Les forces ukrainiennes cèdent et se retirent du verrou stratégique de Severodonetsk

Bombardée par les forces russes depuis des semaines, Severodonetsk est une étape cruciale dans leur plan de conquête de l'intégralité du Donbass. (Photo : Anatolii Stepanov/AFP)
Bombardée par les forces russes depuis des semaines, Severodonetsk est une étape cruciale dans leur plan de conquête de l'intégralité du Donbass. (Photo : Anatolii Stepanov/AFP)
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Publié le Vendredi 24 juin 2022

Les forces ukrainiennes cèdent et se retirent du verrou stratégique de Severodonetsk

  • Bombardée par les forces russes depuis des semaines, Severodonetsk est une étape cruciale dans leur plan de conquête de l'intégralité du Donbass
  • Moscou, qui a envahi l'Ukraine le 24 février, concentre ses efforts militaires sur l'est et le sud depuis fin mars, lorsqu'elle a retiré ses troupes des environs de Kiev

KIEV : Les Ukrainiens ont donné l'ordre à leurs forces de se retirer de la ville de Severodonetsk, un verrou stratégique de l'est bombardé sans relâche par les Russes depuis des semaines, au lendemain de la validation par l'Union européenne de la candidature de Kiev.

"Les forces armées ukrainiennes vont devoir se retirer de Severodonetsk. Ils en ont reçu l'ordre", a déclaré vendredi matin sur Telegram Serguiï Gaïdaï, le gouverneur de Lougansk, où se situe Severodonetsk.

"Cela ne fait plus aucun sens de rester sur des positions qui ont été constamment bombardées depuis des mois", et alors que a ville a été "presque réduite en ruines" par les bombardements continuels, a-t-il expliqué.

"Toutes les infrastructures essentielles ont été détruites. 90% de la ville est endommagée, 80% des maisons devront être détruites", selon lui.

Bombardée par les forces russes depuis des semaines, Severodonetsk est une étape cruciale dans leur plan de conquête de l'intégralité du Donbass, un bassin industriel de l'est de l'Ukraine déjà en partie tenu par des séparatistes prorusses depuis 2014.

Moscou, qui a envahi l'Ukraine le 24 février, concentre ses efforts militaires sur l'est et le sud depuis fin mars, lorsqu'elle a retiré ses troupes des environs de Kiev.

Alors que le président ukrainien Volodymyr Zelensky prédit toujours une victoire "à coup sûr" face à l'armée russe, M. Gaïdaï avait préparé le terrain dans la nuit de jeudi à vendredi en évoquant un retrait de Severodonetsk.

"Sous le feu de bombardements incessants, nous avons subi trop de dommages et une retraite va peut-être être nécessaire", avait mis en garde ce responsable qui fait des points quotidiens sur la situation militaire dans le Donbass.

"Il reste 568 civils dans des abris à Azot", la zone industrielle de Severodonetsk, seul secteur de la ville restant encore aux mains des troupes ukrainiennes, a-t-il précisé.

«L'été sera chaud»

Un représentant des séparatistes prorusses, Andreï Marotchko, a indiqué vendredi sur Telegram que tous les villages de la zone Hirske Zolote, à quelques kilomètres au sud de Lyssytchansk, ville-jumelle de Severodonetsk située juste de l'autre côté de la rivière Donets, étaient sous contrôle russe ou pro-russe.

Dans une vidéo, on voit un homme en treillis militaire remplacer sur la mairie de Zolote le drapeau aux couleurs de l’Ukraine frappé du blason de Zolote pour  le remplacer par un drapeau rouge frappé du marteau et de la faucille

Signe des difficultés de l'Ukraine sur le théâtre des opérations, Pavlo Kyrylenko, le gouverneur de Donetsk, l'autre province du Donbass, située plus au sud, a affirmé jeudi à l'AFP que plus "aucune ville" de la zone placée sous son administration n'était "sûre" pour ses habitants, les combats y étant trop violents.

Des alertes anti-aériennes ont résonné dans la nuit de jeudi à vendredi dans plusieurs grandes villes ukrainiennes, de Donetsk à Odessa.

Dans le sud, fonctionnaire de l'administration d'occupation installée par la Russie à Kherson, a été tué vendredi dans un attentat, ont indiqué les autorités.

