Taïwan: les producteurs de fruits et de poissons mis sous pression par les sanctions de Pékin

Cette photo prise le 9 juillet 2022 montre des ouvriers de la Lijia Green Energy and Biotechnology Company ramassant des mérous avec des filets dans une ferme piscicole du canton de Linbian, dans le comté de Pingtung à Taïwan. (Photo : Sam Yeh / AFP)
Cette photo prise le 9 juillet 2022 montre des ouvriers de la Lijia Green Energy and Biotechnology Company ramassant des mérous avec des filets dans une ferme piscicole du canton de Linbian, dans le comté de Pingtung à Taïwan. (Photo : Sam Yeh / AFP)
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Publié le Vendredi 26 août 2022

Taïwan: les producteurs de fruits et de poissons mis sous pression par les sanctions de Pékin

  • Les agriculteurs et les producteurs taïwanais doivent composer de plus en plus avec les interdictions d'importation prononcées par la Chine
  • Le mois précédant la visite de Nancy Pelosi à Taïwan, Pékin a interdit les importations de mérou, dont la grande majorité était auparavant destinée aux consommateurs chinois

HUALIEN, Taïwan : Tandis qu'un avion de chasse taïwanais rugit au-dessus des paysages verdoyants de l'est du comté de Hualien, Mulin Ou, cultivateur de pomelos, mesure le coût de la dernière mise sous pression de l'île par Pékin.

Les tensions au niveau du détroit de Taïwan ont atteint leur plus haut niveau depuis des décennies après la visite de la présidente de la Chambre américaine des représentants Nancy Pelosi au début du mois, qui a mécontenté la Chine.

Pékin, qui considère l'île démocratique de Taïwan comme sienne, a répliqué en organisant des manoeuvres militaires, propulsant des missiles au large de l'île, et a torpillé les exportations de certains fruits et poissons vers la Chine par de nouvelles interdictions d'importation.

L'impact général des dernières sanctions économiques chinoises est limité. Mais les producteurs comme M. Ou en paient un prix douloureux.

«Les commandes passées sur le continent ont toutes été annulées. Nos pomelos n'ont aucune possibilité d'y être acheminés», relate-t-il.

Depuis plusieurs décennies, son exploitation de Ruisui, dans le comté de Hualien, expédie chaque année 180 tonnes d'agrumes vers le continent.

«Les clients attendent les pomelos, mais nous ne pouvons rien faire, c'est un problème politique», déplore-t-il.

- Aucun préavis -

Les agriculteurs et les producteurs taïwanais doivent composer de plus en plus avec les interdictions d'importation prononcées par la Chine, que Pékin justifie le plus souvent en invoquant des irrégularités soudaines plutôt qu'un lien direct avec la politique.

Après la visite de Nancy Pelosi, la Chine a prohibé les agrumes et plusieurs poissons en provenance de Taïwan, tout en suspendant ses propres exportations vers l'île de sable employé dans la construction.

Le mois précédant sa visite, Pékin a interdit les importations de mérou, dont la grande majorité était auparavant destinée aux consommateurs chinois.

Taipei a déclaré que cette mesure était motivée politiquement, alors que la Chine a affirmé avoir découvert que certains poissons étaient contaminés par des produits chimiques interdits.

L'année précédente, les importations d'ananas avaient été suspendues, les autorités chinoises expliquant avoir trouvé des parasites dans les cargaisons.

Dans un site d'exploitation de mérous à Pingtung, dans le sud de Taïwan, le producteur Hans Chen explique qu'il serait «gravement affecté» si les sanctions n'étaient pas levées d'ici la fin de l'année.

M. Chen, 35 ans, est à la tête d'une exploitation de quelque 500.000 mérous, dont 90% des exportations sont destinées à la Chine.

L'interdiction a été imposée sans aucun préavis et est arrivée au pire moment pour les producteurs déjà éprouvés par la pandémie, explique-t-il.

Selon le pisciculteur, son entreprise et d'autres dépendent trop du lucratif marché chinois et doivent se diversifier pour s'éloigner de leur voisin.

«Tout le monde pensait que la situation (sanitaire) s'améliorait lentement, que le marché chinois se stabilisait peu à peu et que les prix allaient augmenter, et donc qu'il y aurait quelques bénéfices pour compenser les pertes passées», raconte-t-il. «C'est pour cela que les inquiétudes de chacun et les conséquences (des sanctions) sont très importantes.»

