La pollution de l'air du métro doit être mieux mesurée, s'inquiète l'Anses

Des navetteurs portant des masques sur le quai Saint-Lazare de la station de métro de la ligne 13 à Paris le 14 mai 2020 (Photo, AFP).
Des navetteurs portant des masques sur le quai Saint-Lazare de la station de métro de la ligne 13 à Paris le 14 mai 2020 (Photo, AFP).
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Publié le Jeudi 09 juin 2022

La pollution de l'air du métro doit être mieux mesurée, s'inquiète l'Anses

  • L'Anses recommande de renforcer les actions pour améliorer la qualité de l'air dans les métros à Lille, Lyon, Marseille, Paris, Rennes, Rouen et Toulouse
  • L'Agence nationale de sécurité sanitaire avait été chargée d'une étude sur les valeurs guides de l'air intérieur et dans les enceintes ferroviaires souterraines

PARIS: L'Anses recommande mercredi de renforcer les actions pour améliorer la qualité de l'air dans les réseaux de métro - renouvellement des matériels, meilleure ventilation - et la mesurer, alors qu'elle est en moyenne trois fois plus chargée en particules fines qu'en surface et bien au-delà des seuils fixés par l'OMS.

L'Agence nationale de sécurité sanitaire avait été chargée en 2019 par les pouvoirs publics d'une étude sur la faisabilité d'élaborer des "valeurs guides de l'air intérieur" dans les "enceintes ferroviaires souterraines" (EFS). Sept agglomérations en France ont des réseaux souterrains: Lille, Lyon, Marseille, Paris, Rennes, Rouen et Toulouse.

Le taux de particules dans l'air y est "en moyenne trois fois plus élevé que dans l'air extérieur urbain", en raison du frottement avec les voies, notamment au freinage. Les poussières sont en outre remises régulièrement en suspension dans l'air au passage des rames.

Mais après avoir passé en revue les données disponibles, l'Anses estime ne pas pouvoir définir de telles "VGAI", basées uniquement sur des critères sanitaires, car "le corpus d'études épidémiologiques et toxicologiques spécifiques est trop limité pour pouvoir tirer des conclusions fermes sur d'éventuels effets sanitaires de l'exposition des usagers à la pollution de l'air des EFS".

Mais elle relève que les données existantes "suggèrent la possibilité" d'effets cardio-respiratoires.

L'agence propose donc à la place de VGAI, des "indicateurs" de qualité de l'air, déterminés notamment en fonction des durées respectives des trajets sur les différents réseaux et qui "intègrent les expositions sur une journée dans différents environnements - à la maison, au travail et dans les transports".

Le cumul de ces concentrations en particules devrait respecter les normes d'exposition fixées par une directive européenne de 2008 sur la qualité de l'air et si possible celles de l'OMS, plus strictes que la réglementation UE et durcies en 2021 pour prendre en compte les connaissances les plus récentes sur l'impact sanitaire de la pollution de l'air.

Par ailleurs, l'agence recommande de renforcer les mesures de la qualité de l'air dans ces réseaux souterrains, pour l'heure peu généralisées.

Nouveaux systèmes de freinage

Sur le réseau parisien "il n'y a que trois stations qui sont bien instrumentées", relève Eric Vial, directeur de l'évaluation des risques à l'Anses. Et ces mesures sont réalisées par des capteurs fixes sur les quais, alors qu'il faudrait également étudier régulièrement couloirs et rames, souligne l'avis.

Les mesures disponibles suggèrent que la règlementation européenne est "globalement respectée," explique Marion Keirsbulck de l'Anses, qui souligne que "c'est beaucoup moins le cas" pour les valeurs de l'OMS.

Pour améliorer la situation il faut poursuivre les mesures engagées par les opérateurs et "s'attaquer à l'émission de ces particules, par le remplacement des matériels roulants, le changement des systèmes de freinage et l'amélioration de la ventilation" notamment, poursuit Eric Vial.

Et une surveillance plus systématique et élargie de la qualité de l'air permettrait alors de vérifier "si ces actions portent leurs fruits".

La qualité de l'air dans le métro parisien a déjà donné lieu à une action en justice. L'association Respire a porté plainte contre la RATP en mars 2021 pour "tromperie aggravée" et "blessures involontaires", mettant en cause les niveaux de pollution de l'air.

