Débat d'entre-deux tours: Macron et Le Pen opposent leurs visions

Cette photo montre le plateau qui accueillera le débat de l'entre-deux-tours de la présidentielle, qui opposera Emmanuel Macron à Marine Le Pen. (Photo, AFP)
Cette photo montre le plateau qui accueillera le débat de l'entre-deux-tours de la présidentielle, qui opposera Emmanuel Macron à Marine Le Pen. (Photo, AFP)
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Publié le Jeudi 21 avril 2022

Débat d'entre-deux tours: Macron et Le Pen opposent leurs visions

  • Le débat, orchestré par Léa Salamé et Gilles Bouleau, dure 2h30 et est retransmis en direct sur TF1 et France 2
  • Il s'agit du premier débat d'Emmanuel Macron depuis son entrée en campagne

PARIS : Des millions de Français scrutent le grand débat de l'entre-deux-tours qui oppose le président candidat, Emmanuel Macron, à la candidate du Rassemblement national, Marine Le Pen.

Le débat, orchestré par Léa Salamé et Gilles Bouleau, dure 2h30 et est retransmis en direct sur TF1 et France 2. Cette confrontation finale se déroule à La Plaine-Saint-Denis, un quartier de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) proche du stade de France, au sein du plateau n°5 des studios de Lendit. Il s'agit d'un plateau de plus de 1 000 m². 

Il s'agit par ailleurs du premier débat d'Emmanuel Macron depuis son entrée en campagne. 

C'est Marine Le Pen, tirée au sort, qui entame ce débat. «Je serai la présidente du régalien, des protections collectives, des libertés, de la souveraineté et de la sécurité. La présidente du quotidien, du pouvoir d'achat, de l'école, de la santé partout et pour tous, de l'assimilation républicaine. Je serai la présidente de la concorde, de la justice, de la fraternité civile, de la paix civile» affirme-t-elle en guise d'introduction.

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Cette photo montre un écran de télévision montrant Marine Le Pen, candidate à la présidence du parti d'extrême droite français Rassemblement national (RN), lors d'un débat télévisé en direct avec le président français et candidat du parti La République en marche (LREM) à la réélection d'Emmanuel Macron. (Photo, AFP)

Pour sa part, Emmanuel Macron introduit son propos en évoquant son projet pour la France :  «Nous pouvons et nous devons rendre notre pays plus fort, nous pouvons et devons améliorer la vie du quotidien. Je crois que notre France sera plus forte si elle sait se saisir de la question écologique et devenir une grande puissance écologique».

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Cette photo montre un écran de télévision montrant le président français et candidat du parti La République en marche (LREM) à la réélection Emmanuel Macron lors d'un débat télévisé en direct avec le parti d'extrême droite français Rassemblement national (RN) candidat à la présidentielle Marine Le Pen. (Photo, AFP)

Le pouvoir d'achat

Marine Le Pen  présente trois leviers d'actions : «agir de manière pérenne et non pas avec des chèques temporaires», «défendre la valeur travail» et intervenir sur les personnes vulnérables qui ont été "particulièrement maltraitées" durant le quinquennat selon elle.

De son côtéEmmanuel Macron veut maintenir le bouclier contre la hausse des prix de l'énergie, une mesure qu'il juge «deux fois plus efficace que la baisse de la TVA» défendue par Marine Le Pen. Il affirme que cette mesure protectrice n'est pas pérenne mais bien une «mesure de crise» instaurée pour aider les Français.

Le débat se poursuit sur l’augmentation des salaires, que Marine Le Pen ambitionne de remonter de manière pérenne, alors qu’Emmanuel Macron revendique l’utilisation de prime pour le faire dans son programme. «Vous n’allez pas faire les salaires, Mme Le Pen, et vous ne ferez pas non plus des primes !», lui rétorque Emmanuel Macron.

Passe d'armes Macron-Le Pen autour du voile

Emmanuel Macron et Marine Le Pen ont eu une rude passe d'armes autour du voile et de la laïcité mercredi lors de leur débat d'entre deux tours, le chef de l'Etat accusant son adversaire de "trahir l'esprit français et de la République".

