Les universités françaises entrouvrent leurs portes aux étudiants étrangers fuyant l'Ukraine

De plus en plus d'universités françaises ouvrent leurs portes aux étudiants étrangers qui ont fui la guerre en Ukraine (Photo, AFP).
De plus en plus d'universités françaises ouvrent leurs portes aux étudiants étrangers qui ont fui la guerre en Ukraine (Photo, AFP).
Short Url
Publié le Samedi 16 avril 2022

Les universités françaises entrouvrent leurs portes aux étudiants étrangers fuyant l'Ukraine

  • Les atermoiements des premières semaines sont nés du texte d'application de la protection temporaire offerte aux personnes fuyant ce conflit, depuis le 24 février
  • Le réseau MEnS et ses 42 établissements partenaires a mis sur pied des programmes spécifiques dédiés aux étudiants réfugiés depuis la crise migratoire de 2015

PARIS: Après l'inquiétude, l'espoir: de plus en plus d'universités françaises ouvrent leurs portes aux étudiants étrangers qui ont fui la guerre en Ukraine. Les établissements du supérieur attendent désormais des consignes claires du gouvernement pour que ces jeunes bénéficient du même statut que les Ukrainiens.

Les atermoiements des premières semaines sont nés du texte d'application de la protection temporaire offerte aux personnes fuyant ce conflit, depuis le 24 février: parmi les ressortissants étrangers vivant en Ukraine avant cette date, ne pourront être accueillis en situation régulière que ceux qui ne "sont pas en mesure de rentrer dans leur pays ou région d'origine dans des conditions sûres et durables".

Une formulation vague et laissée à l'appréciation des préfets qui a suscité d'importantes craintes. Toutes ne sont pas levées et des étudiants de Paris 8, à Saint-Denis, ont manifesté dans leur université en début de semaine pour réclamer l'égalité de traitement. Mais le ciel s'éclaircit du côté des universités, qui commencent à enregistrer des inscriptions. 

"Je me félicite de ce premier pas important et symbolique", réagit Pierre Henry, président de France fraternités, association qui a créé une permanence juridique dédiée à ces cas épineux.

"Mais il ne résout pas tout: maintenant, il faut aussi leur permettre de résider de manière légale sur le territoire. Et pour ça, il faut une instruction claire du ministère de l'Intérieur, pour que les dossiers soient traités de manière bienveillante", ajoute-t-il.

«Pré-accueil»

"Le problème n'est plus l'inscription, car les universités sont très ouvertes et solidaires. Le problème, c'est la protection temporaire, sans quoi les étudiants ne peuvent pas avoir de bourse du Crous, ni de logement", abonde Rudi Osman, directeur de l'Union des étudiants exilés.

Parmi les 61 000 étudiants étrangers que l'Unesco comptabilisait en Ukraine dans son dernier recensement, combien sont arrivés en France ? 

L'association de Rudi Osman a été sollicitée par 800 d'entre eux, pour la plupart originaires du Nigeria, du Maghreb, du Mali ou de la République démocratique du Congo. 

Certains sont déjà repartis, vers l'Espagne notamment. Et ceux qui veulent rester en France craignent de devoir rentrer dans leur pays d'origine pour y solliciter un visa, avant de revenir en France, comme les autorités les y ont encouragés.

"Que de temps perdu pour ces quelques milliers de jeunes au parcours déjà ralenti par la pandémie", ont regretté le 3 avril dans une tribune dans Le Monde quinze universitaires, dont cinq présidents d'universités, appelant à "inclure davantage" ces étudiants. "Ayons une réflexion plus stratégique que le court-termisme ambiant à visée électorale: continuons à former les étudiants que l'Ukraine avait choisi d'accueillir".

Depuis, la situation a évolué. Prenant les devants, une "vingtaine d'universités sont en phase de pré-accueil, prennent des inscriptions", se félicite aujourd'hui Mathieu Schneider, président du réseau MEnS (Migrants dans l'enseignement supérieur) et signataire de la tribune.

«Critères académiques»

"Nous nous tenons tous prêts", poursuit le vice-président de l'université de Strasbourg. 

