France: une campagne présidentielle sans saveur et sans réel suspense

Les affiches de campagne officielles des 12 candidats à la présidence devant une école qui servira de bureau de vote à Paris, le 29 mars 2022. (Photo, AFP)
Les affiches de campagne officielles des 12 candidats à la présidence devant une école qui servira de bureau de vote à Paris, le 29 mars 2022. (Photo, AFP)
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Publié le Mardi 29 mars 2022

France: une campagne présidentielle sans saveur et sans réel suspense

Les affiches de campagne officielles des 12 candidats à la présidence devant une école qui servira de bureau de vote à Paris, le 29 mars 2022. (Photo, AFP)
  • Alors que l'élection reine en France suscite toujours analyses et grands débats jusque tard dans la soirée, TF1 diffusera, une heure et demie après les résultats, une comédie culte des années 1990, «Les Visiteurs»
  • Dans une France épuisée par deux années de pandémie et très inquiète du conflit en Ukraine, l'élection semble être passée au second plan

PARIS: Pour la première fois de son histoire, la première chaîne privée française TF1 n'organisera pas de grande soirée électorale après l'annonce des résultats du premier tour de la présidentielle le 10 avril: une illustration parfaite du désintérêt suscité par une morne campagne électorale, éclipsée par la guerre en Ukraine. 

Alors que l'élection reine en France suscite toujours analyses et grands débats jusque tard dans la soirée, TF1 diffusera, une heure et demie après les résultats, une comédie culte des années 1990, « Les Visiteurs ». La chaîne justifie ce choix par le fait que « les goûts et attentes des téléspectateurs ont évolué » en raison « de la multiplication de l'offre » de débats et commentaires sur les chaînes d'information. 

A moins de deux semaines du premier tour, la campagne, qui n'a jamais vraiment décollé, se déroule dans une indifférence préoccupante, de nombreux analystes s'inquiétant sur l'état du débat démocratique. 

Le président sortant, Emmanuel Macron, est entré très tardivement dans l'arène face à onze rivaux portant les couleurs d'une gauche éclatée, d'une droite à la peine et d'une extrême droite divisée. Il a refusé tout débat avec ses concurrents avant le premier tour. 

Son statut de favori (28% d'intentions de vote au premier tour contre 21% à la candidate d'extrême droite Marine Le Pen) ôte le suspense du scrutin, même si des surprises ne sont jamais à exclure, rappellent les sondeurs. 

Selon une étude BVA publiée vendredi, 75% des électeurs ont l'intention de voter, légèrement moins qu'en 2017, où l'abstention était déjà très importante. 

« C'est vrai, on risque d'avoir une baisse de la participation à l'élection présidentielle pour différentes raisons, la destruction des partis d'un côté et l'évidence que Macron va gagner de l'autre », analyse Gérard Grunberg, politologue et directeur de recherche émérite au Centre national de la recherche scientifique (CNRS). 

« Les gens sont de plus en plus utilitaristes, ils votent quand ça les intéresse et on sait bien que plus c'est serré, plus les gens votent, donc la victoire annoncée d'Emmanuel Macron ne mobilise pas », souligne-t-il. 

Derniers jours cruciaux 

Dans une France épuisée par deux années de pandémie et très inquiète du conflit en Ukraine, l'élection semble être passée au second plan. 

D'autant que le match Macron - Le Pen du second tour de 2017 semble en voie de se rééditer, la candidate d'extrême droite arrivant derrière le président sortant dans les intentions de vote, même si le candidat de la gauche radicale Jean-Luc Mélenchon (crédité actuellement de 14% des suffrages) est en train de remonter. 

En meeting dimanche à Marseille (sud-est), M. Mélenchon, qui avait raté de justesse la marche du second tour en 2017, a mis en garde contre « un second tour low-cost » entre M. Macron et Mme Le Pen. « J'entends ceux qui disent ‘C'est tous les mêmes, on va pas aller voter’, eh bien réfléchissez bon sang de bois! », s'est-il exclamé en exhortant les électeurs de gauche, représentés par une myriade de candidats, à »un vote efficace ». 

A droite, la candidate Valérie Pécresse, qui oscille entre 10 et 11% dans les intentions de vote, essaye de relancer une campagne enlisée et a toujours l'espoir de faire mentir »le scénario écrit d'avance » d'un second tour Macron-Le Pen. 

