TikTok inondée de fausses vidéos sur la guerre en Ukraine, selon une enquête

L'application de partage de vidéos TikTok a du mal à endiguer le flux d'informations mensongères associées à la guerre entre l'Ukraine et la Russie. (Photo, Shutterstock/Reuters)
L'application de partage de vidéos TikTok a du mal à endiguer le flux d'informations mensongères associées à la guerre entre l'Ukraine et la Russie. (Photo, Shutterstock/Reuters)
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Publié le Mardi 26 avril 2022

TikTok inondée de fausses vidéos sur la guerre en Ukraine, selon une enquête

  • Une étude de NewsGuard révèle le fait que des images mensongères sont partagées par des millions de personnes sur la plate-forme des réseaux sociaux
  • De nouveaux utilisateurs se sont vu recommander un contenu inexact dans les quarante minutes suivant leur inscription

LONDRES: L'application de partage de vidéos TikTok a du mal à endiguer le flux d'informations mensongères, notamment en ce qui concerne la guerre en Ukraine, selon une enquête indépendante.

L'étude, menée par NewsGuard, a révélé que de nouveaux utilisateurs de TikTok pouvaient se voir recommander de faux contenus sur l'Ukraine dans les quarante minutes suivant leur adhésion au réseau.

NewsGuard, qui évalue la crédibilité des sites Web d'actualités et d'informations et suit la trace de la désinformation en ligne, a montré que de fausses vidéos, d'anciens clips et de faux streamings sur le conflit se propageaient rapidement sur TikTok.

Alors que d'autres plates-formes de réseaux sociaux, notamment Facebook, Instagram et Twitter, avaient marqué des vidéos virales fausses ou mensongères sur la guerre, TikTok n'a pas réussi à le faire, malgré le fait que certains des clips accumulaient des millions de vues, selon l'enquête.

Une grande partie des sujets en question se sont avérés être des vidéos dépassées et de faux clips en direct. L'un d'entre eux, censé porter sur le conflit actuel et qui a recueilli plus de 30 millions de vues, comprenait en fait des extraits d'une vidéo YouTube d'exercices d'entraînement militaires ukrainiens en 2017.

L'enquête a révélé que la plupart des faux streamings étaient liés à des hashtags connus tels que #Ukraine ou #UkraineWar.

Elle a également indiqué que des images créées par ordinateur avaient été fréquemment utilisées pour remplacer les images d’origine.

Dans une vidéo portant la légende «Ukraine en direct», qui a été visionnée 24 millions de fois, un homme semble lâcher un engin explosif sur un char. Mais le clip a en fait été tiré d'une vidéo d'un match d'Airsoft – un jeu de combat en équipe similaire au paintball – et téléchargé sur YouTube en janvier.

La diffusion de fausses informations sur TikTok n'est pas nouvelle. Il y a quelques semaines à peine, des images et des vidéos montrant des attaques israéliennes contre des Palestiniens étaient modifiées et sous-titrées en tant qu’attaques russes contre des Ukrainiens par certains utilisateurs de réseaux sociaux.

Une vidéo floue prétendant montrer une jeune Ukrainienne s’opposant à un soldat russe a généré 12,7 millions de vues sur TikTok et plus d'un million sur Twitter. Mais ces images montrent en fait la militante palestinienne Ahed Tamimi, âgée de 11 ans à l'époque, face à un soldat israélien après l'arrestation de son frère aîné en 2012.

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Ukraine: Moscou prête à appuyer sur les divisions des opinions européennes

Face à une guerre en Ukraine qui s'inscrirait dans la durée et une Russie organisée de la sorte, «une réponse globale de l'ensemble des acteurs sera nécessaire pour identifier efficacement, isoler, informer, et contrer les tentatives directes et indirectes de la Russie», estime Recorded Future. (AFP)
Face à une guerre en Ukraine qui s'inscrirait dans la durée et une Russie organisée de la sorte, «une réponse globale de l'ensemble des acteurs sera nécessaire pour identifier efficacement, isoler, informer, et contrer les tentatives directes et indirectes de la Russie», estime Recorded Future. (AFP)
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  • De très nombreux observateurs estiment que le temps joue en faveur des Russes, entre autres parce qu'il usera le soutien occidental à l'Ukraine contre l'invasion russe lancée le 24 février
  • Recorded Future croit que les tentatives directes pour saper et diviser la coalition occidentale en créant ou exacerbant les divisions visent avant tout la France, l'Allemagne, la Pologne et la Turquie

PARIS: L'appareil d'influence informationnelle russe est en ordre de marche pour exploiter les divisions à venir au sein des opinions publiques européennes sur le soutien à l'Ukraine, selon une étude d'un cabinet américain publiée jeudi.

