Indignation internationale après l'attaque contre Salman Rushdie, dans un état grave

L'auteur Salman Rushdie est soigné après avoir été attaqué lors d'une conférence, vendredi à la Chautauqua Institution de Chautauqua, New York. (AP)
L'auteur Salman Rushdie est soigné après avoir été attaqué lors d'une conférence, vendredi à la Chautauqua Institution de Chautauqua, New York. (AP)
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Publié le Dimanche 14 août 2022

Indignation internationale après l'attaque contre Salman Rushdie, dans un état grave

  •  Un suspect s'est précipité sur la scène (d'un amphithéâtre) et a attaqué (Salman) Rushdie et un intervieweur. Rushdie a subi une apparente blessure au cou après avoir été poignardé et a été transporté à l'hôpital par hélicoptère
  • Son état n'est pas encore connu, a indiqué la police de l'Etat de New York dans un communiqué, en précisant que l'agresseur avait été immédiatement arrêté et placé en détention

ERIÉ, Etats-Unis: Salman Rushdie, menacé de mort depuis plus de 30 ans, reste hospitalisé samedi dans un état grave après avoir été poignardé aux États-Unis par un jeune homme d'origine libanaise, une attaque qui soulève l'indignation en Occident, mais est saluée par des extrémistes en Iran et au Pakistan.

Rien n'a filtré samedi sur l'état de santé de l'auteur des "Versets sataniques", écrivain britannique et américain à la renommée mondiale, soigné en urgence et sous assistance respiratoire dans un hôpital d'Erié, en Pennsylvanie, au bord du lac qui sépare les États-Unis du Canada.

L'attentat provoque une onde de choc, surtout dans les pays occidentaux : le président américain Joe Biden a condamné "une attaque brutale" et rendu hommage à M. Rushdie pour son "refus d'être intimidé et réduit au silence".

D'origine libanaise

L'agresseur, aussitôt arrêté et en détention depuis vendredi, s'appelle Hadi Matar, a 24 ans et vit dans l'Etat du New Jersey, selon les autorités. Il est "poursuivi pour tentative de meurtre et agression", a annoncé samedi le parquet local, précisant que la police fédérale (FBI) enquêtait sur ce crime à la dimension internationale.

Selon Ali Qassem Tahfa, chef du village de Yaroun, dans le sud du Liban, Hadi Matar "est d'origine libanaise".

"Il est né et a grandi aux États-Unis. Sa mère et son père sont de Yaroun", a déclaré à l'AFP M. Tahfa.

En Iran, le quotidien ultraconservateur Kayhan l'a félicité : "Bravo à cet homme courageux et conscient de son devoir qui a attaqué l'apostat et le vicieux Salman Rushdie", écrit le journal. "Baisons la main de celui qui a déchiré le cou de l'ennemi de Dieu avec un couteau".

Et au marché aux livres de Téhéran, tout le monde était au courant de l'attaque, mais seuls ceux-là soutenant se sont exprimés : "J'étais très heureux d'apprendre la nouvelle. Quel que soit l'auteur, je lui baise la main (...) Que Dieu maudisse Salman Rushdie", a lancé Mehrab Bigdeli, un religieux chiite.

Rushdie «méritait d'être tué»

Au Pakistan voisin, le parti Tehreek-e-Labbaik Pakistan -- réputé pour sa violence contre ce qu'il appelle du blasphème antimusulman -- a jugé que Rushdie "méritait d'être tué".

L'agression a eu lieu vendredi à 11H00 (15H00 GMT) dans un amphithéâtre d'un centre culturel à Chautauqua, dans l'Etat de New York, lorsqu'un homme s'est "précipité sur la scène" et a "poignardé" Rushdie plusieurs fois "au cou" "à l'abdomen", selon la police.

"Les nouvelles ne sont pas bonnes", avait indiqué vendredi soir son agent américain Andrew Wylie.

"Salman va probablement perdre un œil, les nerfs de son bras ont été sectionnés et il a été poignardé au niveau du foie", avait-il détaillé en précisant que son client était sous respirateur artificiel.

Salman Rushdie doit obtenir le Nobel de littérature, selon Bernard-Henri Lévy

L'écrivain Salman Rushdie, hospitalisé dans un état grave après avoir été poignardé aux États-Unis vendredi, doit obtenir le prix Nobel de littérature, qui sera décerné en octobre, plaide le philosophe français Bernard-Henri Lévy dans le Journal du dimanche (JDD).

