Le combat du Gabon pour préserver sa faune

Des éléphants paissent dans le parc de Loango le 15 mars 2022. STEEVE JORDAN / AFP
Des éléphants paissent dans le parc de Loango le 15 mars 2022. STEEVE JORDAN / AFP
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Publié le Lundi 30 mai 2022

Le combat du Gabon pour préserver sa faune

  • En 2021, la brigade a saisi 26 armes, une quarantaine de gibiers et interpellé huit personnes pour trafic d'ivoire
  • La lutte pour préserver la biodiversité n'est pas toujours populaire au Gabon chez les habitants des zones reculées qui vivent de ce qu'ils plantent et de la chasse

LASTOURVILLE, Gabon: Coup de sifflet. La voiture s'immobilise. "Arrêtez le moteur et descendez du véhicule s'il vous plaît". La fouille commence et les agents du ministère gabonais des Eaux et Forêts inspectent chaque cachette possible, à la recherche de gibier ou de fusils. Rien à signaler.
Cette brigade traque les braconniers, de l'aube au crépuscule, au coeur de la forêt équatoriale qui recouvre 88% de ce petit pays d'Afrique centrale doté d'une biodiversité exceptionnelle.
"Tout le monde braconne, il n'y a pas de profil type. Du villageois qui cherche à se nourrir au notable de la ville qui entretient un circuit international", explique à l'AFP le chef de la brigade, le commandant Jerry Ibala Mayombo, qui patrouille non loin de la bourgade de Lastourville, à 500 km au sud-est de la capitale Libreville.
"Notre mission est d'éduquer, sensibiliser et, en dernier ressort, réprimer", poursuit-il. Les plus lourdes peines concernent le trafic d'ivoire, jusqu'à 10 ans de prison.
Fruit d'un partenariat entre le ministère, l'ONG belge Conservation Justice et la compagnie suisse et gabonaise Precious Woods-CEB, cette patrouille officie depuis deux ans dans cette exploitation forestière.
La zone est fortement touchée par le braconnage et les pistes, creusées dans l'épaisse forêt pour l'exploitation du bois, profitent aussi aux chasseurs.

 

Le Gabon plaide pour des «crédits biodiversité» sur le modèle des crédits carbonne

Britannique naturalisé gabonais, ministre emblématique des Eaux et Forêts de ce petit pays d'Afrique centrale qui se veut un exemple dans le monde pour la préservation de la nature, Lee White défendra l'idée de "crédits biodiversité" sur le modèle des crédits carbone à la prochaine COP 15 prévue en Chine.
Ce professeur en Ecologie et conservation des écosystèmes des forêts tropicales en Afrique promet aussi de mieux protéger les populations victimes des éléphants dans le conflit homme-faune qui fait régulièrement débat au Gabon.

Qu'attendez-vous de la conférence des Nations unies sur la biodiversité (COP 15) prévue à la fin de l'été en Chine?
Elle sera le moment où on va élever le débat sur la biodiversité au même niveau que le climat. Les problèmes de climat et de biodiversité sont liés. L'Amazonie est en train de crever à cause du changement climatique! Pour résoudre la crise de la biodiversité, il faut résoudre la crise climatique. Mais la biodiversité est aussi le meilleur outil pour lutter contre le changement climatique.
A Kunming, nous espérons une résolution sur la biodiversité. On vise 30% des aires protégées avant 2030 dans le monde. Et on espère également qu'on va commencer à travailler sur un système de crédit de biodiversité comme les crédits carbone. Le bassin du Congo est le coeur et le poumon de l'Afrique qui agit pour le maintien de la stabilité de notre continent. On peut sûrement calculer un prix pour ce service et donner une valeur à cette forêt équatoriale.