Plus la guerre va durer, "plus il est probable que cela entraîne naturellement une érosion du soutien à la coalition occidentale, provoquée par la lassitude de la guerre et le peu d'enthousiasme pour subir des effets économiques de long terme", estime le cabinet américain spécialisé dans le renseignement, Recorded Future.

Et "il est presque certain que les opérations informationnelles russes vont encore plus tenter d'exploiter cette opportunité pour retourner l'opinion internationale en leur faveur", selon cette étude.

De très nombreux observateurs estiment que le temps joue en faveur des Russes, entre autres parce qu'il usera le soutien occidental à l'Ukraine contre l'invasion russe lancée le 24 février. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a d'ailleurs récemment insisté sur l'urgence de mettre fin au conflit avant l'hiver.

Recorded Future affirme que la Russie est en train de mener une série d'opérations d'influence pour travailler sur les opinions publiques internationales sous plusieurs angles, ciblant particulièrement certains pays.

"En se basant sur les observations des réseaux d'influence russe, Recorded Future croit que les tentatives directes pour saper et diviser la coalition occidentale en créant ou exacerbant les divisions visent avant tout la France, l'Allemagne, la Pologne et la Turquie", selon le rapport.

Ces opérations sont lancées par une multitude de vecteurs: des médias d'Etat russe comme RT, des sites suspectés d'être des couvertures des services, comme Southfront, ou des relais de désinformation et de propagande déjà connus, comme la chaîne Telegram de la ferme à troll Cyber Front Z, selon le cabinet.

En prenant plusieurs exemples, il a défini cinq grands narratifs incitant à la division: accentuer le mécontentement vis-à-vis des dirigeants, noircir l'image des réfugiés ukrainiens, exploiter les craintes économiques sur l'énergie et la nourriture, faire de l'Ukraine une racine du nazisme et du fascisme, et décrédibiliser les médias occidentaux.

La Russie a par le passé été accusée à plusieurs reprises par gouvernements et observateurs d'exploiter les réseaux sociaux à fin de perturber ou parasiter les sociétés occidentales, comme lors des élections américaines de 2016 par exemple.

Face à une guerre en Ukraine qui s'inscrirait dans la durée et une Russie organisée de la sorte, "une réponse globale de l'ensemble des acteurs sera nécessaire pour identifier efficacement, isoler, informer, et contrer les tentatives directes et indirectes de la Russie", estime Recorded Future.


Inspirés par l'Ukraine, des civils taïwanais se forment à la guérilla urbaine

Cette photo prise le 18 juin 2022 montre une taïwanaise visant une réplique d'arme de poing dans le cadre d'un atelier d'armes à feu dans le district de Linko, à New Taipei City. (AFP)
Cette photo prise le 18 juin 2022 montre une taïwanaise visant une réplique d'arme de poing dans le cadre d'un atelier d'armes à feu dans le district de Linko, à New Taipei City. (AFP)
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  • Pour Yeh, la question n'est pas de savoir s'ils devront ou non un jour mettre en pratique leurs nouvelles connaissances, mais quand
  • Il cite l'exemple de Hong Kong, où Pékin mène une sévère reprise en main ces dernières années. Pour lui, «Taïwan est le prochain»

NOUVEAU TAIPAI: En tenue de camouflage, fusil d'assaut à la main, le "Prof" Yeh risque un regard depuis derrière un véhicule. Il observe les environs et attend le signal d'avancer.

Dans la vraie vie, Yeh, 47 ans, travaille dans le marketing. Son arme est une réplique. Mais le temps d'un weekend, il s'est enrôlé dans un cours de guérilla urbaine pour se préparer à une invasion chinoise de Taïwan, une perspective très réelle selon lui.

"La guerre Russie-Ukraine, c'est la grande raison pour laquelle je suis venu à cet atelier", explique "Prof" - son "nom de guerre" pendant l'entraînement - pendant une pause entre deux séances.

Quand le président russe Vladimir Poutine a ordonné à ses troupes d'envahir l'Ukraine en février, il a réveillé les craintes les plus noires chez de nombreux Taïwanais.

L'île démocratique vit sous la menace permanente de la Chine communiste, qui la considère comme une partie de son territoire et s'est jurée de la reprendre un jour.

Mais pour Yeh, la guerre en Ukraine est aussi une source d'inspiration. La résistance acharnée des forces ukrainiennes lui a donné l'espoir qu'en employant les bonnes tactiques, Taïwan aura une chance de se défendre contre son puissant voisin.