Ile-de-France Mobilités (IDFM) a lancé fin mai un plan d'action pour améliorer la qualité de l'air dans les stations de métro et RER. De nouveaux points de mesures sont prévus, notamment sur les particules ultra-fines, dont les résultats seront publics comme ceux déjà pratiqués.

La RATP "est extrêmement mobilisée" sur le sujet, misant notamment sur "l'amélioration technologique" pour réduire les émissions à la source, insiste Sophie Mazoué, responsable du développement durable à la régie parisienne.

Des tests ont ainsi été lancés dans le RER sur de nouvelles garnitures de frein, dont les résultats préliminaires "très prometteurs" sur banc d'essai ont affiché une diminution de 90% des émissions de particules, explique la responsable. Des investissements de 57 millions d'euros sont en outre prévus pour la ventilation, avec des expérimentations en station de "filtration électro-statique" et de "systèmes de piégeage de particules".

En région, la question est également à l'ordre du jour, comme le relève Arnaud Julien, responsable de l'innovation chez Keolis (groupe SNCF), opérateur des métros de Lille, Lyon et Rennes. Des expérimentations sont en cours sur le freinage électronique ou la filtration de l'air, notamment avec des micro-algues se nourrissant de particules fines. Une amélioration des mesures est également prévue.

Selon les autorités, la pollution de l'air est responsable de quelque 40.000 décès prématurés par an en France.


La canicule "recule" mais la pression sur le système de santé va durer "plusieurs jours", prévient Matignon

Une enseigne de pharmacie affiche 44 °C à Thionville, dans le nord-est de la France, le 26 juin 2026, en pleine vague de chaleur. (AFP)
Une enseigne de pharmacie affiche 44 °C à Thionville, dans le nord-est de la France, le 26 juin 2026, en pleine vague de chaleur. (AFP)
  • La canicule recule en France, mais ses effets sanitaires devraient se poursuivre plusieurs jours, avec une pression élevée sur les hôpitaux et une hausse des décès, notamment à domicile
  • Le gouvernement maintient un niveau de vigilance élevé face aux risques d'incendies et prévoit un bilan de cette crise pour renforcer la préparation aux futures vagues de chaleur

PARIS: La canicule "recule" mais ses effets sanitaires "restent devant nous" pendant "plusieurs jours", ont indiqué samedi les services du Premier ministre Sébastien Lecornu, à l'issue d'une nouvelle cellule interministérielle de crise (CIC) sur la vague de chaleur inédite, à laquelle il a assisté en visio.

"Si la canicule recule, ses effets sur la pression sur le système de santé, eux, restent devant nous: un plateau haut va s'installer pendant plusieurs jours, par effet de latence sanitaire (déshydratation, décompensations, hospitalisations différées)", a écrit Matignon dans un compte-rendu de la réunion qui s'est tenue samedi matin.

Matignon appelle à la "vigilance de tout un chacun" en confirmant, comme déjà évoqué par la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, "une hausse du nombre de décès, principalement à domicile, cohérente avec un pic différé" et liée à "l'isolement de certaines personnes âgées ou fragiles".

En revanche, "aucune situation anormale dans les Ehpad n'a été remontée", soulignent les services de M. Lecornu, attentif à ne pas répéter les erreurs qui avaient marqué la canicule de 2003, qui a fait 15.000 morts, dont beaucoup de personnes âgées.

Matignon fait valoir "l'efficacité des mesures mises en place par les équipes sur le terrain et les nombreux investissements réalisés ces dernières années".

Le système de santé "connaît un pic d'activité lié à la canicule" qui "justifie le maintien" de la mobilisation à son niveau le plus élevé (plan Orsan 3) et le "déclenchement des plans blancs" dans les hôpitaux concernés, détaille Matignon.

Dans un autre message à la presse, le Premier ministre se dit "prêt" sur le volet des feux de forêts, alors que les départs de feu et les interventions des services d'urgence sont "plus élevés" que l'année dernière.

Le gouvernement invite à "la vigilance" du fait de "la sécheresse de la végétation et de l'arrivée du mistral et de la tramontane", en rappelant qu'une "régulation des moissons" a été mise en œuvre pour éviter les départs de feu, ainsi que les investissements déjà engagés pour la sécurité civile.

