Lavrov à Al-Arabiya: «La Russie ne se considère pas en guerre contre l'OTAN, mais l'OTAN l'est»

Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergey Lavrov, a accordé une interview exclusive à Al Arabiya. (Capture d'écran)
Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergey Lavrov, a accordé une interview exclusive à Al Arabiya. (Capture d'écran)
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Publié le Dimanche 01 mai 2022

Lavrov à Al-Arabiya: «La Russie ne se considère pas en guerre contre l'OTAN, mais l'OTAN l'est»

  • Propos tenus dans une interview exclusive accordée par le ministre russe des Affaires étrangères au chef du bureau de l'ONU de la chaîne d'information, Talal Al-Haj
  • Lavrov a déclaré que le problème des couloirs humanitaires est « qu’ils sont ignorés par les ultranationalistes ukrainiens »

DUBAΪ : Moscou ne se considère pas en guerre contre l'OTAN, mais l'OTAN l'est, a déclaré le ministre russe des Affaires étrangères Sergey Lavrov dans une interview exclusive à Al-Arabiya.

Concernant l’aide humanitaire et l’évacuation des civils, il a rejeté les propositions du chef de l'ONU, Antonio Guterres, en déclarant : « Il n'est pas nécessaire que qui que ce soit aide à ouvrir des couloirs humanitaires. Le seul problème, c’est que les couloirs humanitaires sont ignorés par les ultranationalistes ukrainiens. »

« Nous apprécions l'intérêt du secrétaire général à apporter son aide… Nous leur avons expliqué... le mécanisme qui permet de surveiller la façon dont les couloirs humanitaires sont annoncés. »

Interrogé sur les risques de propagation de la guerre en Moldavie après une série d'explosions qui ont secoué une région frontalière séparatiste au sein du pays, Lavrov a répondu : « La Moldavie devrait s'inquiéter de son propre avenir ... parce qu'elle est attirée par l'OTAN ».

Dans une interview d'une heure avec Talal Al-Haj, chef du bureau de la chaîne d'information Al-Arabiya à New York et aux Nations unies, diffusée vendredi soir, Lavrov a présenté le point de vue du gouvernement russe sur le conflit ukrainien, qui entre dans son troisième mois et a déjà fait des dizaines de milliers de morts, civils comme militaires, dans les deux camps.

« Malheureusement, l'OTAN, semble-t-il, se considère en guerre contre la Russie », a-t-il déclaré. « Les dirigeants de l'OTAN et de l'UE, beaucoup d'entre eux, en Angleterre, aux États-Unis, en Pologne, en France, en Allemagne et, bien sûr, le diplomate en chef de l'UE Josep Borrell, disent carrément, publiquement et constamment : « Poutine doit échouer, la Russie doit être vaincue ». Lorsque vous utilisez cette terminologie, je crois que vous pensez que vous êtes en guerre avec la personne que vous voulez voir vaincue."

Le gouvernement russe a déclaré que son « opération militaire spéciale » en Ukraine vise à protéger la sécurité de la Russie et celle des russophones dans la région orientale du Donbass. Les nations occidentales ont accusé la Russie d'envahir un pays souverain et de commettre des crimes de guerre.

Depuis le début de l'invasion, le 24 février, les États-Unis, le Royaume-Uni et l'Union européenne ont sanctionné plus de 1 000 personnes et entreprises russes ainsi que de riches hommes d'affaires et les États-Unis ont interdit toute importation de pétrole et de gaz russes.

Ces mesures financières sont destinées à porter atteinte à l'économie russe et à pénaliser le président Vladimir Poutine, les hauts fonctionnaires et les personnes qui ont bénéficié de son pouvoir.

Lavrov a déclaré : « Croire que ce dernier outrage et cette vague de sanctions, qui ont fini par montrer le vrai visage de l'Occident qui, d'après ce que je comprends maintenant, a toujours été russophobe, croire que cette dernière vague de sanctions va amener la Russie à supplier d'être épargnée, ces stratèges sont nuls et, bien sûr, ils ne connaissent rien à la politique étrangère de la Russie et ignorent tout de la façon de traiter avec la Russie. »

Le conflit a incité les membres de l'OTAN et les alliés à promettre des milliards de dollars de soutien militaire à l'Ukraine. Les systèmes d'armes fournis aux forces ukrainiennes comprennent des missiles sol-air, de l'artillerie lourde et des équipements de surveillance.

