L'Irak aurait un an pour réformer son économie, sous peine de "choc irréversible"

Le ministre irakien des Finances, Ali Allawi, lors d'un entretien à sa résidence à Bagdad, le 22 juin 2020. (AHMAD AL-RUBAYE/AFP)
Le ministre irakien des Finances, Ali Allawi, lors d'un entretien à sa résidence à Bagdad, le 22 juin 2020. (AHMAD AL-RUBAYE/AFP)
Short Url
Publié le Jeudi 16 juillet 2020

L'Irak aurait un an pour réformer son économie, sous peine de "choc irréversible"

  • Le ministre des Finances Ali Allawi estime que Bagdad fait face à « une crise économique existentielle » et appelle à « des réformes inévitables »
  • Pour les 40 millions d'Irakiens, il faudra passer par une sévère austérité qui pourra durer "jusqu'à deux ans", assure le ministre

BAGDAD- Sans des réformes majeures sous un an, l'économie irakienne va subir "des chocs irréversibles", a prévenu lundi le ministre des Finances Ali Allawi, dans un entretien accordé à l'AFP.

Affirmant que "les réformes étaient inévitables", l’universitaire de 73 ans, en poste depuis un mois et demi, a estimé que la situation était "pire" aujourd'hui, car Bagdad fait face à « une crise économique existentielle ».

Les projections annoncent en effet une contraction de l'économie irakienne de 10% cette année. Les revenus du pays ont été divisés par deux avec la récente chute des cours du pétrole, et un baril qui est passé de 50 dollars à une vingtaine de dollars. 

A l'époque, le prix du baril de pétrole était quasiment équivalent à environ 35 dollars, mais le nombre de fonctionnaires payés par l'Etat irakien n'atteignait pas un million. Aujourd'hui, ils sont plus de quatre millions et autant d'autres Irakiens perçoivent des retraites et autres pensions de l'Etat, pour un montant mensuel d'environ quatre milliards d'euros.

Comptes vides et "extraterrestres"

Selon M. Allawi, le gouvernement devrait payer à temps les salaires de juin et juillet en empruntant aux banques d'Etat.

"Cela est faisable jusqu'à un certain degré, au-delà, nous nous exposons à des risques graves", a-t-il toutefois prévenu.

Face à ces dépenses qui n'ont fait que gonfler au fil des ans, le gouvernement a trouvé, selon M. Allawi, des caisses vides, 17 ans après l'invasion américaine qui a renversé Saddam Hussein et mis en place un nouveau système politique, rongé par le clientélisme, et qui a placé l'Irak en queue de peloton mondial en termes de corruption.

"Un gouvernement a habituellement sur ses comptes de quoi assurer un mois et demi à deux mois de dépenses en cas d'urgence", a assuré M. Allawi depuis son domicile à Bagdad. "Je m'attendais à trouver entre 7,5 et 10 milliards d'euros, il n'y en avait qu'un milliard et demi de disponible".

Aujourd'hui, pour les experts -dont M. Allawi, un temps passé par la Banque mondiale-, c'est tout le système de financement du deuxième producteur de l'Opep qui doit être révisé. Pour les 40 millions d'Irakiens, il faudra d'abord passer par une sévère austérité, qui pourra durer "jusqu'à deux ans", a-t-il assuré. 

Surtout, les autorités vont faire le tri dans la liste des fonctionnaires et pensionnés, dont certains cumulent les allocations publiques, et en retirer les "extraterrestres", mot d'argot irakien utilisé pour désigner ces fonctionnaires dont les noms figurent sur les listes de salaires à verser mais qui ne se sont jamais présentés à leur emploi, fictif.

Le pétrole et la confiance

Au niveau du gouvernement, M. Allawi a estimé qu’il va falloir mettre en œuvre les promesses faites de longue date de diversifier l'économie, pour ne plus placer le destin du pays entre les seules mains des marchés mondiaux du brut, et entamer des discussions avec la Banque mondiale et le Fonds monétaire international. 

"Si le prix du pétrole reste à ce niveau un an et que nos dépenses restent inchangées, nous allons rencontrer un obstacle: on ne peut pas diriger un pays seulement en espérant que les prix du pétrole montent assez pour couvrir les dépenses", a-t-il affirmé.