Quatre électeurs sur dix sont encore incertains du bulletin qu'ils mettront dans l'urne. 

Selon la directrice Opinion de BVA Adélaïde Zulfikarpasic, « peut-être tout va se jouer dans les deux prochaines semaines ». « J'ose espérer qu'il va y avoir une accélération, que les hésitants vont se mettre à lire les programmes, les comparer », ajoute-t-elle. 

Dans un éditorial mardi, le quotidien Le Monde mettait en garde contre une « dangereuse apathie » du débat démocratique dans une période dangereuse, marquée par le dérèglement climatique, l'inflation, la guerre en Ukraine... 

« Quand je vois ce niveau d'intérêt pour la campagne si faible, avec un quart des Français qui pourraient changer d'avis, quand je vois cette tectonique des plaques dans l'offre électorale ... les choses peuvent bouger » dans les deux dernières semaines, estimait en début de semaine le politologue Frédéric Dabi sur la télévision Public Sénat. 


Macron convoque un nouveau conseil de défense mardi après-midi sur la situation au Moyen-Orient

Emmanuel Macron lors d’une conférence de presse avec Volodymyr Zelensky à l’Élysée, le 13 mars 2026, après des discussions sur le soutien à l’Ukraine et la pression sur la Russie. (AFP)
Emmanuel Macron lors d’une conférence de presse avec Volodymyr Zelensky à l’Élysée, le 13 mars 2026, après des discussions sur le soutien à l’Ukraine et la pression sur la Russie. (AFP)
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  • Le président Emmanuel Macron convoque un conseil de défense sur la situation en Iran et au Moyen-Orient, dans un contexte de pressions de Donald Trump concernant la sécurisation du détroit d’Ormuz
  • Isaac Herzog appelle les pays européens à agir contre le Hezbollah, tandis que la France propose une médiation entre le Liban et Israël pour éviter une escalade régionale

PARIS: Le président Emmanuel Macron a convoqué un nouveau conseil de défense et de sécurité nationale mardi après-midi "sur la situation en Iran et au Moyen-Orient", a annoncé l'Elysée.

Ce nouveau conseil de défense réunissant les ministres et responsables chargés des questions de sécurité - le dernier remonte au 10 mars - intervient alors que Donald Trump fait pression sur la France pour qu'elle réponde positivement à sa demande d'aide pour la sécurisation du détroit d'Ormuz.

Le président israélien Isaac Herzog a de son côté appelé lundi les pays européens à "soutenir tout effort visant à éradiquer" le mouvement islamiste libanais Hezbollah, allié de l'Iran.

Il a aussi salué l'offre française de faciliter des discussions directes entre le Liban et Israël qui a lancé des frappes aériennes massives et des "opérations terrestres limitées" contre le Hezbollah.

Le Liban a été entraîné dans la guerre au Moyen-Orient lorsque le Hezbollah a attaqué Israël le 2 mars pour venger l'assassinat du guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, tué deux jours plus tôt par une frappe israélienne à Téhéran.

Emmanuel Macron a appelé samedi Israël à accepter des "discussions directes" avec l'exécutif libanais et "toutes les composantes" du Liban, qu'il s'est dit prêt à "faciliter" en "les accueillant à Paris", afin d'empêcher que "le Liban ne sombre dans le chaos".

Israël a poursuivi mardi ses bombardements sur Téhéran et contre le Hezbollah pro-iranien dans la banlieue sud de Beyrouth, au 18e jour de la guerre au Moyen-Orient qui embrase aussi l'Irak, théâtre de nombreuses attaques.


Au cœur du centre de crise du Quai d’Orsay: rapatrier mais également écouter et rassurer

Depuis les frappes israélo-américaines contre l’Iran et la riposte de Téhéran, la situation militaire au Moyen-Orient s’est fortement tendue. Cette crise représente un défi majeur pour la France, qui doit protéger et rapatrier ses ressortissants dans une région devenue instable. (Arlette Khouri)
Depuis les frappes israélo-américaines contre l’Iran et la riposte de Téhéran, la situation militaire au Moyen-Orient s’est fortement tendue. Cette crise représente un défi majeur pour la France, qui doit protéger et rapatrier ses ressortissants dans une région devenue instable. (Arlette Khouri)
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  • Depuis le début de la crise, près de 15 000 appels ont été enregistrés
  • Chaque appel permet de créer un dossier pour identifier la situation des personnes et déterminer les priorités

PARIS: Depuis les frappes israélo-américaines contre l’Iran et la riposte de Téhéran, la situation militaire au Moyen-Orient s’est fortement tendue. Cette crise représente un défi majeur pour la France, qui doit protéger et rapatrier ses ressortissants dans une région devenue instable.