Le réseau MEnS et ses 42 établissements partenaires a mis sur pied des programmes spécifiques dédiés aux étudiants réfugiés depuis la crise migratoire de 2015.

"Nous devons inscrire les étudiants sur des critères académiques, on n'a pas vocation à vérifier les statuts administratifs", dit-il.

Il réfute, toutefois, l'idée que des universités organisent cet accueil contre la volonté du gouvernement. "Ce n'est pas exclu par les autorités. C'est laissé à l'appréciation du préfet et certaines préfectures l'autorisent. Ce n'est juste pas majoritaire".

Ces deux dernières semaines, raconte Mathieu Schneider, les demandes d'inscriptions d'étudiants venant d'Ukraine connaissent une "montée en puissance exponentielle": son réseau en recense environ 400, dont "un tiers" émanant d'étrangers, à l'image des "29 non Ukrainiens" sur 100 dans son université strasbourgeoise. 

Si ces étudiants viennent pour beaucoup d'Afrique francophone, leur niveau de français nécessite toutefois des "cours spécialisés" et une remise à niveau qui doit "commencer en mai", afin d'entamer une véritable scolarité à la rentrée prochaine, ajoute-t-il. 

Reste, selon le président du réseau MEnS, une interrogation cruciale: "Veulent-ils durablement rester en France?"


Budget: "Il ne serait pas sérieux de faire tomber le gouvernement" dans ce contexte international, affirme Wauquiez

Le président du groupe parlementaire Droite républicaine, Laurent Wauquiez, s'exprime lors d'un débat parlementaire sur le budget 2026 à l'Assemblée nationale, la chambre basse du Parlement français, à Paris, le 31 octobre 2025. (AFP)
Le président du groupe parlementaire Droite républicaine, Laurent Wauquiez, s'exprime lors d'un débat parlementaire sur le budget 2026 à l'Assemblée nationale, la chambre basse du Parlement français, à Paris, le 31 octobre 2025. (AFP)
Short Url
  • Laurent Wauquiez exclut toute censure du gouvernement, estimant qu’elle serait irresponsable dans le contexte international et budgétaire actuel
  • Le chef des députés LR juge le budget imparfait mais non idéologique, tout en critiquant le manque d’économies et la pression sur les grandes entreprises

PARIS: Le patron des députés LR Laurent Wauquiez a affirmé mercredi qu'il "ne serait pas sérieux de faire tomber le gouvernement" dans le contexte international actuel, écartant une censure de l'exécutif de Sébastien Lecornu de la part de la cinquantaine de députés LR.

"Dans le contexte international de danger qui est celui de la France et de menace d'une guerre commerciale, il ne serait pas sérieux de faire tomber le gouvernement et de laisser la France sans budget", a déclaré Laurent Wauquiez devant l'Association des journalistes parlementaires (AJP).

Le patron des députés LR a nié que ce budget soit "socialiste" comme l'a affirmé le patron de son parti Bruno Retailleau.

"Ce n'est pas un budget socialiste, ce n'est pas un budget de droite. C'est un budget qui est le fruit d'une situation politique pleine de tempêtes dans laquelle il n'y a pas de majorité dans notre Assemblée nationale", a-t-il expliqué.

Laurent Wauquiez a estimé que le travail parlementaire de la droite a permis d'éviter "l'hérésie fiscale" du projet de budget initial, tout en reconnaissant que la version adoptée par 49.3 est "imparfaite".

A ses yeux, le "gros point de noir de ce budget" est le manque d'économies sur les dépenses et le "poids mis sur les grandes entreprises".

Laurent Wauquiez a sévèrement taclé David Lisnard, le maire libéral de Cannes, qui a appelé mardi les élus de droite à faire tomber le gouvernement et dont la députée Alexandra Martin, qui porte les couleurs de son parti Nouvelle Energie au sein du groupe LR, a promis de voter la censure.

"Ceux qui veulent censurer ou ne pas censurer, la meilleure façon c'est d'avoir le courage de se présenter aux élections législatives", a affirmé le député de Haute-Loire, en allusion au patron de l'Association des maires de France (AMF). David Lisnard est candidat à sa réélection à Cannes en mars et il a annoncé qu'il se présenterait à la présidentielle l'an prochain, si la primaire à droite qu'il souhaite n'est pas organisée.