L'administration Biden a convenu avec les alliés occidentaux de tenir des réunions mensuelles pour évaluer les besoins du gouvernement de Kiev, ce qui fait craindre que la guerre en Ukraine, comme l'a dit le secrétaire général de l'OTAN, Jens Stoltenberg, « s'éternise et dure des mois et des années. »

L'OTAN affirme qu'elle fera tout ce qu'elle peut pour soutenir l'Ukraine tout en veillant à ce que la guerre ne déborde pas au-delà de ses frontières dans les pays voisins.

Mais Lavrov a déclaré que la coopération de l'OTAN avec l'Ukraine n'était guère plus « qu’un instrument pour contenir la Russie, la dissuader et l'irriter. »

Il a ajouté que la Russie connaissait les itinéraires utilisés pour approvisionner l'Ukraine en armes, et que « dès que ces armes atteignent le territoire ukrainien, elles sont la cible de leur opération spéciale. »

Lavrov a déclaré que la Russie avait présenté de nombreuses propositions pour mettre fin à la guerre en Ukraine, mais que jusqu’à présent elle avait fait chou blanc. L'Ukraine est responsable de l'impasse dans laquelle se trouvent les pourparlers de paix, a-t-il déclaré, accusant, selon lui, le gouvernement de changer de position dans les négociations.

Lavrov a également accusé l'Occident de saboter les tentatives de paix, affirmant que les négociations menées à Istanbul le mois dernier avaient progressé sur les questions des revendications territoriales russes et des garanties de sécurité jusqu'à ce que les diplomates ukrainiens fassent marche arrière à la demande de l'Occident.

« Nous sommes coincés parce qu’ils veulent tout le temps jouer » a-t-il dit. « À cause des instructions des représentants ukrainiens qui viennent de Washington, de Londres, de certaines autres capitales, de ne pas accélérer les négociations. »

Lavrov a réitéré la position du gouvernement Poutine selon laquelle « l’opération militaire spéciale » de la Russie en Ukraine vise à protéger les deux républiques autoproclamées de Donetsk et de Louhansk dans le Donbass.

« Le but de notre opération, annoncé ouvertement, est de protéger ces deux républiques et de s'assurer que jamais rien ne viendra du territoire ukrainien menacer la sécurité de ces gens et celle de la Fédération de Russie », a-t-il déclaré.

Fin février, le président Poutine a reconnu la région, autorisant les troupes russes à être présentes dans ces territoires. La Russie a pour objectif de protéger les deux républiques car « elles ont été attaquées par le régime ukrainien pendant une longue, longue période de huit ans », a poursuivi Lavrov.

« Lorsque le coup d'État a eu lieu en 2014, ils ne voulaient rien avoir à faire avec ces gens qui sont arrivés au pouvoir illégalement et ont dit : « Laissez-nous tranquilles, nous voulons comprendre ce qui se passe. » Ils n'ont jamais attaqué le reste de l'Ukraine. »

Lavrov faisait référence au renversement du président pro-russe Viktor Ianoukovitch en février 2014 après des mois de manifestations sur la place de l'Indépendance de Kiev, ou Maïdan, après son refus de signer un accord qui aurait intégré l'Ukraine plus étroitement à l'UE.

À peu près au même moment, la Russie a annexé la péninsule ukrainienne de Crimée et a apporté son soutien à l'insurrection du Donbass. Depuis lors, Donetsk et Louhansk sont contrôlés par des gouvernements séparatistes soutenus par Moscou.

« Les dirigeants des républiques de Donetsk et de Louhansk ont été désignés comme terroristes, une opération antiterroriste a été lancée par le dirigeant boucher qui est arrivé au pouvoir par la force et par des moyens illégaux, et pendant huit longues années, ils ont été victimes de l'agression ukrainienne, qui a entraîné la mort de quelque 13 000 ou 14 000 civils, la destruction des infrastructures civiles et de nombreux autres crimes », a souligné Lavrov.

Il a ajouté que « l’opération spéciale » de la Russie était une « réponse à ce que l'OTAN faisait en Ukraine pour préparer ce pays à une posture très agressive contre la Fédération de Russie. »

Faisant référence au gouvernement ukrainien, il a déclaré : « Ils ont reçu des armes offensives, dont certaines qui peuvent atteindre le territoire russe, des bases militaires ont été construites, y compris sur la mer d'Azov, et plusieurs dizaines d'exercices militaires, dont beaucoup sur le territoire ukrainien, ont été menés sous les auspices de l'OTAN ».