Le Centre de crise et de soutien (CDCS) du ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères, dirigé par l’ambassadeur Louis L’alliot, a été immédiatement mobilisé. Ses équipes travaillent jour et nuit pour répondre aux appels des Français, organiser des évacuations et coordonner les actions diplomatiques et humanitaires.

Environ 400 000 Français vivent au Moyen-Orient, auxquels s’ajoutent de nombreux touristes. La fermeture des espaces aériens rend les départs très difficiles. Une plateforme téléphonique composée d’environ 30 répondants, dont une majorité de bénévoles de la Croix-Rouge, traite les appels de personnes inquiètes ou bloquées. Au total, plus de 50 agents peuvent répondre simultanément grâce à plusieurs centres d’appel.

Depuis le début de la crise, près de 15 000 appels ont été enregistrés. Chaque appel permet de créer un dossier pour identifier la situation des personnes et déterminer les priorités. Les personnes vulnérables (personnes âgées, malades, familles avec jeunes enfants) sont prioritaires pour les vols spéciaux affrétés par l’État, dont le coût est en partie pris en charge.

Jusqu’à présent, plus de 1 500 personnes ont été rapatriées par ces vols, tandis qu’environ 17 000 Français ont quitté la région par leurs propres moyens.

Le centre fonctionne grâce à plusieurs pôles spécialisés : gestion des ressources humaines, relations internationales, soutien médical, organisation des vols et le « pôle communauté » chargé de contacter les ressortissants prioritaires.

Les bénévoles de la Croix-Rouge jouent également un rôle important en apportant écoute et soutien psychologique aux appelants souvent stressés ou inquiets.

Créé en 2008, le Centre de crise et de soutien est aujourd’hui un outil essentiel de la diplomatie française, capable d’activer une cellule de crise en moins d’une heure et de fonctionner 24h/24 lors de situations internationales majeures.


Municipales en France: percée de la gauche radicale, l'extrême droite s'installe

Sarah Knafo (au centre), candidate d'extrême droite du parti Reconquete! à la mairie de Paris, se promène parmi ses partisans et les représentants des médias après l'annonce des résultats du premier tour des élections municipales de 2026 à Paris, le 15 mars 2026. (AFP)
Sarah Knafo (au centre), candidate d'extrême droite du parti Reconquete! à la mairie de Paris, se promène parmi ses partisans et les représentants des médias après l'annonce des résultats du premier tour des élections municipales de 2026 à Paris, le 15 mars 2026. (AFP)
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  • Tard dans la nuit dimanche, les tractations ont commencé partout où de possibles triangulaires, quadran, quinquan, voire sextangulaires sont théoriquement possibles, puisqu'il suffit qu'une liste ait obtenu 10% pour qu'elle puisse se maintenir au 2e tour
  • A Toulouse (sud), 4e ville de France, où La France insoumise (LFI), le parti de gauche radicale dirigé par Jean-Luc Mélenchon, est arrivé à la surprise générale devant la liste de gauche menée par le Parti socialiste (PS)

PARIS: Au lendemain d'élections locales en France marquées par la percée de la gauche radicale et des scores favorables à l'extrême droite, des alliances délicates ont commencé à se nouer à gauche lundi en vue du second tour dimanche.

Les résultats ont placé en effet dimanche soir les forces politiques, et notamment la gauche, face à de nombreux dilemmes à treize mois de la prochaine présidentielle. Le scrutin a été marqué par une progression de l'abstention.

Tard dans la nuit dimanche, les tractations ont commencé partout où de possibles triangulaires, quadran, quinquan, voire sextangulaires sont théoriquement possibles, puisqu'il suffit qu'une liste ait obtenu 10% pour qu'elle puisse se maintenir au second tour.

