vers l'avenir", renchérit l'Elysée.

Les deux dirigeants inaugureront ensemble, à distance, une chaîne de montage d'hélicoptères Airbus, les H125, située à 1.000 kilomètres de là, près de Bangalore (sud), la capitale technologique indienne.

Cette ligne, dont la construction avait été annoncée lors de la dernière visite du président français en Inde en janvier 2024, devrait être opérationnelle en avril et le premier vol du H125 "Made in India", cher au gouvernement indien, réalisé à la fin de l'année.

La première ligne d'assemblage d'hélicoptères Airbus gérée par un groupe privé indien, le célèbre conglomérat Tata Group, a été conçue pour produire à terme la variante militaire du H125, appelée H125M.

- Lula, Google et Anthropic -

Les deux dirigeants donneront ensuite le coup d'envoi de l'année franco-indienne de l'innovation en présence d'un parterre de chefs d'entreprises et chercheurs.

Le désordre mondial généré par les coups de butoir permanents de Donald Trump, des droits de douane à la diplomatie, tout comme la montée en puissance de la Chine seront aussi au coeur des entretiens.

Narendra Modi n'a pas condamné l'invasion de l'Ukraine par la Russie, partenaire traditionnel de l'Inde - notamment pour les livraisons d'équipement militaire -, mais il s'est rendu à Kiev en septembre 2024 et est sous pression de Donald Trump pour réduire les importations indiennes de pétrole russe.

Le président français et le Premier ministre indien, qui président respectivement le G7 et le groupe des Brics cette année, vont aussi "explorer les convergences possibles" pour "défendre et promouvoir le multilatéralisme à un moment où il est particulièrement remis en cause", souligne l'Elysée.

La suite de la visite sera placée sous le signe de l'intelligence artificielle, avec un dîner inaugural mercredi soir à New Delhi du Sommet mondial pour l'Impact de l'IA, avant son ouverture effective jeudi, après une série de tables rondes en début de semaine.

Ce rendez-vous, auquel sont attendus une quinzaine de chefs d'Etat, dans la foulée du sommet de Paris sur l'IA en février 2025, se penchera sur l'investissement dans le secteur, la "recherche scientifique en faveur de l'intérêt général" et "l'accès par tous aux outils technologiques", selon l'Elysée.

Emmanuel Macron doit rencontrer en marge du sommet son homologue brésilien Luiz Inacio Lula da Silva ainsi que les dirigeants de Google et de la start-up américaine Anthropic, rivale d'OpenAI (la société qui développe ChatGPT).

Il inaugurera aussi le Centre franco-indien de l'IA en santé globale mercredi à New Delhi.