Comment le Gabon peut-il pousser les autres pays à suivre ses ambitions ?
Depuis le sommet de la terre à Rio (en 1992), le Gabon a absorbé trois milliards de tonnes de CO2. Nous sommes passés de 0 à 22% de notre territoire en aires protégées. Nous sommes passés de 0 à 27% d'aires protégées pour nos océans. L'Afrique a perdu 75% des populations d'éléphants de forêts à cause du braconnage. Le Gabon a, lui, augmenté sa population de 50% pour atteindre 95.000 éléphants. Je ne suis pas sûr que vous trouverez un pays qui a fait mieux dans le monde. Nous ne pouvons pas imposer notre modèle aux autres pays. Mais si nous trouvons un moyen de donner une valeur à tous ces progrès et à la séquestration de carbone, les autres pays regarderont peut-être plus l'exemple du Gabon et feront eux-mêmes quelque chose de similaire.

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Lee White, ministre gabonais des Eaux et Forêts et de l'Environnement pose pour un portrait dans son bureau à Libreville le 18 mars 2022. STEEVE JORDAN / AFP

Comment réagissez-vous quand des Gabonais vous accusent de défendre les éléphants plus que les populations ?
Le conflit homme/éléphant est très complexe. On doit maintenir l'intégrité de notre écosystème et l'éléphant en fait partie. Or, le changement climatique commence à avoir des conséquences sur le bassin du Congo. Les scientifiques ont découvert au parc national de la Lopé (centre) que la production de fruits a baissé de 80% parce que la température s'y est élevée de 1 degré Celsius moyenne en 40 ans et que la pluviométrie a baissé. Les éléphants ont faim et sortent des forêts à la recherche de fruits.
Je préfère mettre des barrières électriques et d'autres méthodes plutôt que de tuer les éléphants. Mais on doit absolument protéger les moyens de subsistance des gens, leur sécurité et leur qualité de vie. Dans le monde occidental, l'image des éléphants c'est surtout celle de merveilleuses et douces peluches dans les chambres d'enfants mais pour les petits Africains en milieu rural, ce sont d'énormes choses terrifiantes qui peuvent tuer leur père et prendre ou détruire la nourriture des prochains mois. Les gens, en partie par affect, mais aussi parce qu'ils ont peur et faim, m'accusent moi ou le gouvernement de prendre plus soin des éléphants. Ce n'est pas vrai mais on doit voir le problème dans son ensemble. Par le passé, nous n'avions pas le budget pour compenser les victimes du conflit homme/éléphant. Mais cette année, nous avons cinq millions de dollars dans le budget national.

Conflit homme-éléphant

"Au début, le sentiment général était la défiance. Plus aujourd'hui, car nous faisons comprendre aux populations le bien-fondé de notre action", assure M. Ibala Mayombo.
Ces gardes ne sont pas armés. "Nous sommes confrontés à des braconniers violents qui nous menacent, parfois avec leurs fusils", témoigne le chef des gardes, accompagnés de gendarmes ou policiers quand cela est nécessaire.
En 2021, la brigade a saisi 26 armes, une quarantaine de gibiers et interpellé huit personnes pour trafic d'ivoire. "La tendance est à la baisse", estime le commandant.
Dans un hameau, une femme se lamente devant son champ ravagé par les éléphants de forêt, une espèce menacée d'extinction, dont la population dans le monde a chuté de 86% en 30 ans. Mais au Gabon, elle a doublé en 10 ans, pour atteindre quelque 95.000 individus, dont certains ravagent régulièrement les cultures vivrières.
"Tu viens le matin, tu vois qu'il a mangé une partie. Tu viens le lendemain, il a pris une autre partie. En quelques jours, la plantation est finie. Je n'ai pas d'argent, plus rien à manger. Je vais faire comment?", pleure Hélène Benga, 67 ans.
"On a compris qu'on préservait les éléphants. On ne les chasse pas. Donc les éléphants sont plus importants que nous. Donc on va mourir. Mon mari et moi n'avons pas la retraite. Ce sont les éléphants qui vont voter? Si tout le monde est comme moi, oh! les bulletins vont aller dans le vide", menace-t-elle.
La lutte pour préserver la biodiversité n'est pas toujours populaire au Gabon chez les habitants des zones reculées qui vivent de ce qu'ils plantent et de la chasse.

