France : Dans les Alpes, les fromages souffrent d'un été trop chaud

Cette photo prise à Nesle-Hodeng le 7 juin 2021 montre des fromages de Neufchatel stockés dans une fromagerie. (AFP)
Cette photo prise à Nesle-Hodeng le 7 juin 2021 montre des fromages de Neufchatel stockés dans une fromagerie. (AFP)
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Publié le Vendredi 26 août 2022

France : Dans les Alpes, les fromages souffrent d'un été trop chaud

  • Cet été, le thermomètre a dépassé les 30° à 1 600 mètres d'altitude, les névés de la chaîne des Aravis ont fondu, laissant la roche grise à nu, les prairies ont grillé
  • Les vaches donnent moins de lait et un lait moins riche

LA CLUSAZ: "Tout est jaune et sec à cause de la sécheresse, il n'y a plus assez d'herbe, on est obligé de descendre de l'alpage un mois plus tôt". À la ferme des Lorettes, comme ailleurs dans les Alpes, les vaches, et donc, les fromages traditionnels français, souffrent de la chaleur.

"On perd un reblochon par jour et par vache", soit environ 5% de la production de ce fromage au lait cru, dit Théo Bargetzy, 28 ans, dont six au sein du groupement agricole d'exploitation en commun des Lorettes, en Haute-Savoie (est de la France), haut lieu du reblochon.

Cet été, le thermomètre a dépassé les 30° à 1 600 mètres d'altitude, les névés de la chaîne des Aravis ont fondu, laissant la roche grise à nu, les prairies ont grillé. Les vaches donnent moins de lait et un lait moins riche.

Dans les vallées, les élevages ont enduré les effets d'une canicule historique, ponctuée mi-août par un bref épisode de pluie, à peine suffisant pour reverdir les prés.

Globalement, la production laitière est "de moins 15% par rapport à l'année passée" en relevé hebdomadaire, selon l’Association des Fromages Traditionnels des Alpes Savoyardes (AFTAlp).

Et plusieurs dizaines d'éleveurs ont entamé leur fourrage d'hiver pour nourrir leur troupeau et poursuivre la production des fromages au lait cru - reblochon, tomme, beaufort, raclette ou emmental.

"On a déjà connu des sécheresses, mais là, ça prend partout, en France, en Italie et ailleurs en Europe", souligne Jean-Luc Duclos, le président de l'AFTAlp.

Déjà affectés par "l'explosion des charges de gaz et d'électricité liées à la crise en Ukraine", beaucoup redoutent une pénurie de foin et un effet de spéculation, selon lui.

Ce quinquagénaire gère avec sa famille plus de 200 têtes de bétail pour la vente de viande et la production d'emmental. Près de Frangy (Haute-Savoie), sa grande exploitation équipée d'un système de traite robotisé contrôlable par application numérique n'a plus grand chose à voir avec le modeste élevage de son grand père - "4 vaches sur 4 hectares pour nourrir onze enfants".

«Mains vides»

"Avant, l'élevage relevait de l'économie de subsistance, mais ça se professionnalise, il y a de moins en moins de petites fermes même si cela reste très patrimonial", commente Felix Gallet, 46 ans, responsable technique de la coopérative du reblochon fermier de Thônes.

Son métier : contrôler, de l'étable à la cave, les conditions de production des fromages traditionnels que certains pays voient comme des produits "dangereux" à cause des risques bactériologiques liés au lait cru.

À Thônes, bourgade de 7.000 habitants autoproclamée "capitale du reblochon", la boutique de la coopérative ne désemplit pas.

Certains jours, "les touristes qui montent à la ferme d'alpage repartent les mains vides car la production ne suffit pas à la demande, surtout avec cette année de sècheresse", explique Théo Bargetzy.

Après la traite, le lait encore chaud est caillé avec la présure provenant de l'estomac des veaux, réparti dans des moules tapissés de toile puis pressé à la main. Les reblochons sont séchés en cave sur des planches de bois jusqu'à formation d'une croûte crémeuse de couleur jaune orangée. Il faut au moins quatre litres de lait par pièce, le reblochon fermier de 450 grammes se vend 8 euros à la ferme.

Pour amortir la hausse des charges, les producteurs savoyards ont déjà relevé les prix de leurs fromages de 5 à 10% depuis début 2022, selon l'AFTAlp. Insuffisant pour certains mais "il faut tenir compte du pouvoir d'achat des consommateurs", souligne Felix Gallet.

La production laitière de Savoie et de Haute-Savoie représente 1,5% de la production nationale et 15% des volumes de fromages labellisés de France.

En 2021, cette région montagneuse qui compte 220.000 ha d'alpage a produit 39.850 tonnes de fromages labellisés (AOP et IGP) pour un chiffre d’affaires estimé à 320 millions d’euros, selon l'AftAlp.