« La plupart de ces exercices sont contre les intérêts de la Fédération de Russie, et le but de cette opération est donc de s'assurer que ces plans ne se concrétisent pas. »

Retraçant l’origine du conflit ukrainien, Lavrov a déclaré : « Pendant toutes ces années, nous avons initié des projets de traités, des projets d'accords avec l'OTAN, avec les pays de l'Organisation de la Sécurité et de la Coopération en Europe et dernièrement, en décembre de l'année dernière, nous avons proposé une autre initiative aux États-Unis et à l'OTAN pour conclure des traités avec les deux sur les garanties de sécurité à tous les pays de l'espace euro-atlantique sans adhérer à aucune alliance militaire. »

Il faisait référence à l'OSCE, l'organisation intergouvernementale régionale axée sur la sécurité et dotée du statut d'observateur auprès de l'ONU, dont le mandat inclut des questions telles que le contrôle des armements, la promotion des droits humains, la liberté de la presse et les élections libres et équitables.

« Chaque fois que nous avons pris ces initiatives, elles ont été fondamentalement rejetées plus ou moins poliment. En 2009, nous avons proposé le Traité de sécurité européenne que l'OTAN a refusé d'examiner et qui visait en fait à codifier quelque chose auquel tous les pays de l'OSCE ont souscrit au plus haut niveau. »

Selon Lavrov, la Russie avait suggéré que les pays aient le droit de choisir leurs alliances et de ne pas renforcer leur sécurité au détriment de celle d'un autre pays, ce qui signifie « qu’aucune organisation en Europe ne peut prétendre être un acteur dominant dans cet espace géopolitique. »

Lavrov a déclaré que l'OTAN a répondu à la Russie en disant qu'il n'y aurait pas de garanties de sécurité juridiquement contraignantes en dehors de l'OTAN, ce qui, selon lui, fait de l'OSCE « un organisme pour la forme »

Il a précisé que la dernière tentative russe de ce type a eu lieu en décembre 2021, avant le lancement de l'opération en Ukraine, en réponse à la « tension et à la confrontation croissantes » au fil des ans.

Cette initiative russe, selon Lavrov, a été rejetée par l'OTAN qui ne voulait pas sacrifier sa « politique de porte ouverte », qui « n'existe pas dans le traité de Washington (qui constitue la base de l'OTAN) » et est utilisée comme une « couverture pour promouvoir les plans expansionnistes de l'OTAN. »

« L'OTAN, malgré ses promesses et celles de ses dirigeants, se rapprochait de plus en plus de la frontière russe et ils nous disaient : “N'ayez pas peur, nous sommes une alliance défensive et nous ne constituerons aucune menace pour votre sécurité.“

Il a reconnu que l'OTAN était une alliance défensive lorsqu'il y avait un mur de Berlin et un « mur géopolitique entre l'OTAN et le traité de Varsovie » après la Seconde Guerre mondiale.

Mais « avec la disparition du traité de Varsovie, lorsque l'Union soviétique a cessé d'exister, l'OTAN a décidé que la ligne de défense devait être déplacée vers l'Est, ce qu’elle a effectivement fait cinq fois. »

La ministre des Affaires étrangères de Grande-Bretagne, Liz Truss, a déclaré récemment que l'OTAN doit être un acteur mondial. Nous pouvons entendre parler sans arrêt de la nature défensive de cette alliance mais cela restera quand même un mensonge. »

Lavrov a accusé le gouvernement ukrainien de « supprimer tout ce qui est russe », notamment « la langue, l'éducation, les médias et l'utilisation quotidienne de la langue russe ont été transformés en infraction administrative. »

Il va encore plus loin et dit : « Le régime ukrainien a intensifié, à la fin de l'année dernière et au début de cette année, le bombardement des territoires orientaux du pays dans le Donbass, ce qui représente les pires violations des accords de Minsk qui ont été signés en février 2015 et approuvés par la résolution du Conseil de sécurité. Quand ils visaient les civils et les infrastructures civiles, les écoles, les hôpitaux, les jardins d'enfants, nous n'avions pas d'autre choix. »

Lavrov a prévenu qu'il ne fallait pas sortir ses propos de leur contexte lorsqu’il indique qu’il ne faut pas « sous-estimer » les risques d'un conflit nucléaire si les États-Unis et leurs alliés continuent à armer l'Ukraine.

