Festival Days Off, exigence et différence

Dans cette photo d'archive prise le 15 juillet 2017, la chanteuse française Camille Dalmais alias Camille se produit sur scène lors de la troisième journée de la 26e édition du festival de musique "Vieilles Charrues", à Carhaix-Plouguer, dans l'ouest de la France. FRED TANNEAU / AFP
Dans cette photo d'archive prise le 15 juillet 2017, la chanteuse française Camille Dalmais alias Camille se produit sur scène lors de la troisième journée de la 26e édition du festival de musique "Vieilles Charrues", à Carhaix-Plouguer, dans l'ouest de la France. FRED TANNEAU / AFP
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Publié le Jeudi 30 juin 2022

Festival Days Off, exigence et différence

  • Le festival Days Off (2-13 juillet) marque sa singularité à la Philharmonie de Paris
  • Après une annulation en 2020 et un festival 2021 réduit pour cause de crise sanitaire, cette 12e édition est celle «du plaisir retrouvé»

PARIS: Jarvis Cocker et ses perles de pop française, Camille et ses spectateurs pour instruments, relève et vétéran du hip-hop sur le toit: le festival Days Off (2-13 juillet) marque sa singularité à la Philharmonie de Paris.

Après une annulation en 2020 et un festival 2021 réduit pour cause de crise sanitaire, cette 12e édition est celle "du plaisir retrouvé, avec l'ADN de Days Off, entre têtes d'affiche internationales, créations, ouverture sur la musique contemporaine et croisement d'esthétiques", synthétise pour l'AFP Vincent Anglade, programmateur.

Il y aura notamment le dandy anglais préféré des Français, Jarvis Cocker, pour un "concert unique dans tous les sens du terme" comme le dit le responsable. D'abord parce que le leader de Pulp jouera pour la seule fois sur scène son album "Chansons d'ennui Tip-Top", composé dans le cadre du film "The French Dispatch" de Wes Anderson. Et qu'il sera entouré d'une section de cordes.

"Chansons d'ennui" est "un titre un peu trompeur, ça n'a rien d'ennuyeux, ça se rapporte à la ville fictive d'Ennui-sur-Blasé", comme le souligne Vincent Anglade. Cocker a en réalité livré une "B.O. imaginaire en hommage à la pop française en reprenant plein de classiques, c'est assez touchant".

Un autre concept fait saliver avec la chanteuse Camille. "Lalàlive" est "une expérience participative ouverte aux familles, aux enfants (à partir de 8 ans)". "C'est une des grosses marques de fabrique de Camille: faire chanter les gens. Mais elle a poussé le truc encore plus loin, il n'y a plus d'orchestre, tout se fait a capella avec le public".

Intense Kae Tempest

Pour Days Off, le public sera autour de Camille et d'autres chanteurs professionnels, à 360°. Des groupes de personnes seront formés par ces chanteurs en fonction des tessitures et quelques exercices vocaux. "Le concert se créée avec les spectateurs, chaque groupe est pris en charge par un chanteur pro, c'est participatif de A à Z", déroule le programmateur.

Days Off a ses habitués. C'est le cas de l'artiste britannique venu en 2017 en tant que Kate Tempest (en ouverture du groupe de rock de filles Savages, sous le regard de l'écrivaine Virginie Despentes dans la salle) et qui revient débarrassé de tout genre sous le nom de Kae Tempest.

Reste la même intensité entre slam, rap, chant et poésie, comme le prouve "The line is a curve", un des albums de l'année. "Kae nous passionne à la Philharmonie, son champ esthétique s'élargit d'année en année, on a envie d'aller plus loin, on espère que ce sera une étape pour d'autres projets", confie Vincent Anglade.

Et puis, il y a la soirée "Toi, toi, mon toit", concert-apéro sur le toit de la Philharmonie au coucher du soleil, instauré il y a une poignée d'années. La prestation dans ce cadre de Laurent Garnier, en 2019, a déjà marqué la jeune histoire de Days Off.

Ce DJ culte se produisit dans le sillage de l'exposition consacrée à l'électro cette année-là à la Philharmonie. Cette fois, l'expo phare, c'est "Hip-Hop 360" (jusqu'au 24 juillet): place à la culture rap, entre la relève -- Andy 4000, Edge -- et la mémoire, Solo, membre fondateur d'Assassin, groupe pionnier oublié dans l'ombre de NTM et IAM.


