Ukraine: Biden à la manoeuvre pour serrer encore les rangs des Occidentaux

Joe Biden débute une semaine d'intense activité diplomatique qui le verra partir mercredi pour l'Europe (Photo, AFP).
Joe Biden débute une semaine d'intense activité diplomatique qui le verra partir mercredi pour l'Europe (Photo, AFP).
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Publié le Mardi 22 mars 2022

Ukraine: Biden à la manoeuvre pour serrer encore les rangs des Occidentaux

  • En une journée, Joe Biden et ses alliés enchaîneront un sommet de l'Otan, un sommet du G7 et un sommet de l'Union européenne
  • Les Américains s’inquiètent publiquement d'un possible soutien militaire et économique de la Chine à la Russie

WASHINGTON: Préserver l'unité trouvée par les Occidentaux face à la Russie depuis l'invasion de l'Ukraine et sonder leur posture face à la Chine: Joe Biden débute une semaine d'intense activité diplomatique qui le verra partir mercredi pour l'Europe.

Le président américain s'est entretenu lundi pendant près d'une heure avec le président français Emmanuel Macron, le chancelier allemand Olaf Scholz et les Premiers ministres italien Mario Draghi et britannique Boris Johnson.

Les dirigeants ont exprimé leur "grande préoccupation face aux tactiques brutales de la Russie en Ukraine", selon un communiqué de la Maison Blanche.

Les cinq hommes se retrouveront jeudi à Bruxelles pour une journée d'une intensité diplomatique peu commune.

En une journée, Joe Biden, ses homologues du Vieux continent et d'autres chefs d'Etat et de gouvernement de pays alliés enchaîneront un sommet de l'Otan, un sommet du G7 et un sommet de l'Union européenne, auquel le président américain est convié. 

"Le plus important pour le président, c'est l'unité", a fait valoir lundi sa porte-parole Jen Psaki, et Joe Biden recherche "une coordination dans la durée et une réponse unifiée face à l'escalade décidée par le président Poutine."

Réfugiés

Il se rendra ensuite vendredi et samedi en Pologne, pays qui voit affluer par centaines de milliers des réfugiés ukrainiens. 

Son agenda prévoit pour l'heure seulement une rencontre avec son homologue polonais Andrzej Duda. Le reste de son programme reste à déterminer, mais Jen Psaki a d'ores et déjà souligné que la question des réfugiés serait "un élément clé" de cette visite.

Le président américain avait fait en début de mandat deux promesses de politique étrangère: réparer les alliances mises à mal par son prédécesseur Donald Trump, et se consacrer davantage à la rivalité avec la Chine.

Biden sonne l'alarme sur de possibles attaques informatiques russes

Le président des Etats-Unis Joe Biden a estimé lundi que c'était un devoir "patriotique" pour les entreprises américaines de mieux se protéger d'éventuelles attaques informatiques menées par la Russie en réponse aux sanctions occidentales imposées à Moscou pour son offensive en Ukraine.

"L'intérêt national est en jeu. (...) C'est un devoir patriotique d'investir autant que vous pouvez" dans la cybersécurité, a-t-il dit lors d'une rencontre à Washington avec des représentants du monde des affaires.

"La Russie pourrait être en train de préparer une action contre nous (...). La Russie dispose de moyens informatiques conséquents, et cela va arriver", a-t-il encore déclaré.

La guerre en Ukraine a jusqu'ici permis à l'hôte de la Maison Blanche de cocher la première case: les Occidentaux ont imposé à la Russie des sanctions économiques jamais vues, tandis que certains pays ont opéré des revirements stratégiques spectaculaires.

En ce qui concerne le "pivot vers l'Asie", Joe Biden est en revanche actuellement obligé de se tourner plutôt vers l'Europe - c'est la troisième fois qu'il s'y rend depuis son investiture. Mais l'assaut donné par le président russe Vladimir Poutine pourrait agir comme un révélateur du rapport de forces entre Washington et Pékin.

Les Américains s’inquiètent publiquement d'un possible soutien militaire et économique de la Chine à la Russie. Joe Biden a menacé son homologue Xi Jinping, lors d'un appel vidéo vendredi, de représailles s'il passait à l'acte.

Pari

Le président américain parie que la sévérité des sanctions contre la Russie fera réfléchir la Chine, deuxième puissance économique mondiale, dont les responsables, loin de condamner l'invasion de l'Ukraine, se refusent même à parler de "guerre".

Mais le calcul de Joe Biden ne peut fonctionner que si les Etats-Unis et leurs alliés affichent face à Pékin la même unité que face à Moscou.