« Nous n'avons jamais joué avec des choses aussi dangereuses. Nous devrions tous insister sur les déclarations faites par les P5 (membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies), selon lesquelles il ne pourrait jamais y avoir de guerre nucléaire. Mais pour s'assurer que c'est le cas, l'Occident doit discipliner les porte-paroles comme nos collègues ukrainiens et polonais, qui ne voient aucun danger à jouer avec de tels mots très, très risqués. »

Lavrov a déclaré que les médias occidentaux interprétaient mal ses propos mais a conclu « nous y sommes habitués. »

 

Ce texte est la traduction d'un article paru sur Arabnews.com

 

 

     

 


Trump avertit qu'il va frapper «fort» l'Iran, après des attaques contre des bases américaines

L'armée américaine a annoncé dans la nuit avoir intercepté des missiles visant en provenance de l'Iran ses  forces "basées au Moyen-Orient". La télévision iranienne a ensuite fait état de frappes américaines dans le nord-ouest du pays. (AFP)
L'armée américaine a annoncé dans la nuit avoir intercepté des missiles visant en provenance de l'Iran ses  forces "basées au Moyen-Orient". La télévision iranienne a ensuite fait état de frappes américaines dans le nord-ouest du pays. (AFP)
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  • "Nous allons les frapper fort, ils vont prendre une raclée", a déclaré le président américain dans des propos rapportés par un journaliste de la chaîne Fox News
  • La Jordanie, alliée de Washington et ciblée déjà par Téhéran, avait dit tôt mercredi avoir abattu cinq missiles venus d'Iran

TEHERAN: Donald Trump a averti que les Etats-Unis allaient frapper "fort" l'Iran après des tirs iraniens contre des bases américaines en Jordanie, relançant, après quelques jours d'accalmie, le conflit qui s'étend au Moyen-Orient.

L'armée américaine a annoncé dans la nuit avoir intercepté des missiles visant en provenance de l'Iran ses  forces "basées au Moyen-Orient". La télévision iranienne a ensuite fait état de frappes américaines dans le nord-ouest du pays.

Cette reprise des hostilités, suspendues depuis samedi, a ravivé les inquiétudes pour l'approvisionnement en or noir. Vers 12H00 GMT, le baril de Brent de la mer du Nord, référence internationale, s'échangeait à 87,99 dollars, en hausse de 4,64%.

"Nous allons les frapper fort, ils vont prendre une raclée", a déclaré le président américain dans des propos rapportés par un journaliste de la chaîne Fox News.

La Jordanie, alliée de Washington et ciblée déjà par Téhéran, avait dit tôt mercredi avoir abattu cinq missiles venus d'Iran.

Les Gardiens de la Révolution iraniens, puissante force armée, ont revendiqué une attaque de missiles contre "une base aérienne et le centre de commandement central des Etats-Unis".

"Violation flagrante" 

Washington a de son côté annoncé des frappes en Irak contre des groupes armés pro-iraniens, menées conjointement avec l'Arabie saoudite, visée plus tôt par des missiles en provenance du territoire irakien.

Ces attaques dans plusieurs villes d'Irak ont fait 20 morts - dont cinq Iraniens -  et 32 blessés dans les rangs du Hachd al-Chaabi, a indiqué ce réseau de factions à majorité chiite, intégré aux forces armées irakiennes et englobant des groupes armés pro-Iran.

Cette coalition a dénoncé une "escalade dangereuse".

Si M. Trump a affirmé, selon le journaliste de Fox News, que les frappes étaient "coordonnées avec le gouvernement irakien", la présidence irakienne a dénoncé une "violation flagrante de la souveraineté de l'Irak".

Le Conseil ministériel irakien pour la sécurité nationale a ensuite indiqué avoir adopté "un plan de sécurité global (...) pour faire face à toute violation de la souveraineté de l’Irak et empêcher toute entité d’utiliser le territoire irakien pour menacer les États voisins".

Les groupes pro-iraniens en Irak ont démenti être derrière les tirs ayant visé des installations pétrolières dans l'est de l'Arabie saoudite.

"Des avions de combat américains et saoudiens ont frappé plusieurs sites logistiques et d'armement terroristes dans l'est de l'Irak", a écrit le Commandement militaire américain pour le Moyen-Orient (Centcom).

Téhéran a également condamné les frappes dans le pays voisin. Sa télévision d'Etat a fait état dans l'après-midi de bombardements américains sur une ville à la frontière avec l'Irak.

