Marine Le Pen, l'échec de l'extrême droite aux portes du pouvoir

Marine Le Pen, candidate du Rassemblement national (RN), parti d'extrême droite français, réagit au Pavillon d'Armenonville, à Paris, le 24 avril 2022, après l'annonce des premières projections par les instituts de sondage des résultats du second tour de l'élection présidentielle française. (AFP)
Marine Le Pen, candidate du Rassemblement national (RN), parti d'extrême droite français, réagit au Pavillon d'Armenonville, à Paris, le 24 avril 2022, après l'annonce des premières projections par les instituts de sondage des résultats du second tour de l'élection présidentielle française. (AFP)
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Publié le Dimanche 24 avril 2022

Marine Le Pen, l'échec de l'extrême droite aux portes du pouvoir

  • Candidate pour la troisième fois à la magistrature suprême, l'ancienne avocate de 53 ans a obtenu 10 points de plus que lors de l'élection de 2017
  • Mais elle s'est heurtée dans la dernière ligne droite au réflexe du «barrage contre l'extrême droite», qui a poussé les électeurs à voter M. Macron, même par «obligation»

PARIS : Marine Le Pen a échoué aux portes du pouvoir, se heurtant de nouveau au plafond de verre de l'extrême droite en France, mais avec 42% des voix selon les premières estimations, elle a porté sa famille politique au plus haut d'une élection présidentielle depuis la Seconde guerre mondiale.

Candidate pour la troisième fois à la magistrature suprême, l'ancienne avocate de 53 ans, fille de la figure historique de l'extrême droite française Jean-Marie Le Pen, a obtenu 10 points de plus que lors de l'élection de 2017, et plus du double du score de son père en 2002 face à Jacques Chirac.

Mais elle s'est heurtée dans la dernière ligne droite au réflexe du "barrage contre l'extrême droite", qui a poussé les électeurs à voter M. Macron, même par "obligation", pour ne pas tenter l'expérience d'une victoire de Mme Le Pen, qui aurait eu des conséquences majeures pour la France, au plan national et international.

La stratégie de "dédiabolisation" patiemment menée par Mme Le Pen depuis 10 ans semblait pourtant porter ses fruits.

Présidentielle: Marine Le Pen largement en tête aux Antilles et en Guyane

Marine Le Pen est arrivée largement en tête au second tour de l'élection présidentielle en Guadeloupe, à la Martinique et en Guyane, alors que le Pacifique a mis Emmanuel Macron en première position. 

La candidate du RN l'emporte à 69,60% en Guadeloupe et à 60,87% en Martinique, à 60,70% en Guyane, 54,73% à Saint-Barthélemy, ainsi qu'à Saint-Pierre-et-Miquelon (50,69%), selon les chiffres diffusés dimanche soir par le ministère de l'Intérieur. Des territoires où Jean-Luc Mélenchon avait fait des scores importants au premier tour.

Entre 2022 et 2017, Marine Le Pen a ainsi gagné plus de 47 points en Martinique, 36 points en Guadeloupe, et plus de 25 points en Guyane.

Emmanuel Macron est en revanche en tête dans les territoires du Pacifique, comme au premier tour, à 61,04% en Nouvelle-Calédonie, à 51,80% en Polynésie française et à 67,44% à Wallis et Futuna, selon la même source.

Le vote avait commencé dès samedi dans les Antilles françaises, en Guyane (Amérique du Sud), à Saint-Pierre et Miquelon (archipel français d'Amérique du Nord) et en Polynésie française (Pacifique Sud). 

Les résultats du second tour des territoires de l'Océan indien, Mayotte et La Réunion, tomberont eux plus tard dans la soirée.

A Mayotte, Marine Le Pen était arrivée en première position au premier tour avec 42,67% des suffrages devant Jean-Luc Mélenchon (23,96%). A la Réunion, c'est Jean-Luc Mélenchon qui menait le premier tour (40,26%) devant Marine Le Pen (24,73%).

La candidate a lissé et adouci son image et son discours, affichant le visage rassurant d'une "mère de famille" préoccupée par la défense des "plus vulnérables" et du pouvoir d'achat des Français.

Mais, sur le fond, son programme est resté toujours aussi radical, mettant au coeur la "priorité nationale" face aux immigrés dont elle entend réduire drastiquement le nombre et limiter l'accès aux prestations sociales. Elle veut aussi expulser les clandestins, criminels et délinquants étrangers, ceux qui sont soupçonnés de radicalisation ainsi que les étrangers sans emploi depuis plus d'un an.