"Je n'imagine pas un autre écrivain avoir l'outrecuidance, aujourd'hui, de le mériter plus que lui. La campagne commence maintenant", écrit Bernard-Henri Lévy au sujet de l'auteur britannique naturalisé américain, cible depuis 1989 d'une fatwa de l'Iran en raison de son livre "Les versets sataniques".

Selon le règlement du prix Nobel de littérature, récompense suprême pour un écrivain, la liste des cinq finalistes est déjà arrêtée depuis mai, et le jury est actuellement en train de lire l'ensemble de leur œuvre.

Cette liste est confidentielle et il n'est donc pas possible de savoir si Salman Rushdie, souvent pressenti pour le Nobel, y figure. L'annonce du vainqueur aura lieu début octobre à Stockholm.

Salman Rushdie, né en 1947 en Inde dans une famille d'intellectuels musulmans non pratiquants, avait embrasé une partie du monde islamique avec la publication des "Versets sataniques", conduisant l'ayatollah iranien Rouhollah Khomeiny à émettre en 1989 une fatwa demandant son assassinat.

L'auteur d'une quinzaine de romans, récits pour la jeunesse, nouvelles et essais écrits en anglais avait été contraint de vivre dans la clandestinité et sous protection policière, allant de cachette en cachette

Condamnations 

Naturalisé américain en 2016 et vivant à New York depuis 20 ans, Salman Rushdie avait repris une vie à peu près normale tout en continuant de défendre, dans ses livres, la satire et l'irrévérence.

Coïncidence, le magazine allemand Stern l'a interviewé quelques jours avant l'attaque et en publie samedi un extrait : "Depuis que je vis aux États-Unis, je n'ai plus de problème (...) Ma vie est de nouveau normale", assure l'écrivain en se disant "optimiste" mais en rappelant que "les menaces de mort sont devenues quotidiennes".

La "fatwa" de l'Iran n'a de fait jamais été levée et beaucoup de ses traducteurs ont été blessés par des attaques, voire tués, comme le Japonais Hitoshi Igarashi, poignardé à mort en 1991.

Aux États-Unis, les sites de vente en ligne comme Amazon ont constaté une hausse des commandes pour les "Versets sataniques" et une cheffe de rayon de la librairie new-yorkaise Strand Bookstore, Katie Silvernail, raconte que "des gens viennent voir ce qu'il a écrit et savoir ce qu'on a" en stock.

"Son combat est le nôtre, universel", a lancé vendredi soir le président Emmanuel Macron, tandis que le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres s'est déclaré "horrifié".

Le Premier ministre canadien Justin Trudeau a dénoncé samedi une "attaque lâche", et un "affront à la liberté d'expression".

Le Premier ministre britannique Boris Johnson s'est dit "atterré que Sir Salman Rushdie ait été poignardé alors qu'il exerçait un droit que nous ne devrions jamais cesser de défendre".

"Rien ne justifie une fatwa, une condamnation à mort", s'est indigné Charlie Hebdo, journal satirique français décimé par un attentat islamiste en janvier 2015.


Russie: 100 arrestations lors d'une action anti-mobilisation au Daguestan

Au moins 101 personnes ont été arrêtées par la police à Makhatchkala, la capitale du Daguestan, dans le sud-ouest de la Russie (Photo, AFP).
Au moins 101 personnes ont été arrêtées par la police à Makhatchkala, la capitale du Daguestan, dans le sud-ouest de la Russie (Photo, AFP).
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  • Des protestations ont éclaté en Russie contre la mobilisation partielle ordonnée le 21 septembre par le président Vladimir Poutine
  • Des critiques accusent le Kremlin de vouloir mobiliser en priorité des hommes vivant dans des régions pauvres et reculées

MOSCOU: Une centaine de personnes ont été interpellées dimanche au Daguestan lors d'une manifestation contre la mobilisation militaire, dans cette région russe du Caucase qui a déjà payé un lourd tribut depuis le début de l'offensive en Ukraine.

Selon l'ONG OVD-Info, spécialisée dans le suivi des actions d'opposition, au moins 101 personnes ont été arrêtées par la police à Makhatchkala, la capitale du Daguestan, dans le sud-ouest de la Russie.

Des médias russes ont publié des vidéos montrant des femmes se disputant avec des policiers lors de cette manifestation. "Pourquoi prenez-vous nos enfants?", demande l'une d'entre elles.

D'autres vidéos ont montré des protestataires être brutalement interpellés par la police.

Région multi-éthnique à majorité musulmane, la république du Daguestan est l'un des territoires les plus pauvres de Russie. Il a été ensanglanté dans les années 2000 par une guerre entre les forces russes et une guérilla jihadiste.