Or les enjeux économiques d'une potentielle escalade avec la Chine sont d'une toute autre dimension, dans un contexte mondial de flambée des prix de l'énergie et de certaines denrées alimentaires.

"Les Etats-Unis ne sont pas les seuls préoccupés par la proximité entre Chine et Russie, beaucoup en Europe s'en inquiètent aussi et nous nous attendons à ce que ce soit un sujet de discussion ces prochains jours", a assuré Jen Psaki.

Le président américain et ses alliés devront aussi décider comment maintenir, dans la durée, la pression sur Moscou. Quelles menaces les Occidentaux peuvent-ils encore brandir face au sanglant conflit qui se poursuit?

Sur le plan économique, bien des cartouches ont déjà été tirées. Sur le plan militaire, les Américains se félicitent régulièrement d'avoir "galvanisé" l'Otan, mais les options se réduisent et se complexifient.

Un récent incident impliquant justement la Pologne a illustré la limite fixée par les Etats-Unis eux-mêmes: ne rien faire qui provoquerait une confrontation militaire directe avec la Russie.

Varsovie avait proposé de confier aux Américains des avions de combat Mig-29, pour que ces derniers les livrent ensuite à l'Ukraine. Washington avait rejeté, plutôt sèchement, la proposition.


Les négociations entre l'Iran et les Etats-Unis vont démarrer en Suisse

Le vice-président américain JD Vance est arrivé en Suisse dimanche, atterrissant à la base aérienne d’Emmen à 5 h 59 (03 h 59 GMT), selon son porte-parole. (AFP)
Le vice-président américain JD Vance est arrivé en Suisse dimanche, atterrissant à la base aérienne d’Emmen à 5 h 59 (03 h 59 GMT), selon son porte-parole. (AFP)
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  • Les négociations américano-iraniennes s’ouvrent en Suisse dans un contexte tendu, marqué par la poursuite des violences au Liban et des divergences sur l’application du protocole d’accord, notamment sur le nucléaire et un cessez-le-feu
  • L’escalade régionale s’intensifie avec la fermeture annoncée du détroit d’Ormuz par l’Iran, tandis que les États-Unis appellent à la retenue et poursuivent les discussions diplomatiques

BURGENSTOCK: Les discussions entre les Etats-Unis et l'Iran pour trouver une paix durable au Moyen-Orient doivent débuter dimanche matin dans un hôtel de luxe des Alpes suisses, quatre jours après la signature d'un protocole d'accord, déjà malmené, pour mettre fin aux hostilités.

Ces pourparlers, centrés sur le programme nucléaire iranien, sont prévus pour une durée renouvelable de 60 jours. Avant même qu'ils ne commencent, les écueils se sont accumulés, avec la poursuite des combats au Liban malgré une clause de l'accord-cadre prévoyant la fin des hostilités sur tous les fronts, et l'annonce par Téhéran d'une nouvelle fermeture du détroit d'Ormuz en représailles.

Sur le front libanais, des frappes israéliennes ont fait au moins 30 morts samedi dans l'est et le sud du Liban, avant une accalmie constatée par un correspondant de l'AFP en fin de journée, lorsque l'armée israélienne a reçu l'ordre de cesser les affrontements avec le Hezbollah pro-iranien.

Les pourparlers débuteront dans le courant de la matinée, a annoncé la diplomatie suisse, précisant que la délégation américaine, dirigée par le vice-président américain JD Vance, et la délégation iranienne, menée par le président du Parlement iranien Mohammad Bagher Ghalibaf, étaient arrivées à l'hôtel de luxe de Bürgenstock, surplombant le lac de Lucerne, site des discussions. Les pays médiateurs, le Pakistan et le Qatar, sont également sur place.

Arrivée samedi soir, la délégation iranienne compte aussi, selon la télévision d'Etat iranienne, le chef de la diplomatie Abbas Araghchi et le gouverneur de la Banque centrale Abdolnaser Hemmati.

Les discussions devraient durer "quelques jours", a affirmé JD Vance à la presse samedi soir, ajoutant qu'il ne pourrait rester en Suisse "qu'un jour ou deux".

"J'espère qu'on va faire des progrès sur la question nucléaire et sur la question du cessez-le-feu au Liban. Ce sont les deux points principaux sur lesquels je pense que nous allons nous concentrer", a-t-il déclaré.

L'émissaire Steve Witkoff et le gendre du président Donald Trump, Jared Kushner, se trouvent également en Suisse, selon JD Vance.