Il n'est pas le seul. Depuis février, le nombre de participants à la formation au combat de rue a quadruplé, selon les organisateurs. Les Taïwanais se bousculent également dans les cours de maniement d'armes à feu et de premiers secours.

A Taïwan, les inquiétudes concernant la Chine couvaient déjà bien longtemps avant l'invasion de l'Ukraine. Selon Max Chiang, le patron de l'entreprise qui organise les formations, les Taïwanais ont développé "un sens aigu de la crise" depuis 2020, quand les avions militaires chinois ont commencé à multiplier les incursions dans la zone d'identification de défense aérienne de l'île.

Environ 380 de ces sorties aériennes menaçantes ont été signalées cette année-là. Le nombre a plus que doublé en 2021, et est en passe de faire de même cette année, selon une base de données de l'AFP.

Supériorité écrasante 

La supériorité militaire de Pékin face à Taipei est écrasante. Selon le ministère américain de la Défense, l'Armée populaire de libération compte plus d'un million d'hommes, contre 88.000 pour l'armée taïwanaise, 6.300 chars contre 800, et 1.600 avions de chasse contre 400.

Mais l'Ukraine a fourni un modèle très concret de comment réduire les effets de cette disparité. Elle a notamment démontré à quel point le combat pour le contrôle des villes pouvait s'avérer difficile et coûteux pour l'assaillant. Or la plupart des 23 millions de Taïwanais habitent dans des zones urbaines.

Courant en colonne à travers le parking, s'abritant derrière des bâtiments et des véhicules pour simuler l'attaque de positions ennemies, Yeh et ses quinze coéquipiers tentent de mettre en pratique certaines des leçons apprises dans les villes ukrainiennes dévastées.

"La meilleure défense, c'est l'attaque", affirme Yeh alors que non loin de là, ses instructeurs vêtus de gilets fluo prennent des notes. "Ou pour dire les choses crûment: anéantir l'ennemi et freiner toutes ses avancées".

Dans un entrepôt à côté du parking, Ruth Lam, 34 ans, tient entre ses mains un pistolet pour la première fois de sa vie. Cette employée d'un fabriquant d'ampoules pour automobiles raconte que la plupart de ses clients européens lui affirmaient qu'il n'y aurait jamais de guerre en Ukraine.

"Mais c'est arrivé", dit-elle.

«Penser au parapluie avant l'averse»

Elle espère qu'apprendre le maniement des armes lui permettra de se protéger, elle et sa famille, en cas de guerre. Elle prévoit d'approfondir son apprentissage en compagnie de ses amis. "C'est avant l'averse qu'il faut penser à son parapluie", poursuit-elle. "Nous ne savons pas quand les choses vont se produire".

Selon un sondage réalisé en mai, 61,4% des personnes interrogées se déclarent prêtes à prendre les armes en cas d'invasion de l'île.

"La volonté du peuple ukrainien de lutter contre l'agresseur a renforcé la détermination des Taïwanais de protéger leur patrie", explique à l'AFP Chen Kuan-ting, qui dirige le groupe de réflexion NextGen Foundation.

Lin Ping-yu, un ancien parachutiste, qui participe au cours de guérilla urbaine "pour rafraîchir ses connaissances en matière de combat", est du même avis.

"Ce n'est que quand les citoyens d'un pays ont la forte volonté et la détermination de défendre leur terre qu'ils peuvent convaincre la communauté internationale de les aider", affirme cet homme de 38 ans.

Pour Yeh, la question n'est pas de savoir s'ils devront ou non un jour mettre en pratique leurs nouvelles connaissances, mais quand.

Il cite l'exemple de Hong Kong, où Pékin mène une sévère reprise en main ces dernières années. Pour lui, "Taïwan est le prochain".


En Ukraine, une mode guerrière qui surfe sur le patriotisme

Anna Perebynos, 22 ans, pose avec un t-shirt de la marque Balcony Garment sur lequel on peut lire "Ici & Maintenant", à Kiev le 2 juillet 2022. (AFP)
Anna Perebynos, 22 ans, pose avec un t-shirt de la marque Balcony Garment sur lequel on peut lire "Ici & Maintenant", à Kiev le 2 juillet 2022. (AFP)
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  • Les t-shirts, créés par le label local J.Cook, représentent Patron, un chien décoré par le président Volodymyr Zelensky en mai pour son talent de dénicheur de mines
  • «Dans 90% des cas, les gens choisissent des t-shirts aux thèmes militaires. C'est une sorte de moyen d'expression. Les gens veulent montrer que ça les touche», explique l'homme d'affaires

KIEV: Dans un grand magasin de vêtements du centre de Kiev, la capitale ukrainienne, une mère et sa jeune fille flânent en regardant des t-shirts affublés d'un personnage de chien en gilet pare-balles et lunettes de soleil.