Sensibilisation

Pour expliquer l'intérêt de protéger faune et flore et rappeler la loi, des réunions de sensibilisation sont organisées dans les villages sur la concession avec des employés de CEB et des membres de Conservation Justice.
Dans la salle communale de Bouma, une trentaine d'habitants s'est rassemblée pour les écouter: dates d'ouverture et zones de chasse autorisées, espèces protégées, démarches pour obtenir un permis...
L'ambiance est assez tendue, les questions fusent. "Que peut-on faire quand les bêtes envahissent notre champ ? Où sont emportés l'ivoire et le gibier saisis par les autorités ? Comment distinguer une espèce menacée d'une autre quand on chasse la nuit ?"
"Je comprends qu'il faille sauvegarder la faune. Mais nous, au village, on vit de quoi ? De la chasse. Les lois nous frustrent", se lamente Léon Ndjanganoye, la cinquantaine.
Le Gabon fait de la protection de sa biodiversité une priorité et se présente comme le bon élève d'une région tourmentée par des guerres, les destructions de l'habitat forestier de certaines espèces et le trafic de viande de brousse.
Pour protéger ses espèces emblématiques comme l'éléphant, le gorille, le chimpanzé ou la panthère, le Gabon a déployé en 2002 un réseau de 13 parcs nationaux qui couvrent aujourd'hui 11% du territoire.
Il a aussi créé, en 2017, 20 aires marines protégées, sur plus de 53.000 km2, soit la plus grande réserve d’Afrique qui protège 27% des eaux territoriales gabonaises.


Après l'afflux migratoire à Ceuta, mesures sécuritaires en France et Italie

Des migrants marchent le long du littoral de Ceuta après avoir franchi la frontière vers l'enclave espagnole, vus depuis les abords de la ville marocaine de Fnideq, à la frontière entre le Maroc et l'Espagne, le 31 juillet 2026. (AFP)
Des migrants marchent le long du littoral de Ceuta après avoir franchi la frontière vers l'enclave espagnole, vus depuis les abords de la ville marocaine de Fnideq, à la frontière entre le Maroc et l'Espagne, le 31 juillet 2026. (AFP)
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  • L'Italie et la France renforcent leurs contrôles aux frontières avec l'Espagne après l'entrée illégale d'environ 60.000 migrants à Ceuta
  • Cette crise ravive les tensions au sein de l'UE, tandis que Madrid appelle à l'unité et renforce les moyens de sécurité à Ceuta

CEUTA: L'Italie et la France durcissent samedi leurs contrôles frontaliers avec l'Espagne après l'entrée illégale cette semaine de quelque 60.000 migrants en provenance du Maroc dans l'enclave espagnole de Ceuta, ouvrant une crise au sein de l'Union européenne.

Dès jeudi, l'Italie avait annoncé vouloir suspendre l'Espagne de l'espace Schengen, une mesure pour laquelle Rome a obtenu le soutien de la Finlande et du Danemark. Mais la proposition a été qualifiée de "démagogique" par l'Espagne.

La portée de cette proposition reste incertaine, des juristes consultés par l'AFP assurant qu'il est impossible de l'appliquer dans le cadre légal actuel.

Par ailleurs, à compter de samedi selon le ministère italien de l'Intérieur, des contrôles aux frontières aériennes et maritimes avec l'Espagne sont établis sur les ressortissants non européens arrivant d'Espagne.

En France, le nombre de policiers et gendarmes déployés en renfort à la frontière franco-espagnole est multiplié par cinq à compter de samedi, a annoncé vendredi le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez.

Cette annonce faisait suite à la demande du président Emmanuel Macron de "renforcer les contrôles à la frontière avec l'Espagne".