A Téhéran, des habitants exhalent leur lassitude.

"On ne sait pas vraiment si nous sommes en guerre ou en paix (...) Ce que je vois, c'est une population profondément découragée et déprimée", déclare à l'AFP Golrokh, une retraitée de 60 ans.

Avant les dernières échanges de frappes, le conflit entre l'Iran et les Etats-Unis s'était étendu à un autre front, resté relativement calme depuis 2022, opposant les rebelles yéménites houthis à l'Arabie saoudite.

Ryad soutient militairement le gouvernement yéménite face aux Houthis, soutenus par l'Iran.

Les rebelles ont affirmé mardi avoir visé avec des missiles un pétrolier saoudien en mer Rouge, l'accusant d'avoir "violé le blocus naval" dont ils menacent le royaume, premier exportateur de brut au monde.

"Guerre par procuration" 

"Téhéran utilise désormais son réseau de proxys (...) La guerre par procuration est la poursuite de la guerre directe par d'autres moyens, et elle est menée avec une cohérence stratégique considérable", déclare à l'AFP Hesham Alghannam, analyste et chercheur saoudien spécialisé dans les questions de sécurité.

Le gouvernement yéménite a accusé mercredi les Houthis de vouloir imposer des droits de passage aux navires transitant par la mer Rouge et le détroit de Bab el-Mandeb, un goulet d'étranglement à son extrémité sud.

L'Arabie saoudite compte sur la mer Rouge pour poursuivre ses exportations, alors que l'Iran verrouille de nouveau le stratégique détroit d'Ormuz, de l'autre côté de la péninsule.

Les Gardiens iraniens ont d'ailleurs annoncé mercredi avoir frappé et arrêté trois pétroliers qui tentaient de franchir ce détroit, par lequel transitait avant la guerre quelque 20% du pétrole et du gaz naturel liquéfié dans le monde.

Washington avait dit la semaine dernière vouloir "laisser de la place aux négociations" avec les Iraniens, avec une pause dans les hostilités.

Les nouvelles frappes mercredi sont intervenues au lendemain de la visite à Washington du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, qui a rencontré Donald Trump pour la première fois depuis le début de la guerre régionale, déclenchée par des attaques de leurs pays contre l'Iran le 28 février.


Plus personne à la rue : un défi de taille pour le nouveau Premier ministre britannique

Des tentes alignées pour des personnes sans domicile sont photographiées dans une rue de Londres le 28 juillet 2026. (AFP)
Des tentes alignées pour des personnes sans domicile sont photographiées dans une rue de Londres le 28 juillet 2026. (AFP)
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  • Andy Burnham promet d'en finir avec le sans-abrisme, malgré un bilan mitigé à Manchester et une hausse record des sans-abri en Angleterre
  • Les experts jugent que 340 M£ ne suffiront pas et réclament davantage de logements sociaux et d'investissements

LONDRES: En arrivant à Downing Street, Andy Burnham s'est engagé à ce que plus personne ne dorme dans la rue au Royaume-Uni. Une promesse ambitieuse que le nouveau Premier ministre avait déjà faite en tant que maire du Grand Manchester, avec un résultat mitigé.

Sur une petite place du centre de Londres, Kevin, 60 ans, vend "The Big Issue", un journal au profit des sans-abri.

"Ca me permet de tenir le coup", dit cet homme sans domicile fixe depuis sa sortie de prison en 2010.

Interrogé sur l'engagement du nouveau chef du gouvernement travailliste, qui a pris ses fonctions le 20 juillet, il se montre sceptique : "Je pense que ça ne veut rien dire: il vient de Manchester et n'a pas réussi à régler le problème là-bas".

Pour Kevin, qui dort sous une tente, les centres d'hébergement ne sont pas toujours préférables à la rue. "J'ai fréquenté trois foyers différents dans le centre de Londres et je n'y mettrais même pas mon chien. C'était dégoûtant. On voyait des seringues partout".

- Records -

En 2017, tout juste élu maire de l'agglomération de Manchester, Andy Burnham avait annoncé le programme "A Bed Every Night" ("Un lit chaque nuit"), qui a permis de faire passer le nombre des personnes dormant dans la rue de 268 cette année-là à 90 en 2021, selon les autorités locales. Mais ce chiffre est remonté à 197 en 2025.