Mais une réforme complète de l'économie peut-elle être menée par un gouvernement de transition, nommé après la plus grave crise sociale qu'ait connu le pays?

Ce dilemme, M. Allawi l'a déjà connu en 2005.

Cette fois-ci, reconnaît-il, la crise de confiance entre citoyens et dirigeants est consommée, après six mois d'une révolte populaire inédite et réprimée dans le sang par le gouvernement précédent d'Adel Abdel Mahdi.

Déjà au début du mois, quand les retraites ont été ponctionnées, la levée de boucliers a été unanime contre M. Allawi et le Premier ministre Moustafa al-Kazimi, jusqu'au sein du Parlement, l'instance sur laquelle il compte pourtant pour approuver les réformes et lancer la lutte contre la corruption, qui a déjà englouti 410 milliards d'euros de fonds publics depuis 2003.


Le pétrole flambe, la tech recule: les marchés sous pression avant la Fed

Un tableau d'affichage boursier présente l'indice de référence sud-coréen, le KOSPI, après la clôture de la séance à Séoul, le 28 juillet 2026. (AFP)
Un tableau d'affichage boursier présente l'indice de référence sud-coréen, le KOSPI, après la clôture de la séance à Séoul, le 28 juillet 2026. (AFP)
Short Url
  • Les marchés mondiaux restent sous pression face à la flambée du pétrole liée aux tensions au Moyen-Orient, tandis que les investisseurs attendent la décision de la Fed sur les taux
  • Les valeurs technologiques, notamment les fabricants de puces et acteurs de l’IA, subissent de fortes ventes, alors que les secteurs de l’énergie profitent de la hausse du brut

PARIS: Les marchés mondiaux hésitent mercredi, tiraillés entre le regain des tensions au Moyen-Orient qui fait bondir les prix du pétrole, la poursuite du repli des valeurs technologiques et l'attente de la décision de la Réserve fédérale américaine (Fed).

"Les marchés ont de nouveau été pris dans les turbulences, au cours des dernières 24 heures, entre la volatilité des prix du pétrole et la poursuite de la chute des valeurs liées aux semi-conducteurs", résume Jim Reid, économiste pour Deutsche Bank.

Les cours du brut ont bondi à la suite de la reprise des frappes au Moyen-Orient. Vers 15H45 GMT, le prix du baril de Brent de la mer du Nord flambait de 7,66% à 90,53 dollars. Son équivalent américain, le baril de WTI, grimpait de 7,03% à 84,83 dollars.

Donald Trump a averti que les États-Unis allaient frapper "fort" l'Iran après des tirs iraniens contre des bases américaines en Jordanie, relançant, après quelques jours d'accalmie, le conflit au Moyen-Orient.

"Cette escalade a renforcé les inquiétudes concernant une guerre régionale prolongée, notamment en raison des risques pesant sur les routes d'approvisionnement pétrolier, les coûts du transport maritime et les anticipations d'inflation", souligne Patrick Munnelly de Tickmill Group.

- Nouveau record pour le "footsie"  -

"Contrairement à certaines séances précédentes, ces tensions géopolitiques n'ont toutefois pas entraîné un repli généralisé du marché", remarque M. Munnelly.

En Europe, la Bourse de Londres a terminé en hausse de 0,34% peu après que son indice phare, le FTSE 100 a battu un nouveau record historique en séance, proche des 11.000 points. Il profite en effet de sa faible exposition aux valeurs technologiques, plombées à travers le monde, et du poids des minières et pétrolières dans sa composition.

Les valeurs énergétiques se sont illustrées avec la flambée du brut, BP gagnant 3,39% et Shell 2,75% à Londres. A Oslo, le géant Equinor a grimpé de 4,00%. Eni a flambé de 7,09% à Milan.

La Bourse de Francfort a, elle, terminé quasi à l'équilibre (-0,01%).

"Seule l'absence d'ADN technologique soutient en ce moment l’indice phare allemand", estime Andreas Lipkow de CMC Markets. "Alors que de nombreux autres indices subissent de fortes pressions vendeuses pour cette raison, les investisseurs se tournent davantage vers les actions de la vieille économie."

