L'Allemagne recourt au charbon face à la baisse des livraisons de gaz russe

Le géant russe Gazprom a annoncé cette semaine plusieurs baisses de livraison de gaz via la gazoduc Nord Stream, sur fond de bras de fer entre pays occidentaux et Russie dans le contexte de la guerre en Ukraine. (AFP)
Le géant russe Gazprom a annoncé cette semaine plusieurs baisses de livraison de gaz via la gazoduc Nord Stream, sur fond de bras de fer entre pays occidentaux et Russie dans le contexte de la guerre en Ukraine. (AFP)
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Publié le Dimanche 19 juin 2022

L'Allemagne recourt au charbon face à la baisse des livraisons de gaz russe

  • Le recours accru au charbon est un revirement pour le gouvernement de coalition d'Olaf Scholz, qui a promis d'abandonner cette source d'énergie d'ici à 2030
  • Pour Berlin, qui continue d'importer 35% de son gaz de Russie, contre 55% avant la guerre, la situation est «sérieuse», selon M. Habeck

BERLIN: L'Allemagne a pris dimanche des mesures d'urgence pour sécuriser son approvisionnement en énergie face aux baisses récentes de livraison de gaz russe, avec notamment un recours "amer", à la plus polluante des énergies, le charbon.

"Pour réduire la consommation de gaz, il faut utiliser moins de gaz pour produire de l'électricité. A la place, les centrales à charbon devront être davantage utilisées", a indiqué le ministère de l'Economie dans un communiqué.

Le recours accru au charbon est un revirement pour le gouvernement de coalition d'Olaf Scholz, qui a promis d'abandonner cette source d'énergie d'ici à 2030.

«Amer, mais indispensable»

"C'est amer, mais (le recours au charbon) est indispensable pour réduire la consommation de gaz", a réagi le ministre écologiste de l'Economie et du Climat Robert Habeck. Son parti avait fait de la sortie rapide du charbon une priorité. Une loi en ce sens devrait être adoptée d'ici au début de l'été, a-t-il ajouté.

Concrètement, le gouvernement va permettre l'utilisation de centrales à charbon dites "de réserve", ne servant actuellement qu'en dernier recours.

Le ministre a toutefois assuré que ce plus fort recours au charbon était "provisoire", face à "l'aggravation" de la situation sur le marché gazier.

Le géant russe Gazprom a annoncé cette semaine plusieurs baisses de livraison de gaz via la gazoduc Nord Stream, sur fond de bras de fer entre pays occidentaux et Russie dans le contexte de la guerre en Ukraine.

Arguant d'un problème technique, le groupe a réduit de 40%, puis de 33% ses envois.

Cette décision a eu un lourd impact sur plusieurs pays européens, en particulier l’Allemagne, l’Italie et la France, qui ne reçoit désormais plus de gaz russe.

Pour Berlin, qui continue d'importer 35% de son gaz de Russie, contre 55% avant la guerre, la situation est "sérieuse", selon M. Habeck.

"Il ne faut pas se faire d’illusion, nous sommes dans une épreuve de force avec Poutine", a-t-il commenté.

Face à l'urgence, le gouvernement veut aussi mettre l’accent sur les économies d’énergie. "Chaque kilowatt compte", a insisté le ministre.

Une vaste campagne de communication en ce sens a été lancée mi-juin à destination du grand public et des entreprises.

Avec les mesures d'urgence présentées dimanche, Berlin monte à un niveau supérieur: un système d'"enchères" sera instauré pour les industriels consommant du gaz.

L’Etat offrira, dans le cadre d’une procédure similaire à un appel d’offre, une rémunération aux entreprises qui promettront l’économie d’énergie la plus importante.

Un mécanisme salué par l'industrie. "Cela permet d'orienter la réduction là où les dommages sont les moins importants", a déclaré dans un communiqué dimanche le lobby des machines outils VDMA.

Rationnement 

"Il faut tout faire pour baisser notre consommation. Et l'industrie est un facteur essentiel", a souligné M. Habeck.

Cette semaine, le ministre a même laissé planer la menace d'un rationnement pour les usagers et entreprises, évoquant l'idée "d'autres mesures d'économie de nature législatives" si les "quantités de stockage n'augmentaient pas.

Pour le moment, "la sécurité de l'approvisionnement est garantie", a assuré le ministre dimanche.