"C'était une attaque ciblée sur un collaborateur de l'administration civile et militaire, et qui l'a tué", a indiqué l'administration à l'agence russe Tass. La victime, Dmitri Savloutchenko, était en charge des sports et de la jeunesse dans la région de Kherson.

Ces dernières semaines, les forces ukrainiennes sont repassées à l'offensive dans la zone pour tenter de reprendre ces territoires perdus aux Russes au début de l'invasion. Et les les attaques visant des responsables de l'occupation se sont multipliées en parallèle.

La Russie a par ailleurs intensifié depuis plusieurs jours son offensive sur la grande ville de Kharkiv (nord).

Une équipe de l’AFP présente sur place a entendu de fortes explosions dans le centre-ville cette nuit, puis constaté sur place dans la matinée que l’Institut polytechnique de Kharkiv a été touché par plusieurs missiles. Toutes les vitres du bâtiment soviétique ont explosé et un immense gymnase en béton armé a été détruit. Son toit s’est partiellement effondré. Selon un militaire présent sur place qui n’a pas donné son identité, il n’y a pas eu de victime.

Les Russes "ont pensé qu’il y aurait peut-être quelque chose de militaire là-dedans mais ce n’était pas le cas", a-t-il dit. L’AFP n’a pas vu de matériel militaire à l’intérieur du bâtiment accessible à la presse. Dans le hall d’accueil de l’université, deux aquariums et leurs poissons vivants demeuraient intacts parmi les décombres.

Mises à mal par la puissance de feu de l'artillerie et de l'aviation russes, les forces ukrainiennes fondent désormais leurs espoirs sur l'arrivée d'armements lourds réclamés sans relâche aux alliés occidentaux, comme les lance-roquettes multiples américains Himars.

Le ministre de la Défense ukrainien, Oleksiï Reznikov, a annoncé jeudi, photo à l'appui, l'arrivée des premiers exemplaires de ces armements puissants et précis, quelques heures avant que la Maison Blanche n'annonce un nouveau volet d'aide militaire à Kiev, d'un montant de 450 millions de dollars.

"L'été sera chaud pour les occupants russes. Et le dernier pour certains d'entre eux", a-t-il menacé, sans préciser combien de ces batteries mobiles d'une portée de 80 km avaient été livrées à ce stade par les Américains.

«Victoire» politique

Réunie jeudi en sommet à Bruxelles, l'Union européenne a entériné la candidature de l'Ukraine, une étape hautement symbolique après quatre mois d'invasion russe.

La journée d'"aujourd'hui marque une étape cruciale sur votre chemin vers l'UE", "nous avons un avenir ensemble" a déclaré le président du Conseil européen Charles Michel sur Twitter, en félicitant le président ukrainien Volodymyr Zelensky.

Ce dernier, dans son allocution en visioconférence devant les représentants des Vingt-Sept, s'est félicité d'une "victoire" politique, que son peuple attendait selon lui depuis l'indépendance de la république soviétique d'Ukraine en 1991.

Plus tôt, le président russe Vladimir Poutine avait profité d'un sommet virtuel des Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) organisé le même jour que celui de Bruxelles, pour dénoncer les "actions égoïstes" des pays occidentaux et appeler à un leadership des Brics pour "créer un système réellement multipolaire", un leitmotiv de la rhétorique du Kremlin.

Bloqués depuis des années dans l'antichambre de l'UE, les pays des Balkans occidentaux déjà candidats à l'adhésion n'ont de leur côté pas caché leur amertume face à la longueur des procédures.

Plusieurs représentants des Etats membres ont averti que les Ukrainiens ne devaient "pas se faire d'illusions" sur une adhésion rapide. M. Macron avait ainsi estimé en mai qu'une adhésion de Kiev prendrait "des décennies".


Trump nomme Tony Blair et Marco Rubio à son Conseil de la paix pour Gaza

L'ancien Premier ministre britannique Tony Blair. (AFP/Archives)
L'ancien Premier ministre britannique Tony Blair. (AFP/Archives)
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  • Donald Trump a dévoilé la composition du Conseil de la paix pour Gaza, qu’il présidera, avec notamment Marco Rubio, Tony Blair et plusieurs figures politiques et économiques américaines
  • Ce Conseil doit superviser la mise en œuvre de la phase 2 du plan Trump pour Gaza, incluant le désarmement du Hamas, le retrait israélien progressif et le déploiement d’une force internationale, dans un contexte de cessez-le-feu fragile

WASHINGTON: Donald Trump a dévoilé vendredi la liste de membres du Conseil de la paix pour Gaza, qu'il présidera et auquel siégeront en particulier le chef de la diplomatie américaine Marco Rubio et l'ancien Premier ministre britannique Tony Blair.

