Le même français partout en France? Impossible, pour Larousse et Robert

«Le Petit Larousse», ouverte à la page pour afficher le mot «Memeriser». (EricFEFERBERG/AFP)
«Le Petit Larousse», ouverte à la page pour afficher le mot «Memeriser». (EricFEFERBERG/AFP)
Short Url
Publié le Jeudi 15 octobre 2020

Le même français partout en France? Impossible, pour Larousse et Robert

  • Larousse et Robert, frères ennemis du dictionnaire, pensent que le français s'uniformise mais ne sera pas le même sur tout le territoire
  • «Ce qui est fascinant avec la France, c'est qu'à l'origine il n'y a rien de commun entre par exemple un Breton, un Languedocien et un Mosellan.»

PARIS: Le français s'uniformise en France, mais le fera-t-il au point de devenir le même sur tout le territoire? Impossible, et pas souhaitable, répondent deux auteurs publiés par les frères ennemis du dictionnaire, Larousse et Robert.

Jeudi, Larousse sort «Le français, une si fabuleuse histoire» du journaliste Michel Feltin-Palas, et Robert «Comme on dit chez nous, le grand livre du français de nos régions» du linguiste Mathieu Avanzi. Deux façons de parler de la même langue et de ses variations, dans le temps et dans l'espace.

«Mon intérêt vient des langues régionales. Et très vite j'ai vu que je ne les comprendrais pas si je ne comprenais pas la langue française et son histoire», dit à l'AFP Michel Feltin-Palas, qui parle «un peu» béarnais, et se passionne pour le destin de toutes les langues du pays.

Synthétique et d'un style léger, l'ouvrage raconte le processus très long par lequel «un vague idiome pratiqué pendant le haut Moyen Âge par quelques dizaines de milliers de personnes dispersées le long et la Seine et de l'Oise», comme il l'écrit, a conquis tout le territoire.

«Ce qui est fascinant avec la France, c'est qu'à l'origine il n'y a rien de commun entre par exemple un Breton, un Languedocien et un Mosellan. La langue le montre bien. Pourtant ils finissent par parler la même», dit-il.

La fameuse ordonnance de Villers-Coterêts (en 1539), ville de Picardie où le président Emmanuel Macron compte installer la Cité internationale de la francophonie, y est pour quelque chose. «Il y a un cliché, repris par le président, qui veut que cette ordonnance ait imposé le français. C'est faux: elle dit que la Justice doit s'adresser à tous en langage maternel francois. Or sous François Ier, 90% des Français parlent une autre langue que le français. Donc ça peut être en occitan, en normand, en bourguignon... Tout sauf en latin», souligne Michel Feltin-Palas.

«Je suis une cagole»

Le français «ne s'est vraiment imposé qu'au XXe siècle», en étant la langue de l'instruction obligatoire. Et de nos jours, relève l'auteur, «il existe plusieurs français»: non seulement selon les régions, mais aussi selon les générations, selon les classes sociales, et selon le contexte, oral ou écrit. «C'est le signe de la vitalité d'une langue. La façon dont on la parle au quotidien ne peut pas être figée».

Mathieu Avanzi, maître de conférences en linguistique française à la Sorbonne, détaille des expressions représentatives de la variété géographique de notre langue. Depuis les «carabistouilles» (propos grossièrement faux ou exagérés, un terme qu'avait employé Emmanuel Macron) qu'on se raconte dans le Nord, qui se répandent dans le «tiékar» (quartier) en région parisienne, et qui peuvent amener des «cagades» (erreurs monumentales) dans le Sud.

«Les régionalismes sont devenus un étendard, une fierté. Ils font même vendre! Ils ne sont pas près de disparaître», dit ce Savoyard.

D'après lui, «c'est relativement nouveau: il y a eu un tournant à l'époque du Comité de défense de la chocolatine, dont on a parlé quand Jean-François Copé a commis sa bourde sur le prix du pain au chocolat» (en 2016). «Il y a une vingtaine d'années, on n'aurait jamais imaginé que les Marseillaises achètent un t-shirt avec écrit: Je suis une cagole».

Cet atlas condensé, avec son humour et ses couleurs, a des fondations scientifiques solides. Il a été «construit sur la base d'enquêtes auxquelles des milliers de francophones ont participé», y explique le linguiste.

Aujourd'hui, les réseaux sociaux l'aident énormément dans son travail: à repérer l'évolution des usages, et à faire passer des questionnaires. Mais au départ, tout était parti d'une colonie de vacances très loin de chez Mathieu Avanzi, dans les Landes, où il avait croisé des enfants d'autres régions. «Quelqu'un avait dit crayon de bois, et j'avais pensé: hein?! c'est crayon à papier! Alors que c'est les deux, ou celui qu'on veut».


