L'explosion du divertissement, moteur de la transformation de l'Arabie saoudite

Les événements sportifs, les projections de films, les expositions d'art et les concerts pop sont de plus en plus répandus dans le Royaume, et les Saoudiens en raffolent (Photo fournie).
Les événements sportifs, les projections de films, les expositions d'art et les concerts pop sont de plus en plus répandus dans le Royaume, et les Saoudiens en raffolent (Photo fournie).
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Publié le Samedi 27 août 2022

L'explosion du divertissement, moteur de la transformation de l'Arabie saoudite

  • Le Royaume s'est rapidement imposé comme pôle d'attraction pour les événements culturels, les expositions d'art et les projections de films
  • La Vision 2030 prévoit et soutient l'expansion du marché du divertissement à 30 milliards de riyals saoudiens

DUBAÏ: Il y a encore cinq ans, la plupart des formes de divertissement de masse étaient mal vues en Arabie saoudite. Aucun concert public ne diffusait de musique, aucun cinéma n'offrait aux spectateurs la magie des films, et la séparation des sexes était la norme dans les lieux publics.

Aujourd'hui, l'Arabie saoudite, qui ne disposait pratiquement d'aucun lieu de divertissement, est devenue un pôle au Moyen-Orient pour les événements culturels, les expositions d'art et les projections de films.

Tout cela résulte de la Vision 2030, le plan de réforme du prince héritier Mohammed ben Salmane lancé en 2016 pour transformer le Royaume sur le plan social et économique. Cette stratégie prévoit une croissance annuelle des dépenses des ménages saoudiens en matière de divertissement d'environ 2 %.

Entre-temps, l'industrie saoudienne du divertissement a connu une croissance explosive. Des salles de cinéma ont ouvert dans toutes les villes, et les hommes et les femmes peuvent se réunir et se fréquenter librement.

Des fans saoudiens assistent au MDL Beast Fest, un festival de musique électronique, qui se tient à Banban, dans la banlieue de la capitale saoudienne Riyad (Photo, AFP).

Les grands concerts de musique comme le MDL Beast attirent des centaines de milliers de personnes. Des festivals internationaux de cinéma et des expositions d'art contemporain sont régulièrement organisés, et des célébrités et des artistes se rendent fréquemment en Arabie saoudite.

«Nous voulons que les Saoudiens profitent de leur pays, nous voulons leur apporter du divertissement et devenir comme le reste du monde», a déclaré à Arab News Kaswara Alkhatib, responsable des médias au National Events Center du Royaume.

«Les Saoudiens n'ont plus besoin de voyager pour se divertir, et les étrangers peuvent venir se divertir dans le Royaume. Dans le monde d'aujourd'hui, vous ne pouvez pas être un pays fermé qui ne propose pas de divertissement et permettre à votre population de voyager à l'étranger. Cela a été le facteur de changement le plus important qui a influencé la mentalité des Saoudiens.»

Le secteur du divertissement est l'une des nombreuses forces à l'origine des changements sociaux et économiques qui ouvrent l'Arabie saoudite au monde. La Vision 2030 prévoit et soutient l'expansion du marché du divertissement pour atteindre 30 milliards de riyals saoudiens (8 milliards de dollars).

Une photographie publiée par l'Autorité générale de la culture saoudienne, le 26 avril 2018, montre l'Ensemble national de musique arabe (AME) de l'Opéra du Caire se produisant au Centre culturel King Fahd à Riyad (Photo, AFP/Autorité générale de la culture saoudienne).

L'Arabie saoudite abrite l'une des plus grandes populations du Moyen-Orient. Avec environ la moitié de ses habitants âgés de moins de 30 ans, l'appétit pour le divertissement est important et croît fortement. Des centaines de nouveaux cinémas, de projets de parcs à thème, de villes de loisirs et de centres de divertissement familial devraient être construits d'ici 2030.

Selon une étude réalisée en 2021 par la société américaine Research and Markets, le marché saoudien du divertissement devrait passer de sa taille actuelle (23,77 millions de dollars en 2020) à 1,17 milliard de dollars d'ici la fin de 2030, soit un taux de croissance annuel de 47,65 %.

