Ukraine: aucune trêve en vue à l'orée de la Pâque orthodoxe

Des femmes et des enfants ukrainiens décorent des œufs de Pâques pour des soldats dans un restaurant géorgien de la ville de Lviv, dans l'ouest du pays, le 20 avril 2022. (Alice Hackman/AFP)
Des femmes et des enfants ukrainiens décorent des œufs de Pâques pour des soldats dans un restaurant géorgien de la ville de Lviv, dans l'ouest du pays, le 20 avril 2022. (Alice Hackman/AFP)
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Publié le Samedi 23 avril 2022

Ukraine: aucune trêve en vue à l'orée de la Pâque orthodoxe

  • La guerre entrera dimanche dans son troisième mois, mais la «deuxième phase de l'opération spéciale» lancée par Moscou vient de commencer
  • « Les corridors humanitaires à Marioupol et dans les autres villes assiégées doivent être immédiats, spécialement à l'occasion de Pâques orthodoxe» le dimanche 24 avril, a tweeté le président du Conseil européen, Charles Michel

ZAPORIJJIA, Ukraine : Les appels à la trêve en Ukraine à l'occasion du week-end pascal en terre orthodoxe semblent rester lettre morte, notamment à Marioupol, en raison d'un persistant dialogue de sourds entre Kiev et Moscou.

La guerre entrera dimanche dans son troisième mois, mais la «deuxième phase de l'opération spéciale» lancée par Moscou vient de commencer, cette semaine. «L'un des objectifs de l'armée russe est d'établir un contrôle total sur le Donbass et le sud de l'Ukraine», a assené vendredi un haut responsable militaire russe.

Les troupes russes, qui se sont retirées fin mars de la région de Kiev et du nord et l'Ukraine, occupent déjà une grande partie de l'est et du sud du pays. Il s'agit désormais d'«assurer un couloir terrestre» vers la Crimée et un autre menant à la Transdniestrie, région moldave prorusse où se trouve une garnison russe, a détaillé le général Roustam Minnekaïev, commandant adjoint des forces du District militaire du Centre de la Russie.

Pour la première fois, la Russie a reconnu des pertes sur son croiseur Moskva, navire-amiral de la flotte de la mer Noire qui a coulé le 14 avril. Un marin est mort et 27 sont portés disparus, selon le ministère russe de la Défense.

Le naufrage du Moskva est largement considéré comme une humiliation pour la Russie, et même des commentateurs pro-Kremlin ont réclamé des explications. Moscou affirme que le navire a sombré à cause de l'explosion de munitions à bord et de mauvaises conditions météo ayant contrecarré les opérations de remorquage. Mais l'Ukraine dit avoir coulé le bâtiment avec des missiles.

Les autorités ukrainiennes, qui ont obtenu ces derniers jours une aide en armements plus substantielle des Occidentaux, continuent d'assurer qu'elles peuvent repousser l'armée russe hors de leur sol. Mais elles réclament aussi une trêve pascale.

Celle-ci a été «rejetée» par Moscou, avait pesté jeudi Volodymyr Zelensky. Le président ukrainien a ensuite accusé, vendredi soir, la Russie d'avoir «apporté la mort en Ukraine», tout en ajoutant: «La mort n'a aucune chance de gagner sur la vie, tout chrétien le sait».

Une «pause humanitaire est nécessaire pour l'évacuation en toute sécurité de milliers de civils qui souhaitent quitter les zones dangereuses des hostilités en cours et possibles, en particulier de Marioupol, qui souffre depuis longtemps», avec sans doute des milliers de morts, a aussi indiqué le ministère ukrainien des Affaires étrangères vendredi soir sur son site.

- «Contre-attaque» à «101%» -

Cela rejoint la demande formulée au téléphone par le président du Conseil européen Charles Michel auprès du président russe Vladimir Poutine de garantir des corridors humanitaires à Marioupol, port stratégique du sud-est en grande partie détruit par plusieurs semaines de bombardements, et presque intégralement sous contrôle russe.