- Symbolique et limité -

La Chine demeure le premier partenaire commercial de Taïwan, le continent comptant pour 28% de ses exportations.

Le gouvernement et les entreprises de Taïwan ont cependant encouragé la diversification économique en réponse à l'agressivité accrue du régime présidé par Xi Jinping.

Depuis 2016, la présidente taïwanaise Tsai Ing-wen mène une politique d'accroissement des échanges avec le sud et le sud-est de l'Asie.

Taïwan bénéficie également d'un regain de sympathie de la part des démocraties de la région partageant les mêmes valeurs.

Une grande partie de la récolte d'ananas de l'année dernière a été sauvée lorsque les consommateurs japonais se sont empressés d'acheter des «ananas de la liberté» en signe de solidarité.

«La Chine est très sélective quant aux mécanismes de sanctions économiques contre Taïwan», explique à l'AFP Christina Lai, chercheuse au sein de l'organisme gouvernemental taïwanais Academia Sinica.

Taïwan est ainsi l'un des plus importants producteurs mondiaux de semi-conducteurs mais Pékin a évité de frapper ce marché sur lequel il compte pour satisfaire sa demande intérieure.

La Chine «s'est toujours abstenue de porter atteinte à son économie intérieure et à son industrie de la tech. Pékin ne peut se permettre d'interdire les importations les plus essentielles en provenance de Taïwan: les semi-conducteurs, les instruments de pointe et les machines», ajoute-t-elle.

L'impact général sur l'économie taïwanaise est ainsi «très limité», observe Fan Shih-ping, professeur à l'université normale nationale de Taïwan. «C'est une manipulation politique, la Chine veut montrer qu'elle mène la barque et contrôle Taïwan», ajoute-t-il.

Mais pour les agriculteurs devenus les victimes de la dernière escalade de tensions, l'ampleur des sanctions s'apparente à un séisme.

«Nous sollicitons l'aide du gouvernement, s'il peut nous aider d'une quelconque manière», déclare M. Ou. «Nous devons commencer à trouver des débouchés à l'intérieur du pays. C'est un vrai casse-tête.»


L'Iran met en garde contre des conséquences «imprévisibles» après l'attaque ukrainienne contre un de ses navires

Le président ukrainien Volodymyr "Zelensky a attaqué un navire marchand iranien, tuant un marin", a écrit dimanche sur X Abbas Araghchi. "Les agissements de ce parasite de Kiev ne PEUVENT RESTER SANS REPONSE". (AFP)
Le président ukrainien Volodymyr "Zelensky a attaqué un navire marchand iranien, tuant un marin", a écrit dimanche sur X Abbas Araghchi. "Les agissements de ce parasite de Kiev ne PEUVENT RESTER SANS REPONSE". (AFP)
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  • L'Iran menace de riposter à l'attaque ukrainienne contre son navire en mer Caspienne
  • Samedi, le ministère des Affaires étrangères a rapporté qu'un navire marchand iranien avait été attaqué par l'Ukraine, provoquant une explosion

TEHERAN: Le ministre iranien des Affaires étrangères a averti dimanche que son pays ne laisserait pas impunie l'attaque meurtrière perpétrée par l'Ukraine contre un navire iranien en mer Caspienne.

Le président ukrainien Volodymyr "Zelensky a attaqué un navire marchand iranien, tuant un marin", a écrit dimanche sur X Abbas Araghchi. "Les agissements de ce parasite de Kiev ne PEUVENT RESTER SANS REPONSE".

Samedi, le ministère des Affaires étrangères a rapporté qu'un navire marchand iranien avait été attaqué par l'Ukraine, provoquant une explosion.

Et le même jour, M. Zelensky avait affirmé sur les réseaux sociaux avoir obtenu "des résultats très solides avec des frappes à longue portée en mer Caspienne, visant notamment des navires utilisés pour le transport de cargaisons militaires impliquant l'Iran, ainsi qu'un navire de guerre".

"L'attaque menée par le régime ukrainien contre un navire marchand iranien en mer Caspienne, explicitement revendiquée par le chef de ce régime, témoigne de la persistance de l'attitude irrationnelle et hostile du régime ukrainien", a protesté le ministère dans un communiqué de presse.