Prix de la littérature arabe 2026: 9 ouvrages en lice pour la 14e édition

La Fondation Jean-Luc Lagardère et l’Institut du monde arabe (IMA) ont dévoilé, jeudi 3 septembre, la sélection officielle de la 14e édition du Prix de la littérature arabe. Neuf ouvrages ont été retenus pour cette distinction qui met chaque année en lumière la richesse et la diversité des littératures du monde arabe. (AFP)
La Fondation Jean-Luc Lagardère et l’Institut du monde arabe (IMA) ont dévoilé, jeudi 3 septembre, la sélection officielle de la 14e édition du Prix de la littérature arabe. Neuf ouvrages ont été retenus pour cette distinction qui met chaque année en lumière la richesse et la diversité des littératures du monde arabe. (AFP)
Short Url
  • Cette nouvelle sélection réunit des auteurs et autrices issus de plusieurs pays arabes, notamment l’Algérie, le Koweït, le Liban, le Maroc, la Palestine et la Tunisie
  • À travers des univers littéraires et des thématiques variés, les ouvrages sélectionnés témoignent de la vitalité de la création littéraire arabe contemporaine et de sa diversité

PARIS: La Fondation Jean-Luc Lagardère et l’Institut du monde arabe (IMA) ont dévoilé, jeudi 3 septembre, la sélection officielle de la 14e édition du Prix de la littérature arabe. Neuf ouvrages ont été retenus pour cette distinction qui met chaque année en lumière la richesse et la diversité des littératures du monde arabe.

Cette nouvelle sélection réunit des auteurs et autrices issus de plusieurs pays arabes, notamment l’Algérie, le Koweït, le Liban, le Maroc, la Palestine et la Tunisie. À travers des univers littéraires et des thématiques variés, les ouvrages sélectionnés témoignent de la vitalité de la création littéraire arabe contemporaine et de sa diversité.

Créé en 2013, le Prix de la littérature arabe figure parmi les rares distinctions françaises consacrées à la création littéraire du monde arabe. Il récompense chaque année l’œuvre d’un auteur ou d’une autrice originaire de l’un des pays de la Ligue arabe, pour un ouvrage écrit en arabe et traduit en français, ou directement rédigé en français.

Le prix, doté de 8 000 euros, concerne les ouvrages publiés entre le 15 août 2025 et le 30 septembre 2026.

Une attention particulière est également accordée au travail de traduction. Une mention spéciale, dotée de 2 000 euros, récompensera le traducteur ou la traductrice d’un ouvrage retenu dans la sélection finale, afin de mettre en lumière le rôle essentiel de la traduction dans la circulation des œuvres arabes auprès du lectorat francophone.


Sorbonne Abu Dhabi: une rentrée sous le signe de la culture, de l’innovation et de la recherche

À l’occasion de sa rentrée universitaire, la Sorbonne University Abu Dhabi (SUAD) lance une nouvelle saison riche en rendez-vous culturels, scientifiques et communautaires. (Photo capture d'écran)
À l’occasion de sa rentrée universitaire, la Sorbonne University Abu Dhabi (SUAD) lance une nouvelle saison riche en rendez-vous culturels, scientifiques et communautaires. (Photo capture d'écran)
Short Url
  • Parmi les prochains événements figure Voices of AI 2026, la deuxième édition du Forum France–Émirats arabes unis consacré à l’intelligence artificielle, qui réunira les acteurs autour des enjeux et des évolutions de l’IA
  • L’université accueillera également Heritage and Horizons, une exposition artistique explorant les liens entre patrimoine et nouvelles perspectives, ainsi qu’un marché fermier local, organisé sur le campus et ouvert au public

ABU DHABI: À l’occasion de sa rentrée universitaire, la Sorbonne University Abu Dhabi (SUAD) lance une nouvelle saison riche en rendez-vous culturels, scientifiques et communautaires. Parmi les prochains événements figure Voices of AI 2026, la deuxième édition du Forum France–Émirats arabes unis consacré à l’intelligence artificielle, qui réunira les acteurs autour des enjeux et des évolutions de l’IA.

L’université accueillera également Heritage and Horizons, une exposition artistique explorant les liens entre patrimoine et nouvelles perspectives, ainsi qu’un marché fermier local, organisé sur le campus et ouvert au public. Sur le plan académique et scientifique, le SUAD–IIT Delhi Abu Dhabi Computational Materials School proposera une rencontre autour des matériaux computationnels, en collaboration avec IIT Delhi Abu Dhabi.

Cette programmation illustre la diversité de la vie de SUAD, à la croisée de la culture, de la recherche, de l’innovation et de la vie universitaire.