"Je suis pour l'interdiction du voile dans l'espace public, je l'ai dit de la manière la plus claire" car "le voile est un uniforme imposé par les islamistes" et "une grande partie des jeunes femmes qui le mettent ne peuvent pas faire autrement en réalité", a assuré la candidate du Rassemblement national vers la fin de ce débat.

"Il faut libérer l'ensemble de ces femmes, il faut faire reculer les islamistes et pour cela, je le crois, il faut interdire le voile dans l'espace public", a-t-elle martelé.

"Ce que vous proposez est une trahison de l'esprit français et de la République", a rétorqué M. Macron en accusant son adversaire: "vous allez créer la guerre civile si vous faites ça".

"Mme Le Pen, on parle de religion, (...) vous ne pouvez pas expliquer qu'une loi qui interdit le voile dans l'espace public est une loi contre l'islamisme radical", a lancé M. Macron. "Eh bien si", a répliqué son adversaire. "Les bras m'en tombent", a lancé Emmanuel Macron.

Politique internationale et la guerre en Ukraine

Le débat se poursuit, cette fois, c'est la politique internationale et notamment la guerre en Ukraine qui est sur la table.

«Une Europe forte est importante» a lancé Emmanuel Macron. Il estime que la France occupe une place centrale en Europe, «nous ne sommes les vassaux de personne».  Marine Le Pen a commencé par défendre ses positions sur les sanctions prises à l'Union européenne contre la Russie. Elle dit être favorable à toutes les sanctions prises, toutes sauf une : «La seule sanction contre lequel avec laquelle je suis en désaccord, c'est le blocage de l'importation du gaz et du pétrole russe. Ce n'est pas ce qui fera du mal, en réalité, à la Russie. Et surtout, cela va faire énormément de mal au peuple français. Et que les conséquences de ce blocage, auraient des conséquences cataclysmiques sur les entreprises».

Accusée de complaisance envers Vladimir Poutine, Marine Le Pen est attaquée sur ce point par Emmanuel Macron. Le président sortant a lancé à sa rivale : «Vous dépendez du pouvoir russe et du pouvoir de M. Poutine. Parce que vous avez contracté un prêt auprès d'une banque russe. Vous ne parlez pas à votre dirigeant quand vous parlez de la Russie, vous parlez à votre banquier». Cette dernière se défend en affirmant qu'elle a été obligée de contracter un prêt à l'étranger en 2015, puisque les banques françaises ne lui ont pas accordé de prêt. 

L'Union Européenne 

Sur la question de l'Europe,  Marine Le Pen défend une "Europe des Nations" et par une "primauté du droit français sur le droit européen". "Votre projet, si on le remet brique par brique, c'est un projet qui ne dit pas son nom, mais qui consiste à sortir de l'Union européenne", rétorque Emmanuel Macron avant d'ajouter, "Vous mentez sur la marchandise".

"C'est faux, tout le monde sait que ce que je souhaite, c'est l'Europe des nations (...) Vous avez une vision rabougrie de la France, la France est une puissance mondiale et non continentale", a répondu Marine Le Pen.

"Je ne souhaite pas sortir de l’Union européenne", réaffirme Marine Le Pen qui défend tout de même la primauté du droit national et la préférence nationale. "Je souhaite que la Commission européenne respecte les nations souveraines, respecte le choix des Français, y compris leurs choix de société, répond la candidate RN.

Retraites

Le débat se poursuit sur l'un des sujets récurrents de la campagne présidentielle, à savoir les retraites. "Plus on travaille tôt et plus on travaille du, plus on doit partir tôt", estime Marine Le Pen, qui juge le projet d'Emmanuel Macron de la retraite à 65 ans serait une "injustice insupportable". De son côté, la candidate RN veut accorder la retraite à 60 ans avec 40 annuités, réservée aux Français entrés dans la vie active avant l'âge de 20 ans; et la retraite entre 60,75 ans et 62 ans pour les Français entrés dans la vie active entre 20 ans et 24,5 ans, système inchangé au-delà de 25 ans.

Emmanuel Macron promet d’augmenter la pension minimale à taux plein à 1100 euros par mois, y compris pour les retraités actuels. "Ce que vous proposez n'est pas juste puisque vous proposer la même retraite pour quelqu'un qui n'a jamais travaillé de sa vie et quelqu'un qui a une vie de labeur. Dans les deux cas, vous leur proposer 1000 euros", rétorque Emmanuel Macron à Marine Le Pen. 

