A Marseille, un film, des adolescents de cités, une sociologue et le dialogue s'engage

Mignonnes: A Marseille, quand le film se termine, les jeunes applaudissent, même si beaucoup l'ont trouvé «choquant». (AFP).
Mignonnes: A Marseille, quand le film se termine, les jeunes applaudissent, même si beaucoup l'ont trouvé «choquant». (AFP).
Short Url
Publié le Jeudi 22 octobre 2020

A Marseille, un film, des adolescents de cités, une sociologue et le dialogue s'engage

  • Dans un cinéma de Marseille, des dizaines d'adolescents de quartiers défavorisés lèvent le doigt sans relâche pour discuter avec une sociologue
  • «J'ai l'impression qu'on ne pouvait pas lui rendre un plus bel hommage que de faire ça ensemble, on était exactement dans la poursuite de ce qu'il a fait»

MARSEILLE: Dans un cinéma de Marseille, des dizaines d'adolescents de quartiers défavorisés lèvent le doigt sans relâche pour discuter avec une sociologue renommée d'un film dont ils jugent des scènes choquantes. Un débat riche, vivant, comme un «hommage» à l'enseignant assassiné Samuel Paty.

«J'ai l'impression qu'on ne pouvait pas lui rendre un plus bel hommage que de faire ça ensemble, on était exactement dans la poursuite de ce qu'il a fait», lance la sociologue Irène Théry mercredi en fin d'après-midi.

Quelques minutes plus tôt, elle posait la question à ces filles et garçons de 10 à 15 ans sur que faire face aux images violentes ou pornographiques sur les réseaux sociaux. 

«Il faut les ignorer, ne pas regarder», répond une adolescente. «Ne pas regarder, ignorer, c'est une de nos libertés», acquiesce Irène Théry. «Il faut les signaler pour que ces images soient enlevées», dit un autre adolescent.

Programmée avant que le professeur de collège ne soit décapité par un jeune homme lui reprochant d'avoir montré des caricatures de Mahomet dans un cours sur la liberté d'expression, la séance-débat à l'Alhambra, cinéma du quartier populaire de Saint-Henri, est devenue «encore plus cruciale après ce qui s'est passé», estime William Benedetto, directeur du lieu et infatigable passeur de culture entre des publics de milieux différents.

Au programme pour ces adolescents marseillais, «Mignonnes», un film de la réalisatrice Maïmouna Doucouré sur Amy, 11 ans, tiraillée entre les traditions de sa famille musulmane sénégalaise et la pression des réseaux sociaux.

«Une fille comme nous, avec des origines étrangères», souligne Thara, 12 ans.

A la maison, Amy voit sa mère subir avec chagrin l'arrivée d'une seconde épouse dans le foyer. Au collège, elle intègre un groupe de danse formé de trois autres filles imitant les chorégraphies lascives aperçues dans des vidéos sur internet.

«Quand les jeunes filles voient qu'on récolte 400.000 likes en faisant des selfies sexy, elles entrent dans un mimétisme sans vraiment en comprendre le mécanisme», expliquait la réalisatrice à l'AFP en août.

Quelques semaines plus tard, la droite américaine ultra-conservatrice attaquait son film, souvent sans l'avoir vu, et tentait de le faire déprogrammer de Netflix, l'accusant de promouvoir une image hypersexualisée des jeunes filles. Exactement l'inverse du propos que souhaitait porter Maïmouna Doucouré.

A Marseille, quand le film se termine, les jeunes applaudissent, même si beaucoup l'ont trouvé «choquant».

«On voit pas ça tous les jours des filles de leur âge, qui dansent comme ça, qui montrent leur corps», lance une adolescente à Irène Théry, professeure à l'Ecole des hautes études en sciences sociales venue décrypter le long métrage. 

«C'est pornographique», dit un garçon. Un autre lance: «On a le droit de faire ce qu'on veut de son corps à n'importe quel âge».