A Toulouse (sud), 4e ville de France, où La France insoumise (LFI), le parti de gauche radicale dirigé par Jean-Luc Mélenchon, est arrivé à la surprise générale devant la liste de gauche menée par le Parti socialiste (PS), une "liste commune" a été annoncée dès lundi matin.

A Lille (nord), les discussions ont débuté entre les trois forces de gauche arrivées en tête, socialistes et insoumis cherchant une alliance avec les Écologistes.

A Besançon (est), la maire écologiste sortante, largement distancée par le candidat Les Républicains (LR, droite), a annoncé son ralliement à LFI pour "battre la droite".

A Lyon (centre-est) également, la candidate LFI espère une fusion avec la liste de l'écologiste sortant Grégory Doucet contre le candidat de droite Jean-Michel Aulas, ancien patron de l'Olympique lyonnais.

Mais à Paris et Marseille, 2e ville de France, les négociations s'annoncent plus ardues après des campagnes extrêment tendues entre PS et LFI.

A Paris, le candidat socialiste Emmanuel Grégoire a certes largement distancé sa concurrente de droite Rachida Dati, ex-ministre de la Culture, d'au moins dix points et semble en mesure de permettre à la gauche hors-LFI de conserver la capitale.

Mais la candidate Insoumise Sophia Chikirou, qui a passé le cap des 10%, risque de lui mettre des bâtons dans les roues.

Faute de fusion, elle se maintiendra, a-t-elle assuré. Le socialiste a toujours exclu la moindre alliance avec LFI.

"Tradition à gauche" 

En face, le candidat centriste Pierre-Yves Bournazel va lui aussi devoir décider s'il répond à l'appel au "rassemblement" lancé par Rachida Dati.

Pour la gauche, la situation est plus complexe encore à Marseille, où le sortant Benoît Payan est au coude-à-coude avec Franck Allisio (Rassemblement national, RN).

M. Payan a affirmé qu'il n'était "pas question de faire la moindre tambouille avec qui que ce soit". Une position jugée "irresponsable" par le LFI Sébastien Delogu, lui aussi qualifié.

Les choix pour le second tour du 22 mars devront être tranchés au plus tard mardi soir, date-butoir pour les têtes de liste ayant obtenu plus de 10% des voix dimanche qui devront dire si elles se maintiennent, fusionnent ou se désistent.

Lundi matin, les stratèges des partis ont développé leurs argumentaires.

Répétant qu'il n'y aurait pas d'"accord national", le secrétaire général du PS Pierre Jouvet a demandé "solennellement" à LFI de se retirer à Marseille, tout en évoquant des alliances locales possibles, comme à Nantes (ouest).

Forte de ses bons résultats dans les grandes villes, de sa victoire à Saint-Denis (nord de Paris) et de son score très prometteur à Roubaix (nord), LFI continue de mettre la pression sur le reste de la gauche.

Son coordinateur Manuel Bompard a répété son souhait d'"une fusion entre les différentes listes (de gauche) pour battre la droite et l'extrême droite, comme d'ailleurs c'est la tradition à gauche depuis la nuit des temps".

A rebours, l'ancien président François Hollande ou le très probable candidat Place publique (gauche) à la présidentielle Raphaël Glucksmann semblent prêts à prendre le risque de voir des villes basculer à droite plutôt que de passer un accord avec le parti mélenchoniste.

Défendant le principe d'alliances locales, la cheffe des Écologistes Marine Tondelier a, pour sa part, estimé que refuser tout accord avec LFI "a un coût pour les habitants (des) villes qui avaient besoin de politiques de gauche et écolos".

De son côté, le RN, qui revendique 24 communes remportées et est en tête dans 60 autres, selon son vice-président Sébastien Chenu, a appelé les électeurs LR au "vote utile" au second tour pour faire barrage à la gauche.

Le RN, qui cherche à amplifier sa dynamique en vue de 2027, a vu plusieurs maires sortants être réélus comme Louis Aliot à Perpignan (sud).

A Nice (sud), son allié Eric Ciotti est très bien parti dans sa lutte fratricide contre Christian Estrosi, symbole d'un score en demi-teinte du bloc macroniste.

Seul l'ex-Premier ministre Édouard Philippe lui redonne quelques couleurs, avec une dizaine de points d'avance sur son concurrent communiste au Havre (nord-ouest).