De son côté, le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez a déclaré sur X: "ce n'est pas le moment de se diviser. C'est le moment de continuer à construire une Union européenne forte et unie".

Les images de cette crise ont déclenché une montée au créneau de la droite et de l'extrême droite européenne autour des contrôles aux frontières de l'espace Schengen.

- "Pas de futur" -

"Environ 60.000 personnes sont entrées dans notre ville", a déclaré le président du gouvernement local de Ceuta, Juan Vivas lors d'une conférence de presse vendredi, soit "70% de la population de Ceuta", et déplorant la mort de 34 migrants, dont beaucoup par noyades.

La plupart de ces migrants - en très grande majorité des Marocains, et principalement des jeunes hommes et des adolescents - seraient cependant retournés au Maroc, selon les autorités espagnoles.

Ceuta, petit territoire de 84.000 habitants situé à la pointe nord du Maroc, bordant le Détroit de Gibraltar, forme l'une des deux frontières terrestres entre l'Afrique et l'Europe (avec l'autre enclave espagnole de Melilla).

Dans la nuit de vendredi à samedi, des groupes de jeunes erraient dans les rues et le long de la plage de Ceuta, où sont déployés de nombreux militaires, notamment autour du port d'où partent les ferries pour le continent européen.

Vendredi soir, de nombreux policiers patrouillaient dans les rues de la ville, certains à moto poursuivant des groupes de jeunes hommes pour les disperser, ont constaté des journalistes de l'AFP.

Sur une plage, des dizaines d'hommes dormaient dans le sable, et certains ont allumé des feux, à quelques mètres d'un véhicule de police.

"Ils viennent car ils n'ont pas de futur au Maroc, ils tentent le rêve européen", selon Mohamed, 35 ans chauffeur de taxi à Ceuta qui n'a pas souhaité donner son nom de famille.

Au poste-frontière aux alentours de minuit, devant un important déploiement policier et militaire, de nombreux jeunes rebroussaient chemin. Certains saluent les militaires qui leur indiquent la porte d'un "adiós!", ou "good bye!" avant de retraverser la frontière.

"La prochaine fois, je viens avec le passeport!", lance Oussam aux militaires, en se dirigeant vers la frontière. Le jeune homme de 25 ans, qui tient un salon de coiffure, dit avoir voulu quitter son pays car "c'est la misère au Maroc, on n'a pas de futur". Il est venu en nageant "trois kilomètres" : il rêve lui aussi de l'Europe mais en attendant, il rentre chez lui "pour prendre une douche et manger", car comme beaucoup, il n'a rien avalé depuis deux jours.

- Crise migratoire -

Arrivé vendredi matin avec son ministre de l'Intérieur, Pedro Sánchez a évoqué "une attaque, une violation de l'intégrité territoriale de l'Espagne" et accusé des "mafias" d'être à l'origine de la rumeur d'ouverture de la frontière.

Le ministère espagnol de l'Intérieur a annoncé l'envoi immédiat de plusieurs dizaines de membres de la Garde civile et policiers, parmi lesquels huit plongeurs, ainsi qu'un bateau et des drones.

A Washington, le président américain Donald Trump, qui a fait de la lutte contre l'immigration illégale une de ses priorités, a jugé que les images de l'enclave espagnole de Ceuta ressemblaient à "l'invasion d'un pays", accusant sur X l'Espagne de mener des "efforts délibérés" ayant favorisé cette immigration clandestine.

Cette crise migratoire à Ceuta rappelle la précédente de 2021, lorsque des milliers de personnes avaient traversé la frontière à la faveur d'un assouplissement des contrôles par Rabat lors d’un différend diplomatique avec l'Espagne.

Plus de 10.000 migrants avaient alors atteint Ceuta depuis le Maroc en deux jours.