- Ventes massives dans la tech -

A New York, vers 15H45 GMT, le Dow Jones perdait 1,64%, l'indice Nasdaq reculait de 1,32% et l'indice élargi S&P 500 cédait 0,97%.

Les valeurs de fabricants de composants électroniques cèdent du terrain, à l'image du mastodonte Nvidia (-2,57%), AMD (-5,76%), Broadcom (-2,28%) ou Micron (-5,48%).

En Europe, Infineon a terminé en baisse de 5,69% à Francfort. Le géant des machines spécialisées pour la gravure de puces ASML a reculé de 1,89% à Amsterdam.

Le recul de la "tech" et de l'IA se fait surtout sentir à la Bourse de Séoul, son indice phare Kospi ayant terminé sur une chute de 5,98%  plombé par la dégringolade de SK Hynix (-9,61%). Ses prévisions de dépenses d'investissement inquiètent les investisseurs.

Pour Stephen Innes, gérant de SPI AM, "l'onde de choc reste largement concentrée sur l'univers de l'IA, où une quantité excessive de capitaux s'était concentrée sur un nombre trop restreint de valeurs."

Les investisseurs attendent désormais la publication des résultats trimestriels des géants de la tech américaine Microsoft et Meta (Facebook, Instagram) mercredi après la clôture de Wall Street. Ils seront suivis par ceux d'Apple et Amazon jeudi.

- L'attention sur la Fed -

La nouvelle flambée des cours du brut survient alors que les investisseurs attendent, à 14H00, heure locale (18H00 GMT), la décision du comité de politique monétaire de la Fed à propos de ses taux directeurs.

Les acteurs du marché misent sur un statu quo, mais, fait inhabituel, ils attribuent encore une probabilité supérieure à 30% à un relèvement d'un quart de point, selon l'outil de veille du CME, FedWatch.

"Si la Fed décidait effectivement de relever ses taux (...), cette décision ne serait pas fondée sur la situation actuelle du marché du travail ou sur les dernières données d'inflation, mais relèverait plutôt d'une logique de gestion des risques, au cas où ces indicateurs se dégraderaient à l'avenir", estime Kathleen Brooks, directrice de la recherche à XTB. 


Talc et cancer : Johnson & Johnson propose 5,5 milliards de dollars pour clore la bataille judiciaire

Short Url
  • J&J récuse que ses produits à base de talc aient pu être à l'origine de cancers, mais a cessé de vendre sa poudre pour bébé à base de talc aux Etats-Unis et au Canada en 2020
  • J&J a déjà réglé la majorité des litiges accusant sa poudre de talc de contenir des traces d’amiante, jugées responsables de cancers

NEW YORK: Johnson & Johnson (J&J) est prêt à payer 5,5 milliards de dollars pour régler des dizaines de milliers de procédures judiciaires liées à des produits à base de talc accusés de provoquer des cancers ovariens, a annoncé le géant pharmaceutique américain lundi.

La proposition d'accord vise à mettre un terme à des années de bataille judiciaire en couvrant 76.000 plaintes, soit presque tous les recours liés à ces produits qui pèsent encore sur le groupe basé dans le New Jersey, selon la même source.

J&J récuse que ses produits à base de talc aient pu être à l'origine de cancers, mais a cessé de vendre sa poudre pour bébé à base de talc aux Etats-Unis et au Canada en 2020.

Pour Erik Haas, vice-président du groupe chargé du contentieux, les plaintes "manquent de fondement scientifique".

La proposition sur la table "permet à l’entreprise de tourner la page de cette affaire et de rester concentrée sur sa mission: développer des médicaments et des dispositifs qui sauvent des vies", a-t-il déclaré dans un communiqué.

J&J a déjà réglé la majorité des litiges accusant sa poudre de talc de contenir des traces d’amiante, jugées responsables de cancers.

Le géant américain est également visé par une plainte au Royaume-Uni, déposée en 2025 sur la base d'accusations similaires.