La France demande «un exercice de l'Otan» au Groenland, se dit «prête à y contribuer»

Donald Trump, à qui des journalistes demandaient mardi jusqu'où il serait prêt à aller pour acquérir le Groenland, a répondu: "vous le découvrirez". (AFP)
Donald Trump, à qui des journalistes demandaient mardi jusqu'où il serait prêt à aller pour acquérir le Groenland, a répondu: "vous le découvrirez". (AFP)
Short Url
  • "La France demande un exercice de l'OTAN au Groenland et est prête à y contribuer", a fait savoir la présidence française
  • Plusieurs pays européens, dont la France, l'Allemagne ou le Royaume-Uni, ont déjà envoyé du personnel militaire sur ce territoire pour une mission de reconnaissance en vue d'un exercice danois organisé avec des alliés de l'Otan

PARIS: La France veut un "exercice de l'Otan" au Groenland et est "prête à y contribuer", a indiqué mercredi l'Elysée, alors que le président américain Donald Trump répète qu'il veut s'emparer de ce territoire autonome danois.

Ses menaces concernant le Groenland ont jeté un froid dans les relations déjà complexes entre le président américain, qui doit s'exprimer mercredi au Forum de Davos, et les puissances européennes.

"La France demande un exercice de l'OTAN au Groenland et est prête à y contribuer", a fait savoir la présidence française.

Plusieurs pays européens, dont la France, l'Allemagne ou le Royaume-Uni, ont déjà envoyé du personnel militaire sur ce territoire pour une mission de reconnaissance en vue d'un exercice danois organisé avec des alliés de l'Otan, mais en dehors du cadre de l'alliance atlantique et donc sans l'implication des Etats-Unis.

Cela avait provoqué la colère de Donald Trump, qui avait menacé ses alliés participant à ces manœuvres d'imposer de nouveaux droits de douane allant jusqu'à 25%.

Le dirigeant martèle que le Groenland, par ailleurs riche en minéraux, est vital pour la sécurité des Etats-Unis et de l'Otan face à la Russie et à la Chine. Un exercice de l'Otan à proprement parler permettrait d'impliquer Washington et d'afficher le fait que la sécurité en Arctique est prise au sérieux par les Européens, juge-t-on à Paris.

Donald Trump, à qui des journalistes demandaient mardi jusqu'où il serait prêt à aller pour acquérir le Groenland, a répondu: "vous le découvrirez".

"Je pense qu'il va se passer quelque chose qui sera très positif pour tout le monde", a-t-il assuré.


G7, Groenland, Russie: Macron face au défi de ne pas rompre le fil avec Trump

Emmanuel Macron tente un coup: il a proposé à Donald Trump un sommet du G7 à Paris avec la présence des Russes, toujours en quête d'un équilibre incertain pour contenir les poussées de fièvre de l'imprévisible diplomatie américaine, entre confrontation et accommodements. (AFP)
Emmanuel Macron tente un coup: il a proposé à Donald Trump un sommet du G7 à Paris avec la présence des Russes, toujours en quête d'un équilibre incertain pour contenir les poussées de fièvre de l'imprévisible diplomatie américaine, entre confrontation et accommodements. (AFP)
Short Url
  • "Mon ami", commence le président français dans un message privé qui n'aurait pas dû être publié mais a été révélé mardi par son homologue américain
  • "Nous sommes totalement alignés sur la Syrie. Nous pouvons faire de grandes choses en Iran. Je ne comprends pas ce que tu fais au Groenland", poursuit-il

PARIS: Emmanuel Macron tente un coup: il a proposé à Donald Trump un sommet du G7 à Paris avec la présence des Russes, toujours en quête d'un équilibre incertain pour contenir les poussées de fièvre de l'imprévisible diplomatie américaine, entre confrontation et accommodements.

"Mon ami", commence le président français dans un message privé qui n'aurait pas dû être publié mais a été révélé mardi par son homologue américain.

"Nous sommes totalement alignés sur la Syrie. Nous pouvons faire de grandes choses en Iran. Je ne comprends pas ce que tu fais au Groenland", poursuit-il.