Le Pakistan fait état de négociations entre Washington et Téhéran

Cette photo de presse, prise le 29 juillet 2026 et diffusée par le ministère pakistanais des Affaires étrangères, montre le ministre pakistanais des Affaires étrangères, Ishaq Dar (à droite), s'entretenant avec son homologue koweïtien, le cheikh Jarrah Jaber al-Ahmad al-Sabah, lors d'une réunion au ministère des Affaires étrangères à Islamabad. (AFP)
Cette photo de presse, prise le 29 juillet 2026 et diffusée par le ministère pakistanais des Affaires étrangères, montre le ministre pakistanais des Affaires étrangères, Ishaq Dar (à droite), s'entretenant avec son homologue koweïtien, le cheikh Jarrah Jaber al-Ahmad al-Sabah, lors d'une réunion au ministère des Affaires étrangères à Islamabad. (AFP)
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  • La diplomatie pakistanaise a assuré jeudi que des négociations étaient "en cours" afin de "parvenir à une désescalade", en particulier concernant le détroit d'Ormuz, passage stratégique verrouillé par Téhéran,au coeur des tensions
  • Elle a indiqué faire "tout (son) possible pour ramener toutes les parties au protocole d'accord d'Islamabad" signé à la mi-juin et censé ouvrir la voie à des pourparlers de paix

TEHERAN: Le Pakistan, médiateur dans le conflit entre Washington et Téhéran, a affirmé jeudi que les belligérants négociaient en vue d'une désescalade après une nouvelle série de bombardements américains sur l'Iran dans la nuit, et des tirs de représailles iraniens.

En attendant une éventuelle percée dans ces discussions, le conflit au Moyen-Orient s'étend à de nouveaux pays: après l'Irak, où des groupes pro-iraniens ont été ciblés par des frappes conjointes américaines et saoudiennes, l'Egypte a fait état d'une attaque de drone dans le port de Damiette (nord).

La diplomatie pakistanaise a assuré jeudi que des négociations étaient "en cours" afin de "parvenir à une désescalade", en particulier concernant le détroit d'Ormuz, passage stratégique verrouillé par Téhéran,au coeur des tensions.

Elle a indiqué faire "tout (son) possible pour ramener toutes les parties au protocole d'accord d'Islamabad" signé à la mi-juin et censé ouvrir la voie à des pourparlers de paix.

Ce processus a déraillé depuis début juillet avec une reprise des frappes menées par les Etats-Unis et l'Iran, Téhéran visant des bases américaines et des pays alliés de Washington au Moyen-Orient.

Plus tôt jeudi, le Commandement américain pour le Moyen-Orient (Centcom) a annoncé avoir "frappé des dizaines de cibles" des Gardiens de la Révolution en Iran.

Mettre fin à "l'escalade" 

Les Etats-Unis ont affirmé avoir riposté au lancement, mardi par cette puissante force armée de la République islamique, de "multiples missiles balistiques" contre "les forces américaines basées au Moyen-Orient", précisant que ces missiles avaient été interceptés.

Les Gardiens ont, eux, annoncé jeudi que trois de leurs membres avaient été tués dans une attaque américaine  dans le nord-ouest du pays, tandis que les médias officiels iraniens ont fait état d'attaques dans des provinces méridionales.

Trois membres d'une même famille ont été tués dans une frappe contre une maison sur l'île de Qeshm, selon l'agence Fars.

Alors que l'Egypte a fait état d'une frappe de drone qui a touché deux navires, dont un américain, dans le port de Damiette mercredi, le président Abdel Fattah al-Sissi a appelé la communauté internationale à mettre fin à "l'escalade" dans la région.

Il s'agit de la première attaque en Egypte depuis le début de la guerre. M. Sissi a précisé qu'une enquête se poursuivait sur les circonstances de l'attaque qui n'a pas été revendiquée.

Les rebelles Houthis au Yémen, alliés de Téhéran et qui contrôlent une partie des rives de la mer Rouge, ont dit ne pas être derrière cette frappe.

Des pays de la région accueillant des forces américaines ont été visés de nouveau jeudi.