«L'industrie saoudienne du divertissement est passée de zéro jusqu'à devenir un véritable phénomène en l'espace de quelques années», a déclaré Alkhatib. «Avant Saudi Seasons, le divertissement n'existait pas en Arabie saoudite. Avant, se divertir signifiait aller au centre commercial, dîner ou se réunir en famille ou entre amis. Avant, il y avait très peu d'endroits où une famille ou des amis pouvaient se rendre, avec très peu d'occasions de faire la fête ou d'assister à des concerts.»

«Il n'y avait pas de cinémas, de pièces de théâtre ou de concerts internationaux. Les Saoudiens avaient l'habitude de se rendre à l'extérieur de l'Arabie saoudite pour assister à un concert et voir certains des chanteurs saoudiens les plus populaires comme Mohammed Abdu. Les concerts ne se faisaient pas en Arabie saoudite, mais à l'extérieur du pays.»

Aujourd'hui, les Saoudiens sortent en masse pour assister à des spectacles musicaux. Hommes, femmes et enfants assistent à ces événements, appréciant les concerts mettant en vedette non seulement des artistes nationaux mais aussi des artistes étrangers.

Des femmes saoudiennes se rassemblent devant un cinéma du Riyadh Park Mall après son ouverture au grand public, le 30 avril 2018 (Photo, AFP).

«Aujourd'hui, nous sommes fiers de proposer ces concerts chez nous. Non seulement pour les artistes saoudiens, mais aussi parce que nous avons réussi à attirer de nombreux artistes internationaux et des célébrités de la région et de l'Occident», a affirmé Alkhatib. «Cela a certainement été l'une des principales transformations.»

Saudi Seasons, une initiative lancée par la Commission saoudienne pour le tourisme et le patrimoine national en 2019, planifie et organise des festivals dans différentes régions pour mettre en lumière la culture et le patrimoine saoudiens et proposer du divertissement à davantage de Saoudiens.

La première édition de Saudi Seasons a organisé 11 festivals dans tout le Royaume, une pratique qui se poursuit. Des «saisons» ont été organisées pour Riyad, Djeddah, la province orientale, Taif, Al-Soudah, la fête nationale, Diriyah, AlUla, Hail, le Ramadan et l'Aïd Al-Fitr.

L'initiative est menée par diverses autorités saoudiennes, dont le ministère de la Culture, l'Autorité générale du divertissement, le ministère des Sports et le Bureau saoudien des expositions et des congrès, sous la direction d'un comité dirigé par le prince héritier.

Les principaux objectifs de Saudi Seasons sont d'augmenter les dépenses en matière de tourisme en Arabie saoudite, de fournir davantage d'opportunités d'emploi, de stimuler les initiatives commerciales et le tourisme en Arabie saoudite, et d'améliorer la qualité de vie.

EN CHIFFRES

* 50% des habitants ont moins de 30 ans.

* 6% des dépenses des ménages pour le divertissement dans le cadre de la Vision 2030.

* 80% du budget actuel des ménages pour le divertissement est dépensé à l'étranger.

* La taille du marché du divertissement devrait atteindre 30 milliards de riyals saoudiens dans le cadre de la Vision 2030.

L'initiative a également créé un grand nombre d'opportunités d'emploi pour la jeunesse saoudienne. La saison 2019 de Djeddah a créé à elle seule 5 000 opportunités d'emploi pour les jeunes hommes et femmes.

L'industrie cinématographique saoudienne s'est développée en même temps que les progrès rapides du Royaume en matière de divertissement. Ces dernières années, de jeunes cinéastes sont revenus dans le pays après avoir travaillé des années à l'étranger, pour profiter des investissements du Royaume dans le domaine du divertissement.

En février 2020, le ministère de la Culture a créé la Commission du film, un organe gouvernemental chargé de «développer et organiser le secteur cinématographique, d'élever son niveau de production, de commercialiser les films saoudiens, d'encourager le financement et l'investissement et de développer du contenu. La commission soutient également les jeunes talents créatifs, définit les lois et règlements, et représente le Royaume dans les forums régionaux et internationaux liés au cinéma».