Sécheresse en France: situation «exceptionnelle» et «très préoccupante», selon la ministre de la Transition écologique

La France connait une situation de sécheresse "exceptionnelle" et "très préoccupante", avec un nombre record de départements concernés par des restrictions d'eau de manière particulièrement précoce et une vigilance accrue sur les sols et les cours d'eau, a déclaré mercredi la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut. (AFP)
La France connait une situation de sécheresse "exceptionnelle" et "très préoccupante", avec un nombre record de départements concernés par des restrictions d'eau de manière particulièrement précoce et une vigilance accrue sur les sols et les cours d'eau, a déclaré mercredi la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut. (AFP)
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  • "C'est une situation inédite depuis la mise en place du suivi national en 2012", a déclaré Mme Barbut
  • Cette alerte intervient à la veille de l'examen en commission mixte paritaire (CMP) du projet de loi d'urgence agricole, un texte profondément remanié par le Sénat, qui "risque d'aboutir à un bouleversement profond de la politique de l'eau actuelle

PARIS: La France connait une situation de sécheresse "exceptionnelle" et "très préoccupante", avec un nombre record de départements concernés par des restrictions d'eau de manière particulièrement précoce et une vigilance accrue sur les sols et les cours d'eau, a déclaré mercredi la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut.

Actuellement, 99 départements connaissent pour tout ou partie des restrictions d'eau, "soit la totalité du territoire métropolitain", dont 43 sont au niveau de crise, où l'eau est réservée aux usages prioritaires. 206 arrêtés préfectoraux sont en vigueur, "il s'agit du niveau le plus élevé jamais observé depuis au moins 2013", a indiqué la ministre lors d'une réunion de la cellule de crise au ministère.

"Nous vivons une situation de sécheresse qui est exceptionnelle par sa précocité", avec "près d'un mois d'avance par rapport à ce que nous connaissions jusqu'à présent", tout "comme par son intensité", a déclaré Monique Barbut.

"Ce qui rend la situation très préoccupante, c'est qu'elle survient alors que les précipitations du printemps étaient globalement dans les normales", a souligné Mme Barbut, rappelant que le changement climatique entraine "un dérèglement profond du cycle de l'eau".

"Les sols sont les premiers touchés. (...), avec des niveaux d'humidité particulièrement bas" et "proches des records", a-t-elle expliqué.

La ministre a souligné que "les cours d'eau constituent aujourd'hui le point de vigilance principal: depuis le début du mois de juin, les débits mensuels diminuent rapidement sur l'ensemble du territoire, et près d'un tiers des points de mesure se situent à des niveaux inférieurs aux minimas observés ces 20 dernières années" alors qu'"un quart des petits cours d'eau sont désormais à sec".

"C'est une situation inédite depuis la mise en place du suivi national en 2012", a déclaré Mme Barbut.

Cette alerte intervient à la veille de l'examen en commission mixte paritaire (CMP) du projet de loi d'urgence agricole, un texte profondément remanié par le Sénat, qui "risque d'aboutir à un bouleversement profond de la politique de l'eau actuelle en France", selon une note de la ministre de la Transition écologique consacrée aux "principales alertes" sur ce texte publiée par le média Contexte.

Des élus locaux ont mis en garde contre un texte qui va démarrer "une guerre de l'eau", tandis que des scientifiques, des écologistes, d'anciens ministres de l'Agriculture et le 3e syndicat agricole, la Confédération paysanne, ont dénoncé le déséquilibre du texte sorti du Sénat. Cette version prévoit notamment de modifier la tutelle des agences de l'eau, de doubler la capacité de stockage et de nombreux assouplissements aux contraintes environnementales.


En forêt de Fontainebleau, les opérations se poursuivent pour contenir les reprises de feu

Si l'effectif au sol reste équivalent à celui de mardi, le dispositif aérien a quant à lui été allégé: trois Canadair, un Dash, deux hélicoptères bombardiers d'eau et un hélicoptère de commandement sont mobilisés. La veille, Canadair et bombardiers d'eau étaient au nombre de quatre. (AFP)
Si l'effectif au sol reste équivalent à celui de mardi, le dispositif aérien a quant à lui été allégé: trois Canadair, un Dash, deux hélicoptères bombardiers d'eau et un hélicoptère de commandement sont mobilisés. La veille, Canadair et bombardiers d'eau étaient au nombre de quatre. (AFP)
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  • Le Grand Parquet correspond à la zone où s'est déclaré le deuxième incendie, lundi après-midi, et qui a ravagé environ 450 hectares
  • L'incendie principal, démarré dimanche autour de l'autoroute A6, a lui parcouru quelque 1.600 hectares en deux jours

NOISY-SUR-ECOLE: Quelque 800 pompiers étaient encore à pied d'oeuvre mercredi matin en forêt de Fontainebleau pour contenir les reprises de feux, qui ont été fixés la veille après 48 heures de lutte intense.

"Trois reprises modérées de feu" ont été identifiées dans le secteur du Grand Parquet, à proximité de la ville de Fontainebleau, a déclaré à l'AFP Paul-Edouard Laurain, porte-parole du Service départemental d'incendie et de secours (Sdis) de Seine-et-Marne.

Le Grand Parquet correspond à la zone où s'est déclaré le deuxième incendie, lundi après-midi, et qui a ravagé environ 450 hectares. L'incendie principal, démarré dimanche autour de l'autoroute A6, a lui parcouru quelque 1.600 hectares en deux jours.