En Chine, l'acupuncture c'est aussi... pour chiens et chats

Cette photo prise le 12 avril 2022 montre le vétérinaire Li Wen caressant un chien pendant un traitement d'acupuncture dans une clinique pour animaux à Pékin. (Photo de WANG ZHAO / AFP)
Cette photo prise le 12 avril 2022 montre le vétérinaire Li Wen caressant un chien pendant un traitement d'acupuncture dans une clinique pour animaux à Pékin. (Photo de WANG ZHAO / AFP)
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  • Pour établir son diagnostic, le vétérinaire examine la corpulence de l'animal, ses yeux, la couleur de sa langue, prend son pouls et pose des questions au maître
  • Il plante ensuite ses aiguilles au niveau de points d'acupuncture spécifiques aux chiens et chats

PÉKIN : Solidement sanglé, un caniche regarde avec inquiétude un vétérinaire lui planter de fines aiguilles dans le dos et les pattes: l'acupuncture pour chiens et chats séduit en Chine un nombre croissant de maîtres.

Même les lapins sont les bienvenus dans ce cabinet de médecine traditionnelle chinoise de Pékin, qui voit défiler du matin au soir des bêtes à poil de différentes tailles.

Principale motivation des maîtres: offrir à leur animal un traitement moins invasif et avec moins d'effets secondaires que la médecine classique.

«L'avantage de la médecine traditionnelle chinoise, c'est qu'il n'y a pas d'opération chirurgicale. Donc la souffrance et la convalescence de l'animal sont réduites», déclare Zhai Chunyu, 38 ans, venu avec Duniu, son caniche toy.

Agé de trois ans, il souffre de la maladie de Legg-Calvé-Perthes, qui atteint la tête et le col du fémur et conduit à leur tassement avec arthrose, douleur et claudication.

«Il avait tellement mal qu'il ne pouvait plus poser la patte au sol» et «n'avait plus d'appétit», explique M. Zhai, qui travaille dans la finance.

«Un médecin m'avait conseillé de faire une ablation de cette tête du fémur. Mais je ne voulais pas, car j'ai un autre caniche qui est passé par là et il a beaucoup souffert de l'opération et des séquelles.»

- Flûte de bambou -

Un ami lui conseille alors d'essayer l'acupuncture dans ce cabinet, ouvert en 2016 par le vétérinaire Li Wen, 68 ans.

«Après cinq-six séances, on a vu les résultats. Duniu arrive à marcher et même un peu à courir maintenant», se félicite son maître.

Pour établir son diagnostic, le vétérinaire examine la corpulence de l'animal, ses yeux, la couleur de sa langue, prend son pouls et pose des questions au maître.

Il plante ensuite ses aiguilles au niveau de points d'acupuncture spécifiques aux chiens et chats.

«Sur 10 animaux que je reçois en moyenne chaque jour, il y en a toujours un ou deux qui se rebiffent», explique Li Wen, 46 ans de métier.

«Il faut communiquer avec eux, les traiter avec douceur, les rassurer sur le fait qu'on n'est pas là pour leur faire du mal.»

Pour contribuer à leur détente, il diffuse une musique douce de flûte de bambou et de gazouillis d'oiseaux.

- «Paralysé» -

Comme pour les humains, une fois les aiguilles plantées, le vétérinaire stimule les points avec une lampe chauffante dans laquelle ont été placés des disques d'armoise - une plante. C'est ce qu'on appelle la «moxibustion».

Elle est censée permettre, en complément de l'acupuncture, de réduire les rhumatismes ainsi que les douleurs musculaires et articulaires.

Le vétérinaire s'occupe principalement de cas de paralysie, de faiblesse des membres, d'épilepsie, de douleur et de rétention urinaire.

L'acupuncture peut également servir lorsqu'il n'existe pas d'autre traitement.

Comme pour Xiaomei, un labrador mâle de 12 ans atteint d'une compression des nerfs au niveau des lombaires et d'un bec de perroquet à un os.

«En septembre dernier, après avoir nagé, il n'est pas arrivé à se remettre debout sur ses pattes. Un vétérinaire nous a alors annoncé que c'était impossible de traiter et qu'il deviendrait paralysé», explique à l'AFP sa maîtresse Ma Li, 41 ans.

«Grâce à l'acupuncture, il a encore des difficultés mais peut marcher normalement et même courir», se félicite-t-elle.

Tarif moyen de la séance: de 360 à 390 yuans (de 52 à 57 euros) selon les forfaits, ce qui reste acceptable pour la plupart des maîtres pékinois.

- Vaches et poules -

«La première fois, il avait peur et a juste supporté pendant cinq minutes», explique Yang Lihua, une retraitée de 65 ans venue avec Niannian, son pékinois atteint d'une hernie discale.

«Maintenant, il adore ça! Après la séance, il est tellement détendu qu'il dort dans la voiture sur le chemin du retour.»

L'acupuncture pour animaux est vieille d'environ six siècles en Chine, selon le professeur Li.

Elle était tout d'abord utilisée pour les vaches, moutons, chevaux, lapins ou encore les poules. Son application pour les chiens et chats est plus récente.