Parmi les autres organismes qui soutiennent le cinéma dans le Royaume, figurent Film AlUla et la fondation Misk, créée par le prince héritier, pour donner aux jeunes Saoudiens les moyens d'agir et soutenir la transformation sociale de l'Arabie saoudite. Misk gère, entre autres, un programme d'écriture de scénarios pour venir en aide aux cinéastes.

L'Arabie saoudite abrite l'une des plus grandes populations du Moyen-Orient. Avec environ la moitié de ses habitants âgés de moins de 30 ans, l'appétit pour le divertissement est important et croît fortement (Photo fournie).

Saad Abutaily, un jeune Saoudien de 29 ans, qui travaille pour l'entreprise basée à Riyad Nebras Films, est né et a grandi à Londres, où il a vécu la majeure partie de sa vie jusqu'à son retour au Royaume en 2019.

Abutaily a mis l'accent sur la quantité de fonds disponibles pour soutenir les cinéastes saoudiens. «Tout revient à la vie maintenant», a-t-il lancé à Arab News.

À Nebras, Abutaily a déclaré voir régulièrement des jeunes diplômés recevoir une aide du gouvernement pour produire leurs films et faire avancer leur carrière.

En mai, il a été annoncé que les studios saoudiens Telfaz 11, en pleine expansion, avaient conclu un accord avec la société française Easy Riders Films pour produire conjointement quatre films saoudiens. Selon Abutaily, Nebras produit actuellement un autre film de manière indépendante.

Le septuple champion du monde de Formule 1 Lewis Hamilton lors du Grand Prix d'Arabie saoudite, l'un des nombreux événements sportifs organisés dans le Royaume dans le cadre de la Vision 2030 (Photo, AFP).

En novembre dernier, les autorités saoudiennes ont annoncé des investissements totalisant 64 milliards de dollars dans l'industrie du divertissement naissante, dans le cadre d'un effort plus large pour sevrer l'économie du pétrole et, en temps voulu, devenir la première destination de la région pour le cinéma.

«En 2019, les choses ont commencé à changer. En 2021-2022, le pays est complètement différent», a déclaré Abutaily depuis Riyad, où il réside. «Je profite désormais davantage de mes week-ends ici qu'à Cannes ou à Londres. Il y a tellement de choses à faire ici maintenant. Il y a des artistes, des scénaristes, des producteurs de films et des cinéastes. La liste est longue.»

«C'est ce qui fait qu'il est sain pour nous de vivre à nouveau en Arabie saoudite. Nous sommes enfin acceptés par notre gouvernement et par les services de sécurité, et tous les quelques mois, il y a encore plus de changements et de nouvelles annonces.»

Les Saoudiens n'ont plus besoin de voyager pour se divertir, et les étrangers peuvent venir se divertir dans le Royaume, selon Kaswara Alkhatib, responsable des médias du National Events Center d'Arabie saoudite (Photo, AFP).

M. Abutaily a déclaré que c'était une époque formidable pour l'Arabie saoudite, non seulement pour les Saoudiens mais aussi pour les étrangers. «Les producteurs de musique produisent désormais de la musique en Arabie saoudite. Des artistes, des cinéastes et bien d'autres sont revenus dans le pays depuis les États-Unis, le Royaume-Uni et les Émirats arabes unis. Ils sont revenus lorsqu'ils ont réalisé combien de nouvelles opportunités s'offraient à eux.»

«La Covid-19 nous a ralenti, mais les choses ont repris leur cours et battent leur plein. La culture a toujours été présente en Arabie saoudite, mais elle était très limitée. Il n'y avait que des restaurants, des centres commerciaux et des cafés. Maintenant, je vois des Saoudiens qui reviennent de l'étranger pour assister à de grands rassemblements publics et à des spectacles ici.»

Les cinéastes saoudiens voyagent également davantage dans le Royaume, visitant Abha, AlUla, NEOM, Taif, Djeddah et la province orientale, s'inspirant de leur propre pays et tournant des films sur place dans diverses régions.

«Le monde entier est curieux de l'histoire saoudienne», a affirmé à Arab News Mujtaba Saeed, un cinéaste de 35 ans qui partage son temps entre l'Arabie saoudite et l'Allemagne.