Les pourparlers sont censés mener à un accord final pour mettre un terme au conflit au Moyen-Orient, déclenché par des frappes israélo-américaines sur l'Iran le 28 février. Les hostilités ont causé des milliers de morts, surtout en Iran et au Liban, et ébranlé l'économie mondiale.

- Protocole "en danger" -

Le porte-parole de la diplomatie iranienne, Esmaïl Baghaï, a toutefois prévenu samedi les Etats-Unis que le protocole d'accord serait "en danger" si ses clauses n'étaient pas appliquées rapidement, en référence à la situation au Liban.

Le conseiller militaire du guide suprême iranien, Mohsen Rezaei, a lui appelé à la prudence face à tout "optimisme", affirmant sur X que "l'ennemi a montré qu'il ne tenait pas ses promesses".

Le Hezbollah a entraîné le Liban dans la guerre au Moyen-Orient par des tirs de roquettes sur Israël pour venger la mort du guide suprême iranien, tué au début de la guerre.

Depuis, les opérations israéliennes au Liban ont fait 4.057 morts, selon le dernier bilan, samedi, du ministère libanais de la Santé.

L'armée israélienne a annoncé pour sa part qu'un de ses soldats avait été tué samedi dans le sud du Liban, portant à 36 le nombre de ses pertes depuis le début du conflit. Elle a précisé samedi que ses troupes ne mèneraient "pas de frappes proactives", mais qu'elles opéreraient "de manière défensive" au sein de la bande territoriale du sud du Liban occupée par Israël.

Avant son départ pour la Suisse, le vice-président américain a assuré que la situation "s'améliore" au Liban.

"Le gros problème, c'est que vous allez avoir quelqu'un qui va commencer à tirer et ensuite quelqu'un va répondre, et donc vous avez en quelque sorte ce problème de l'oeuf et de la poule où il faut réussir à arrêter les tirs suffisamment longtemps pour que le cessez-le-feu tienne, c'est ce qu'on essaie de faire", a-t-il dit.

- Ormuz fermé -

Après les nouveaux affrontements au Liban, le commandement central de l'armée iranienne a annoncé que "le détroit d'Ormuz serait fermé au trafic maritime", une "première mesure en réponse à la violation des engagements par l'ennemi". Il a menacé "d'autres mesures" si nécessaire "pour contraindre l'ennemi à respecter ses obligations".

La réouverture du détroit a constitué l'un des points clés du protocole d'accord américano-iranien. L'Iran avait verrouillé au début de la guerre cette voie maritime stratégique par laquelle transitaient auparavant quelque 20% des hydrocarbures mondiaux, provoquant une flambée des cours du pétrole.

Après l'annonce par l'Iran de sa nouvelle fermeture, le commandement américain pour le Moyen-Orient (Centcom) a indiqué que ses forces demeuraient "vigilantes". Selon lui, 55 navires marchands ont franchi le détroit de manière sûre samedi.

Téhéran a également évoqué la possible mise en place de "frais" de service maritime pour les navires voulant y transiter. Le président américain Donald Trump a lui aussi menacé d'appliquer un péage dans le détroit en cas d'échec des discussions avec l'Iran.


Iran: le négociateur en chef conditionne toute discussion avec les Etats-Unis aux «lignes rouges» fixées par Téhéran

L'Iran et les Etats-Unis ont signé cette semaine un protocole d'accord pour mettre fin à plus de trois mois de guerre au Moyen-Orient. (AFP)
L'Iran et les Etats-Unis ont signé cette semaine un protocole d'accord pour mettre fin à plus de trois mois de guerre au Moyen-Orient. (AFP)
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  • "Si l'ennemi se montre excessif" dans ses demandes, "nous avons prouvé que nous sommes prêts à riposter et que nous n'hésiterons pas à infliger une réponse cinglante", a ajouté celui qui est aussi le président du Parlement
  • L'Iran et les Etats-Unis ont signé cette semaine un protocole d'accord pour mettre fin à plus de trois mois de guerre au Moyen-Orient

TEHERAN: Le chef de l'équipe de négociation iranienne, Mohammad Bagher Ghalibaf, a insisté vendredi sur le nécessaire respect des "lignes rouges" de l'Iran lors des futurs pourparlers avec les Etats-Unis.

"Comme nous l'avons démontré tout au long des négociations précédentes, nous restons fermes dans le respect des conditions et des lignes rouges fixées, et dans la défense des intérêts de la nation iranienne", a déclaré l'influent M. Ghalibaf, cité par l'agence Irna.

"Si l'ennemi se montre excessif" dans ses demandes, "nous avons prouvé que nous sommes prêts à riposter et que nous n'hésiterons pas à infliger une réponse cinglante", a ajouté celui qui est aussi le président du Parlement.