La République islamique "n'est jamais intervenue dans le conflit entre la Russie et l'Ukraine", a-t-il affirmé.

Les services de renseignement ukrainiens (SBU) ont pour leur part fait état sur Telegram d'attaques de drones contre "des cargos sous sanctions internationales qui étaient utilisés pour transporter des cargaisons militaires entre l'Iran et la Russie".

Selon la télévision d'Etat iranienne, le chargé d'affaires ukrainien à Téhéran a été convoqué samedi au ministère des Affaires étrangères afin d'y être sermonné par un haut-fonctionnaire pour cet "acte hostile et criminel".

Abbas Araghchi a également indiqué s'être entretenu avec la cheffe de la diplomatie de l'Union européenne Kaja Kallas et le ministre des Affaires étrangères russe Sergueï Lavrov à ce sujet.

L'Iran a aussi mis en garde contre des conséquences "imprévisibles" après l'attaque ukrainienne contre un de ses navires

 


Troisième nuit sans frappes au Moyen-Orient pour laisser «de la place» à la diplomatie

Le Moyen-Orient sort d'une troisième nuit consécutive sans frappes après que l'ambassadeur américain à l'ONU a assuré que Donald Trump voulait laisser une chance à diplomatie, faisant chuter les prix du pétrole lundi. (Photo d'archives ISNA via AP)
Le Moyen-Orient sort d'une troisième nuit consécutive sans frappes après que l'ambassadeur américain à l'ONU a assuré que Donald Trump voulait laisser une chance à diplomatie, faisant chuter les prix du pétrole lundi. (Photo d'archives ISNA via AP)
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  • Aucun bombardement américain n'a été signalé en Iran depuis vendredi soir, marquant une pause dans les hostilités après deux semaines de frappes sans précédent depuis le cessez-le-feu d'avril
  • De son côté, l'Iran n'a revendiqué aucune attaque contre ses voisins du Golfe alliés de Washington, et ces derniers n'ont fait état d'aucune alerte nocturne

TEHERAN: Le Moyen-Orient sort d'une troisième nuit consécutive sans frappes après que l'ambassadeur américain à l'ONU a assuré que Donald Trump voulait laisser une chance à diplomatie, faisant chuter les prix du pétrole lundi.

"Ce que fait le président en ce moment, (...) c'est laisser de la place aux négociations. Les négociations se poursuivent", a assuré dimanche Mike Waltz dans des médias américains, tout en soulignant que M. Trump n'avait pas renoncé à la nouvelle escalade dont il a menacé la République islamique: il "garde toutes les options sur la table".

Aucun bombardement américain n'a été signalé en Iran depuis vendredi soir, marquant une pause dans les hostilités après deux semaines de frappes sans précédent depuis le cessez-le-feu d'avril.

De son côté, l'Iran n'a revendiqué aucune attaque contre ses voisins du Golfe alliés de Washington, et ces derniers n'ont fait état d'aucune alerte nocturne. "Comme notre stratégie est essentiellement basée sur la riposte, nous avons également interrompu nos opérations", a commenté le porte-parole de l'armée iranienne Mohammad Akraminia.

Signe de soulagement, les cours du pétrole s'affichent en forte baisse lundi: vers 04H40 GMT, le Brent de la mer du Nord, référence internationale, cédait près de 5%, autour de 92 dollars le baril, après être même passé brièvement sous la barre des 90 dollars.

Son équivalent américain, le baril de West Texas Intermediate (WTI), reculait d'autant, à environ 84 dollars.

Alors que la guerre dure depuis bientôt cinq mois, la presse américaine fait état d'un possible manque de munitions.

Selon le New York Times, qui cite deux sources proches du dossier, le gouvernement s'inquiète de l'affaiblissement du stock de systèmes d'interception de missiles Patriot et d'autres équipements défensifs protégeant les pays de la région.

L'armée américaine dispose "de tout ce dont elle a besoin pour mener cette campagne avec toute l'efficacité requise", a rétorqué Mike Waltz, annonçant le déploiement au Moyen-Orient de "davantage de ressources".

Et Donald Trump d'insister auprès du Wall Street Journal: "Nous avons bien plus de munitions que quiconque dans le monde, et bien plus que ce dont nous avons besoin".