«La médecine traditionnelle chinoise n'a pas vocation à remplacer la médecine classique» car «les deux ont leurs atouts» et sont «complémentaires», tient à souligner le professeur Li.

Le marché de l'acupuncture pour animaux reste limité pour le moment.

«Mais depuis 2016, il gagne en popularité», explique le professeur Li.

«Avec l'élévation du niveau d'études, des conditions de vie et des revenus, de plus en plus de gens se rendent compte des bénéfices de cette médecine.»

A côté, l'imposant labrador de Mme Ma bondi sur le siège arrière de la voiture de sa maîtresse après sa séance, l'air ravi et la langue pendante: «Il n'a pas l'air heureux?», sourit-elle.


Sempé et Goscinny, les blessures des papas du «Petit Nicolas»

L'illustrateur français de livres pour enfants Jean-Jacques Sempe à Paris (Photo, AFP).
L'illustrateur français de livres pour enfants Jean-Jacques Sempe à Paris (Photo, AFP).
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  • «Le Petit Nicolas, qu'est-ce qu'on attend pour être heureux ?»
  • Lorsqu'il rencontre Sempé dans le Paris des années 1950, Goscinny est un jeune homme qui a déjà roulé sa bosse

PARIS: Un gamin battu, monté à Paris, ses croquis sous le bras, et un exilé dont la famille a été meurtrie par l'antisémitisme : pour René Goscinny comme pour Sempé, décédé jeudi, créer le "Petit Nicolas" fut un moyen de panser les plaies d'une enfance cabossée.

Hasard du calendrier, le processus créatif à l'origine du plus célèbre des petits écoliers, héros incontournable de la littérature jeunesse, et désormais doublement orphelin, après la mort jeudi de Sempé, est au cœur d'un film d'animation qui doit sortir le 12 octobre en salles.

"Le Petit Nicolas, qu'est-ce qu'on attend pour être heureux ?", pour lequel les réalisateurs Amandine Fredon et Benjamin Massoubre ont rencontré Sempé avant son décès, a remporté en juin le Cristal d'Or au Festival du film d'animation d'Annecy.

Loin de la France idéalisée des années 1950 retracée dans leurs ouvrages communs, il montre comment les deux hommes ont puisé l'inspiration dans leurs blessures intimes pour créer le petit garçon espiègle, meilleur copain de générations de lecteurs et vendu à 15 millions d'exemplaires.

Lorsqu'il rencontre Sempé dans le Paris des années 1950, Goscinny est un jeune homme qui a déjà roulé sa bosse : parti tout petit à la fin des années 1920 en Argentine avec ses parents alors que l'antisémitisme montait en Europe, il a ensuite bourlingué entre les États-Unis où il rêve de travailler avec Walt Disney, et rencontre notamment Morris, le créateur de Lucky Luke, et la France.

Sempé, lui, est un gamin issu d'une famille populaire de Bordeaux, battu par son beau-père et monté à Paris, carton à dessin sous le bras, pour tenter sa chance. L'amour du dessin n'est donc pas la seule chose qui relie les deux jeunes hommes.

La création du "Petit Nicolas", "c'est une histoire de résilience, de deux mecs qui se sont fait voler leur enfance, l'un par la Shoah et l'autre par un beau-père abusif, et qui vont créer cette enfance rêvée du Petit Nicolas", expliquait à l'AFP Benjamin Massoubre, l'un des coréalisateurs, lors du Festival d'Annecy.

«Dur de faire du Sempé»

L'occasion de montrer autrement ces deux personnalités complices, crayon à la main, tantôt chez eux, tantôt à la terrasse d'un café : "Goscinny, très loin de son image de franchouillard en pantoufles, est un globe-trotteur", Sempé en amoureux du jazz et de la musique.

Les premiers croquis, le choix du prénom, presque au hasard, grâce à une publicité pour le caviste "Nicolas"... Le film retrace la genèse de ce qui deviendra l'une des œuvres les plus lues du patrimoine français.

Les réalisateurs, qui ont travaillé main dans la main avec la fille de René Goscinny, Anne, ont pu exploiter les archives des artistes. Et recréer fidèlement le trait élégant de Jean-Jacques Sempé, qu'il a fallu adapter à l'écran, une gageure.

"Pour être fidèles à son univers, on est partis de ses dessins et on a fait des dossiers : les restaurants, les bars, les parcs, les arbres", pour constituer une base de données dans lesquels les dessinateurs puisaient, explique Amandine Fredon, l'autre réalisatrice.

"C'est très dur de faire du Sempé", reconnaît la cinéaste. Mais le pari est réussi : le film, désormais en forme d'adieu, permettra aux spectateurs de s'asseoir comme s'ils y étaient à la table où Jean-Jacques Sempé, crayon à la main, a créé ce petit garçon qui parlait tellement à l'enfant malheureux qu'il avait été.


