Lavrov à Al-Arabiya: «La Russie ne se considère pas en guerre contre l'OTAN, mais l'OTAN l'est»

Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergey Lavrov, a accordé une interview exclusive à Al Arabiya. (Capture d'écran)
Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergey Lavrov, a accordé une interview exclusive à Al Arabiya. (Capture d'écran)
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Publié le Dimanche 01 mai 2022

Lavrov à Al-Arabiya: «La Russie ne se considère pas en guerre contre l'OTAN, mais l'OTAN l'est»

  • Propos tenus dans une interview exclusive accordée par le ministre russe des Affaires étrangères au chef du bureau de l'ONU de la chaîne d'information, Talal Al-Haj
  • Lavrov a déclaré que le problème des couloirs humanitaires est « qu’ils sont ignorés par les ultranationalistes ukrainiens »

DUBAΪ : Moscou ne se considère pas en guerre contre l'OTAN, mais l'OTAN l'est, a déclaré le ministre russe des Affaires étrangères Sergey Lavrov dans une interview exclusive à Al-Arabiya.

Concernant l’aide humanitaire et l’évacuation des civils, il a rejeté les propositions du chef de l'ONU, Antonio Guterres, en déclarant : « Il n'est pas nécessaire que qui que ce soit aide à ouvrir des couloirs humanitaires. Le seul problème, c’est que les couloirs humanitaires sont ignorés par les ultranationalistes ukrainiens. »

« Nous apprécions l'intérêt du secrétaire général à apporter son aide… Nous leur avons expliqué... le mécanisme qui permet de surveiller la façon dont les couloirs humanitaires sont annoncés. »

Interrogé sur les risques de propagation de la guerre en Moldavie après une série d'explosions qui ont secoué une région frontalière séparatiste au sein du pays, Lavrov a répondu : « La Moldavie devrait s'inquiéter de son propre avenir ... parce qu'elle est attirée par l'OTAN ».

Dans une interview d'une heure avec Talal Al-Haj, chef du bureau de la chaîne d'information Al-Arabiya à New York et aux Nations unies, diffusée vendredi soir, Lavrov a présenté le point de vue du gouvernement russe sur le conflit ukrainien, qui entre dans son troisième mois et a déjà fait des dizaines de milliers de morts, civils comme militaires, dans les deux camps.

« Malheureusement, l'OTAN, semble-t-il, se considère en guerre contre la Russie », a-t-il déclaré. « Les dirigeants de l'OTAN et de l'UE, beaucoup d'entre eux, en Angleterre, aux États-Unis, en Pologne, en France, en Allemagne et, bien sûr, le diplomate en chef de l'UE Josep Borrell, disent carrément, publiquement et constamment : « Poutine doit échouer, la Russie doit être vaincue ». Lorsque vous utilisez cette terminologie, je crois que vous pensez que vous êtes en guerre avec la personne que vous voulez voir vaincue."

Le gouvernement russe a déclaré que son « opération militaire spéciale » en Ukraine vise à protéger la sécurité de la Russie et celle des russophones dans la région orientale du Donbass. Les nations occidentales ont accusé la Russie d'envahir un pays souverain et de commettre des crimes de guerre.

Depuis le début de l'invasion, le 24 février, les États-Unis, le Royaume-Uni et l'Union européenne ont sanctionné plus de 1 000 personnes et entreprises russes ainsi que de riches hommes d'affaires et les États-Unis ont interdit toute importation de pétrole et de gaz russes.

Ces mesures financières sont destinées à porter atteinte à l'économie russe et à pénaliser le président Vladimir Poutine, les hauts fonctionnaires et les personnes qui ont bénéficié de son pouvoir.