«Appel avec le président Poutine. Les corridors humanitaires à Marioupol et dans les autres villes assiégées doivent être immédiats, spécialement à l'occasion de Pâques orthodoxe» le dimanche 24 avril, a tweeté celui qui représente les États membres de l'UE. Le Kremlin a de son côté affirmé à l'issue de cet entretien que Kiev refusait la reddition des derniers soldats ukrainiens présents dans la zone industrielle d'Azovstal, alors que l'armée russe se disait prête à observer «à tout moment» une trêve «sur tout ou partie» de ce site pour permettre l'évacuation de civils et la reddition de combattants.

«La vie de tous les militaires ukrainiens, combattants nationalistes et mercenaires étrangers est garantie s'ils déposent les armes (...) Mais le régime de Kiev n'autorise pas cette possibilité», a dit M. Poutine, selon un communiqué du Kremlin.

Moscou avait assuré jeudi avoir «libéré» Marioupol. Les combattants ukrainiens «tiennent bon» dans l'usine Azovstal où sont également retranchés des civils, a rétorqué Kiev vendredi. Le président Poutine a ordonné de faire le siège, sans assaut, de cet immense complexe métallurgique.

Un conseiller du président ukrainien, Oleksiï Arestovitch, a promis vendredi soir une «contre-attaque» à «101%» pour reconquérir Marioupol dès que l'état-major le décidera, selon la presse ukrainienne. C'est que «le succès de l'offensive russe dans le sud dépend du sort de Marioupol», comme l'a confié un peu plus tôt à l'AFP le gouverneur régional, Pavlo Kyrylenko.

L'ONU a répertorié vendredi une série d'actions des militaires russes «pouvant relever de crimes de guerre», et la société américaine Maxar Technologies a diffusé des images satellite révélant, selon elle, «l'existence d'un deuxième cimetière qui s'est étendu au cours du dernier mois», situé à Vynohradne, à une douzaine de kilomètres de Marioupol. Un premier ensemble de possibles fosses communes avait été récemment mis au jour à Manhush (ouest de Marioupol).

- Silence des sirènes -

Y aurait-il eu une accalmie dans le conflit dans la nuit de vendredi à samedi? De fait, de manière inhabituelle, les canaux d'information ukrainiens n'ont fait état d'aucun déclenchement nocturne de sirènes d'alerte aérienne sur le territoire du pays.

Plusieurs couloirs humanitaires à Marioupol ont été annulés à la dernière minute, Moscou et Kiev se rejetant la responsabilité de ces échecs. Vendredi soir, la vice-Première ministre ukrainienne a d'ailleurs avancé sur Telegram qu'il y avait «une chance» d'en ouvrir un le lendemain, tout en déplorant «tellement de tentatives ratées».

Mardi, le secrétaire général de l'ONU avait dénoncé la nouvelle offensive russe et demandé aux deux parties d'arrêter les combats pour une «pause humanitaire» de quatre jours à l'occasion de la Pâque orthodoxe. Antonio Guterres se rendra mardi à Moscou pour y rencontrer M. Poutine, et dans la foulée à Kiev pour voir M. Zelensky.

Autre initiative de paix, celle de l'Eglise orthodoxe ukrainienne relevant du patriarcat de Moscou: selon son chef, le métropolite Onoufriï, elle est «prête à organiser une procession» pour «apporter une aide d'urgence et évacuer les civils» ainsi que «les militaires blessés».

«Nous nous adressons à qui de droit et nous demandons d'assurer un cessez-le-feu à Marioupol et dans ses banlieues ainsi qu'un couloir humanitaire pour ladite procession de prière du Vendredi Saint, le 22 avril, à Pâques», célébrée par les orthodoxes le 24 avril, a précisé le dignitaire dans le communiqué publié par le site de son église.

Depuis le début de l'invasion russe en Ukraine, l'Eglise ukrainienne relevant du Partiarcat de Moscou, dont le métropolite Onoufriï a appelé les fidèles à soutenir l'armée ukrainienne, a pris ses distances par rapport au patriarche de Moscou Kirill, qui a béni la guerre.