Jean-Paul Rappeneau, le réalisateur français de «Cyrano de Bergerac», est mort à 94 ans

Le cinéaste Jean-Paul Rappeneau, réalisateur de huit longs-métrages dont le très populaire en France et à l'étranger "Cyrano de Bergerac" (1990), est décédé mardi soir à Paris à l'âge de 94 ans, a annoncé mercredi à l'AFP un de ses fils. (AFP)
Le cinéaste Jean-Paul Rappeneau, réalisateur de huit longs-métrages dont le très populaire en France et à l'étranger "Cyrano de Bergerac" (1990), est décédé mardi soir à Paris à l'âge de 94 ans, a annoncé mercredi à l'AFP un de ses fils. (AFP)
Short Url
  • C'est en portant au cinéma les aventures de Cyrano et ses amours contrariées avec sa cousine Roxane, basées sur la légendaire pièce d'Edmond Rostand, écrite au XIXe siècle, que cet autodidacte avait connu son plus grand succès
  • Co-scénarisé avec l'écrivain français Jean-Claude Carrière et porté par l'interprétation de Gérard Depardieu dans le rôle-titre, son "Cyrano" avait décroché dix César en 1991

PARIS: Le cinéaste Jean-Paul Rappeneau, réalisateur de huit longs-métrages dont le très populaire en France et à l'étranger "Cyrano de Bergerac" (1990), est décédé mardi soir à Paris à l'âge de 94 ans, a annoncé mercredi à l'AFP un de ses fils.

Jean-Paul Rappeneau, l'un des doyens du cinéma hexagonal, a tourné avec les plus grands comédiens français, de Yves Montand ("Le Sauvage") à Catherine Deneuve ("La vie de château"), en passant par Gérard Depardieu, Jean-Paul Belmondo ("Les Mariés de l'An II") ou Isabelle Adjani ("Tout feu tout flamme").

C'est en portant au cinéma les aventures de Cyrano et ses amours contrariées avec sa cousine Roxane, basées sur la légendaire pièce d'Edmond Rostand, écrite au XIXe siècle, que cet autodidacte avait connu son plus grand succès.

Co-scénarisé avec l'écrivain français Jean-Claude Carrière et porté par l'interprétation de Gérard Depardieu dans le rôle-titre, son "Cyrano" avait décroché dix César en 1991, dont celui de meilleur film, et avait valu à Jean-Paul Rappeneau celui de meilleur réalisateur.

"Nous ne pouvions nous contenter d'une simple mise en images de la pièce (...). Le vrai pari du film, c'est que les personnages y parlent en vers", expliquait-il.

Totalisant plus de 10 millions d'entrées dans le monde, le film avait aussi décroché cinq nominations aux Oscars.

Connu pour son perfectionnisme, Jean-Paul Rappeneau choisissait ses projets avec soin, ne craignant pas de laisser s'écouler de longues années entre chaque film.

"Je ne suis pas comme un pommier qui fait tomber ses fruits chaque automne. Mon rythme, c'est plutôt un film tous les cinq ou six  ans. Je ne vois pas pourquoi on devrait enchaîner les projets. A moins bien sûr d'avoir besoin d'argent...", disait-il à l'hebdomadaire Paris Match en 2015.

Populaire et exigeant 

Né le 8 avril 1932 dans une famille nombreuse, il avait abandonné des études de droit pour se lancer dans le cinéma, notamment auprès de Louis Malle ("Au revoir les enfants")dont il devient l'assistant, co-écrivant le scénario de "Zazie dans le métro".

Il avait fait ses premiers pas de réalisateur en signant en 1966 "La vie de château", dans lequel Catherine Deneuve campe une épouse rongée par l'ennui aux côtés de Philippe Noiret.

Si ses débuts coïncident avec l'éclosion de la Nouvelle Vague, il s'était toujours tenu à distance de ce mouvement qui révolutionna le cinéma français dans les années 50-60. "A l'exception d'+A bout de souffle+ et d'+Hiroshima mon amour+, aucun des films (de la Nouvelle Vague) ne me plaisait vraiment", disait-il.

Tenant d'un cinéma populaire et exigeant, Jean-Paul Rappeneau avait ensuite enchaîné les succès.

En 1995, il avait relevé un autre défi en portant à l'écran "Le Hussard sur le toit", avec Olivier Martinez et Juliette Binoche, tiré du roman de Jean Giono, réputé difficile à adapter.

Son dernier film, la comédie dramatique "Belles Familles", remontait à 2015 et mettait en scène Mathieu Amalric, Karin Viard et Marine Vacth.

En 2025, Jean-Paul Rappeneau avait publié ses mémoires ("Vive allure") dans lesquelles transparaissait son approche singulière du métier de cinéaste. "Quand un film se termine, disait-il, je suis comme un naufragé sur la plage, j'attends le prochain voyage".