Lavrov a déclaré : « Croire que ce dernier outrage et cette vague de sanctions, qui ont fini par montrer le vrai visage de l'Occident qui, d'après ce que je comprends maintenant, a toujours été russophobe, croire que cette dernière vague de sanctions va amener la Russie à supplier d'être épargnée, ces stratèges sont nuls et, bien sûr, ils ne connaissent rien à la politique étrangère de la Russie et ignorent tout de la façon de traiter avec la Russie. »

Le conflit a incité les membres de l'OTAN et les alliés à promettre des milliards de dollars de soutien militaire à l'Ukraine. Les systèmes d'armes fournis aux forces ukrainiennes comprennent des missiles sol-air, de l'artillerie lourde et des équipements de surveillance.

L'administration Biden a convenu avec les alliés occidentaux de tenir des réunions mensuelles pour évaluer les besoins du gouvernement de Kiev, ce qui fait craindre que la guerre en Ukraine, comme l'a dit le secrétaire général de l'OTAN, Jens Stoltenberg, « s'éternise et dure des mois et des années. »

L'OTAN affirme qu'elle fera tout ce qu'elle peut pour soutenir l'Ukraine tout en veillant à ce que la guerre ne déborde pas au-delà de ses frontières dans les pays voisins.

Mais Lavrov a déclaré que la coopération de l'OTAN avec l'Ukraine n'était guère plus « qu’un instrument pour contenir la Russie, la dissuader et l'irriter. »

Il a ajouté que la Russie connaissait les itinéraires utilisés pour approvisionner l'Ukraine en armes, et que « dès que ces armes atteignent le territoire ukrainien, elles sont la cible de leur opération spéciale. »

Lavrov a déclaré que la Russie avait présenté de nombreuses propositions pour mettre fin à la guerre en Ukraine, mais que jusqu’à présent elle avait fait chou blanc. L'Ukraine est responsable de l'impasse dans laquelle se trouvent les pourparlers de paix, a-t-il déclaré, accusant, selon lui, le gouvernement de changer de position dans les négociations.

Lavrov a également accusé l'Occident de saboter les tentatives de paix, affirmant que les négociations menées à Istanbul le mois dernier avaient progressé sur les questions des revendications territoriales russes et des garanties de sécurité jusqu'à ce que les diplomates ukrainiens fassent marche arrière à la demande de l'Occident.

« Nous sommes coincés parce qu’ils veulent tout le temps jouer » a-t-il dit. « À cause des instructions des représentants ukrainiens qui viennent de Washington, de Londres, de certaines autres capitales, de ne pas accélérer les négociations. »

Lavrov a réitéré la position du gouvernement Poutine selon laquelle « l’opération militaire spéciale » de la Russie en Ukraine vise à protéger les deux républiques autoproclamées de Donetsk et de Louhansk dans le Donbass.

« Le but de notre opération, annoncé ouvertement, est de protéger ces deux républiques et de s'assurer que jamais rien ne viendra du territoire ukrainien menacer la sécurité de ces gens et celle de la Fédération de Russie », a-t-il déclaré.

Fin février, le président Poutine a reconnu la région, autorisant les troupes russes à être présentes dans ces territoires. La Russie a pour objectif de protéger les deux républiques car « elles ont été attaquées par le régime ukrainien pendant une longue, longue période de huit ans », a poursuivi Lavrov.

« Lorsque le coup d'État a eu lieu en 2014, ils ne voulaient rien avoir à faire avec ces gens qui sont arrivés au pouvoir illégalement et ont dit : « Laissez-nous tranquilles, nous voulons comprendre ce qui se passe. » Ils n'ont jamais attaqué le reste de l'Ukraine. »

Lavrov faisait référence au renversement du président pro-russe Viktor Ianoukovitch en février 2014 après des mois de manifestations sur la place de l'Indépendance de Kiev, ou Maïdan, après son refus de signer un accord qui aurait intégré l'Ukraine plus étroitement à l'UE.

À peu près au même moment, la Russie a annexé la péninsule ukrainienne de Crimée et a apporté son soutien à l'insurrection du Donbass. Depuis lors, Donetsk et Louhansk sont contrôlés par des gouvernements séparatistes soutenus par Moscou.