«Nous avons beaucoup d'histoires jamais racontées, et nous voulons partager notre expérience humaine avec le monde. En tant que cinéaste, nous recevons désormais le soutien précieux de la Commission du film créée par le ministère de la Culture, qui nous a aidés à raconter notre histoire au reste du monde.»

Son récent court-métrage Zawal, qui décrit la pandémie du point de vue d'un réfugié, a remporté la Palme d'or au Festival du film saoudien 2022 et a récemment reçu la Voile d'or au Festival des stations de radiodiffusion et de télévision du Golfe, à Bahreïn.

«Nous vivons actuellement un moment historique en Arabie saoudite», a déclaré Saeed. «Nous voulons nous exprimer, raconter nos histoires et montrer au monde que nous sommes semblables, que nos besoins et nos objectifs sont universels.»

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


« Arduna » à AlUla : quand l’art contemporain scelle une coopération culturelle historique entre la France et l’Arabie saoudite

Présent lors de l’inauguration, Jean-Yves Le Drian, président d’AFALULA, a souligné la portée symbolique et politique de l’événement. (AFALULA)
Présent lors de l’inauguration, Jean-Yves Le Drian, président d’AFALULA, a souligné la portée symbolique et politique de l’événement. (AFALULA)
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  • Présentée comme un geste artistique fort autant qu’un acte de confiance entre deux nations, Arduna s’inscrit dans la continuité de l’accord intergouvernemental signé en 2018
  • « Cette décision de nos chefs d’État s’inscrivait dans une vision partagée : celle du soutien de la France à la transformation de l’Arabie saoudite, initiée par le Prince héritier dans Vision 2030»

ALULA: L’inauguration de l’exposition Arduna marque une étape fondatrice dans le développement culturel de l’Arabie saoudite et dans la coopération franco-saoudienne. Inédite par son ampleur et première du genre en Arabie saoudite et au Moyen-Orient, cette exposition est le fruit d’un commissariat conjoint entre le futur Musée d’Art Contemporain d’AlUla et le Centre Pompidou, avec le soutien de l’Agence française pour le développement d’AlUla (AFALULA).

Présent lors de l’inauguration, Jean-Yves Le Drian, président d’AFALULA, a souligné la portée symbolique et politique de l’événement :

« C’est un grand honneur d’être à vos côtés ici ce soir pour inaugurer “Arduna”, exposition fondatrice et inédite dans son ampleur. Je dis fondatrice, parce qu’elle est à la fois un geste artistique majeur, et un geste de confiance entre nos deux pays. »

Un jalon issu de l’accord intergouvernemental de 2018

L’exposition s’inscrit directement dans le prolongement de l’accord intergouvernemental signé en 2018 par la France et l’Arabie saoudite, en présence du Président Emmanuel Macron et de Son Altesse Royale le Prince héritier Mohammed ben Salmane. Cet accord a ouvert une coopération ambitieuse autour du développement culturel, patrimonial, environnemental et humain d’AlUla, en cohérence avec la Vision 2030 du Royaume.

Jean-Yves Le Drian a rappelé la vision commune à l’origine de cet engagement :

« Cette décision de nos chefs d’État s’inscrivait dans une vision partagée : celle du soutien de la France à la transformation de l’Arabie saoudite, initiée par le Prince héritier dans Vision 2030. L’art et la culture, la valorisation du patrimoine comme l’élan de la création y jouent un rôle majeur. »

Aujourd’hui, les résultats de cette coopération sont visibles et concrets, notamment à travers l’inauguration du pavillon d’exposition, première étape vers le futur Musée d’Art Contemporain d’AlUla prévu à l’horizon 2030.