La "priorité nationale"  de Mme Le Pen s'applique aussi dans le domaine du droit. Elle entend inscrire dans la Constitution la primauté du droit français. Au détriment d'une Europe qu'elle affirme ne plus vouloir quitter, comme en 2017, mais envers qui elle nourrit une défiance marquée. De nombreux commentateurs estiment que la mise en oeuvre de son programme aurait conduit à un "Frexit déguisé".

S'affranchir du père

Avocate de formation, Marine Le Pen a construit son implantation régionale dans le Nord du pays, longtemps acquis à la gauche, puis pris la présidence du parti de Jean-Marie Le Pen, le Front national, début 2011, écartant progressivement les vieux barons, et déconstruisant patiemment ce que le patriarche avait bâti à coup de harangues antisémites ou racistes, parfois condamnées en justice.

La "dédiabolisation" du FN est allée jusqu'à l'exclusion en 2015 du père, dont les propos étaient trop clivants pour permettre une victoire nationale. "J'ai adulé cet homme", confie-t-elle. "Je me suis beaucoup battue pour lui mais à un moment donné, cela devait s'arrêter".

Le FN à sinistre réputation devint "Rassemblement national" en 2018, et fait depuis campagne sur son prénom, Marine, préféré à son patronyme lourdement connoté.

Elle a brouillé les lignes, se proclamant "meilleur bouclier" des Français juifs, arborant République et laïcité en étendard contre "le fondamentalisme islamiste", mais jugeant l'islam "compatible avec la République".

Après son échec en 2017, et un débat électoral d'entre deux tours désastreux où son impréparation et sa fébrilité étaient apparues évidentes face à Emmanuel Macron, Mme Le Pen a patiemment remonté la pente et poli son discours.

Se présentant comme une candidate rassembleuse de la "France tranquille", face à un Emmanuel Macron dont elle n'a cessé de dénoncer "la brutalité" et l'"arrogance".

«Complaisance avec la Russie»

D'abord inquiétée par la percée d'un autre candidat d'extrême droite, Eric Zemmour, elle a profité en fait du discours radical et outrancier de l'ancien polémiste.

En ressassant ses thèmes identitaires, anti-immigration et anti-islam, M. Zemmour (7% au premier tour) a contribué à recentrer et modérer l'image de Mme Le Pen, qui a fait campagne sur le pouvoir d'achat, préoccupation première des Français au moment où la guerre en Ukraine fait s'envoler les prix.

Au  plan international, Marine Le Pen est accusée par ses adversaires de complaisance avec la Russie de Poutine même si elle a condamné l'invasion de l'Ukraine.

Elle soutient l'idée d'"arrimer la Russie à l'Europe", afin que ce pays "ne parte pas dans les bras de la Chine". La candidate, qui a noué des liens personnels avec la Russie, a aussi cultivé des relations étroites avec des dirigeants d'Europe centrale, dont Viktor Orban en Hongrie.

Lors du débat télévisé d'entre-deux tours, M. Macron l'a accusée d'être "dépendante" de Moscou, notamment en raison d'un prêt de 9 millions contracté par le Rassemblement national auprès d'une banque russe. Elle a vigoureusement démenti, se qualifiant comme une "femme totalement libre".


Lecornu ferait un "bon candidat" en 2027 pour 30% des Français (sondage)

Le Premier ministre Sébastien Lecornu lors de la cérémonie marquant le retour des athlètes français des JO d’hiver Milano Cortina 2026, à Albertville, le 23 février 2026, à l’arrivée du drapeau olympique pour les JO 2030. (AFP)
Le Premier ministre Sébastien Lecornu lors de la cérémonie marquant le retour des athlètes français des JO d’hiver Milano Cortina 2026, à Albertville, le 23 février 2026, à l’arrivée du drapeau olympique pour les JO 2030. (AFP)
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  • Selon un sondage Odoxa pour Le Figaro, Sébastien Lecornu serait un « bon candidat » du bloc central en 2027 pour 30% des Français, derrière Édouard Philippe (39%) mais proche de Gabriel Attal (33%) et Gérald Darmanin (28%)
  • Jugé plus humble et compétent qu’Emmanuel Macron, Lecornu souffre toutefois d’une image « d’exécutant » (72% des sondés), tandis qu’Édouard Philippe reste favori, sous réserve des municipales au Havre

PARIS: Le Premier ministre Sébastien Lecornu ferait un "bon candidat" du bloc central à la présidentielle de 2027 pour 30% des Français, à l'image de Gabriel Attal(33%) et Gérald Darmanin (28%) mais loin derrière Edouard Philippe (39%), selon un sondage Odoxa pour Le Figaro paru jeudi.