« Les dirigeants des républiques de Donetsk et de Louhansk ont été désignés comme terroristes, une opération antiterroriste a été lancée par le dirigeant boucher qui est arrivé au pouvoir par la force et par des moyens illégaux, et pendant huit longues années, ils ont été victimes de l'agression ukrainienne, qui a entraîné la mort de quelque 13 000 ou 14 000 civils, la destruction des infrastructures civiles et de nombreux autres crimes », a souligné Lavrov.

Il a ajouté que « l’opération spéciale » de la Russie était une « réponse à ce que l'OTAN faisait en Ukraine pour préparer ce pays à une posture très agressive contre la Fédération de Russie. »

Faisant référence au gouvernement ukrainien, il a déclaré : « Ils ont reçu des armes offensives, dont certaines qui peuvent atteindre le territoire russe, des bases militaires ont été construites, y compris sur la mer d'Azov, et plusieurs dizaines d'exercices militaires, dont beaucoup sur le territoire ukrainien, ont été menés sous les auspices de l'OTAN ».

« La plupart de ces exercices sont contre les intérêts de la Fédération de Russie, et le but de cette opération est donc de s'assurer que ces plans ne se concrétisent pas. »

Retraçant l’origine du conflit ukrainien, Lavrov a déclaré : « Pendant toutes ces années, nous avons initié des projets de traités, des projets d'accords avec l'OTAN, avec les pays de l'Organisation de la Sécurité et de la Coopération en Europe et dernièrement, en décembre de l'année dernière, nous avons proposé une autre initiative aux États-Unis et à l'OTAN pour conclure des traités avec les deux sur les garanties de sécurité à tous les pays de l'espace euro-atlantique sans adhérer à aucune alliance militaire. »

Il faisait référence à l'OSCE, l'organisation intergouvernementale régionale axée sur la sécurité et dotée du statut d'observateur auprès de l'ONU, dont le mandat inclut des questions telles que le contrôle des armements, la promotion des droits humains, la liberté de la presse et les élections libres et équitables.

« Chaque fois que nous avons pris ces initiatives, elles ont été fondamentalement rejetées plus ou moins poliment. En 2009, nous avons proposé le Traité de sécurité européenne que l'OTAN a refusé d'examiner et qui visait en fait à codifier quelque chose auquel tous les pays de l'OSCE ont souscrit au plus haut niveau. »

Selon Lavrov, la Russie avait suggéré que les pays aient le droit de choisir leurs alliances et de ne pas renforcer leur sécurité au détriment de celle d'un autre pays, ce qui signifie « qu’aucune organisation en Europe ne peut prétendre être un acteur dominant dans cet espace géopolitique. »

Lavrov a déclaré que l'OTAN a répondu à la Russie en disant qu'il n'y aurait pas de garanties de sécurité juridiquement contraignantes en dehors de l'OTAN, ce qui, selon lui, fait de l'OSCE « un organisme pour la forme »

Il a précisé que la dernière tentative russe de ce type a eu lieu en décembre 2021, avant le lancement de l'opération en Ukraine, en réponse à la « tension et à la confrontation croissantes » au fil des ans.

Cette initiative russe, selon Lavrov, a été rejetée par l'OTAN qui ne voulait pas sacrifier sa « politique de porte ouverte », qui « n'existe pas dans le traité de Washington (qui constitue la base de l'OTAN) » et est utilisée comme une « couverture pour promouvoir les plans expansionnistes de l'OTAN. »

« L'OTAN, malgré ses promesses et celles de ses dirigeants, se rapprochait de plus en plus de la frontière russe et ils nous disaient : “N'ayez pas peur, nous sommes une alliance défensive et nous ne constituerons aucune menace pour votre sécurité.“

Il a reconnu que l'OTAN était une alliance défensive lorsqu'il y avait un mur de Berlin et un « mur géopolitique entre l'OTAN et le traité de Varsovie » après la Seconde Guerre mondiale.