Soutien de Netanyahu 

Pour Téhéran, les Etats-Unis sont dans une situation "difficile et instable" et cherchent probablement "une nouvelle stratégie", a estimé Mohammad Akraminia.

En amont de la visite mardi du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, partisan d'une ligne dure, M. Akraminia a mis en garde les Américains: s'ils "se laissent à nouveau tromper" par Israël et "insistent pour continuer la guerre, particulièrement par des frappes aériennes, elle s'étendra géographiquement".

Benjamin Netanyahu a dit "soutenir pleinement les efforts" de Donald Trump pour parvenir à mettre fin aux ambitions nucléaires de Téhéran. "S'il peut y arriver sans revenir à des combats de haute intensité, c'est très bien", a-t-il déclaré dimanche sur Fox News.

Dans la capitale, Téhéran, épargnée par les bombardements depuis la reprise des hostilités début juillet, la vie suit son cours normal, entre embouteillages habituels et vague de chaleur, selon l'équipe de l'AFP sur place.

La guerre au Moyen-Orient a débuté le 28 février avec une campagne de bombardements israélo-américains contre l'Iran, et fait des milliers de morts dans la région. Elle a aussi ébranlé l'économie mondiale en bloquant le trafic dans le détroit d'Ormuz, entre l'Iran et la péninsule arabique, par lequel transitait avant-guerre un cinquième du commerce mondial des hydrocarbures.

La République islamique, qui verrouille cette stratégique voie maritime et veut faire payer le passage, a annoncé avoir tenu vendredi et samedi de nouvelles discussions avec Oman, dont les côtes bordent également le détroit, sur sa future gestion.

Les Etats-Unis ont repris en représailles leur blocus des ports iraniens.

Front yéménite 

Un protocole d'accord signé le 17 juin par Washington et Téhéran, prévoyant un cycle de négociations de paix de 60 jours, a volé en éclats moins d'un mois après son entrée en vigueur.

Sur le nouveau front de la guerre, opposant l'Arabie saoudite aux rebelles Houthis du Yémen, soutenus par Téhéran, les hostilités se sont intensifiées.

C'est le contrôle du ciel du pays qui a réveillé la discorde le 13 juillet: l'Iran avait envoyé à Sanaa un avion transportant une délégation rebelle sans solliciter d'autorisation auprès de Ryad, contrairement à l'usage depuis dix ans, déclenchant des frappes attribuées au royaume sur l'aéroport de Sanaa.

En retour, les Houthis ont attaqué le territoire saoudien pour la première fois depuis 2022. Ils ont notamment visé samedi des sites pétroliers.

 


Andy Burnham inaugure son Downing Street "du Nord" à Manchester

Le Premier ministre britannique Andy Burnham (au centre) pose pour une photo avec la ministre d'État au Cabinet Office, Louise Haigh (à gauche), et le chancelier de l'Échiquier, John Healey (à droite), lors d'une visite pour l'inauguration officielle du No. 10 North à Manchester, dans le nord-ouest de l'Angleterre, le 24 juillet 2026. (AFP)
Le Premier ministre britannique Andy Burnham (au centre) pose pour une photo avec la ministre d'État au Cabinet Office, Louise Haigh (à gauche), et le chancelier de l'Échiquier, John Healey (à droite), lors d'une visite pour l'inauguration officielle du No. 10 North à Manchester, dans le nord-ouest de l'Angleterre, le 24 juillet 2026. (AFP)
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  • Andy Burnham inaugure un bureau gouvernemental à Manchester pour renforcer la décentralisation et rapprocher l'État des régions
  • Des experts estiment toutefois que cette initiative reste surtout symbolique, sans réel transfert de pouvoirs

LONDRES: Le Premier ministre britannique Andy Burnham a inauguré vendredi ses nouveaux bureaux situés à Manchester, où il travaillera au moins une fois par semaine, symbole de sa promesse aux contours encore flous d'accentuer la décentralisation en Angleterre.

Le travailliste de 56 ans, qui a pris ses fonctions lundi et a succédé à Keir Starmer, a promis de redonner du pouvoir et d'apporter "la croissance économique à chaque région" pendant son mandat.