Le chef du gouvernement, dont la popularité (34%) est supérieure de 13 points à celle d'Emmanuel Macron, est jugé plus humble (+33 points), plus proche des préoccupations des Français (+18) et plus compétent (+17) que le chef de l'Etat, mais aussi moins dynamique (-9).

"Pour renforcer sa stature, il devra peut-être se détacher de son image de simple collaborateur du Président", 72% des Français le qualifiant "d’exécutant", relève encore l'institut.

Sur les réseaux sociaux, les messages sur Emmanuel Macron restent très négatifs alors que la fidélité du "moine soldat" Lecornu est présentée comme une qualité rare, poursuit l'étude.

Edouard Philippe, maire du Havre et premier chef de gouvernement d'Emmanuel Macron, reste le meilleur candidat pour le bloc central, à condition de ne pas perdre les municipales de mars, "une défaite qui pourrait ternir son leadership", poursuit Odoxa.

Un sondage Opinionway publié mercredi le donne pour la première fois perdant dans sa ville contre Jean-Paul Lecoq (PCF) en cas de maintien du candidat RN-UDR au second tour du scrutin.

L'enquête a été réalisée en ligne les 25 et 26 février auprès d’un échantillon de 1.005 Français représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus, selon la méthode des quotas. Marge d'erreur comprise entre 1,4 et 3,1 points.


Gouvernement: quatre nouveaux entrants dont Catherine Pégard à la Culture

Le gouvernement compte désormais 36 membres. (AFP)
Le gouvernement compte désormais 36 membres. (AFP)
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  • Ces annonces complètent le mini-remaniement du gouvernement de Sébastien Lecornu provoqué par le départ attendu de Rachida Dati et Charlotte Parmentier-Lecocq, et celui d'Amélie de Montchalin
  • Une députée qui était pressentie pour la Fonction publique s'est désistée à la dernière minute car son suppléant à l'Assemblée a refusé de siéger pour la remplacer, pour des raisons de cumul des mandats

PARIS: Quatre nouveaux ministres font leur entrée au gouvernement, dont Catherine Pégard, conseillère d'Emmanuel Macron, à la Culture en remplacement de Rachida Dati partie pour faire campagne pour la mairie de Paris, a annoncé jeudi l'Elysée dans un communiqué.

Conseillère culture de Nicolas Sarkozy à l'Elysée, puis à la tête du château de Versailles avant de revenir au palais présidentiel auprès d'Emmanuel Macron, cette ancienne journaliste de 71 ans arrive rue de Valois avec une excellente connaissance du monde de la culture et un solide carnet d'adresses.

Outre cette nomination attendue, l'ex-ministre macroniste Sabrina Roubache fait son retour en tant que ministre délégué chargée de l'Enseignement et de la Formation professionnels et de l'Apprentissage. Elle avait été chargée de la Ville et de la Citoyenneté entre 2023 et 2024, avant d'être défaite aux législatives post-dissolution de l'Assemblée nationale.

La porte-parole du gouvernement Maud Bregeon, proche de Sébastien Lecornu et Gérald Darmanin, devient aussi ministre déléguée chargée de l'Energie, domaine dont elle a une expertise en tant qu'ingénieure spécialiste du nucléaire.

Le chef de l'Etat a aussi nommé la députée du groupe macroniste Camille Galliard-Minier ministre déléguée chargée de l’Autonomie et des Personnes handicapées, en remplacement de Charlotte Parmentier-Lecocq qui souhaitait retrouver son siège à l'Assemblée nationale, et le député Les Républicains Jean-Didier Berger auprès du ministre de l'Intérieur Laurent Nunez.

Ces annonces complètent le mini-remaniement du gouvernement de Sébastien Lecornu provoqué par le départ attendu de Rachida Dati et Charlotte Parmentier-Lecocq, et celui d'Amélie de Montchalin, nommée à la tête de la Cour des comptes et remplacée dès dimanche aux Comptes publics par son ex-ministre délégué David Amiel.

Ce dernier n'a pour l'instant pas de ministre délégué à la Fonction publique, le poste qu'il occupait auparavant. Selon une source au sein de l'exécutif, une ministre déléguée sera nommée d’ici à la reprise des travaux parlementaires après les élections municipales.

Une députée qui était pressentie pour la Fonction publique s'est désistée à la dernière minute car son suppléant à l'Assemblée a refusé de siéger pour la remplacer, pour des raisons de cumul des mandats, ce qui aurait provoqué une législative partielle, selon une source au courant des tractations, qui n'a pas précisé son nom.