Le Premier ministre se félicite aussi que "de nombreux choix" ces derniers jours aient "bien fonctionné dans la gestion de crise", citant l'interdiction de la consommation d'alcool lors de la Fête de la musique ou l'"effet" des investissements pour l'hôpital issus du Ségur de la Santé.

Mais il reconnaît que "d'autres points peuvent devenir préoccupants en cas de canicules répétées et doivent être traités : rafraîchissement des hopitaux, robustesse des réseaux d'eau, électrique, SNCF".

Il a demandé de ce fait un "bilan" de cette canicule "pour en tirer des conclusions de planification", alors que l'exécutif est critiqué pour n'avoir pas suffisamment anticipé la crise climatique.


Macron reçoit lundi le sultan d'Oman, acteur-clé du détroit d'Ormuz

Le président français Emmanuel Macron s'adresse à la presse à l'issue de la réunion des chefs d'État du Groupe des cinq européens (E5) et du secrétaire général de l'OTAN, le 24 juin 2026, à la Chancellerie à Berlin, en Allemagne. (AFP)
Le président français Emmanuel Macron s'adresse à la presse à l'issue de la réunion des chefs d'État du Groupe des cinq européens (E5) et du secrétaire général de l'OTAN, le 24 juin 2026, à la Chancellerie à Berlin, en Allemagne. (AFP)
  • Le président Emmanuel Macron recevra lundi le sultan d’Oman, Haïtham ben Tariq, pour renforcer les relations bilatérales et défendre une réouverture libre du détroit d’Ormuz
  • Les deux dirigeants évoqueront la désescalade régionale, la sécurité maritime et le renforcement de la coopération franco-omanaise

PARIS: Emmanuel Macron va recevoir lundi le sultan d'Oman Haïtham ben Tariq pour la première visite en France du dirigeant du pays du Golfe riverain du détroit d'Ormuz, auprès duquel il plaidera pour la réouverture "libre et sans condition" de ce passage maritime stratégique.

"Les échanges permettront de réaffirmer l'importance du soutien à la désescalade régionale et aborderont la sécurisation des voies maritimes qui passe par un passage libre et sans condition dans le détroit d'Ormuz", a déclaré vendredi la présidence française dans un communiqué.

Malgré l'accord conclu mi-juin entre les Etats-Unis et l'Iran pour mettre fin à la guerre déclenchée fin février par des attaques américano-israéliennes, la question du détroit demeure un point de contentieux majeur: Téhéran réfléchit à l'imposition de "droits de redevance", qui n'existaient pas avant la guerre et auxquels Washington s'oppose.

Ce passage large d'une trentaine de kilomètres entre l'Iran et Oman, est ultrastratégique: 20% du commerce mondial d'hydrocarbures y transitait avant la guerre. Et son blocage, durant le conflit, a eu un lourd impact sur toute l'économie mondiale.

La France et le Royaume-Uni ont rassemblé une coalition de pays non belligérants prêts à mener une mission maritime de sécurisation et déminage d'Ormuz maintenant que les armes se sont tues.

A l'issue du sommet du G7 d'Evian, en France, le président français avait affirmé qu'il s'agissait d'une "proposition" qui dépendait "des accords passés entre l'Iran, les Etats-Unis d'Amérique, avec l'accord aussi d'Oman".

Or le président américain Donald Trump n'avait manifesté qu'un intérêt relatif en public pour cette mission. Les capacités de déminage en mer des pays de la coalition avaient toutefois attiré son attention durant le G7, selon un diplomate participant au sommet.

Emmanuel Macron et le sultan d'Oman s'entretiendront d'abord à la mi-journée au palais de l'Elysée, où des accords seront signés, puis s'exprimeront tous deux dans l'après-midi à l'ouverture d'un forum d'affaires dans un hôtel de la capitale française.

Cette visite "confirme la relation renforcée entre la France et le Sultanat d'Oman dans de nombreux domaines, notamment économique, scientifique, culturel ou encore industriel", estime l'Elysée.