Un peu plus tôt, M. Laurain expliquait que les opérations prévues allaient dorénavant être "principalement du +noyage+, c'est-à-dire s'assurer qu'on traite toutes les parties incandescentes qui restent dans la terre ou les souches ou les branches d'arbre qui sont tombées au sol, afin qu'on n'ait pas de reprise particulière".

"Ensuite, on va commencer à imaginer la façon dont on va pouvoir rouvrir les axes et désengager une partie des pompiers", a-t-il poursuivi, tandis que les deux feux ont été fixés mardi soir.

Si l'effectif au sol reste équivalent à celui de mardi, le dispositif aérien a quant à lui été allégé: trois Canadair, un Dash, deux hélicoptères bombardiers d'eau et un hélicoptère de commandement sont mobilisés. La veille, Canadair et bombardiers d'eau étaient au nombre de quatre.

Parmi les "bonnes nouvelles", la possibilité pour le Dash d'aller se ravitailler à Melun, à environ 15 minutes de trajet, là où il devait auparavant aller dans les Vosges ou le Maine-et-Loire, à environ 1H30.

En raison du sol tourbeux de la forêt, les pompiers vont devoir être mobilisés encore un moment afin d'éviter les feux zombies.

"Un feu de tourbe peut se propager (dans le sol) pendant plusieurs jours, voire plusieurs semaines et ressurgir parfois à plus d'une centaine de mètres du feu initial", a alerté mardi le préfet de Seine-et-Marne Pierre Ory.

Une portion de l'A6 était toujours fermée mercredi matin.

Quatre gardes à vue étaient encore en cours mardi soir, dont celle d'un pompier volontaire qui a reconnu avoir "mis le feu à des brindilles avec un briquet et de l'essence" à Arbonne-la-Forêt.

 


La France publie sa stratégie pour être neutre en carbone, en pleine vague de chaleur

De la vapeur s'élève des tours de refroidissement de la centrale nucléaire du Bugey, à Saint-Vulbas, dans le centre-est de la France, le 25 janvier 2022. (AFP)
De la vapeur s'élève des tours de refroidissement de la centrale nucléaire du Bugey, à Saint-Vulbas, dans le centre-est de la France, le 25 janvier 2022. (AFP)
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  • La France présente sa stratégie SNBC-3 visant la neutralité carbone d'ici 2050, avec une sortie progressive du charbon, du pétrole et du gaz fossile
  • Les émissions baissent, mais pas assez vite pour atteindre les objectifs, tandis que le financement de la transition reste un défi

PARIS: Après des mois de préparation, le gouvernement présente mercredi sa copie définitive pour une France "neutre en carbone" en 2050, qui se passerait du pétrole et du gaz, qui réchauffent l'atmosphère terrestre.

Cette troisième Stratégie nationale bas carbone (SNBC-3) doit être présentée dans la matinée au ministère de la Transition écologique à l'occasion d'une conférence, et être suivie par la publication d'un décret, attendu dans les prochains jours, selon le ministère.

Les "principales évolutions" du texte et son calendrier doivent notamment être présentés à la presse, indique le ministère, tout comme l'impact du plan d'électrification du gouvernement sur la trajectoire de décarbonation.

Le projet de feuille de route pour baisser les rejets de gaz à effet de serre de la France avait déjà été publié en décembre et devait ensuite faire l'objet d'une série de consultations par des instances diverses, avant celle du public.

Lors de la récente première conférence sur la sortie des énergies fossiles à Santa Marta (Colombie) fin avril, qui regroupait une cinquantaine de pays volontaires, les engagements français avaient été salués.

La France a présenté un document prévoyant notamment la fin de la consommation de charbon à horizon 2030, de pétrole d'ici à 2045 et de gaz fossile en 2050.

Depuis, l'ouest de l'Europe a connu trois épisodes de chaleurs intenses en moins de deux mois, témoins des effets dévastateurs du réchauffement climatique principalement causé par la combustion du charbon, du pétrole et du gaz.

Le gouvernement a aussi annoncé en juin un gel de 163 millions d'euros sur le fonds vert, programme gouvernemental destiné à accélérer la transition écologique dans les collectivités locales, en dépit de l'urgence de la question climatique, venant poser avec insistance la question du financement par la France de son ambition en matière d'adaptation au changement climatique, à l'heure où les finances publiques sont exsangues.

La nouvelle stratégie climatique française ambitionne une baisse des émissions de gaz à effet de serre d'environ 4% par an pour la période 2024-2028, en vue d'atteindre la neutralité carbone en 2050.

Or la tendance actuelle (-1,5% en 2025) n'est pas alignée avec cette trajectoire, bien que le pays ait nettement fait baisser ses émissions au premier trimestre 2026 de 4,8% sur un an, à la faveur d'un recul des consommations de chauffage l'hiver dernier.

Pour accélérer, le gouvernement a lancé en avril un plan d'électrification de l'économie, de l'industrie aux transports en passant par le numérique.