Il propose d'"organiser une réunion du G7 à Paris jeudi après-midi", et se dit prêt, "en marge" de ce sommet, à "inviter les Ukrainiens, les Danois, les Syriens et les Russes".

Une présence officielle de dirigeants russes à Paris serait inédite depuis le début de l'invasion russe de l'Ukraine il y a bientôt quatre ans. La Russie a été expulsée du G8, redevenu G7, à la suite de l'annexion de la Crimée par Moscou en 2014, même si Donald Trump a plusieurs fois exprimé le vœu de la réintégrer.

La réponse du président américain n'a pas été rendue publique, et rien ne dit à ce stade que ce sommet se fera. Le Kremlin a assuré n'avoir reçu aucune invitation.

Emmanuel Macron estime avoir appris à gérer sa relation avec Donald Trump lors du premier mandat à la Maison Blanche et depuis son retour il y a un an.

Face à des tensions à nouveau au plus haut en raison de la volonté américaine de s'emparer du Groenland, territoire autonome danois, et des menaces de taxes douanières accrues contre les Etats européens qui s'y opposent, le président français tente de jouer sur les codes de la diplomatie disruptive de son homologue.

"Le président Trump aime faire des opérations. J'ai un peu le même tempérament, donc je comprends très bien", avait reconnu Emmanuel Macron en octobre au sujet de ses "coups" qui sèment souvent la sidération.

Accusé d'être trop accommodant il y a deux semaines sur le Venezuela, le chef de l'Etat français est monté en première ligne pour défendre la souveraineté du Danemark et du Groenland, en dépêchant des militaires sur l'île arctique aux côtés de l'Allemagne notamment.

Puis il a été le plus ferme des dirigeants de l'UE à s'élever contre les menaces douanières, en demandant d'activer son "instrument anti-coercition", considéré comme le "bazooka" en cas de guerre commerciale.

Parallèlement, Paris a été le premier grand pays à dire clairement "non" à l'invitation américaine à un "Conseil de la paix" qui ressemble à un substitut de l'ONU, mais totalement à la main de Donald Trump.

Fin de mandat 

Ce dernier a réagi à ce refus en moquant son homologue français, dont "personne ne veut car il va bientôt terminer son mandat", et en agitant le spectre de droits de douane de 200% sur les vins et champagnes.

Hasard du calendrier, cette séquence intervient le jour de la diffusion, prévue mardi sur la chaîne France 2, d'un documentaire dans lequel on voit Emmanuel Macron appeler le dirigeant américain en mai depuis Kiev pour lui dire que le président ukrainien Volodymyr Zelensky a accepté sa proposition de cessez-le-feu. "Prix Nobel pour ça!", "tu es le meilleur", répond l'intéressé.

Les deux hommes, qui avaient cassé les codes, chacun à sa manière, pour arriver aux affaires en 2017, avaient d'abord noué une relation particulière, entre séduction et rapport de forces. Mais la vraie-fausse idylle a depuis connu des hauts mais aussi beaucoup de bas.

A tel point qu'Emmanuel Macron est régulièrement accusé, en France et parfois en Europe, d'en faire trop pour plaire à Donald Trump.

L'ex-président François Hollande a estimé que son successeur à l'Elysée avait tort de vouloir ménager l'Américain "pour essayer de l'influencer" et de "tout faire pour garder Donald Trump sur le terrain européen".

C'est bien la stratégie d'Emmanuel Macron: "garder Trump au plus près de nous" lorsque les intérêts européens sont en cause, sur l'Ukraine, le Groenland ou le commerce. "Gérer ses à-coups" et les poussées de tensions, quitte à avaler des couleuvres, quand monter au créneau serait peine perdue.

"Il pense qu'il faut choisir ses batailles", analyse Célia Belin, chercheuse au Conseil européen pour les relations internationales. "C'est un principe de réalité: quand la gesticulation ne sert à rien, ça nous rend à la limite plus faibles", dit-elle à l'AFP.

Selon elle, "l'Europe a besoin que la France", pays doté de l'arme nucléaire et porteuse par tradition gaulliste d'une voix à part, "se mette plus en avant dans la confrontation avec Trump".