« Arduna », une exposition ancrée dans son territoire

Intitulée Arduna – « Notre Terre » –, l’exposition revendique un lien étroit avec l’identité d’AlUla. Une approche que Jean-Yves Le Drian a tenu à distinguer de modèles d’expositions décontextualisées :

« “Arduna” n’est pas une exposition “posée” sur un territoire, hors sol. C’est un modèle de programmation à l’écoute de son temps et surtout à l’écoute d’AlUla et de son identité très singulière, celle d’un territoire où la nature, l’archéologie, la mémoire et l’avenir se répondent à chaque instant. »

Il insiste également sur la démarche de co-construction :

« L’idée n’était pas d’importer un récit, mais de co-développer une exposition et, au-delà, une vision, ancrée dans l’exceptionnelle magie de ce lieu. »

Les commissaires de l’exposition, Candida Pestana et Anne Hiddleston Galloni, ont été saluées pour leur travail approfondi et leur implication tout au long de la préparation de cet événement.

Une première concrétisation du futur musée d’art contemporain d’AlUla

Au-delà de l’exposition, Arduna constitue la première réalisation tangible du partenariat stratégique conclu en 2023 entre la Commission Royale pour AlUla et le Centre Pompidou. Ce partenariat vise à accompagner la création du futur Musée d’Art Contemporain d’AlUla, appelé à devenir une institution de référence internationale.

Jean-Yves Le Drian a souligné l’engagement global du Centre Pompidou :

« Je suis reconnaissant au Centre Pompidou d’avoir mobilisé son expertise dans tous les domaines : le commissariat, la scénographie, la production, la médiation, l’édition, mais aussi l’accompagnement architectural du pavillon, ainsi que les actions de formation et de mentorat de la future équipe du musée. »

Le futur musée, conçu par l’architecte Lina Gotmeh, se veut à la fois international et profondément enraciné dans son environnement local, notamment à travers son dialogue avec l’espace voisin de Daïmumah.

Une dynamique culturelle franco-saoudienne durable

L’inauguration de Arduna s’inscrit dans une dynamique plus large de coopération culturelle entre la France et l’Arabie saoudite à AlUla. Jean-Yves Le Drian a rappelé l’ouverture récente de la Villa Hégra, autre jalon majeur de ce partenariat :

« La Villa Hégra témoigne de ce que nous sommes en mesure de construire ensemble : un lieu de création, de recherche, de résidence et de transmission, où les scènes françaises, francophones et saoudiennes se rencontrent et projettent des coopérations fortes. »

La culture comme langage commun

En conclusion, le président d’AFALULA a résumé l’esprit de cette coopération :

« Ce soir, nous inaugurons une exposition. Mais plus profondément, nous célébrons une belle histoire : celle d’un partenariat qui se construit dans la durée, qui investit dans la confiance, et qui choisit la culture comme langage commun. »

L’exposition Arduna illustre ainsi l’ambition partagée de faire d’AlUla un pôle culturel majeur, où le patrimoine exceptionnel du territoire dialogue avec la création contemporaine, au cœur d’un partenariat stratégique entre le Royaume d’Arabie saoudite et la France.


AlUla: l’exposition « Arduna », fonde un socle de dialogue et de culture

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  • AlUla s’étend sur 22 561 km², mêlant vallée fertile, formations rocheuses monumentales et vestiges historiques uniques, dont Hegra, premier site saoudien inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO
  • Carrefour de routes commerciales antiques, la région fut pendant des siècles un lieu de circulation, d’échanges et de dialogue entre les cultures

PARIS: Au cœur du nord-ouest de l’Arabie saoudite, à plus de 1 100 kilomètres de Riyad, l’oasis d’AlUla s’impose progressivement comme l’un des laboratoires culturels les plus ambitieux du Moyen-Orient.

Territoire aux paysages spectaculaires et au patrimoine plurimillénaire, marqué par les civilisations lihyanite et nabatéenne, AlUla n’est plus seulement un site archéologique d’exception, mais devient un véritable projet de civilisation.

arduna

L’exposition « Arduna » (Notre terre), présentée dans le cadre de la 5ᵉ édition du Festival des arts d’AlUla, en est aujourd’hui l’une des expressions les plus abouties.

Organisée dans les espaces préfigurateurs du futur musée d’art contemporain saoudien, l’exposition incarne une coopération culturelle structurante entre la France et l’Arabie saoudite, portée conjointement par l’Agence française pour le développement d’AlUla (AFALULA) et la Commission royale pour AlUla (RCU), avec le concours du Centre Pompidou.