«Film pour ouvrir l'esprit»

«Je comprends que certains d'entre vous soient choqués, justement la réalisatrice veut susciter le débat. Comment pensez-vous qu'Amy se retrouve à faire ce qu'elle fait?», interroge Irène Théry.

«Cette fille, elle a dû grandir trop vite, elle a voulu devenir adulte, mais pas de la bonne façon», dit Khemis, à peine plus que 10 ans. 

«Elle veut s'intégrer dans un groupe populaire dans le collège, alors elle reproduit beaucoup de choses qu'il y a sur les réseaux sociaux», estime Jamila. «Elle se rend pas compte et elle gâche son enfance», relève Myriam 10 ans.

«Les réseaux sociaux ça fait grandir les enfants cinq à dix ans trop vite», regrette Soraya Ouertani, Marseillaise souriante et dynamique, foulard noir sur les cheveux, qui a emmené ses trois filles voir le film.

Elle acquiesce quand la sociologue parle du rôle des parents pour aider les enfants à prendre de la distance, à analyser: «Il faut parler, dialoguer, surtout en cette période».

Dans le film, «Amy elle peut pas trop parler avec sa mère, son père n’est pas là. Moi, j’ai la chance d’avoir une mère qui nous écoute, elle ne nous juge pas, ça aide», sur le chemin compliqué de l'adolescence, explique Inès une des filles de Soraya. «C'est bien aussi qu'il y ait des films comme ça pour nous ouvrir l'esprit».


Dans le quartier de Belleville à Paris, un ramadan entre ferveur et inquiétude

Pendant tout le ramadan, Belleville vit au rythme des préparatifs de l’iftar : les plateaux croulent sous les victuailles, les files s’allongent devant les boucheries halal et les pâtisseries. (AFP)
Pendant tout le ramadan, Belleville vit au rythme des préparatifs de l’iftar : les plateaux croulent sous les victuailles, les files s’allongent devant les boucheries halal et les pâtisseries. (AFP)
Short Url
  • Les commerçants installent leurs tables devant les boutiques, les passants déambulent sacs à la main et la foule compacte se presse pour préparer la rupture du jeûne
  • L’atmosphère est festive, vibrante, presque irréelle. Pourtant, derrière l’abondance et les odeurs alléchantes, une gravité inhabituelle imprègne ce mois sacré

PARIS: Des étals chargés de pâtisseries, d’épices et d’olives, des pains encore tièdes, des galettes dorées, des montagnes de dattes et des rangées de sodas. Comme chaque année, le traditionnel marché du ramadan a investi les trottoirs du boulevard de Belleville (dans le XIe arrondissement de Paris), transformant le lieu en un vaste théâtre gourmand à ciel ouvert.

Les commerçants installent leurs tables devant les boutiques, les passants déambulent sacs à la main et la foule compacte se presse pour préparer la rupture du jeûne. L’atmosphère est festive, vibrante, presque irréelle. Pourtant, derrière l’abondance et les odeurs alléchantes, une gravité inhabituelle imprègne ce mois sacré.

belleville

Pendant tout le ramadan, Belleville vit au rythme des préparatifs de l’iftar : les plateaux croulent sous les victuailles, les files s’allongent devant les boucheries halal et les pâtisseries. Certains restaurants ont même fermé leur salle pour la transformer en cuisine de production, où l’on pétrit du pain à la chaîne, nature ou farci.

Pour les commerçants, c’est le moment le plus intense de l’année : les odeurs de pain grillé et de pâtisseries au miel attirent les passants, souvent sans idée précise de ce qu’ils vont acheter. « On ne sait jamais vraiment ce qu’on vient chercher, mais on trouve toujours ce qui nous plaît », sourit Nahel, venu faire ses courses avec sa fille, dans ses sacs : des feuilles de brick, de la crème et du pain arabe.