Le Koweït a rapporté qu'une personne avait été tuée par un bombardement iranien sur une entreprise chinoise.

La Jordanie a de son côté annoncé avoir intercepté cinq missiles tirés depuis l'Iran. Les Gardiens ont revendiqué avoir ciblé, en représailles à la frappe à Qeshm, des avions américains stationnés sur la base aérienne d'Al-Azraq.

"Notre tour" 

"On va les frapper très fort, parce que c'est à notre tour", avait menacé mercredi le président américain Donald Trump.

Dans la nuit de mardi à mercredi, les Etats-Unis et l'Arabie saoudite avaient annoncé avoir mené des frappes conjointes contre des groupes armés pro-iraniens en Irak, accusés d'avoir attaqué des installations pétrolières saoudiennes, ce qu'ils ont démenti.

Ces attaques à travers l'Irak ont fait 20 morts - dont cinq Iraniens - et 32 blessés dans les rangs du Hachd al-Chaabi, a indiqué cette alliance de groupes armés irakiens qui inclut des factions pro-iraniennes.

Avant les dernières frappes, le conflit entre l'Iran et les Etats-Unis s'était étendu à un autre front, opposant les Houthis à l'Arabie saoudite, qui soutient le gouvernement yéménite.

"La guerre par procuration est la poursuite de la guerre directe par d'autres moyens, et elle est menée avec une cohérence stratégique considérable", a commenté pour l'AFP Hesham Alghannam, analyste et chercheur saoudien spécialisé dans les questions de sécurité.

L'Arabie saoudite compte sur la mer Rouge pour poursuivre ses exportations, alors que l'Iran verrouille de nouveau le détroit d'Ormuz, de l'autre côté de la péninsule, par lequel transitait un cinquième du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondial avant la guerre, lancée le 28 février par des frappes américano-israéliennes sur l'Iran.

Jeudi matin, les Gardiens de la Révolution ont affirmé que deux pétroliers avaient tenté la veille au soir "de quitter le couloir maritime sûr" désigné par l'Iran, et que l'un d'entre eux avait "pris feu", sans autre précision.


Les Etats-Unis reprennent leurs bombardements sur l'Iran

Les Etats-Unis ont annoncé jeudi avoir achevé une "lourde série" de bombardements sur l'Iran en représailles à des attaques contre leurs forces au Moyen-Orient, les médias iraniens faisant état de trois morts et d'explosions dans deux provinces du pays. (AFP)
Les Etats-Unis ont annoncé jeudi avoir achevé une "lourde série" de bombardements sur l'Iran en représailles à des attaques contre leurs forces au Moyen-Orient, les médias iraniens faisant état de trois morts et d'explosions dans deux provinces du pays. (AFP)
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  • L'armée américaine a "frappé des dizaines de cibles du Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI) en Iran, notamment des centres de commandement militaires, des installations de missiles et de drones"
  • Les Etats-Unis ont affirmé avoir riposté au lancement, mardi par les Gardiens de la Révolution, de "multiples missiles balistiques"

TEHERAN: Les Etats-Unis ont annoncé jeudi avoir achevé une "lourde série" de bombardements sur l'Iran en représailles à des attaques contre leurs forces au Moyen-Orient, les médias iraniens faisant état de trois morts et d'explosions dans deux provinces du pays.

L'armée américaine a "frappé des dizaines de cibles du Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI) en Iran, notamment des centres de commandement militaires, des installations de missiles et de drones, des sites de surveillance et de défense côtières, ainsi que des capacités maritimes", a écrit le Commandement américain pour le Moyen-Orient (Centcom) sur X.

Les Etats-Unis ont affirmé avoir riposté au lancement, mardi par les Gardiens de la Révolution, de "multiples missiles balistiques" lors d'une "tentative d'attaque surprise contre les forces américaines basées au Moyen-Orient", précisant que tous ces missiles avaient été interceptés.