Les réserves se situent actuellement à 56%, un niveau "supérieur à la moyenne des dernières années".

Mais "nous devons faire tout notre possible pour stocker le plus de gaz possible en été et en automne. Les stockages de gaz doivent être pleins pour l'hiver. C'est la priorité absolue", a relevé M. Habeck.

Dans les mesures annoncées dimanche figure également l'ouverture d'une ligne de crédit de la banque publique KfW pour financer l'achat de gaz par l'acteur responsable des achats de gaz pour l'Allemagne, Trading Hub Europe.

Fin avril, le gouvernement avait déjà instauré une loi imposant aux propriétaires de cuves un remplissage minimum, pouvant atteindre 90% début décembre, sous peine d'expropriation.

Depuis le début de la guerre en Ukraine, fin février, Berlin cherche en outre de nouvelles sources d'approvisionnement, via le gaz liquéfié américain ou qatari notamment.


Belgique: arrestation de quatre jeunes soupçonnés de planifier un «attentat terroriste»

Les arrestations de dimanche découlent d'une opération de police visant à identifier des personnes «potentiellement violentes et soupçonnées d'être liées à l'extrémisme islamiste» (Photo, AFP).
Les arrestations de dimanche découlent d'une opération de police visant à identifier des personnes «potentiellement violentes et soupçonnées d'être liées à l'extrémisme islamiste» (Photo, AFP).
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  • La police belge a arrêté dimanche un adulte et trois mineurs, soupçonnés d'avoir échangé des messages autour d'un projet «d'attentat terroriste»
  • Les quatre suspects sont actuellement auditionnés et un juge d'instruction devra déterminer la suite à donner à l'affaire

BRUXELLES: La police belge a arrêté dimanche un adulte et trois mineurs, soupçonnés d'avoir échangé des messages autour d'un projet "d'attentat terroriste", a confimé à l'AFP le parquet fédéral chargé de l'enquête.

Les quatre jeunes, trois mineurs "en fin d'adolescence" et un jeune homme de 18 ans, ont été arrêtés lors de perquisitions menées à Bruxelles, Ninove, Charleroi et Liège, a précisé le porte-parole du parquet, Eric Van Der Sypt.

Ils sont soupçonnés de planifier un attentat terroriste en Belgique", a-t-il ajouté.

Selon la RTBF, les arrestations de dimanche découlent d'une opération de police visant à identifier des personnes "potentiellement violentes et soupçonnées d'être liées à l'extrémisme islamiste".

Aucune arme ou explosif n'a été trouvé. La police a saisi des téléphones mobiles et des ordinateurs portables pour les analyser, a-t-il ajouté, confirmant les informations des médias belges RTBF et HLN.

Les messages échangés par les quatre suspects étaient "suffisamment inquiétants pour que l'on intervienne et que l'on procède à des perquisitions", a déclaré M. Van Der Sypt.

"Ce n'est pas qu'ils prévoyaient quelque chose pour demain, mais c'était suffisamment imminent pour intervenir", a-t-il ajouté.

La relative jeunesse des suspects a renforcé la méfiance des autorités. "Ils sont très flexibles. Si quelqu'un leur donne une arme, par exemple, les choses peuvent aller très, très vite. Nous ne voulons donc prendre aucun risque", a déclaré le porte-parole.

Les quatre suspects sont actuellement auditionnés et un juge d'instruction devra déterminer la suite à donner à l'affaire.

Les autorités belges restent sur le qui-vive depuis les attentats jihadistes de 2016 perpétrés par des kamikazes qui avaient fait 32 morts dans des explosions à l'aéroport de Bruxelles et dans le métro de la ville.

En octobre dernier, un Tunisien a abattu deux supporters de football suédois à Bruxelles avant d'être mortellement touché par la police.