À Belleville, la fête déborde largement du cadre culinaire

Le marché est devenu bien plus qu’un lieu d’approvisionnement : c’est un rendez-vous collectif, un moment attendu, une tradition solidement ancrée dans la vie du quartier. À Belleville, la fête déborde largement du cadre culinaire ; même les commerces qui ne vendent habituellement pas de nourriture participent.

Monsef, gérant d’une boutique de téléphonie, a installé devant sa vitrine des cageots de menthe et de fruits. « Ça ne rapporte pas grand-chose, mais on veut faire partie de la fête », explique-t-il.

Pour beaucoup, le ramadan est avant tout un temps de lien social et de générosité : les repas partagés se multiplient, les dons aussi. « On distribue des repas, on aide les plus démunis, on se rend davantage à la mosquée ; le mois sacré reste un moment de spiritualité et de solidarité », indique un restaurateur.

belleville

Mais cette année, la ferveur est traversée par une inquiétude persistante : les conversations glissent régulièrement vers l’actualité internationale marquée, depuis quelques jours, par la guerre au Proche-Orient. Impossible pour certains de ne pas penser à ce qui se passe à Gaza ou, plus largement, dans l’ensemble de la région. « Quand on voit qu’ici on profite du ramadan et qu’ailleurs certains vivent sous les bombes, ça met mal à l’aise », confie Majid, commerçant.

Les télévisions allumées au moment de la rupture du jeûne en témoignent : certains préfèrent les séries traditionnelles du mois sacré, d’autres suivent en continu les chaînes d’information. La fête existe, mais elle est plus grave, plus retenue, comme si la joie devait désormais cohabiter avec l’inquiétude.

À cela s’ajoute une autre préoccupation : le budget. Car le ramadan reste un mois de générosité et d’abondance, mais cette abondance a un prix. Les commerçants constatent que les habitudes changent : les clients comparent davantage, achètent plus prudemment ; l’inflation est dans tous les esprits. « Les prix ont augmenté comme tout le reste, observe un épicier. Même si les gens ne le disent pas toujours, on sent qu’ils sont touchés. »

Pour beaucoup de familles modestes, le mois sacré exige une véritable préparation financière : certains mettent de l’argent de côté toute l’année pour pouvoir garnir la table plus généreusement qu’à l’ordinaire. Car le ramadan est aussi une fête domestique, rythmée par les invitations, les repas partagés et l’abondance symbolique, mais cette générosité pèse.

« On dépense beaucoup. On est obligés de prévoir, sinon on ne s’en sort pas », reconnaît une habituée du quartier, venue acheter des pâtisseries qui lui rappellent son pays d’origine, la Tunisie, et plus précisément Tunis.

belleville

Pour les habitants issus de l’immigration, le ramadan à Belleville est aussi une manière de recréer un peu du pays quitté : les saveurs, les odeurs, les produits traditionnels permettent de maintenir un lien affectif avec les racines. Certains viennent même de loin pour retrouver cette ambiance. Salma, franco-libanaise, a fait le déplacement simplement pour ressentir cette atmosphère familière, qui la rapproche de ses souvenirs malgré la distance et les inquiétudes liées à l’actualité de sa région d’origine.

Entre abondance et retenue, joie et gravité, le ramadan 2026 s’inscrit dans une époque troublée. À Belleville, on continue de célébrer, de partager, mais cela n’atténue pas le ressentiment face aux souffrances du monde et aux difficultés du quotidien.