Marine Le Pen défend le fait que les Français partiront à la retraite « entre 60 et 62 ans pour avoir une retraite pleine. Il leur faudra entre 40 et 42 annuités », si elle est élue. Selon la candidate du Rassemblement national, « la retraite à 65 ans est une injustice absolument insupportable ».

Durant l’entre-deux-tours, Emmanuel Macron a proposé de fixer l’âge de départ à la retraite à 65 ans en 2027.

Salaires et chômage

La candidate du Rassemblement national s’en prend au bilan du quinquennat Macron. Marine Le Pen n'a pas manqué de critiquer les actions du président sortant et de leurs conséquences : "Les chômeurs A, B, C étaient 5,5 millions quand vous avez été élu et aujourd’hui ils sont 5,4 millions. Des gens qui cherchent activement un emploi, il y en avait 5,5 millions quand vous avez été élu et aujourd’hui, ils sont 5,4 millions.

"En matière de succès sur le chômage, permettez-moi d’être dubitative" tance Marine Le Pen, avant de poursuivre "Il y a 400 000 pauvres supplémentaires dans le pays et ça aussi, c'est votre résultat. Il y a 85 milliards de déficit de la balance commercial, on ne peut pas pipeauter ce chiffre, c’est un record absolu. Et peut-être le chiffre le plus cruel pour vous, c'est le chiffre de la productivité: il décroche à compter de votre élection. L'augmentation de la productivité est de 0,1% en France, alors qu’elle est de 1,8% pour le reste des pays européens. Le Mozart de la finance a un bilan économique qui est très mauvais. J’ai oublié les 14 500 emplois industriels perdus".

A ce bilan, Marine Le Pen ajoute le montant de la dette liée à la Covid-19. "Vous êtes le président qui a créé 600 milliards d’euros de dette supplémentaire, dont deux tiers n’ont strictement rien à voir avec la Covid. Ce sont les chiffres de vos propres ministères. Vos ministères évoquent 145 milliards pour la Covid." Ce à quoi Emmanuel Macron rétorque : "Ne confondez pas tout, lâche Emmanuel Macron. Les 600 milliards de dette, c’est 200 milliards de la partie Etat et le reste, c'est la Sécurité sociale, les collectivités locales. Pourquoi? Parce que comme les gens ne pouvaient plus travailler, on n'a pas prélevé leurs cotisations. Le quoiqu’il en coûte, vous avez voté contre mais vous auriez fait quoi pendant la crise covid ?"

Hôpital et santé 

Le débat bifurque sur la thématique de la santé et des déserts médicaux. Emmanuel Macron défend ses actions : "J'ai mis fin à la baisse de ce qu'on appelle le tarif hospitalier, j'ai mis fin à ce qu'on appelle le numerus clausus, on ne formait pas assez de médecins", il ne manque pas de rappeler son investissement de plus de 19 milliards d'euros dans les hôpitaux et la revalorisation salariale de 183 euros par mois. Il reconnaît qu'il reste encore à faire : "Je sais la situation très dure, je sais le manque de soignants et de médecins. Je sais que les conditions de travail sont dures. On va continuer à investir dans le système de santé pour redresser l'hôpital et réembaucher".

Le candidat est critiqué par Marine Le Pen qui l'accuse d'avoir attendu la crise pour se mobiliser pour l'hôpital. "Vous n'avez pas fait preuve de beaucoup d'empathie à l'égard du personnel soignant quand vous avez licencié 15 000 soignants, du jour au lendemain parce que vous refusiez qu'ils puissent se tester avant de venir travailler et que vous voulez à tout prix qu'ils soient vaccinés. Ce n'était pas bien de faire ça. Je les réintégrerai, en ce qui concerne", tacle Marine Le Pen.

Environnement et énergie nucléaire

"J'arrête l'hypocrisie qui consiste à refuser de voir que c'est le modèle économique sur le libre-échange qui est responsable d'une grande partie des émissions de gaz à effet de serre en France", commence Marine Le Pen.