Deux tiers de la France en alerte canicule maximale, décrue des températures à l'horizon

A winegrower protects himself from the sun under an umbrella as he works in Burgundy vineyards in Gevrey-Chambertin, central-eastern France, on May 28, 2026 as a heatwave hits France. (AFP)
A winegrower protects himself from the sun under an umbrella as he works in Burgundy vineyards in Gevrey-Chambertin, central-eastern France, on May 28, 2026 as a heatwave hits France. (AFP)
  • La France reste fortement touchée par une canicule exceptionnelle, avec 61 départements toujours en vigilance rouge, même si une baisse progressive des températures est attendue à partir de l'ouest
  • La vague de chaleur perturbe les services publics et l'économie : hôpitaux sous tension, événements annulés ou reportés, coupures d'électricité et impacts sanitaires croissants en France et ailleurs en Europe

PARIS: Deux tiers de la France restent vendredi écrasés par une canicule d'ampleur exceptionnelle à l'échelle européenne, mais quelques départements sortent du niveau d'alerte maximale et une baisse progressive des températures pointe à l'horizon.

Avec 61 départements en vigilance rouge vendredi, la canicule reflue légèrement après le pic de l'épisode atteint la veille.

Onze de ces départements devraient passer en vigilance orange vendredi à 22H00, selon Météo-France, et treize autres seront rétrogradés samedi à 06H00.

"L'air le plus chaud va progressivement se décaler vers l'Est du pays", explique Météo-France, ajoutant que "de l'air plus frais commence à gagner par l'ouest et le nord-ouest".

Le préfet de police de Paris a averti qu'il était possible que des événements festifs prévus ce week-end, notamment la Marche des fiertés samedi, soient annulées par arrêté, alors que le système hospitalier est "saturé".

Une Marche des fiertés à Lyon prévue samedi a déjà été reportée à septembre, et les courses "We run" à Paris du week-end ont été annulées. Plusieurs milliers de personnes étaient attendues.

D'ici là, plus de 850.000 collégiens passent dès vendredi les épreuves du brevet. Si certains oraux du baccalauréat ont été reportés de quelques jours pour faire face à la vague de chaleur historique, le brevet des collèges est bien maintenu, avec le français au programme vendredi matin.

Les collégiens pourront, "évidemment", "à tout moment, au cours de l'épreuve, aller se rafraîchir, de l'eau sera distribuée", a affirmé jeudi sur France 2 le ministre de l'Education nationale Edouard Geffray.

Emmanuel Macron a assuré jeudi qu'un "gros travail a été fait" par la France contre le réchauffement climatique, mais qu'on "ne s'adapte pas à un pic" qui n'a "jamais eu d'équivalent dans notre histoire".

La chaleur ne se limite pas aux frontières de l'Hexagone, et ce sont au moins 101 millions d'Européens qui ont enduré des températures supérieures à 35°C jeudi.

Comme la Suisse, le Royaume-Uni a battu son record de chaleur pour un mois de juin, tandis que le service d'ambulances londonien a enregistré son "record historique d'interventions pour des urgences vitales" mercredi.

- "Mortalité en hausse" -

Les conséquences sanitaires commencent à émerger: au moins 212 décès pouvant être attribués à la vague de chaleur ont été recensés de dimanche à mercredi en Espagne, contre 98 à la même période 2025, selon des données publiées par l'Institut de santé Carlos III à Madrid.

De son côté, le maire de Paris Emmanuel Grégoire a évoqué une "mortalité en hausse", sans précision chiffrée, dans la capitale française où le thermomètre a franchi mercredi pour la quatrième fois en 150 ans les 40°C.

Les infrastructures souffrent également des températures, et 50.000 foyers étaient privés d'électricité, notamment dans les Yvelines (33.000), Hauts-de-Seine (7.400) et Gironde (5.700), selon le gestionnaire Enedis, qui a activé sa force d'intervention rapide électricité (FIRE).

L'activité économique est elle aussi perturbée, avec par exemple le célèbre fabricant de cocottes en fonte émaillée Le Creuset qui a suspendu sa production dans l'Aisne de mercredi après-midi jusqu'à lundi.

Les  canicules à répétition  sont  un marqueur sans équivoque du changement climatique, causé principalement par la combustion d'énergies fossiles par les humains.

"Inévitablement, nous allons expérimenter plus de ce que l'on vient de vivre ces derniers jours", a prévenu mercredi Jim Skea, le président du Giec, groupe d'experts sur le climat travaillant pour le compte de l'ONU.

Le réchauffement dans certaines régions ou les océans va au-delà des prévisions des scientifiques, a-t-il expliqué.