La Street Parade fait vibrer Zurich après deux éditions annulées

Les participants assistent à la 29e édition de la Street Parade, une célébration de la musique techno qui rassemble plusieurs centaines de milliers de ravers et fans de musique électronique, le long du lac de Zurich le 13 août 2022 (Photo, AFP).
Les participants assistent à la 29e édition de la Street Parade, une célébration de la musique techno qui rassemble plusieurs centaines de milliers de ravers et fans de musique électronique, le long du lac de Zurich le 13 août 2022 (Photo, AFP).
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  • La dernière édition en 2019 avait réuni environ 850 000 personnes, et les organisateurs en attendent cette année entre 750 000 et un million
  • Lancée en 1992, la Street Parade de Zurich est la plus importante fête techno d'Europe

ZURICH : Des centaines de milliers de personnes ont vibré samedi au rythme de la musique techno à Zurich, la plus grande ville suisse, à l'occasion de la première Street Parade organisée depuis la Covid.

"Je n'ai pas les mots justes pour décrire l'atmosphère, c'est fantastique, tous les gens ont tellement envie de faire la fête. Vous pouvez le sentir, vous pouvez sentir la vibration dans l'air", lance Patrick, 26 ans, étudiant en master à Zurich, fleurs et lunettes multicolores sur la tête.

La dernière édition en 2019 avait réuni environ 850 000 personnes, et les organisateurs en attendent cette année entre 750 000 et un million.

Longue d'environ 2km, la route qu'emprunte ce défilé haut en couleur est la même que les années précédentes, le long du lac qui longe Zurich, ville connue pour ses banques et assurances mais aussi pour sa contre-culture.

Les berges de Zurich ont été prises d'assaut, de nombreux participants se jetant dans le lac pour s'amuser ou se rafraichir.

En début d'après-mi, un homme qui avait sauté dans la zone proche de la Street Parade n'est pas remonté à la surface. Alertés, les sauveteurs l'ont repêché mais il était trop tard, a indiqué la police zurichoise qui ne peut pas dire pour l'instant si la victime était un des fêtards.

Clou de la manifestation, trente "Love Mobiles", des camions décorés de manière colorée et remplis de fêtards, traversent au pas l'itinéraire, sous le soleil.

Outre ces scènes mobiles, huit scènes situées le long du parcours complètent l'offre variée de musique électronique avec des DJ internationaux, qui vont faire vibrer la capitale économique suisse jusqu'à minuit, parmi lesquels Adriatique, Anna Tur, Ida Engberg, Reinier Zonneveld et Syreeta.

De jeunes artistes apportent également leurs sons et rythmes. Au total, plus de 200 DJ venus du monde entier vont se produire lors cette 29e édition de la Street Parade. Tous, qu'ils soient des stars mondiales ou pas, se produisent gratuitement.

Une tradition

Après deux années marquées par la pandémie, les organisateurs ont placé la manifestation sous le slogan "THINK.", voulant "inciter à la réflexion".

"Celui qui pense acquiert des connaissances et le savoir est la clé d'une cohabitation pacifique, tolérante et durable", ont-ils indiqué.

Lancée en 1992, la Street Parade de Zurich est la plus importante fête techno d'Europe depuis que la Love Parade allemande n'est plus organisée.

Seules les éditions 2020 et 2021 avaient dû être annulées par les autorités en raison de la pandémie de Covid-19.

Syphax BenFifi, un Français installé en Suisse, n'a pas caché sa joie de pouvoir retrouver la Street Parade, à laquelle il participe chaque année.

Venu en bande avec d'autres Français installés dans la région mais tous originaires d'Alsace, ils avaient un déguisement de léopard: "C'est un peu une tradition... les gens sont tellement magnifiques, ils sont trop bien déguisés à chaque fois, et l'ambiance est trop bien à chaque fois, du coup à chaque fois on vient", a-t-il dit à l'AFP.

D'une petite fête en 1992 avec seulement 1 000 fans de techno, l'événement s'est mué au fil des ans en un festival réputé dans toute l'Europe.

En 1994, Zurich avait souhaité interdire le défilé.

"La parade est trop grande, trop bruyante et elle salit les rues de la ville. Par ailleurs, elle n'intéresse qu'une fraction infime de la population", avait fait valoir le chef de la police zurichoise, Robert Neukomm.

Sous l'énorme pression politique et publique, l'autorisation sera finalement octroyée. Résultat: la Street Parade de 1994 verra déambuler une masse de 30 000 personnes, sans compter près de 10 000 spectateurs spontanés venus voir la manifestation, selon les organisateurs.