Parmi les nouveaux entrants, Jean-Didier Berger, maire de Clamart pendant dix ans, avait rejoint l’Assemblée à l’été 2024 après la dissolution, se faisant élire dans les Hauts-de-Seine. A l’Assemblée, il faisait partie des députés du groupe LR en pointe sur le projet de budget de l’Etat.

Il avait également déposé des propositions de loi aux accents régaliens : pour autoriser le traitement algorithmique des images de vidéoprotection dans les transports en commun, ou pour interdire les signes religieux ostentatoires aux mineurs qui participent à des activités d’une association subventionnée.

Camille Galliard-Minier, élue de l'Isère, est avocate de formation et l'ancienne suppléante d'Olivier Véran qu'elle a remplacé au Parlement entre 2020 et 2022 lorsque celui-ci était ministre de la Santé.

Le gouvernement compte désormais 36 membres.


Narcotrafic: pour Amine Kessaci, il faut «protéger» les personnes menacées mais aussi leur «permettre de vivre»

Pour le militant Amine Kessaci, sous protection policière avec sa famille, il faut "protéger" les personnes menacées par le narcotrafic, mais "aussi leur permettre de vivre", a-t-il appelé jeudi avec des sénateurs écologistes, qui porteront un texte sur ce sujet le 7 mai. (AFP)
Pour le militant Amine Kessaci, sous protection policière avec sa famille, il faut "protéger" les personnes menacées par le narcotrafic, mais "aussi leur permettre de vivre", a-t-il appelé jeudi avec des sénateurs écologistes, qui porteront un texte sur ce sujet le 7 mai. (AFP)
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  • Engagé contre le narcotrafic après la mort de son frère Brahim dans un narchomicide il y a cinq ans, Amine Kessaci vit sous protection policière depuis septembre, après qu'un contrat a été placé sur sa tête
  • Son petit frère, Mehdi, a été assassiné le 13 novembre, dans un probable "crime d'intimidation" en représailles à son engagement. Sa famille vit depuis aussi sous protection

PARIS: Pour le militant Amine Kessaci, sous protection policière avec sa famille, il faut "protéger" les personnes menacées par le narcotrafic, mais "aussi leur permettre de vivre", a-t-il appelé jeudi avec des sénateurs écologistes, qui porteront un texte sur ce sujet le 7 mai.

Sans critiquer le dispositif de protection existant, il appelle le gouvernement à "aller plus loin" pour "accompagner" les personnes protégées dans leur quotidien, qu'il s'agisse d'études, d'emploi ou de logement.

Engagé contre le narcotrafic après la mort de son frère Brahim dans un narchomicide il y a cinq ans, Amine Kessaci vit sous protection policière depuis septembre, après qu'un contrat a été placé sur sa tête.

Son petit frère, Mehdi, a été assassiné le 13 novembre, dans un probable "crime d'intimidation" en représailles à son engagement. Sa famille vit depuis aussi sous protection.

Les écologistes ont fait adopter mi-février à l'Assemblée un texte visant à mieux protéger les personnes ciblées par les réseaux de criminalité organisée. Les sénateurs écologistes comptent le reprendre le 7 mai lors d'une journée réservée.

Ce texte "est né uniquement par l'histoire de mon petit frère (...) Mehdi, assassiné pour rien, parce qu'il était mon petit frère", explique Amine Kessaci.

Membre du parti Les Ecologistes, candidat à Marseille sur la liste du maire sortant Benoît Payan, Amine Kessaci a rappelé avoir été exfiltré début février d'un meeting à Aix-en-Provence, face à une menace imminente.

Il a salué jeudi les "policières et policiers" qui ont réagi "avec un calme absolu". "C'est important, quand beaucoup leur jettent tous les maux de la société" qu'on "leur reconnaisse ça".

S'il estime qu'une personne menacée en France "est protégée", le militant de 22 ans considère que la protection ne peut se limiter à la sécurité physique, et doit permettre de poursuivre des études, d'avoir un emploi et un logement. "On a besoin de tout ce qu'il y a à côté".

Ex-veilleur de nuit dans un foyer, il souligne que le service chargé de sa protection, habitué à protéger des personnalités comme des ministres, a fait face à la nécessité nouvelle de protéger des personnes ayant une vie étudiante ou professionnelle classique.

Il explique avoir dû déménager trois fois depuis sa mise sous protection. "J'ai dû me débrouiller", dit-il.

Il a lancé un appel au gouvernement afin qu'il s'empare du texte écologiste et l'amende, précisant avoir déjà eu des échanges avec le ministre de l'Intérieur, Laurent Nunez.