Dans toute l'Angleterre, le nombre des gens à la rue a atteint en 2025 un record de 4.793, selon les chiffres du gouvernement. Et le groupe de réflexion Institute for Public Policy Research (IPPR) s'attend à voir ce chiffre augmenter de 25% d'ici à 2030.

Plus largement, 382.000 personnes n'avaient pas de domicile permanent en 2025 en Angleterre, selon l'association Shelter.

Les collectivités locales, compétentes pour s'occuper des sans-abri mais confrontées à des coupes budgétaires, peinent à lutter contre ce phénomène.

Des associations prennent le relais, telle "Hackney Night Shelter" qui offre gratuitement un lit à une vingtaine de personnes pendant deux semaines au maximum.

Les stores à lamelles grises des dortoirs rappellent le passé du bâtiment, qui abritait autrefois des bureaux, même si l'association a su aménager l'espace pour le rendre accueillant.

Mark Palframan, 61 ans, son directeur, salue l'objectif d'Andy Burnham. "C'est un objectif réaliste", estime-t-il, à condition d'y consacrer les ressources suffisantes.

- Travailleurs sans abri -

Situation préoccupante, beaucoup de personnes sans domicile fixe ont un emploi. Le refuge a en particulier hébergé des assistants d'éducation et des professionnels du cinéma.

"Autrefois, le travail permettait de sortir du sans-abrisme", souligne M. Palframan, pour qui il serait utile de s'attaquer au coût de la vie, d'améliorer les droits des locataires et d'accélérer les procédures d'asile.

Eddie, un Lituanien de 46 ans, a travaillé pendant la moitié des 20 années qu'il a passées au Royaume-Uni.

Portant un treillis militaire, il se prépare à passer une nouvelle nuit dehors dans le quartier branché d'Hackney, à Londres.

"Je travaillais pour une entreprise de déménagement. Quand elle a arrêté de me payer, (...) je n'ai plus pu payer mon loyer, alors j'ai vécu dans le camion que j'utilisais pour le travail", explique-t-il.

Bénéficiaire d'allocations pour handicap, Eddie a aussi vécu dans un squat qui a été fermé après l'interdiction en 2012 des occupations illégales d'immeubles résidentiels abandonnés.

- Bâtiments vides -

"Il y a des bâtiments vides, pourquoi ne pas laisser les gens y vivre ?", interroge-t-il.

L'association londonienne Street Storage, quant à elle, met des espaces de stockage à la disposition des sans-abri.

Il y avait un chef cuisinier qui "rangeait ici sa tenue et ses couteaux de cuisine, dormait dehors pendant la journée, venait les récupérer le soir, travaillait de nuit, les rapportait le matin", raconte sa dirigeante, Rachel Woolf.

Andy Burnham s'est engagé à consacrer 340 millions de livres (près de 400 millions d'euros) pour mettre fin au sans-abrisme "au plus vite".

Cette somme ne suffira pas "à régler le problème", commente Maya Singer Hobbs, chercheuse à l'IPPR, qui insiste sur la nécessité de construire plus de logements sociaux.

Ce qui requiert un "investissement initial" important mais permettrait de "réaliser des économies" sur le long terme, souligne-t-elle. Le coût s'élèverait toutefois à plusieurs "milliards" et il ne faut donc pas s'attendre à des annonces avant que le gouvernement ne présente son budget plus tard dans l'année.


Séisme au Japon: plusieurs dizaines de blessés, des personnes piégées dans un centre commercial

Un puissant séisme a secoué mardi le sud-ouest du Japon, causant plusieurs dizaines de blessés, faisant s'effondrer des bâtiments et provoquant des incendies, la télévision faisant état de "nombreux" morts dans un centre commercial endommagé. (AFP)
Un puissant séisme a secoué mardi le sud-ouest du Japon, causant plusieurs dizaines de blessés, faisant s'effondrer des bâtiments et provoquant des incendies, la télévision faisant état de "nombreux" morts dans un centre commercial endommagé. (AFP)
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  • Le tremblement de terre survenu à 16H27 (07H27 GMT) sur l'île de Kyushu, était de magnitude 7,1 selon l'agence météorologique nippone JMA. Une alerte au tsunami émise après la secousse a été levée
  • La secousse a par ailleurs atteint le niveau maximum (7) sur une échelle distincte utilisée au Japon, qui mesure la force avec laquelle les séismes sont ressentis à un endroit donné, selon la JMA

TOKYO: Un puissant séisme a secoué mardi le sud-ouest du Japon, causant plusieurs dizaines de blessés, faisant s'effondrer des bâtiments et provoquant des incendies, la télévision faisant état de "nombreux" morts dans un centre commercial endommagé.