La Jordanie, qui héberge des forces américaines sur ses bases, a de son côté annoncé jeudi matin avoir intercepté cinq missiles tirés depuis l'Iran, qui n'ont pas fait de victime.

"Nous allons les frapper fort, ils vont prendre une raclée", avait prévenu mercredi le président américain Donald Trump dans des propos rapportés par un journaliste de la chaîne Fox News.

"On va les frapper très fort, parce que c'est à notre tour", avait-il insisté plus tard devant la presse à la Maison Blanche.

Les médias officiels iraniens ont fait état d'attaques dans les provinces méridionales du Khuzestan et d'Hormozgan.

"Une attaque américaine contre une maison d'habitation dans le quartier de Chah Tangu, à Qeshm, a tué trois membres d'une même famille: le père, la mère et leur enfant de deux ans", a écrit l'agence Fars sur Telegram, en citant l'Université des sciences médicales d'Hormozgan, ajoutant que deux autres enfants âgés de sept et neuf ans, blessés, avaient été hospitalisés.

Dans la nuit de mardi à mercredi, les Etats-Unis et l'Arabie saoudite avaient annoncé avoir mené des frappes conjointes contre des groupes armés pro-iraniens en Irak, accusés d'avoir attaqué des installations pétrolières saoudiennes (ce qu'ils ont démenti).

Riposte inévitable 

Ces attaques dans plusieurs villes d'Irak ont fait 20 morts - dont cinq Iraniens - et 32 blessés dans les rangs du Hachd al-Chaabi, a indiqué ce réseau de factions à majorité chiite, intégré aux forces armées irakiennes et englobant des groupes armés pro-Iran.

"Notre riposte contre l'ennemi américain est inévitable, et pourrait frapper ses instruments en Arabie saoudite", a soutenu mercredi dans un communiqué la Résistance islamique en Irak, une puissante alliance armée irakienne pro-Iran.

Téhéran a condamné les frappes chez son voisin.

Dans la capitale iranienne, des habitants expriment leur lassitude.

"On ne sait pas vraiment si nous sommes en guerre ou en paix (...) Ce que je vois, c'est une population profondément découragée et déprimée", déclare à l'AFP Golrokh, une retraitée de 60 ans.

Avant les dernières frappes, le conflit entre l'Iran et les Etats-Unis s'était étendu à un autre front, opposant les rebelles yéménites houthis pro-iraniens à l'Arabie saoudite.

Les rebelles ont affirmé mardi avoir visé avec des missiles un pétrolier saoudien en mer Rouge, l'accusant d'avoir "violé le blocus naval" dont ils menacent le royaume, premier exportateur de brut au monde.

"Téhéran utilise désormais son réseau de proxys (...). La guerre par procuration est la poursuite de la guerre directe par d'autres moyens, et elle est menée avec une cohérence stratégique considérable", a déclaré à l'AFP Hesham Alghannam, analyste et chercheur saoudien spécialisé dans les questions de sécurité.

L'Arabie saoudite compte sur la mer Rouge pour poursuivre ses exportations, alors que l'Iran verrouille de nouveau le stratégique détroit d'Ormuz, de l'autre côté de la péninsule, par lequel transitait un cinquième du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondial avant la guerre, lancée le 28 février par des frappes américano-israéliennes sur l'Iran.

Jeudi matin, les Gardiens de la Révolution ont affirmé que deux pétroliers avaient tenté la veille au soir "de quitter le couloir maritime sûr" désigné par l'Iran, et que l'un d'entre eux avait "pris feu", sans autre précision. "Les deux bâtiments ont fait demi-tour à grande vitesse", selon la même source.

Ces nouvelles violences ont fait brièvement monter les cours du pétrole, avant qu'ils ne repartent à la baisse jeudi matin. "On craint que la guerre soit en train de s'étendre", a commenté auprès de l'AFP Andy Lipow, analyste chez Lipow Oil Associates. "Ce qui n'aiderait en rien à rétablir les flux pétroliers" dans la région.