 "Quand vous parlez de remettre en cause le système de nos importations", attaque Emmanuel Macron. "En termes de bilan carbone, c'est notre dépendance aux hydrocarbures et vous avez proposé la plus grosse subvention aux hydrocarbures possible puisque vous baissez la TVA sur ces derniers. Je dis juste que votre programme n'a ni queue ni tête à cet égard."

Le président-candidat veut implanter 50 parcs éoliens en mer d’ici à 2050 après “concertations”, tandis que Marine Le Pen veut arrêter les projets éoliens et démanteler progressivement les parcs existants, en commençant par ceux qui arrivent en fin de vie, et en stoppant les subventions.
La candidate RN veut prononcer un moratoire pour toute nouvelle installation éolienne, ainsi que pour le solaire, avec de possibles exceptions dans le sud de la France ou en outre-mer et assure qu'elle commencera par démanteler les parcs éoliens qui causent du trouble au voisinage, tout en ajoutant vouloir le proposer par voie de référendum. 

L'attractivité de la France

"Comment faire pour avoir demain un Steve Jobs français ?", demande Léa Salam, abordant l'économie numérique et la technologie. "Autant l'Union européenne se mêle d'absolument tout […] , autant le Google européen, cela fait des années qu'il aurait dû être lancé", attaque d'emblée Marine Le Pen. La candidate souhaite créer des initiatives technologiques européennes.

Les proposition d'Emmanuel Macron et de Marine Le Pen  sur l’école

Emmanuel Macron promet d’« investir sur l’école », s’il est réélu. Le président candidat défend le sport à l’école, il veut « développer l’éducation artistique et culturelle », un projet « essentiel » à ses yeux. Il veut également « réformer le lycée professionnel » et proposer une réforme de l’université « en ouvrant des filières et des débouchés plus clairs ». Enfin, le président sortant prône une revalorisation des salaires des enseignants.

Marine Le Pen affirme que « la jeunesse française a tellement souffert ces deux dernières années » que, pour elle, « c’était une évidence de faire de la jeunesse sa priorité ». Elle souhaite augmenter les apprentis « de 200 à 300 euros par mois en fonction de leur âge ». Selon Marine Le Pen, « le baccalauréat est dévalorisé ».

Marine Le Pen s'est montrée offensive sur ce sujet durant ce débat de second tour."La réforme que vous proposez est une réforme qui consiste à payer les professeurs en fonction des résultats de leurs élèves. Je ne sais pas si c’est McKinsey qui a proposé ça", a-t-elle lancé. "Ce que vous souhaitez, c’est en réalité les payer en fonction des résultats donnés, en fonction de ce qu’ils seraient capables de faire. A côté, d’ailleurs, moi, je souhaite les revaloriser", a-t-elle dit

Insécurité

"Nous sommes confrontés à une vraie barbarie, un ensauvagement. Les gens me disent on est cernés par l'insécurité, dans les villes et dans les campagnes. Je le dis très clairement l'immigration anarchique engendre un problème d'insécurité chez nous."  

« Il faut de la fermeté », a affirmé Marine Le Pen. Elle défend la présomption de légitime défense pour les policiers et les gendarmes.

Sur la même question que celle posée à Mme Le Pen pour lutter contre l’insécurité, Emmanuel Macron a plaidé en faveur du bilan du quinquennat. Il a cité la création de « 10 000 postes de policiers et de gendarmes », la hausse des moyens de la justice.

Le débat entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen regardé en France

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Dans une brasserie de Lyon, en France, le mercredi 20 avril (Photo, AFP).
Dans une brasserie de Lyon, en France, le mercredi 20 avril (Photo, AFP).
Une femme regarde le débat à la télévision dans la commune de Cognocoli-Monticchi en Corse, le mercredi 20 avril 2022 (Photo, AFP).
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Un chat est assis dans un fauteuil, le 20 avril 2022, à Givors, près de Lyon, alors qu'un écran de télévision affiche le débat télévisé en direct entre  Emmanuel Macron et Marine Le Pen (Photo, AFP).

Marine Le Pen veut un référendum sur l'immigration

Marine Le Pen veut organiser un référendum sur un projet de loi révisant la Constitution pour y inscrire la "maîtrise" de l'immigration, la "priorité nationale" et la primauté du droit national sur le droit international et européen.