A Kashima, dans le département de Kumamoto touché par la secousse, le deuxième étage d'un centre commercial s'est effondré, piégeant de "nombreuses personnes" à l'intérieur, ont annoncé les services de secours. Une déflagration y avait été entendue.

Selon la chaîne de télévision privée TBS, un "nombre considérable" de personnes y ont trouvé la mort. Contactée par l'AFP, la police locale s'est dite incapable de confirmer d'éventuelles victimes à ce stade.

Le tremblement de terre survenu à 16H27 (07H27 GMT) sur l'île de Kyushu, était de magnitude 7,1 selon l'agence météorologique nippone JMA. Une alerte au tsunami émise après la secousse a été levée.

La secousse a par ailleurs atteint le niveau maximum (7) sur une échelle distincte utilisée au Japon, qui mesure la force avec laquelle les séismes sont ressentis à un endroit donné, selon la JMA.

Des images de télévision montraient des ponts routiers en partie détruits, des bâtiments éventrés et des wagons de trains de marchandises renversés.

"Nous évaluons encore l'ampleur des blessés et des dégâts matériels", a déclaré la Première ministre Sanae Takaichi lors d'une intervention télévisée.

"Des coupures de courant et des incendies se produisent dans certaines zones, des routes et ponts ont été endommagés, et des bâtiments se sont effondrés", a-t-elle ajouté.

La télévision publique NHK faisait état d'au moins 50 personnes hospitalisées après le séisme et de 12 habitations effondrées près de la ville de Yatsushiro.

"Terrifiée"

"La secousse a été assez forte et a duré longtemps. J'étais terrifiée", a confié à l'AFP Chiharu Hara, une recruteuse de 35 ans en déplacement professionnel dans le département de Kumamoto.

Dans les locaux de son client, "rien n'est tombé du plafond, mais le bâtiment a violemment oscillé. J'ai eu peur qu'il s'effondre. Tout le monde a paniqué", explique-t-elle, ajoutant que les routes sont partiellement fermées et faisant état de problèmes de connexion téléphonique.

"Lorsque le séisme s'est produit, les secousses étaient si fortes que je ne pouvais pas rester debout", a déclaré à la télévision un employé de la NHK dans le département de Kumamoto

"C'était vraiment très fort. Les secousses se poursuivent à l'heure où je vous parle", ajoutait-il.

Aucune anomalie immédiate n'a été constatée dans les centrales nucléaires de la région, selon l'Autorité japonaise de régulation nucléaire.

Quelque 45.000 foyers et installations sont privés d'électricité dans le département de Kumamoto, selon l'opérateur Kyushu Electric Power, qui a précisé que trois réacteurs nucléaires de la région continuaient de fonctionner normalement.

Le géant taïwanais des puces électroniques TSMC, qui a ouvert une usine de semi-conducteurs à Kumamoto en 2024 et en construit une autre dans cette région, a indiqué à l'AFP avoir évacué son personnel par mesure de précaution.

Séismes meurtriers 

Kumamoto avait été frappé en 2016 par deux séismes dévastateurs -- l'un de magnitude 6,5, suivi deux jours plus tard par un autre de magnitude 7,3. Ils ont fait 273 morts et plus de 2.800 blessés.

Un séisme de magnitude 7,2 avait par ailleurs frappé le nord du Japon le 25 juin dernier, sans faire de morts ni causer de dégâts importants.

Le Japon est l'un des pays les plus exposés aux séismes au monde, situé à la jonction de quatre grandes plaques tectoniques le long de la bordure occidentale de la "ceinture de feu" du Pacifique.

L'archipel, qui compte environ 125 millions d'habitants, enregistre généralement plusieurs centaines de secousses chaque année et représente environ 18% des séismes recensés dans le monde.

La très grande majorité d'entre eux sont de faible intensité, même si les dégâts qu'ils provoquent varient en fonction de leur localisation et de la profondeur à laquelle ils se produisent sous la surface terrestre.

Le pays reste marqué par le gigantesque séisme sous-marin de magnitude 9,0 survenu en 2011, qui avait déclenché un tsunami faisant quelque 18.500 morts ou disparus et provoqué la catastrophe de la centrale nucléaire de Fukushima.