Mais « avec la disparition du traité de Varsovie, lorsque l'Union soviétique a cessé d'exister, l'OTAN a décidé que la ligne de défense devait être déplacée vers l'Est, ce qu’elle a effectivement fait cinq fois. »

La ministre des Affaires étrangères de Grande-Bretagne, Liz Truss, a déclaré récemment que l'OTAN doit être un acteur mondial. Nous pouvons entendre parler sans arrêt de la nature défensive de cette alliance mais cela restera quand même un mensonge. »

Lavrov a accusé le gouvernement ukrainien de « supprimer tout ce qui est russe », notamment « la langue, l'éducation, les médias et l'utilisation quotidienne de la langue russe ont été transformés en infraction administrative. »

Il va encore plus loin et dit : « Le régime ukrainien a intensifié, à la fin de l'année dernière et au début de cette année, le bombardement des territoires orientaux du pays dans le Donbass, ce qui représente les pires violations des accords de Minsk qui ont été signés en février 2015 et approuvés par la résolution du Conseil de sécurité. Quand ils visaient les civils et les infrastructures civiles, les écoles, les hôpitaux, les jardins d'enfants, nous n'avions pas d'autre choix. »

Lavrov a prévenu qu'il ne fallait pas sortir ses propos de leur contexte lorsqu’il indique qu’il ne faut pas « sous-estimer » les risques d'un conflit nucléaire si les États-Unis et leurs alliés continuent à armer l'Ukraine.

« Nous n'avons jamais joué avec des choses aussi dangereuses. Nous devrions tous insister sur les déclarations faites par les P5 (membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies), selon lesquelles il ne pourrait jamais y avoir de guerre nucléaire. Mais pour s'assurer que c'est le cas, l'Occident doit discipliner les porte-paroles comme nos collègues ukrainiens et polonais, qui ne voient aucun danger à jouer avec de tels mots très, très risqués. »

Lavrov a déclaré que les médias occidentaux interprétaient mal ses propos mais a conclu « nous y sommes habitués. »

 

Ce texte est la traduction d'un article paru sur Arabnews.com

 

 

     

 


Crise politique au Canada : la pression monte pour Justin Trudeau

Le Premier ministre canadien Justin Trudeau s'adresse aux donateurs lors de la fête de Noël du Club Laurier au Musée canadien de l'histoire à Gatineau, Québec, le 16 décembre 2024. (Photo AFP)
Le Premier ministre canadien Justin Trudeau s'adresse aux donateurs lors de la fête de Noël du Club Laurier au Musée canadien de l'histoire à Gatineau, Québec, le 16 décembre 2024. (Photo AFP)
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  • La vice-Première ministre, Chrystia Freeland, fidèle de la première heure de M. Trudeau, a expliqué la veille qu'elle partait en raison de divergences avec le Premier ministre sur la façon de gérer la guerre économique.
  • L'imposition de droits de douane de 25 % par les États-Unis, envisagée par le président élu Donald Trump, aurait des conséquences désastreuses pour le Canada, expliquent les experts.

OTTAWA : La démission fracassante de la numéro 2 du gouvernement canadien fait monter la pression sur le Premier ministre, Justin Trudeau, déjà affaibli par une popularité au plus bas, les attaques de l'opposition et les menaces de Donald Trump.

La vice-Première ministre, Chrystia Freeland, fidèle de la première heure de M. Trudeau, a expliqué la veille qu'elle partait en raison de divergences avec le Premier ministre sur la façon de gérer la guerre économique qui se profile avec le puissant allié américain.

Elle a eu des mots très durs, à l'image de ceux de l'opposition, pour dénoncer l'attitude dépensière de M. Trudeau alors que le pays est confronté à un « grand défi ».