Frappes iraniennes: la France prête à «participer» à la défense des pays du Golfe et de la Jordanie

 La France est "prête" à "participer" à la défense des pays du Golfe et de la Jordanie, cibles de frappes de l'Iran, "conformément aux accords qui la lie à ses partenaires et au principe de légitime défense collective", a déclaré lundi son ministre des Affaires étrangères. (AFP)
La France est "prête" à "participer" à la défense des pays du Golfe et de la Jordanie, cibles de frappes de l'Iran, "conformément aux accords qui la lie à ses partenaires et au principe de légitime défense collective", a déclaré lundi son ministre des Affaires étrangères. (AFP)
Short Url
  • "Près de 400.000 Français sont résidents ou de passage dans la douzaine de pays de la région", a ajouté le ministre. "A notre connaissance, aucune victime française n'est à déplorer à ce stade", a-t-il ajouté
  • "Notre dispositif est déjà organisé localement pour faciliter les sorties par voie terrestre lorsque c'est possible, ce qui n'est pas le cas dans tous les pays concernés", a-t-il détaillé

PARIS: La France est "prête" à "participer" à la défense des pays du Golfe et de la Jordanie, cibles de frappes de l'Iran, "conformément aux accords qui la lie à ses partenaires et au principe de légitime défense collective", a déclaré lundi son ministre des Affaires étrangères.

"Aux pays amis qui ont été ciblés délibérément par les missiles et les drones des Gardiens de la révolution et entraînés dans une guerre qu'ils n'avaient pas choisie -Arabie Saoudite, Émirats arabes unis, Qatar, Irak, Bahreïn, Koweït, Oman et Jordanie- la France exprime son soutien entier et sa pleine solidarité. Elle se tient prête (...) à participer à leur défense", a affirmé Jean-Noël Barrot lors d'une conférence de presse.

"Près de 400.000 Français sont résidents ou de passage dans la douzaine de pays de la région", a ajouté le ministre. "A notre connaissance, aucune victime française n'est à déplorer à ce stade", a-t-il ajouté.

"Notre dispositif est déjà organisé localement pour faciliter les sorties par voie terrestre lorsque c'est possible, ce qui n'est pas le cas dans tous les pays concernés", a-t-il détaillé.

Le ministre a appelé à la "désescalade". "L'escalade militaire doit cesser au plus vite", a-t-il répété. "La prolongation indéfinie des opérations militaires sans but précis emporte le risque d'un engrenage qui entraînerait l'Iran et la région dans une longue période d'instabilité".

"Au Liban, le Hezbollah a commis une lourde faute, dont la population a payé ce matin le prix avec des dizaines de morts et des dizaines de milliers de déplacés, en rejoignant un conflit dans lequel les autorités, comme le peuple libanais, refusent d'être entraînées", a-t-il poursuivi, appelant le Hezbollah à "mettre immédiatement un terme à ces opérations".

 


France - Liban: Report de la conférence de soutien aux forces libanaises

Short Url
  • À l’issue de leurs discussions, les deux chefs d’État ont décidé de reporter au mois d’avril la conférence internationale de soutien aux Forces armées libanaises et aux Forces de sécurité intérieure libanaises
  • Les deux dirigeants ont souligné que la gravité de la situation renforce la nécessité de préserver la stabilité libanaise, de soutenir les institutions légitimes du pays et d’assurer le rétablissement complet de sa souveraineté

PARIS: Le président du Liban, Joseph Aoun, et son homologue de la France, Emmanuel Macron, se sont entretenus le 1er mars afin d’examiner les derniers développements affectant la sécurité régionale, y compris celle de pays alliés, selon un communiqué conjoint.

À l’issue de leurs discussions, les deux chefs d’État ont décidé de reporter au mois d’avril la conférence internationale de soutien aux Forces armées libanaises et aux Forces de sécurité intérieure libanaises, initialement prévue le 5 mars à Paris. Les conditions actuelles, marquées par une conjoncture régionale tendue, n’étaient pas réunies pour maintenir l’événement à la date prévue.

Les deux dirigeants ont souligné que la gravité de la situation renforce la nécessité de préserver la stabilité libanaise, de soutenir les institutions légitimes du pays et d’assurer le rétablissement complet de sa souveraineté.

Ils ont également affirmé que Beyrouth, Paris et leurs partenaires internationaux continueront à coordonner leurs efforts afin de soutenir ces objectifs dans un contexte régional jugé particulièrement sensible.