Pakistan : Shehbaz Sharif, Premier ministre pour la deuxième fois

D'immenses posters de l'ancien premier ministre Nawaz Sharif (à gauche) et de son frère Shabaz Sharif sont affichés à l'entrée principale de leur résidence à Lahore, le 9 septembre 2007. (Photo Arif Ali AFP)
D'immenses posters de l'ancien premier ministre Nawaz Sharif (à gauche) et de son frère Shabaz Sharif sont affichés à l'entrée principale de leur résidence à Lahore, le 9 septembre 2007. (Photo Arif Ali AFP)
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  • Déjà chef du gouvernement d'avril 2022 à août 2023, Shehbaz Sharif, 72 ans, a été élu avec 201 voix contre 92 à Omar Ayub Khan, le candidat soutenu par l'ex-Premier ministre Imran Khan
  • Même si Imran Khan, une ancienne légende du cricket, n'avait pas été autorisé à se présenter aux élections, les candidats indépendants qu'il soutenait ont tout de même obtenu le plus grand nombre de sièges à l'Assemblée nationale

ISLAMABAD, Pakistan : Shehbaz Sharif est devenu dimanche pour la deuxième fois Premier ministre du Pakistan, en étant élu par l’Assemblée nationale issue des dernières législatives, dont le résultat avait été contesté avec virulence par les partisans d'Imran Khan.

Déjà chef du gouvernement d'avril 2022 à août 2023, Shehbaz Sharif, 72 ans, a été élu avec 201 voix contre 92 à Omar Ayub Khan, le candidat soutenu par l'ex-Premier ministre Imran Khan, trois semaines après les élections du 8 février, entachées de lourds soupçons de fraudes.

Ses premiers mots dimanche ont été pour son frère aîné, Nawaz Sharif, qui a déjà dirigé trois fois le pays et lui a, cette fois, laissé la place. «Je (le) remercie de m'avoir sélectionné pour ce poste», a-t-il déclaré devant l'Assemblée.

Emprisonné depuis août et condamné à de lourdes peines, Imran Khan affirme que le scrutin a été truqué de manière éhontée, à l'initiative de la puissante armée, afin d'empêcher son parti de revenir au pouvoir.

Pour reprendre le pouvoir, Shehbaz Sharif et son parti, la Ligue musulmane du Pakistan (PML-N), ont dû conclure un accord de coalition avec leur rival historique, le Parti du peuple pakistanais (PPP) de Bilawal Bhutto Zardari, et plusieurs autres petits partis.

En contrepartie, l'ancien président Asif Ali Zardari (2008-2013), époux de l'ancienne Première ministre assassinée Benazir Bhutto et père de Bilawal, a été désigné par le PPP candidat commun à la présidence.

La séance parlementaire de dimanche a été houleuse et marquée par des échanges d’invectives avec les partisans du très populaire Imran Khan, lequel avait précédé Shehbaz Sharif au poste de Premier ministre entre 2018 et 2022, avant d'être évincé par une motion de censure.

Shehbaz Sharif doit prêter serment lundi pour un mandat de cinq ans. Aucun Premier ministre au Pakistan n’est toutefois allé au terme des cinq années.

- Manipulations massives -

Même si Imran Khan, une ancienne légende du cricket, n'avait pas été autorisé à se présenter aux élections, les candidats indépendants qu'il soutenait ont tout de même obtenu le plus grand nombre de sièges à l'Assemblée nationale.

Son parti, le Pakistan Tehreek-e-Insaf (PTI), a malgré tout dénoncé des manipulations massives. Il a lancé des recours en justice, mais n’a quasiment aucune chance d'obtenir gain de cause.

Estimant avoir obtenu suffisamment de sièges pour être en mesure de gouverner seul, le PTI s'est refusé à toute alliance avec ses principaux rivaux, qu'il a qualifiés de «voleurs de mandat».

La nouvelle coalition au pouvoir ressemble fortement à celle qu'avait dirigée Shehbaz Sharif après avoir provoqué la chute d'Imran Khan. La PML-N s'était alors déjà associée au PPP, qui avait même occupé des postes ministériels.

Cette fois-ci, le PPP a laissé entendre qu'il se contenterait de soutenir le gouvernement Sharif, mais sans y entrer. Un revirement de dernière minute sur ce sujet n'est toutefois pas à exclure.

La composition du nouveau gouvernement devrait être annoncée dans les prochains jours.

La précédente coalition était restée en place jusqu'en août dernier. Conformément à la constitution, l'Assemblée nationale avait alors été dissoute et un gouvernement formé de technocrates avait été chargé de préparer les élections.

- Coalition fragile -

Sous le premier gouvernement Shehbaz, le Pakistan, profondément endetté et manquant de liquidités, avait frôlé le défaut de paiement, n'évitant le pire que grâce à un nouveau renflouement du Fonds monétaire international (FMI).

Un nouveau plan d'aide du FMI apparaît inévitable et devra être négocié dans les prochains mois, en échange de mesures d'austérité qui devraient se révéler une nouvelle fois très impopulaires.