Le cabinet qui a engagé cette procédure devant la Haute Cour de Londres dit représenter plus de 3.000 plaignants et estime que le montant du dédommagement réclamé pourrait s'élever "à plus d'un milliard de livres" (1,3 milliard d'euros).

Les plaignants affirment qu’eux-mêmes ou un membre de leur famille ont développé différents types de cancer de la plèvre, du péritoine ou des ovaires après avoir utilisé la poudre pour bébé de J&J.

Le produit incriminé avait été retiré du marché britannique en 2023, trois ans après les Etats-Unis et le Canada

 

 


Devoir de vigilance : TotalEnergies fait appel de la décision lui enjoignant d'intégrer les émissions CO2 de ses clients

TotalEnergies a annoncé lundi dans un communiqué faire appel du jugement rendu le 25 juin dernier relatif au devoir de vigilance, qui lui ordonnait d'intégrer les émissions de CO2 de ses clients dans son plan de vigilance. (AFP)
TotalEnergies a annoncé lundi dans un communiqué faire appel du jugement rendu le 25 juin dernier relatif au devoir de vigilance, qui lui ordonnait d'intégrer les émissions de CO2 de ses clients dans son plan de vigilance. (AFP)
Short Url
  • Le tribunal judiciaire de Paris a estimé le 25 juin que le plan de vigilance actuel du géant pétrogazier était "incomplet", lui accordant six mois pour se mettre en conformité sous peine d'un nouveau contrôle judiciaire prévu début 2027
  • Le devoir de vigilance, introduit dans le droit français en 2017, impose aux grandes entreprises françaises de publier un document cartographiant les risques graves pour les droits humains, la santé et l'environnement

PARIS: TotalEnergies a annoncé lundi dans un communiqué faire appel du jugement rendu le 25 juin dernier relatif au devoir de vigilance, qui lui ordonnait d'intégrer les émissions de CO2 de ses clients dans son plan de vigilance.

"Imposer à des entreprises du secteur de l'énergie ou de la défense, de l'aéronautique ou de l'automobile… un contrôle des risques résultant de l'utilisation de leurs produits par leurs clients n'apparaît pas conforme aux objectifs de la loi, ni aux principes de sécurité juridique et de liberté d'entreprendre", fait valoir le géant français de l'énergie dans son communiqué.

Le tribunal judiciaire de Paris a estimé le 25 juin que le plan de vigilance actuel du géant pétrogazier était "incomplet", lui accordant six mois pour se mettre en conformité sous peine d'un nouveau contrôle judiciaire prévu début 2027.

Le devoir de vigilance, introduit dans le droit français en 2017, impose aux grandes entreprises françaises de publier un document cartographiant les risques graves pour les droits humains, la santé et l'environnement liés à leurs activités et à celles de leurs partenaires commerciaux, et de mettre en oeuvre des "mesures de vigilance raisonnable" pour les prévenir.

L'injonction du tribunal a été assortie de l'exécution provisoire, ce qui signifie que le groupe doit s'y conformer immédiatement, et que son appel ne suspend pas la décision.

TotalEnergies précise avoir décidé de faire appel "après délibération de son conseil d'administration".

Dans son communiqué, le groupe s'appuie sur la décision du ministère public, qui a "estimé que le changement climatique est un phénomène mondial qui est +l'affaire de tous mais essentiellement une responsabilité de la communauté internationale des Etats+".

TotalEnergies argue également que "la loi sur le devoir de vigilance vise à responsabiliser les entreprises sur les risques d'atteinte résultant de leurs activités, de celles de leurs filiales et de leurs fournisseurs et sous-traitants, mais ne vise pas les activités de leurs clients sur lesquelles l'entreprise ne dispose pas de contrôle".

"Ce n'est pas TotalEnergies qui décide si un automobiliste choisit de rouler à l'essence, au biodiesel ou avec un véhicule électrique", ajoute le géant pétrogazier.

Ce dossier s'inscrit dans une vague mondiale de contentieux climatiques visant les multinationales.

Dans une affaire similaire, la Cour suprême des Pays-Bas doit notamment se prononcer en dernière instance sur le groupe Shell, après l'annulation en appel d'un jugement historique de 2021 qui lui ordonnait de réduire ses émissions de 45% d'ici 2030.