Mais trêve ou pas, les capitales s'attendent à un conflit appelé à durer. Le Premier ministre britannique Boris Johnson a qualifié vendredi de «réaliste» la possibilité que la guerre en Ukraine dure jusqu'à la fin de l'année 2023 en raison de la détermination de la Russie à poursuivre son offensive «épouvantable».

Et Washington a invité vendredi 40 pays alliés à se retrouver en Allemagne mardi prochain pour discuter des besoins sécuritaires à long terme de l'Ukraine.

A Moscou, l'opposant russe Vladimir Kara-Mourza, féroce détracteur du Kremlin, a été placé vendredi en détention provisoire jusqu'en juin dans le cadre d'une enquête pour «fausses informations» sur les activités de l'armée en Ukraine, selon son avocat.


La Cédéao décide de créer une force régionale face au djihadisme et aux coups d'Etat

Les dirigeants des Etats d'Afrique de l'Ouest se sont réunis dimanche à Abuja (Photo, AFP).
Les dirigeants des Etats d'Afrique de l'Ouest se sont réunis dimanche à Abuja (Photo, AFP).
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  • Plusieurs pays de la région sont en proie à la propagation djihadiste qui, partie du nord du Mali, a gagné le centre de ce pays,
  • Les armées nationales sont impuissantes et coopèrent avec des acteurs extérieurs, l'ONU, la France ou encore la Russie

ABUJA, Nigeria: Les dirigeants d'Afrique de l'Ouest ont décidé dimanche à Abuja la création d'une force régionale vouée à intervenir non seulement contre le djihadisme, mais aussi en cas de coup d'État, comme la région en a connu plusieurs depuis deux ans, a indiqué un haut responsable.

Propagation djihadiste 

Plusieurs pays de la région sont en proie à la propagation djihadiste qui, partie du nord du Mali, a gagné le centre de ce pays, mais aussi le Burkina Faso et le Niger, et s'étend vers le sud et le golfe de Guinée. Les armées nationales sont largement impuissantes et coopèrent avec des acteurs extérieurs, l'ONU, la France ou encore la Russie.

L'insécurité est un facteur primordial des coups d'État militaires qui ont secoué la région depuis 2020, au Mali, au Burkina et, pour d'autres raisons, en Guinée.

Des responsables militaires de la région se réuniront dans la deuxième moitié de janvier pour discuter des modalités d'établissement de la force régionale, a dit M. Touray.


«Pas de solution diplomatique» à la guerre en Ukraine, selon une responsable de Memorial

 Irina Chtcherbakova, historienne et membre du conseil d'administration du groupe de défense des droits Memoria (Photo, AFP).
Irina Chtcherbakova, historienne et membre du conseil d'administration du groupe de défense des droits Memoria (Photo, AFP).
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  • Selon la militante russe, des appels prématurés à la paix sont «puérils»
  • «La solution qui se présente maintenant est une solution militaire»

HAMBOURG: Il n'y actuellement "pas de solution diplomatique" à la guerre en Ukraine, a estimé dimanche Irina Chtcherbakova, qui a cofondé l'ONG russe de défense des droits de l'homme Memorial, dissoute par les autorités et lauréate du prix Nobel de la Paix 2022.

"Je suis absolument convaincue qu'il n'y a pas de solution diplomatique avec le régime de Poutine, tant qu'il est encore là", a déclaré à Hambourg Irina Chtcherbakova, qui a quitté la Russie après l'invasion de l'Ukraine par les forces russes et réside actuellement en Allemagne.

"La solution qui se présente maintenant est une solution militaire", même si ultérieurement, la diplomatie peut jouer un rôle pour la résolution du conflit, a estimé Mme Chtcherbakova, qui a reçu à Hambourg le prix Marion Doenhoff pour ses années de militantisme en Russie au service de la cause des droits de l'homme.

"Mais ces décisions, cette diplomatie ne pourront intervenir que lorsque l'Ukraine estimera avoir gagné la guerre et pouvoir y mettre fin", a-t-elle estimé.

Selon la militante russe, des appels prématurés à la paix sont "puérils". "Rien ne sera jamais plus comme avant", a-t-elle relevé.