Plus qu’un événement artistique, « Arduna » s’inscrit dans une stratégie de long terme visant à faire de l’art un pilier du développement territorial, social et symbolique d’AlUla.

Un dialogue entre patrimoine et création contemporaine

AlUla s’étend sur 22 561 km², mêlant vallée fertile, formations rocheuses monumentales et vestiges historiques uniques, dont Hegra, premier site saoudien inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Carrefour de routes commerciales antiques, la région fut pendant des siècles un lieu de circulation, d’échanges et de dialogue entre les cultures.

C’est dans le cadre de cet héritage que s’inscrit aujourd’hui la politique culturelle conduite par la Commission royale pour AlUla, en lien étroit avec AFALULA, fer de lance de la coopération franco-saoudienne.

L’objectif est clair : préserver le patrimoine tout en l’inscrivant dans le présent, relier l’histoire longue du territoire à la création contemporaine internationale et faire d’AlUla un espace vivant, habité et partagé.

Depuis cinq ans, le Festival des arts d’AlUla joue un rôle central dans cette transformation. Il a progressivement installé la région comme un foyer de création et de rencontres artistiques, en dialogue constant avec le paysage, les habitants et l’histoire du lieu.

Dans ce contexte, l’exposition « Arduna » marque une étape décisive. Conçue par deux commissaires — Anna Hiddleston, du Centre Pompidou, et Candida Pestana, cheffe des commissaires pour les arts contemporains à la RCU —, elle repose sur un principe fort : le dialogue entre les œuvres, les cultures et les récits.

L’exposition est structurée en six sections, chacune mettant en regard des artistes d’horizons différents.

Ainsi, une œuvre de Vassily Kandinsky dialogue avec celles de l’artiste syro-libanaise Etel Adnan, tandis qu’un échange visuel et conceptuel s’opère entre le photographe palestinien Tarek Al-Ghoussein et l’artiste français Cyprien Gaillard.

À ces confrontations s’ajoutent des installations créées spécifiquement pour AlUla par cinq artistes contemporains : Renaud Auguste-Dormeuil, Dana Awartani, Tarek Atoui, Tavares Strachan et Ayman Zedani.

Ces œuvres inédites ancrent l’exposition dans le territoire même d’AlUla, renforçant son caractère non itinérant et profondément contextuel.

« Arduna » constitue une première majeure à plusieurs titres : il s’agit de la première exposition de cette ampleur organisée à AlUla en co-commissariat avec une grande institution internationale, et de la première exportation temporaire d’un ensemble significatif d’œuvres du Centre Pompidou depuis sa fermeture pour rénovation.

Un modèle culturel fondé sur la co-construction

Contrairement à de nombreux projets culturels dans le Golfe fondés sur la simple importation de contenus occidentaux, le modèle retenu ici privilégie la co-construction.

Sur les 75 œuvres présentées, une partie provient de prêts internationaux, tandis qu’une autre appartient à la collection constituée ces dernières années par la Commission royale pour AlUla, reflétant une politique affirmée d’acquisition et de souveraineté culturelle.

La durée de trois mois (du 31 janvier au 15 avril), conforme aux standards internationaux, permet de toucher un public local, régional et international, dans un territoire encore en phase de montée en puissance touristique, mais dont la fréquentation progresse rapidement, notamment grâce à des équipements culturels et de loisirs déjà largement fréquentés par les habitants.

Au-delà de l’exposition elle-même, « Arduna » s’inscrit dans une compétition culturelle internationale intense, alors que des artistes américains, britanniques, italiens, mais aussi de plus en plus chinois, déploient des moyens considérables en Arabie saoudite.

Pour les responsables du projet, l’horizon est clairement fixé à 2030, en cohérence avec les grandes échéances saoudiennes, dont l’Exposition universelle de Riyad. Leur ambition est de créer un pont entre AlUla, les grands sites patrimoniaux, le futur musée d’art contemporain et les grands rendez-vous internationaux, afin de faire rayonner l’oasis bien au-delà de ses frontières.