"Il y aura l'expulsion des criminels et des délinquants étrangers, il y aura le droit du sol, parce que je pense que la nationalité française s'hérite ou se mérite, il y aura la priorité nationale au logement social, il y aura l'interdiction de la régularisation des clandestins, il y aura la modification du droit d'asile", liste-t-elle.

En matière d'immigration, Emmanuel Macron souhaie faire la distinction entre les immigrations et la défense du droit d'asile. Il mise sur une réforme de l'espace Schengen "On doit réussir à mieux protéger nos frontières. Il faut renforcer nos protections intérieures et la coopération entre Etats européens parce que nous ne sommes pas le point d'arrivée", poursuit-il, citant l'Espagne, l'Italie, la Grèce, en conséquence il souhaite une meilleure coopération européenne sur le sujet.

Fin du débat

Neuf thèmes ont été programmé lors de ce débat qui a duré 2h 50mn.Les échanges étaient courtois mais tendus. 

Pour sa carte blanche finale : Emmanuel Macron a défend l’idée que cette élection « est un référendum » sur l’Union européenne, l’écologie et l’avenir du pays.

De son côté, Marine Le Pen conclut à son tour en ayant le dernier mot du débat. Elle déplore la "fatigue et la lassitude" des Français après "cinq années de confrontation permanente, de dégradation niveau de vie, de privations, y compris de liberté, individuelle et de liberté collective, aspire, je crois, à la tranquillité".


Salam à Paris, souligne le retour assumé de l’Arabie Saoudite au Liban

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  • À l’issue de son entretien avec le président Emmanuel Macron à Paris, le premier ministre libanais Nawaf Salam a clairement indiqué que « le Liban est entré dans une phase décisive »
  • S’exprimant lors d’une rencontre avec la presse, à l’ambassade du Liban à Paris, il a souligné que le déploiement de l’armée libanaise au Sud et la mise en œuvre de la première phase du cessez-le-feu

PARIS: À l’issue de son entretien avec le président Emmanuel Macron à Paris, le premier ministre libanais Nawaf Salam a clairement indiqué que « le Liban est entré dans une phase décisive ». 

S’exprimant lors d’une rencontre avec la presse, à l’ambassade du Liban à Paris, il a souligné que le déploiement de l’armée libanaise au Sud et la mise en œuvre de la première phase du cessez-le-feu, « nous sommes désormais engagés dans ce que j’appelle la phase de vérité : la phase 2 ».

Cette phase concerne les armes lourdes, mais plus largement la capacité de l’État libanais à assumer pleinement son autorité et son monopole de la force sur l’ensemble du territoire. 

Selon Salam, cette nouvelle phase n’a rien de comparable avec la phase 1, « elle est plus complexe, plus sensible politiquement, et elle exige des moyens humains, financiers et logistiques considérables ».

Tout repose sur l’armée libanaise, précise-t-il, le commandant en chef de l’armé, le général Rodolph Haykal présentera début février, le 5 précisément, un plan détaillé définissant les modalités d’exécution de cette phase 2. 

Ce plan portera sur le calendrier, les besoins opérationnels, le recrutement, l’équipement et le financement, il constituera d’après le premier ministre « la base de la conférence internationale de soutien à l’armée, que nous préparons avec nos partenaires ».

« Notre objectif est clair : renforcer durablement l’armée pour qu’elle puisse assumer seule ses missions, martèle-t-il, nous prévoyons le recrutement de 10 000 soldats supplémentaires », six milles ont déjà été intégrés, mais recruter ne suffit pas, « il faut former, équiper, rémunérer, et surtout rendre ces forces pleinement opérationnelles ».

Cela représente un effort budgétaire conséquent, chiffré en centaines de millions de dollars par an, étalé sur plusieurs exercices.

Cependant la question centrale n’est pas seulement le montant global, mais le phasage, combien la première année, la deuxième, la troisième, c’est ce que le commandement militaire précisera.

Sur le plan des équipements, « nous avons adopté une approche pragmatique, à court terme, nous privilégions l’utilisation de stocks existants, disponibles en France, dans plusieurs États arabes et chez des partenaires européens ».