L'Iran et les Etats-Unis ont signé cette semaine un protocole d'accord pour mettre fin à plus de trois mois de guerre au Moyen-Orient.

Le président iranien Massoud Pezeshkian, qui a paraphé l'accord à distance avec son homologue américain Donald Trump, a publié une déclaration similaire, réaffirmant que les intérêts nationaux demeuraient la "ligne rouge" de son pays, sans plus de précisions.

Cette signature doit ouvrir la voie à des négociations plus poussées et techniques, d'une durée reconductible de 60 jours, centrées sur le programme nucléaire iranien en vue d'un accord définitif.

Mais de premiers pourparlers, prévus vendredi en Suisse, ont été annulés.

Les propos de M. Ghalibaf font suite à un communiqué du guide suprême iranien, Mojtaba Khamenei, faisant part de ses réserves pour le protocole d'accord qu'il a finalement autorisé.

Il prévoit notamment la fin de la guerre sur tous les fronts, y compris au Liban. Mais des frappes israéliennes dans la nuit de jeudi à vendredi dans le sud du Liban ont fait 18 morts et 33 blessés, selon les autorités libanaises, Israël déplorant de son côté la perte de quatre soldats.

L'accord a par ailleurs permis la levée du blocus naval américain imposé depuis deux mois aux ports iraniens et la réouverture par Téhéran du détroit d'Ormuz, voie maritime cruciale pour les hydrocarbures.

En Iran, le texte suscite l'opposition de certains conservateurs, hostiles à des concessions, notamment sur le contrôle du stratégique détroit.

"Les Américains ne respectent aucun engagement, ils n'ont jamais été loyaux envers aucun accord et ils ne le seront jamais", a ainsi déclaré Hossein Shariatmadari, rédacteur en chef du journal ultraconservateur Kayhan, lors d'une interview jeudi accordée à la télévision d'Etat.

"Le détroit d'Ormuz est le moyen d'obtenir des compensations" lors des négociations, a-t-il estimé.


Vance lance un avertissement aux critiques de Trump en Israël

JD Vance s'en est pris jeudi aux responsables israéliens qui critiquent Donald Trump et sa stratégie en Iran, en leur demandant d'"ouvrir les yeux" tout en rappelant la dépendance du pays au soutien militaire de Washington. (AFP)
JD Vance s'en est pris jeudi aux responsables israéliens qui critiquent Donald Trump et sa stratégie en Iran, en leur demandant d'"ouvrir les yeux" tout en rappelant la dépendance du pays au soutien militaire de Washington. (AFP)
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  • "Si j'étais au gouvernement israélien, peut-être que je n'attaquerais pas le seul allié puissant qui me reste sur la planète" a-t-il averti
  • "Le problème d'Israël ce n'est pas Donald Trump, et ceux qui en Israël pensent que le président des Etats-Unis est leur plus gros problème doivent ouvrir les yeux et prendre conscience de la réalité", a conclu le vice-président

WASHINGTON: JD Vance s'en est pris jeudi aux responsables israéliens qui critiquent Donald Trump et sa stratégie en Iran, en leur demandant d'"ouvrir les yeux" tout en rappelant la dépendance du pays au soutien militaire de Washington.

"Ce que je veux dire, et cela me dérange, c'est qu'il y a des gens dans le gouvernement de Bibi (le surnom du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, ndlr) qui se sont exprimés pour attaquer l'accord et qui d'une certaine manière ont attaqué le président des Etats-Unis très personnellement", a dit le vice-président américain pendant une conférence de presse.

"Mon message pour eux est double. D'abord, Donald J. Trump est le seul chef d'Etat dans le monde entier qui est compréhensif envers Israël aujourd'hui, et il se trouve être le chef d'Etat de la première puissance mondiale", a poursuivi JD Vance.

"Si j'étais au gouvernement israélien, peut-être que je n'attaquerais pas le seul allié puissant qui me reste sur la planète" a-t-il averti.

"Le second message que je voudrais lancer à certains de ces ministres qui attaquent le président des Etats-Unis - Bibi, et c'est tout à son honneur, n'a pas pris cette voie - c'est que ces trois derniers mois, deux tiers des armes défensives qui ont protégé votre pays ont été fabriquées par des mains américaines et payées par les contribuables américains", a ajouté JD Vance.

"Le problème d'Israël ce n'est pas Donald Trump, et ceux qui en Israël pensent que le président des Etats-Unis est leur plus gros problème doivent ouvrir les yeux et prendre conscience de la réalité", a conclu le vice-président.