Sa première mesure est la création de ce bureau baptisé "No. 10 North" ("N°10 du Nord") dans cette ville du nord-ouest de l'Angleterre, dont il était maire il y a encore quelques semaines. Une référence au 10, Downing Street à Londres, lieu de travail et résidence officielle du Premier ministre.

S'adressant au personnel de cette nouvelle entité, installée dans un immeuble du centre de Manchester, Andy Burnham a évoqué la création d'un "pôle Nord qui fera contrepoids au pôle Sud", et permettra de "donner le sentiment d'un pays plus équilibré".

Il prévoit de travailler au moins une fois par semaine dans les bâtiments du "No. 10 North", où l'agence britannique du cyber-renseignement GCHQ était déjà installée, et d'y être régulièrement rejoint par ses ministres, répétant qu'il ne s'agit pas d'une mesure "gadget".

"Ce n'est pas juste un nouveau bureau (...) c'est une façon différente de gouverner" le Royaume-Uni, a insisté le dirigeant travailliste, en présence notamment du ministre des Finances, John Healey.

Andy Burnham a présidé dans l'après-midi la première réunion du Conseil économique national, une instance créée en 2008 pour soutenir la relance après la crise financière, et qu'il a décidé de réactiver, rassemblant plusieurs ministres et les maires à la tête de grandes agglomérations ou régions d'Angleterre.

Il a promis aux édiles que le gouvernement serait "entièrement mobilisé" derrière eux "car c'est sur le terrain que la croissance se concrétise".

Le nouveau chef de l'exécutif soutient que l'agglomération de Manchester, dont les performances économiques dépassent la moyenne nationale et où le maire est élu depuis 2017, constitue un modèle pour les autres régions d'Angleterre.

- Signal positif -

Les experts interrogés par l'AFP se montrent plus sceptiques et notent que la création d'une annexe du gouvernement central ne relève pas en soi d'une véritable politique de décentralisation.

"C'est ce qu'on appelle la +déconcentration+, très courante même dans des États très centralisés, et qui ne signifie pas en elle-même un transfert de pouvoir", explique Alan Trench, universitaire et conseiller en politiques publiques.

Le Royaume-Uni - composé de l'Angleterre, de l'Écosse, du pays de Galles et de l'Irlande du Nord - a connu à la fin des années 1990 d'importantes réformes constitutionnelles - baptisées "dévolution" - qui ont permis la création de parlements à Édimbourg, Cardiff et Belfast.

Andy Burnham, qui a rencontré jeudi les Premiers ministres indépendantistes écossais et gallois, s'est dit favorable à accentuer la décentralisation, sans donner davantage de détails, mais en excluant tout soutien à des référendums d'indépendance.

En Angleterre, malgré la création de mairies régionales et d'autres structures locales ces dix dernières années, le territoire reste l'un des plus centralisés d'Europe.

"Il n'existe aucun pouvoir législatif décentralisé en Angleterre", souligne Alan Trench.

Andy Burnham a lui-même été confronté aux limites du système : à Manchester, ses responsabilités étaient cantonnées à quelques domaines de compétence, comme les transports, en plus d'être partagées avec dix autres responsables locaux élus.

- Contrepoids au Trésor -

Désormais à la tête du gouvernement, il a demandé à plusieurs ministères, dont le puissant Trésor, de "transférer certaines fonctions stratégiques" au "No. 10 North".

Un signal "positif", indique Nicola McEwen, professeure à l'université de Glasgow. Pour réussir, avance-t-elle, cette structure devra être capable de "dialoguer avec les institutions décentralisées, de favoriser leur développement", mais également d'exercer une influence sur le pouvoir central à Londres, afin que celui-ci "s'adapte à cette vision" nouvelle.

L'idée n'est pas inédite, notent aussi ces experts: des fonctionnaires travaillent déjà dans des pôles administratifs délocalisés à Glasgow (Écosse), Sheffield (nord de l'Angleterre), ou à Darlington (nord-est).

Michael Keating, professeur de sciences politiques à l'université d'Aberdeen, en Ecosse, doute surtout de la capacité de cette structure à créer un véritable "contrepoids" au puissant ministère des Finances.

"Cela a déjà été tenté et le Trésor finit toujours par l'emporter. Il ne renoncera pas au contrôle des finances publiques", affirme-t-il à l'AFP.