Ces équipements peuvent être livrés rapidement, en quelques semaines ou mois, afin d’améliorer immédiatement les capacités de l’armée.

Les commandes nouvelles, elles, s’inscrivent dans un temps plus long, le commandant en chef de l’armée l’a rappelé, en soulignant le contexte international actuel, et les crises et tensions multiples, les délais de production atteignent souvent un à deux ans, « nous devons donc articuler urgence et durabilité », précise Salam.

Importance de la dynamique régionale

D’autre part, il a tenu à souligner souligner l’importance de la dynamique régionale, notamment avec l’Arabie saoudite. 

« Lors de mon entretien récent avec le ministre saoudien des Affaires étrangères, le prince Fayçal Ben Farhan en marge du Forum de Davos, « j’ai ressenti un véritable enthousiasme pour le succès de la conférence de soutien à l’armée libanaise ». 

Cet enthousiasme est une manière d’exprimer ce qui se passe réellement : un retour assumé de l’Arabie saoudite vers le Liban, et « contrairement à certaines idées reçues, Riyad ne s’est pas retiré du jeu régional ».

L’Iran est présent au Liban, a-t-il ajouté, et son ambassade est active, et un envoyé spécial est attendu à Beyrouth, mais cela n’empêche pas un réengagement saoudien progressif et concret.

Des expéditions libanaises vers les pays du Golfe sont à nouveau prévues, et des visites de ressortissants saoudiens au Liban sont également en préparation. 

« Nous avons répondu aux préoccupations légitimes de nos partenaires, notamment en matière de sécurité et de contrebande », aujourd’hui le Liban n’est plus dans la situation d’hier, « nous avons renforcé le contrôle à l’aéroport et au port de Beyrouth, nouveaux scanners ont été installés.

Les systèmes de sécurité ont été modernisés », cela concerne aussi bien les marchandises que les flux de personnes.

Ces progrès sont essentiels pour préserver nos relations avec les pays arabes, et éviter toute interdiction sur les exportations libanaises, qu’il s’agisse de produits agricoles, de médicaments ou d’autres biens.

  « Quiconque arrive aujourd’hui à l’aéroport de Beyrouth peut constater que l’ambiance a changé », indique le premier ministre.

S’agissant du Hezbollah, « je ne me fais pas d’illusions, le discours public reste dur, mais je le répète, il ne s’agit pas d’un marchandage et l’aide internationale ne sera jamais échangée contre des concessions politiques ».

Selon Salam, le monopole des armes par l’État est une obligation nationale et constitutionnelle, les accords de Taëf datent de plus de trente ans, et la résolution 1701 de plus de vingt ans, « nous avons accumulé un retard historique, Il n’est plus question d’attendre une échéance électorale pour avancer ».

Sur le retrait programmé, de la FINUl, Salam déclare, « j’ai tenu à le dire clairement au président Macron : il ne peut y avoir aucun vide sécuritaire au Sud-Liban, une présence internationale restera nécessaire ».

« Nous plaidons pour une solution onusienne, capable d’assurer la liaison, la supervision et le reporting, » précise Salam, « une structure hybride, entre observateurs et force de maintien de la paix, est indispensable compte tenu de l’histoire et de la réalité du terrain ».

Dans cette architecture future, la France affirme-t-il a un rôle essentiel à jouer, par son histoire, sa présence militaire, sa connaissance du dossier libanais, « l’exclure n’aurait aucun sens, le Liban a besoin de partenaires fiables, engagés et constants ».

Revenant sur la phase 2, qu’il décrit comme « longue, difficile, parfois conflictuelle, mais elle est inévitable, » elle constitue « un test majeur, celui de la capacité du Liban à redevenir un État souverain, crédible et maître de ses décisions, précisant que « c’est ce chemin que nous avons décidé d’emprunter, avec lucidité. »

 


Macron veut l'interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans "dès la rentrée prochaine"