Depuis le début de l'offensive russe contre Kiev, c'est aussi l'une des régions russes qui a la plus forte proportion d'hommes tués au combat en Ukraine, selon les avis de décès publiés sur les réseaux sociaux et rassemblés par des médias russes indépendants.

Pour apaiser la population, le commissaire militaire du Daguestan, Daïtbeg Moustafaïev, a assuré ce week-end que seuls les hommes détenant "une spécialisation militaire" seront mobilisés en priorité, et qu'aucun conscrit ne sera envoyé en Ukraine.

Des protestations ont éclaté en Russie contre la mobilisation partielle ordonnée le 21 septembre par le président Vladimir Poutine.

Selon OVD-Info, plus de 2.300 personnes ont été interpellées depuis cette annonce lors d'actions contre la mobilisation militaire. D'importants départs de Russes vers des pays frontaliers ont également été signalés.

Des critiques accusent le Kremlin de vouloir mobiliser en priorité des hommes vivant dans des régions pauvres et reculées.


Fusillade dans une école russe: au moins six morts et 20 blessés

Des policiers bloquent une rue à Saint-Pétersbourg le 24 septembre 2022, suite à des appels à manifester contre la mobilisation partielle annoncée par le président russe (Photo, AFP).
Des policiers bloquent une rue à Saint-Pétersbourg le 24 septembre 2022, suite à des appels à manifester contre la mobilisation partielle annoncée par le président russe (Photo, AFP).
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  • «Les policiers ont retrouvé le corps de l'homme qui a ouvert le feu»
  • Un peu plus tôt le gouverneur régional avait indiqué que des enfants étaient «parmi les victimes»

MOSCOU: Au moins six personnes ont été tuées et 20 blessées, dont des enfants, au cours d'une fusillade dans une école d'Ijevsk, au centre de la Russie, a annoncé lundi le ministère russe de l'Intérieur, selon lequel l'assaillant s'est suicidé.

"Les policiers ont retrouvé le corps de l'homme qui a ouvert le feu. Selon nos informations, il s'est suicidé", a indiqué le ministère, faisant état d'au moins "6 morts et 20 blessés". Un peu plus tôt le gouverneur régional avait indiqué que des enfants étaient "parmi les victimes" et qu'un garde de sécurité avait aussi été tué.


Russie: un militaire blessé lors d'une fusillade dans un centre de mobilisation de l'armée

Des militaires se tiennent devant un char lors des exercices militaires sur le terrain d'entraînement de Sergeevskyi à l'extérieur de la ville d'Ussouriysk, dans l'Extrême-Orient russe, le 6 septembre 2022 (Photo, AFP).
Des militaires se tiennent devant un char lors des exercices militaires sur le terrain d'entraînement de Sergeevskyi à l'extérieur de la ville d'Ussouriysk, dans l'Extrême-Orient russe, le 6 septembre 2022 (Photo, AFP).
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  • Cet incident survient alors que des protestations se sont fait entendre en Russie contre la mobilisation partielle ordonnée le 21 septembre par Vladimir Poutine
  • Selon l'ONG OVD-Info, plus de 2 300 personnes ont été interpellées depuis cette annonce lors d'actions contre la mobilisation militaire

PARIS: Un homme a ouvert le feu lundi dans un centre de recrutement de l'armée russe en Sibérie, blessant grièvement un militaire qui y travaillait, a indiqué un responsable, en pleine mobilisation partielle pour combattre en Ukraine.

"Le commissaire militaire Alexandre Elisseïev est en réanimation, dans un état très grave (...) Le tireur a été immédiatement arrêté. Il sera obligatoirement puni!", a indiqué sur Telegram le gouverneur de la région d'Irkoutsk, Igor Kobzev.

Il a précisé que la fusillade a eu lieu dans le centre de recrutement militaire d'Oust-Ilimsk, une ville industrielle située en pleine Sibérie, à 600 kilomètres au nord d'Irkoutsk.

Dans un communiqué, le Comité d'enquête russe a précisé que le suspect était un habitant de cette ville âgé de 25 ans.

"J'ai honte qu'une telle chose se produise à un moment où, au contraire, nous devrions être unis, et ne pas se battre les uns contre les autres, mais contre les menaces réelles", a ajouté le gouverneur.

Cet incident survient alors que des protestations se sont fait entendre en Russie contre la mobilisation partielle ordonnée le 21 septembre par Vladimir Poutine.

Selon l'ONG OVD-Info, plus de 2 300 personnes ont été interpellées depuis cette annonce lors d'actions contre la mobilisation militaire. D'importants départs de Russes vers des pays frontaliers ont également été signalés.