Le prix Marion Doenhoff a été remis à Mme Chtcherbakova par le chancelier allemand Olaf Scholz.

Les efforts de Mme Chtcherbakova montrent la voie vers un "meilleur avenir pour la Russie", même si cette perspective "parait encore invraisemblable", a déclaré le chancelier.

La guerre ne devrait pas se terminer par "une victoire de l'expansionnisme" russe", mais il ne faut pas oublier que la Russie sera "toujours là" après la fin des hostilités, a poursuivi M. Scholz.

Memorial, lauréat du prix Nobel 2022 avec le militant des droits de l'homme bélarusse Ales Bialiatski et le Centre pour les libertés civiles (Ukraine), recevra la récompense à Oslo samedi 10 décembre.

Fondée en 1989, Memorial a œuvré pendant des décennies pour faire la lumière sur les crimes commis sous le régime totalitaire de Staline et pour préserver la mémoire de ses victimes tout en collectant des informations sur la violation des libertés et des droits en Russie.

L'organisation a été dissoute par la justice russe fin 2021.


Critiques aux Etats-Unis après un appel de Trump à abandonner la Constitution

L'ancien président américain Donald Trump (Photo, AFP).
L'ancien président américain Donald Trump (Photo, AFP).
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  • Trump a affirmé qu'une «fraude de ce genre et de cette envergure permet l'abrogation de toutes les règles, y compris celles de la Constitution»
  • Des propos qui ont été immédiatement condamnés par la Maison Blanche

WASHINGTON: La classe politique américaine a vivement condamné dimanche un appel la veille de l'ancien président Donald Trump à abandonner la Constitution américaine pour revenir sur le résultat de l'élection présidentielle de 2020 remportée par Joe Biden.

Réitérant ses allégations infondées de fraude massive lors du scrutin, Donald Trump a affirmé samedi sur son réseau Truth Social qu'une "fraude de ce genre et de cette envergure permet l'abrogation de toutes les règles, réglementations et articles, y compris ceux de la Constitution".

Des propos qui ont été immédiatement condamnés par la Maison Blanche.

"La Constitution américaine est un document sacro-saint qui garantit depuis 200 ans que la liberté et l'État de droit prévalent dans notre beau pays", a commenté samedi un porte-parole de l'exécutif, Andrew Bates, dans un communiqué.

"Attaquer la Constitution et tout ce qu'elle représente est un anathème pour l'âme de notre pays et il faut le condamner", a-t-il ajouté. "On ne peut pas n'aimer l'Amérique que lorsqu'on gagne."

Dimanche, des élus des deux partis se sont offusqués des propos de l'ancien président, qui a par ailleurs récemment annoncé qu'il comptait se présenter à l'élection présidentielle de 2024.

"La semaine dernière, il dînait avec des antisémites. Maintenant, il appelle à mettre fin à la démocratie constitutionnelle en Amérique", a tweeté le chef des démocrates au Sénat, Chuck Schumer, à propos d'un dîner dans la résidence de Floride de Donald Trump auquel a participé Nick Fuentes, un suprémaciste blanc et négationniste notoire.

Donald Trump "est hors de contrôle et un danger pour notre démocratie. Tout le monde doit condamner cette attaque contre notre démocratie", a ajouté M. Schumer.

Questionné sur les propos de M. Trump sur Fox News, l'ancien vice-président Mike Pence, qui a pourtant pris ses distances avec le milliardaire américain depuis l'attaque contre le Capitole le 6 janvier 2021, s'est abstenu de les condamner.

"Les candidats qui se sont concentrés sur le passé, particulièrement ceux qui se sont concentrés sur la remise en cause de la dernière élection, n'ont pas eu de bons résultats aux élections de mi-mandat" le mois dernier, a-t-il simplement rappelé.

L'ancien conseiller à la sécurité nationale de M. Trump, le très conservateur John Bolton, s'est quant à lui offusqué de la suggestion de son ancien patron. "Tous les vrais conservateurs doivent s'opposer à sa campagne pour l'élection présidentielle de 2024", a-t-il tweeté.