Le président français Emmanuel Macron, portant des lunettes de soleil, réagit alors qu'il attend l'arrivée du Premier ministre libanais avant leur rencontre à l'Élysée, à Paris, le 23 janvier 2026. (AFP)
Le président français Emmanuel Macron, portant des lunettes de soleil, réagit alors qu'il attend l'arrivée du Premier ministre libanais avant leur rencontre à l'Élysée, à Paris, le 23 janvier 2026. (AFP)
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  • Emmanuel Macron veut accélérer l’adoption de la loi interdisant les réseaux sociaux aux moins de 15 ans, pour une application dès la rentrée prochaine
  • Le texte prévoit aussi l’interdiction progressive des téléphones portables à l’école, jusqu’au lycée à partir de 2026, au nom de la protection des enfants face aux plateformes et algorithmes

PARIS: Emmanuel Macron a promis, dans une vidéo diffusée samedi par BFMTV, que le gouvernement engagerait "la procédure accélérée" pour que le texte sur l'interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans soit rapidement adopté par le Parlement et puisse entrer en vigueur à la rentrée prochaine.

"J'ai demandé au gouvernement d'engager la procédure accélérée pour que ça puisse aller le plus vite possible, que ça puisse passer au Sénat. Parce que ce que je veux faire, l'engagement que j'ai pris d'ailleurs dans un de mes débats en province avec la presse quotidienne régionale, c'est que ce soit applicable à la rentrée prochaine", déclare le chef de l'Etat dans cette vidéo où il se filme lui-même, visiblement depuis l'Elysée.

La "procédure accélérée" d'examen, au Parlement, d'un texte permet selon la Constitution une entrée en vigueur rapide de ce dernier.

Selon la présidence, interrogée par l'AFP, le président de la République a adressé cette  vidéo à la députée Renaissance Laure Miller, qui défend le texte qui sera étudié à partir de lundi dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale.

"On interdit les réseaux sociaux au moins de 15 ans et on va interdire les portables dans nos lycées. Je crois que c'est une règle claire, claire pour nos adolescents, claire pour les familles, claire pour les enseignants, et on avance", déclare encore Emmanuel Macron sur cet enregistrement.

"Le cerveau de nos enfants et de nos adolescents n'est pas à vendre. Les émotions de nos enfants et de nos adolescents ne sont pas à vendre ou à manipuler, ni par les plateformes américaines, ni par les algorithmes chinois", ajoute Emmanuel Macron, qui porte dans la vidéo les lunettes de soleil avec lesquelles il a été vu ces derniers jours.

La proposition de loi du groupe Renaissance entend aussi étendre l'interdiction, dès la rentrée 2026, des téléphones portables pour les élèves au lycée comme dans les écoles et collèges.


Lecornu éloigne la censure et veut tourner la page du budget

Le Premier ministre français Sébastien Lecornu s'exprime après avoir survécu à deux votes de défiance sur le budget de la défense et invoque un deuxième 49.3 pour adopter le projet de loi de finances pour 2026 sans vote sur la partie « dépenses » à l'Assemblée nationale, à Paris, le 23 janvier 2026. (AFP)
Le Premier ministre français Sébastien Lecornu s'exprime après avoir survécu à deux votes de défiance sur le budget de la défense et invoque un deuxième 49.3 pour adopter le projet de loi de finances pour 2026 sans vote sur la partie « dépenses » à l'Assemblée nationale, à Paris, le 23 janvier 2026. (AFP)
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  • Sébastien Lecornu assume le recours au 49.3 sur le budget, affirmant vouloir « tourner la page » de la crise politique et engager des réformes jugées plus réalistes, notamment sur le logement.
  • Malgré une majorité fragile, le gouvernement a survécu aux motions de censure, grâce au refus du PS de s’y associer, sur fond de fortes tensions politiques à l’approche de la présidentielle

PARIS: Sébastien Lecornu a souhaité vendredi tourner la page du budget pour s'engager dans des projets plus "réalistes", réfutant ainsi tout "immobilisme", après avoir surmonté sans surprise deux motions de censure grâce à la mansuétude des socialistes.

"Il faut savoir terminer une crise politique", a affirmé le Premier ministre en marge d'un déplacement en Seine-Saint-Denis consacré au logement, pour justifier son recours au 49.3 pour faire adopter le budget.

"Maintenant, il faut avancer" car "très vite, la campagne présidentielle va débuter" et dans ce contexte "la projection du gouvernement" sur la suite des réformes "sera réaliste", a-t-il ajouté.