Cette présentation intervient deux jours après que Steve Witkoff, son émissaire, a annoncé le lancement de la phase 2 du plan Trump visant à mettre fin à la guerre dans le territoire, après trois mois de fragile cessez-le feu obtenu le 10 octobre sous la pression de Washington.

Cette deuxième phase prévoit le désarmement du Hamas, le retrait progressif des troupes israéliennes de la bande de Gaza et le déploiement de la Force internationale de stabilisation, selon les termes de ce plan endossé par le Conseil de sécurité de l'ONU en novembre.

Le Conseil de la paix doit superviser ce processus ainsi que le comité palestinien temporaire et technocratique composé de 15 personnalités formées pour administrer temporairement la bande de Gaza.

Outre MM. Blair et Rubio, il compte M. Witkoff ainsi que le gendre du président américain Jared Kushner, homme d'affaires et médiateur officieux du gouvernement Trump, ou encore le président de la Banque mondiale Ajay Banga, a indiqué M. Trump dans un communiqué.

La liste de sept personnalités - dont cinq Américains - composant ce que la Maison Blanche appelle le "founding executive board" comprend aussi Marc Rowan, un milliardaire patron du fonds d'investissement Apollo Global Management, et Robert Gabriel, un conseiller de Donald Trump.

Chacun d'eux va "superviser un secteur défini, nécessaire à la stabilisation et au succès à long terme de Gaza, ce qui inclut la mise en place de structures de gouvernement, les relations régionales, la reconstruction, l'attractivité pour les investissements, le financement à grande échelle et la mobilisation de capital", selon le communiqué.

- Reconstruction -

M. Trump avait annoncé dès octobre la présence de M. Blair dans son futur Conseil de la paix, mais des doutes avaient émergé quant à la participation effective de l'ex-dirigeant face à la vive opposition de pays arabes en raison de son soutien à l'invasion américaine de l'Irak en 2003.

Donald Trump avait promis, avec son emphase habituelle, le "plus grand et prestigieux conseil jamais assemblé".

Le diplomate bulgare Nickolay Mladenov, que l'on savait destiné à un rôle important, sera Haut représentant pour Gaza, a annoncé la Maison Blanche. Et le général américain Jasper Jeffers dirigera la Force internationale de stabilisation dans le territoire palestinien.

Le déploiement de cette force, prévu par le plan Trump, doit permettre d'aider à sécuriser Gaza et de former des unités de police palestiniennes.

Les travaux de reconstruction "s'appuieront essentiellement" sur le plan égyptien arabo-islamique, a affirmé le président du comité palestinien, Ali Shaath, ingénieur et ancien vice-ministre palestinien, dans un entretien à la chaîne de télévision égyptienne al-Qahera News, réputée proche des services de renseignement égyptiens.

Ce plan avait été adopté en mars 2025, avec le soutien des pays européens, en réponse au projet alors avancé par M. Trump d'une prise de contrôle du territoire palestinien par les Etats-Unis pour en faire la "Riviera du Moyen-Orient" après en avoir expulsé les habitants.

Sur le terrain, l'armée israélienne a affirmé avoir mené jeudi des frappes en riposte à des tirs plus tôt cette semaine contre ses troupes dans le sud du territoire palestinien, qu'elle a qualifiés de "violation flagrante" du cessez-le-feu.

Dans un communiqué, le Hamas a de son côté accusé Israël d'avoir commis une "nouvelle violation" du cessez-le-feu avec ces raids, qui ont fait au moins sept morts selon la Défense civile de Gaza, une organisation de premiers secours opérant sous son autorité.

Le Hamas avait rejeté en octobre la création du Conseil de la paix pour Gaza, un de ses hauts responsables, Osama Hamdan, dénonçant un retour "à l'ère des mandats et du colonialisme".