L'imposition de droits de douane de 25 % par les États-Unis, envisagée par le président élu Donald Trump, aurait des conséquences désastreuses pour le Canada, expliquent les experts.

Les États-Unis sont en effet le premier partenaire commercial du Canada et la destination de 75 % de ses exportations. Près de 2 millions de personnes au Canada dépendent de ces exportations, sur une population de 41 millions d'habitants.

« En tant que pays, nous devons montrer de la force et de l'unité, et c'est le chaos en ce moment à Ottawa », a taclé Doug Ford, le Premier ministre de l'Ontario, évoquant la menace américaine.

« Ce n'est pas le meilleur moment pour laisser un vide », a renchéri Danielle Smith, la Première ministre de l'Alberta. « Je me demande qui sera le prochain chef… Vont-ils être capables de présenter une équipe capable de défendre le Canada », a-t-elle ajouté.

Et au sein même du parti libéral de Justin Trudeau, les voix dissidentes se font plus fortes et sont de plus en plus nombreuses.

« Disons les choses telles qu'elles sont : renvoyer la ministre des Finances qui vous a si bien servi n'est pas ce que j'appellerais un geste digne de confiance », a déclaré la députée libérale Helena Jaczek, estimant que Justin Trudeau « devrait démissionner ».

Son collègue de l'Ontario, Francis Drouin, a également estimé qu'il fallait qu'il parte après neuf années au pouvoir. « Pour moi, c'est la goutte qui a fait déborder le vase, c'est inacceptable. Le message ne passe plus et il est temps de faire le ménage », a-t-il ajouté au micro de Radio Canada.

- « Coup fatal » -

Pour la première fois, son ancien allié de gauche Jagmeet Singh lui a également demandé de démissionner au Parlement lundi.

« Au lieu de se concentrer sur les problèmes des Canadiens, Justin Trudeau et les libéraux se concentrent sur eux-mêmes. Ils se battent entre eux au lieu de se battre pour les Canadiens », a déclaré celui qui a rompu son alliance avec le Premier ministre il y a quelques semaines.

Justin Trudeau, qui a annoncé son intention de se représenter dans les mois à venir, est crédité d'un retard de plus de 20 points dans les sondages par rapport à son rival conservateur Pierre Poilievre.

L'opposition a déjà déposé, en vain, trois motions de censure contre le gouvernement, estimant celui-ci trop « faible » pour rester au pouvoir.

Les prochaines élections législatives doivent avoir lieu au plus tard le 20 octobre 2025, mais beaucoup d'analystes estiment que le gouvernement a peu de chances de tenir jusque-là, ce qui déclencherait des élections anticipées.

« Il a déjà essuyé de nombreuses frappes mais, cette fois-ci, il est vraiment difficile de ne pas y voir un coup fatal », a estimé auprès de l'AFP Frédéric Boily, professeur à l'université de l'Alberta.

Mais ce dernier serait « surpris qu'il démissionne avant Noël, parce que ça créerait encore plus de chaos ».

Lundi soir, se félicitant de la démission de Chrystia Freeland, Donald Trump a de nouveau qualifié Justin Trudeau de « gouverneur », titre désignant aux États-Unis le chef de l'exécutif d'un État fédéré.

Une moquerie qu'il avait déjà employée pour parler du Premier ministre canadien et qui irrite de nombreux Canadiens.


TikTok a-t-il permis à Moscou d'influencer l'élection roumaine ? L'UE lance une enquête

Le bâtiment de TikTok Inc. à Culver City, en Californie, le 17 mars 2023. (AP/File)
Le bâtiment de TikTok Inc. à Culver City, en Californie, le 17 mars 2023. (AP/File)
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  • La Commission européenne a annoncé mardi l'ouverture d'une enquête contre le réseau social TikTok, soupçonné d'avoir manqué à ses obligations et d'avoir ouvert la porte à de possibles manipulations russes dans l'élection présidentielle annulée en Roumanie
  • Dans l'UE, la Commission européenne joue le rôle de gendarme du numérique, en vertu du règlement sur les services numériques (DSA) entré pleinement en vigueur le 17 février.