Mais "on ne va pas rien faire. Il n'y aura pas d'immobilisme" car "il y a des sujets qui ne peuvent pas attendre", comme le logement, a-t-il souligné en se donnant un ambitieux objectif de construction de 2 millions de logements d'ici 2030 dans le cadre d'un plan de "relance" à venir du secteur.

Le chef du gouvernement a assuré qu'il n'avait pas "d'agenda" politique, semblant ainsi écarter une candidature à l'Elysée, et redemandé à ses ministres de se tenir "le plus éloigné de la campagne présidentielle".

- "Dernier secours" -

Dans la matinée, Sébastien Lecornu avait surmonté sans surprise les motions de censure déposées par la gauche hors PS et le RN, en réponse à sa décision d'utiliser le 49.3 sur la partie "recettes" du budget.

La partie recettes adoptée, il a dans la foulée engagé un nouveau 49.3, sur les dépenses et l'ensemble du texte qui pourrait être adopté définitivement début février. La France insoumise et le RN ont déposé de nouvelles motions de censure, qui devraient être examinées et rejetées de la même manière mardi.

La motion commune des groupes Insoumis, écologiste, GDR (communistes et ultra-marins) a obtenu 269 voix, 19 de moins que les 288 nécessaires pour faire tomber le gouvernement, la droite et le PS refusant de s'y associer.

"Il y a une majorité fragile", a reconnu sur BFMTV Laurent Panifous, le ministre des Relations avec le parlement. "Elle est à peu près la même depuis deux, trois mois (...) Soyons prudents, il faut faire preuve de beaucoup d'humilité".

La motion du RN et de son allié le groupe ciottiste UDR a aussi échoué, recueillant 142 voix.

Le Premier ministre a redit vendredi son "regret" de devoir actionner le 49.3 sur le budget de l'Etat pour 2026, rompant avec la promesse faite début octobre d'y renoncer, à la demande des socialistes.

Après plus de trois mois de discussion, le Parlement "ne peut pas dire qu'il a été privé de son pouvoir" mais  désormais le 49.3 "ne pourra plus être utilisé comme avant", sauf "en absolu et dernier ressort" pour "préserver les institutions", a-t-il espéré.

- Majorité "fragile" -

Le débat, tenu dans un hémicycle clairsemé, a mis en lumière les fractures de la gauche, le PS se trouvant isolé face aux trois autres groupes.

"Le PS vole 65 voix d'opposition du NFP (l'alliance de gauche Nouveau Front populaire aux législatives 2024; ndlr). Il faudra s'en souvenir aux municipales", a déclaré sur X le chef des Insoumis Jean-Luc Mélenchon, fustigeant des "milliards de coupe" de la "nouvelle majorité Attal, Faure, Wauquiez".

La cheffe de file des députés RN, Marine Le Pen, a elle fustigé la "trahison du pacte solennel" conclu par le Premier ministre avec le Parlement, et un "passage en force", selon elle "marque de fabrique" du macronisme. "Tout aurait dû vous conduire à démissionner", a-t-elle estimé, pointant du doigt l'"impuissance" du gouvernement.

Le PS avait confirmé dès mardi qu'il ne voterait pas la motion de censure déposée par les trois autres groupes de gauche. Le député PS Laurent Baumel a défendu ce choix, saluant les "inflexions substantielles" obtenues par son groupe, et se félicitant que l'abandon au moins temporaire du 49.3 ait permis de donner une "portée effective" aux discussions menées dans l'hémicycle.

Du côté de la coalition présidentielle, les choix budgétaires de M. Lecornu laissent aussi un goût amer, alors que le déficit devrait s'élever à 5% du PIB. "Nos désaccords avec ce texte sont réels et assumés", a souligné l'ancienne ministre Horizons Agnès Firmin-Le Bodo. Mais en attendant la présidentielle, "nous devons sortir (le pays) du blocage permanent", a souligné le député LR Nicolas Ray.

Le ministre de l'Economie Roland Lescure, qui accompagnait M. Lecornu à Rosny-sous-Bois, a dit espérer "de bonnes nouvelles sur la croissance".