Washington sanctionne des Iraniens accusés d'orchestrer la répression des manifestants

M. Larijani "coordonne la réponse aux manifestations au nom du Guide suprême de l'Iran et a publiquement appelé les forces de sécurité iraniennes à recourir à la force pour réprimer les manifestants pacifiques", écrit le ministère dans un communiqué. (AFP)
M. Larijani "coordonne la réponse aux manifestations au nom du Guide suprême de l'Iran et a publiquement appelé les forces de sécurité iraniennes à recourir à la force pour réprimer les manifestants pacifiques", écrit le ministère dans un communiqué. (AFP)
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  • Est en particulier visé Ali Larijani, à la tête de la plus haute instance de sécurité en Iran en tant que secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale
  • M. Larijani "coordonne la réponse aux manifestations au nom du Guide suprême de l'Iran et a publiquement appelé les forces de sécurité iraniennes à recourir à la force pour réprimer les manifestants pacifiques"

WASHINGTON: Le gouvernement américain a annoncé jeudi des sanctions économiques à l'encontre de plusieurs responsables sécuritaires iraniens accusés de coordonner la répression des manifestations dans le pays.

"Les dirigeants iraniens ont répondu brutalement aux manifestations pacifiques par des actes de violence, allant de tueries massives dans les rues à des attaques contre des victimes blessées et des hôpitaux", a dénoncé dans un message vidéo le ministre américain des Finances, Scott Bessent.

En réponse, le Trésor impose une nouvelle série de sanctions économiques contre les intérêts iraniens.

Est en particulier visé Ali Larijani, à la tête de la plus haute instance de sécurité en Iran en tant que secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale.

M. Larijani "coordonne la réponse aux manifestations au nom du Guide suprême de l'Iran et a publiquement appelé les forces de sécurité iraniennes à recourir à la force pour réprimer les manifestants pacifiques", écrit le ministère dans un communiqué.

Sont aussi sanctionnés quatre responsables sécuritaires opérant à l'échelle régionale en Iran.

"Notre message au peuple iranien est clair: vos revendications sont légitimes. Vous manifestez pour une noble cause", a déclaré le ministre Bessent dans la vidéo.

"Notre message aux dirigeants iraniens est également clair", a-t-il continué.

"Le Trésor américain sait que, tels des rats qui quittent un navire en perdition, vous transférez frénétiquement les fonds volés aux familles iraniennes vers des banques et des institutions financières à travers le monde. Soyez assurés que nous les traquerons, et vous avec."

Les sanctions américaines entraînent le gel de l'ensemble des avoirs détenus aux Etats-Unis par les personnes et entités visées.

Elles interdisent aussi à toute entreprise ou citoyen américain de faire des affaires avec elles, au risque d'être à leur tour frappés par des sanctions.


«Continuez à manifester», «l'aide est en route», lance Donald Trump aux Iraniens

Les liaisons téléphoniques internationales, coupées depuis vendredi, ont été rétablies mardi depuis l'Iran vers l'étranger mais restent précaires, selon un journaliste de l'AFP à Téhéran.  Dans la capitale, les forces de sécurité ont été mardi moins visibles aux principaux carrefours de Téhéran, a-t-il constaté. (AFP)
Les liaisons téléphoniques internationales, coupées depuis vendredi, ont été rétablies mardi depuis l'Iran vers l'étranger mais restent précaires, selon un journaliste de l'AFP à Téhéran. Dans la capitale, les forces de sécurité ont été mardi moins visibles aux principaux carrefours de Téhéran, a-t-il constaté. (AFP)
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  • La Maison Blanche avait affirmé lundi que la possibilité de frappes aériennes était toujours sur la table, mais que la diplomatie demeurait "la première option"
  • Donald Trump a par ailleurs annoncé des sanctions contre les partenaires commerciaux de l'Iran - des droits de douane de 25% prenant effet "immédiatement

PARIS: Donald Trump a encouragé mardi les manifestants en Iran à renverser les institutions et a promis que "l'aide" arrivait, Téhéran dénonçant de son côté des "troubles orchestrés" pour servir de prétexte à une intervention militaire américaine.

"CONTINUEZ A MANIFESTER - PRENEZ LE CONTROLE DE VOS INSTITUTIONS!!!", a écrit le président américain sur son réseau Truth social, soulignant que "beaucoup d'aide est en route".

Le président américain a menacé plusieurs fois d'intervenir militairement depuis le début le 28 décembre du mouvement, l'un des plus vastes depuis la proclamation de la République islamique en 1979.