BRUXELLES : La Commission européenne a annoncé mardi l'ouverture d'une enquête contre le réseau social TikTok, soupçonné d'avoir manqué à ses obligations et d'avoir ouvert la porte à de possibles manipulations russes dans l'élection présidentielle annulée en Roumanie.

Les autorités roumaines soupçonnent le candidat d'extrême droite Calin Georgescu, arrivé en tête du premier tour le 24 novembre à la surprise générale, d'avoir bénéficié d'une campagne de soutien illicite orchestrée par Moscou, notamment sur TikTok, application appartenant au groupe chinois ByteDance.

« Nous devons protéger nos démocraties de toute forme d'ingérence étrangère », a déclaré la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, appelant à agir « rapidement et fermement ».

TikTok, qui revendique 175 millions d'utilisateurs en Europe, ne s'estime pas en faute et juge ses efforts contre la désinformation « solides ».

- Sous pression aux États-Unis -

Le réseau social de partage de vidéos est également sous pression aux États-Unis, où le Congrès a adopté en avril une loi contraignant ByteDance à vendre TikTok d'ici au 19 janvier, sous peine d'interdiction. Ce texte vise à prévenir les risques d'espionnage et de manipulation des utilisateurs par les autorités chinoises.

Dans l'UE, la Commission européenne joue le rôle de gendarme du numérique, en vertu du règlement sur les services numériques (DSA) entré pleinement en vigueur le 17 février.

« Suite à des indications sérieuses selon lesquelles des acteurs étrangers ont interféré dans les élections présidentielles roumaines en utilisant TikTok, nous menons une enquête approfondie pour déterminer si la plateforme a violé la loi sur les services numériques en ne s'attaquant pas à ces risques », a expliqué mardi Mme von der Leyen, sans mentionner directement la Russie.

Cette enquête portera sur la gestion des risques liés aux systèmes de recommandation qui auraient été détournés pour une « manipulation coordonnée ». Elle examinera également la gestion par la plateforme des publicités politiques et des contenus politiques sponsorisés.

- Rapports déclassifiés -

La décision d'ouvrir une enquête « tient compte des informations reçues à partir de rapports de renseignement déclassifiés des autorités roumaines ainsi que de rapports émanant de tiers », a précisé Bruxelles.

La Commission rappelle que le DSA ne fixe aucun délai légal pour clore une enquête formelle.

En cas d'infractions avérées, la Commission peut infliger des amendes pouvant atteindre 6 % de son chiffre d'affaires annuel au contrevenant. En cas de violations graves et répétées, les plateformes peuvent même théoriquement se voir interdire toute activité en Europe.

Début décembre, la Commission européenne avait annoncé qu'elle intensifiait sa surveillance de TikTok. Elle avait ordonné à la plateforme de « geler et conserver » les données liées aux risques systémiques que son service pourrait poser sur les processus électoraux et le débat civique dans l'Union européenne.

L'enquête annoncée mardi est la troisième ouverte dans le cadre du DSA.

La précédente, lancée le 19 février et toujours en cours, portait sur la protection des mineurs. Une première procédure pour ce même motif avait été ouverte en novembre 2023, puis clôturée cet été, après que TikTok a pris des engagements.

- « Multiples irrégularités » -

Début décembre, la justice roumaine a annulé l'élection présidentielle après le premier tour remporté par Calin Georgescu, invoquant de « multiples irrégularités et violations de la loi électorale ayant faussé » le vote.

C'est sorti de nulle part que M. Georgescu, dont le slogan « Roumanie d'abord » a séduit une partie de la population lassée des partis traditionnels, a balayé les favoris issus des partis de gouvernement. Critique de l'UE et de l'OTAN, cet ancien haut fonctionnaire de 62 ans s'est déclaré en faveur de l'arrêt de l'aide militaire à l'Ukraine.