"On en a plusieurs des comme ça", lance Tatiana, qui dit venir souvent ici pour acheter des articles du genre, à la faveur d'une mode des vêtements patriotiques en plein essor en Ukraine, confrontée depuis fin février à une invasion russe.

Les t-shirts, créés par le label local J.Cook, représentent Patron, un chien décoré par le président Volodymyr Zelensky en mai pour son talent de dénicheur de mines.

"J'aime le petit Patron", dit Valeria, la fille de Tatiana, sa mère hochant la tête.

Selon le fondateur de J.Cook, Serguiï Fiout, les t-shirts avec Patron sont "actuellement les plus populaires" de la marque, nommée d'après l'explorateur britannique James Cook et qui produit ses vêtements dans l'Ouest de l'Ukraine.

"Dans 90% des cas, les gens choisissent des t-shirts aux thèmes militaires. C'est une sorte de moyen d'expression. Les gens veulent montrer que ça les touche", explique l'homme d'affaires de 34 ans, heureux de voir ses ventes exploser.

Selon lui, bon nombre de clients sont des femmes achetant ces t-shirts pour en faire cadeau à leur mari ou proche combattant actuellement sur le front.

«Talisman»

Au magasin Vsi Svoï ("Tous les nôtres") sur la principale artère commerçante de Kiev, on trouve un large choix de vêtements patriotiques.

Un mannequin à l'entrée est affublé d'un t-shirt montrant un missile anti-tank américain Javelin sur fond de fleurs, un création d'un autre label local baptisé SIL' wear.

Maria Iakniounas, 31 ans, co-propriétaire de la marque, assure que ce design, nommé "Talisman", est l'un des plus populaires. Il est inspiré d'une coutume populaire ukrainienne, les paysans ayant pour habitude d'accrocher des serviettes brodées avec des motifs floraux pour conjurer le mauvais sort.

"Aujourd'hui, le Javelin entre les mains de nos guerriers est le talisman de chaque Ukrainien", lance-t-elle, rapportant également des ventes en pleine croissance.

Les deux labels, J.Cook et SIL' wear, reversent une partie de leurs bénéfices aux forces armées.

D'autres designs se moquent des affirmations de la propagande russe, par exemple de celle assurant que l'Ukraine utilise des oies et des pigeons génétiquement modifiés comme armes biologiques.

J.Cook propose ainsi un dessin de pigeon à l'allure belliqueuse portant un casque de tankiste et une ceinture de munitions, ou d'un troupeau d'oies avec des fusils.

Les Russes "nous donnent des idées pour nos dessins", reconnaît Serguiï Fiout, disant vouloir "ironiser" sur les affirmations de Moscou et s'en "moquer".

Envoyer un message 

Et les clients semblent saisir la blague au vol.

Mykola, 14 ans, indique que ses amis et lui même aiment ces chemisettes. Elles "envoient un message et c'est pourquoi il est important de les porter", dit-il. "Ou simplement parce qu'elles vous plaisent".

Un autre client, l'informaticien Anton Oliïnyk, porte un t-shirt noir avec l'emblème du trident ukrainien en motif à fleurs. "Je suis fier de mon pays et j'ai envie de le partager avec les gens", explique-t-il, disant posséder plusieurs modèles.

Dans un autre magasin à la mode, Kapsula ("Capsule"), des vêtements et bijoux créés par des designers ukrainiens affichent les couleurs jaune et bleu du drapeau national.

"Tout est si patriotique désormais", constate la gérante Anna Perebynos, 22 ans. Son magasin organise des événements spéciaux pour que les clients découvrent les designers ukrainiens qui sortent de nouvelles collections malgré les combats.

Dans les étals, un hoodie du label MY x MY est décoré d'une carte de l'Ukraine avec le slogan: "Un endroit pour les gens heureux".

Un t-shirt de Balcony Garment montre une roquette russe avec un symbole nucléaire juxtaposés sur des colombes et des fleurs. Il y aussi des blouses traditionnelles.

"On a beaucoup de commandes à l'étranger. Venant de gens qui sont nés ici et qui sont partis", affirme Anna Perebynos.

La vague de patriotisme s'étend jusqu'au maquillage, certaines femmes marquant leurs yeux des couleurs jaune et bleu.

"C'est une grande tendance, cela montre que les gens nous soutiennent", assure Mme Perebynos.