Les 240 millions de Pakistanais ont été confrontés pendant plus d'un an à une inflation avoisinant les 30%, qui commence toutefois à baisser, et la croissance économique ne devrait pas dépasser les 2% en 2024, selon les projections du FMI.

Mais la légitimité contestée du gouvernement, la fragilité de sa coalition avec un PPP en mesure à tout moment de modifier les équilibres et l'opposition résolue du PTI rendent très compliquée la tâche de Shehbaz Sharif.

Nawaz Sharif était pressenti pour reprendre la tête du pays, après être rentré en octobre de quatre années d'exil à Londres. Mais la deuxième place de la PML-N au scrutin, malgré le soutien apparent de l’armée, l'en a finalement dissuadé.

Reconnu pour son sens du compromis mais parfois critiqué pour son indécision, Shehbaz Sharif devra maintenir la cohésion de son gouvernement et composer avec l'armée, dont l'ombre a lourdement pesé sur les élections.

Il devra aussi garantir la sécurité du pays, qui s'est dégradée ces derniers mois. Et il devra répondre aux exigences financières des provinces, dont celle du Pendjab (centre-est), la plus peuplée, dirigée par sa nièce Maryam Nawaz Sharif, qui a déjà énoncé un ambitieux programme en faveur des jeunes, des femmes et des minorités.

 


Canada: une soirée avec Trudeau et Meloni annulée pendant une manifestation pro-palestinienne

Le Premier ministre canadien Justin Trudeau accueille le Premier ministre italien Giorgia Meloni à Toronto, au Canada, le 2 mars 2024. (Photo Carlos Osorio, Pool AFP)
Le Premier ministre canadien Justin Trudeau accueille le Premier ministre italien Giorgia Meloni à Toronto, au Canada, le 2 mars 2024. (Photo Carlos Osorio, Pool AFP)
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  • Plus tôt dans la journée, les deux dirigeants du G7 avaient tenu une rencontre bilatérale au cours de laquelle ils ont discuté de plusieurs enjeux, dont la «crise très difficile au Moyen-Orient», selon Mme Meloni
  • L'entrée de certains invités à la réception a été bloquée par des manifestants opposés à la façon dont le Canada réagit dans le conflit entre Israël et le mouvement islamiste palestinien Hamas, au pouvoir dans la bande de Gaza

MONTRÉAL, Canada : Une soirée réunissant à Toronto le Premier ministre du Canada Justin Trudeau et son homologue italienne Giorgia Meloni a été annulée samedi pour des «raisons de sécurité», a indiqué le bureau de M. Trudeau, alors qu'une manifestation pro-palestinienne se déroulait près du lieu de l'événement.

Selon des médias canadiens, des centaines de manifestants pro-Palestiniens s'étaient rassemblés devant le Musée des beaux-arts de l'Ontario, en plein coeur de la métropole canadienne, où la soirée était organisée.

«L'événement a été annulé pour des raisons de sécurité», a indiqué tard dans la soirée à l'AFP Jenna Ghassabeh, attachée de presse du bureau du Premier ministre, sans fournir plus de détails.

Plus tôt dans la journée, les deux dirigeants du G7 avaient tenu une rencontre bilatérale au cours de laquelle ils ont discuté de plusieurs enjeux, dont la «crise très difficile au Moyen-Orient», selon Mme Meloni.

Selon la télévision publique CBC, l'entrée de certains invités à la réception a été bloquée par des manifestants opposés à la façon dont le Canada réagit dans le conflit entre Israël et le mouvement islamiste palestinien Hamas, au pouvoir dans la bande de Gaza. Entre 200 et 300 manifestants ont pris part à la contestation, selon le diffuseur canadien.

Des vidéos et photos circulant sur les réseaux sociaux montrent également une forte présence policière à proximité du musée.

La guerre déclenchée le 7 octobre par une attaque sans précédent menée par des commandos du Hamas infiltrés depuis Gaza dans le sud d'Israël a entraîné la mort d'au moins 1.160 personnes, en majorité des civils, selon un décompte de l'AFP réalisé à partir de données officielles israéliennes.

En représailles, Israël a juré «d'anéantir» le Hamas et lancé une vaste offensive terrestre et aérienne qui a fait plus de 30.300 morts à Gaza, en grande majorité des civils, selon le ministère de la Santé du Hamas.