Les services secrets roumains ont dressé des parallèles avec de précédents efforts d'ingérence électorale russe en Europe et recensé « 25 000 comptes TikTok » directement associés à la campagne de M. Georgescu, devenus « extrêmement actifs deux semaines avant la date du scrutin ».

Moscou est régulièrement accusé d'orchestrer des campagnes de désinformation pour défendre des candidats qui lui sont favorables au sein de l'UE ou dans des pays voisins comme la Moldavie ou la Géorgie.


Londres annonce une aide de 42 millions d'euros pour aider l'Ukraine à passer l'hiver

Une femme âgée marche dans une rue gelée de la ville de Pokrovsk, dans la région orientale de Donetsk, le 14 décembre 2024, au milieu de l'invasion russe de l'Ukraine. (Photo AFP)
Une femme âgée marche dans une rue gelée de la ville de Pokrovsk, dans la région orientale de Donetsk, le 14 décembre 2024, au milieu de l'invasion russe de l'Ukraine. (Photo AFP)
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  • Le Royaume-Uni a annoncé mardi une aide d'urgence de 35 millions de livres (42 millions d'euros) destinée à réparer les infrastructures énergétiques de l'Ukraine et à aider la population de ce pays qui entame son troisième hiver de guerre.
  • Vingt millions de livres seront consacrés à des réparations essentielles sur le réseau de transport d'électricité, à la production d'énergie et à la protection des infrastructures essentielles.

LONDRES : Le Royaume-Uni a annoncé mardi une aide d'urgence de 35 millions de livres (42 millions d'euros) destinée à réparer les infrastructures énergétiques de l'Ukraine et à aider la population de ce pays qui entame son troisième hiver de guerre.

Londres a également pris des sanctions à l'encontre de 20 navires supplémentaires de la « flotte fantôme » qui permet à la Russie d'exporter son pétrole en contournant les restrictions occidentales.

Au total, ce sont plus de 100 navires qui sont désormais sanctionnés par le Royaume-Uni, qui a aussi pris des mesures contre deux entités de la compagnie énergétique 2Rivers, « pilier du commerce du pétrole » avec Moscou.

« Alors que les revenus pétroliers de Poutine continuent d'alimenter sa guerre illégale, les familles ukrainiennes endurent des nuits froides et sombres, souvent sans chauffage, lumière ni électricité, ciblées par les attaques incessantes de missiles russes », a déploré le Premier ministre Keir Starmer dans un communiqué.

« Ces sanctions vont accentuer la pression sur l'économie de guerre déjà grippée de Poutine », tandis que cette aide permettra de mener « des réparations du système énergétique pour soutenir les Ukrainiens, qui entament leur troisième hiver depuis l'invasion russe », a ajouté le chef du gouvernement.

Vingt millions de livres seront consacrés à des réparations essentielles sur le réseau de transport d'électricité, à la production d'énergie et à la protection des infrastructures essentielles.

Les 15 millions restants permettront de fournir des produits de première nécessité aux plus démunis, ainsi que des kits thermiques et des générateurs aux civils ukrainiens.

Selon Londres, plus des deux tiers de la capacité de production énergétique du pays ont été détruits, endommagés ou passés aux mains de la Russie depuis l'invasion de février 2022.

En décembre, le Royaume-Uni, le Danemark, la Suède, la Pologne, la Finlande et l'Estonie ont convenu d'accentuer leur lutte contre les navires « fantômes » en mer Baltique ou en mer du Nord, en demandant à leurs autorités maritimes de réclamer une preuve d'assurance aux bateaux suspects.

Pour contourner les restrictions, la Russie a recours à cette flotte composée de navires souvent vieillissants, opérés sous pavillon étranger par des propriétaires douteux, sans assurance adéquate.