La mission iranienne à l'ONU a accusé mardi les Etats-Unis de chercher à renverser le régime par la force, "des troubles orchestrés et le chaos servant de modus operandi pour fabriquer un prétexte à une intervention militaire".

Fils de l'ancien chah d'Iran chassé du pouvoir en 1979 et figure de l'opposition iranienne en exil aux Etats-Unis, Reza Pahlavi a assuré mardi aux manifestants que "le monde n'a pas seulement vu et entendu votre voix et votre courage, maintenant il répond".

La répression a fait au moins 734 morts selon l'ONG Iran Human Rights (IHR) basée en Norvège, qui estime toutefois que le nombre réel de morts pourrait s'élever à plusieurs milliers.

Des rapports crédibles font état "de tueries à grande échelle menées par les forces de sécurité à travers le pays", affirme également l'ONG Human Rights Watch.

De nouvelles vidéos, authentifiées par l'AFP, sont apparues sur les réseaux sociaux montrant des dizaines de corps alignés dans une mosquée au sud de la capitale iranienne.

"Tirs au hasard" 

Les condamnations internationales ont afflué mardi: l'ONU s'est dit "horrifiée" et la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a dénoncé un bilan "effroyable" et dit plancher sur de nouvelles sanctions contre Téhéran.

L'UE et des capitales européennes ont convoqué les ambassadeurs iraniens pour dénoncer la "répression la plus brutale et la plus sanglante contre des manifestations" depuis des années, selon Londres.

La Maison Blanche avait affirmé lundi que la possibilité de frappes aériennes était toujours sur la table, mais que la diplomatie demeurait "la première option".

Donald Trump a par ailleurs annoncé des sanctions contre les partenaires commerciaux de l'Iran - des droits de douane de 25% prenant effet "immédiatement".

L'Iran reste privé d'internet depuis le 8 janvier. Des défenseurs des droits humains accusent Téhéran de chercher ainsi à masquer la répression.

L'IHR évoque 10.000 arrestations.

"La violence augmente, les arrestations aussi. Les oppresseurs tirent au hasard", relate Kian Tahsildari à Istanbul, relayant le témoignage d'amis à Mashad (nord-est de l'Iran).

Téhéran "prêt à toute éventualité" 

Les liaisons téléphoniques internationales, coupées depuis vendredi, ont été rétablies mardi depuis l'Iran vers l'étranger mais restent précaires, selon un journaliste de l'AFP à Téhéran.

Dans la capitale, les forces de sécurité ont été mardi moins visibles aux principaux carrefours de Téhéran, a-t-il constaté.

Les médias d'Etat diffusent en boucle des images des dégâts et rendent hommage aux membres des forces de sécurité tués.

Les autorités iraniennes ont annoncé la tenue mercredi d'une cérémonie funéraire géante à Téhéran en l'honneur des "martyrs" des derniers jours, en référence essentiellement à ceux-ci.

Depuis le début du mouvement, initialement lié au coût de la vie, le pouvoir dit comprendre les revendications portant sur des questions économiques mais accuse des "émeutiers" pilotés par l'étranger d'être à l'origine des violences.

Mardi, le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, a affirmé sur Al Jazeera que la décision de couper l'internet avait été prise en raison "d'opérations terroristes" dont "les ordres venaient de l'étranger".

"Nous sommes préparés pour toute éventualité et nous espérons que Washington fera un choix guidé par la sagesse. Peu importe quelle option ils choisiront, nous y sommes prêts", a-t-il ajouté.

Agé de 86 ans, l'ayatollah Khamenei a déjà été confronté à d'importants défis, notamment durant la guerre de 12 jours avec Israël en juin 2025, déclenchée par une attaque massive contre les installations militaires et nucléaires iraniennes.

Mais ces manifestations "représentent sans doute le défi le plus sérieux" pour le guide suprême "depuis des années, tant par leur ampleur que par leurs revendications politiques de plus en plus explicites", relève Nicole Grajewski, professeure au Centre de recherches internationales de Sciences Po.

Des analystes jugent cependant prématuré de prédire dans l'immédiat la chute du pouvoir théocratique iranien, soulignant que la République islamique dispose de solides leviers répressifs, à commencer par le Corps des Gardiens de la Révolution.