En préfigurant le futur musée d’art contemporain, « Arduna » dépasse ainsi le cadre d’une exposition temporaire et propose un nouveau modèle culturel, fondé sur le temps long, la création partagée et l’ancrage territorial.

Ce modèle fait de l’art non pas un simple outil d’attractivité touristique, mais un vecteur de sens, de dialogue et de transformation sociale.


Haute couture: ode à la nature pour les premiers pas de Matthieu Blazy chez Chanel

Une mannequin défile lors de la présentation de la collection Chanel Haute Couture printemps-été 2026 pour femmes, à Paris, le 27 janvier 2026. (AFP)
Une mannequin défile lors de la présentation de la collection Chanel Haute Couture printemps-été 2026 pour femmes, à Paris, le 27 janvier 2026. (AFP)
Le créateur de mode belge Matthieu Blazy salue le public à la fin du défilé de la collection Haute Couture printemps-été 2026 de Chanel, dans le cadre de la Fashion Week Haute Couture de Paris, le 27 janvier 2026. (AFP)
Le créateur de mode belge Matthieu Blazy salue le public à la fin du défilé de la collection Haute Couture printemps-été 2026 de Chanel, dans le cadre de la Fashion Week Haute Couture de Paris, le 27 janvier 2026. (AFP)
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  • Débuts très attendus de Matthieu Blazy chez Chanel : une première collection haute couture poétique et aérienne, célébrant la nature à travers transparences, plumes et motifs de champignons, sous la verrière du Grand Palais
  • Une semaine marquée par le renouveau des grandes maisons : Jonathan Anderson chez Dior, Armani sans Giorgio pour la première fois, et des défilés spectaculaires signés Rolland et Fournié, illustrant un vaste mercato qui redessine la haute couture

PARIS: Des oiseaux, des champignons et beaucoup de légèreté: Matthieu Blazy a fait mardi à Paris ses débuts en haute couture chez Chanel avec une collection toute en transparence, délicatesse et plumes, véritable ode à la nature et à la poésie.

Sous la verrière du Grand Palais, métamorphosée pour l'occasion en une forêt onirique peuplée de champignons géants et de saules pleureurs roses, le créateur franco-belge de 41 ans a voulu, à travers ce premier vestiaire, "sonder et explorer le coeur de Chanel", explique un communiqué.

Matthieu Blazy réinvente ainsi une nouvelle fois l'emblématique tailleur de la maison dans une superposition de mousseline de soie transparente aux couleurs pastel et aux broderies en forme de champignons, sous laquelle se dessinent d'élégants sous-vêtements.

Le champignon, envoyé sous forme de pendentif en guise d'invitation, se décline dans les talons de certains escarpins.

La transparence et la légèreté s'invitent également dans des robes vaporeuses et des ensembles débardeurs et jupes, assortis d'écharpes qui traînent jusqu'au sol, et même sur un pantalon en jean.

Progressivement, les matières gagnent en densité: les tissus s’épaississent, se structurent, et la collection bascule vers des tailleurs et des manteaux en tweed, dont les extrémités s'ornent de plumes légères.

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Une mannequin défile lors de la présentation de la collection Chanel Haute Couture printemps-été 2026 pour femmes, à Paris, le 27 janvier 2026. (AFP)

Ces plumes, d'abord discrètes, finissent par s'imposer. Elles encerclent les ourlets des robes, soulignent les lignes d'une jupe ou d'un top, avant d'envahir entièrement certains tailleurs et silhouettes du soir, transformant les mannequins en femmes-oiseaux.

Le défilé s'est conclu par la traditionnelle mariée en ensemble jupe et haut à manches longues, entièrement rebrodé comme une nuée de minuscules plumes blanches.

Une première incursion dans la haute couture qui a attiré un parterre de stars, de Nicole Kidman à Dua Lipa, en passant par Penelope Cruz et Tilda Swinton.

- Mercato -

Ce premier défilé était l'un des plus attendus de cette semaine de la haute couture, avec celui de Jonathan Anderson lundi chez Dior.

Le créateur nord-irlandais de 41 ans avait également mis la nature à l'honneur, mais à travers des silhouettes très fleuries à la fois sculpturales et aériennes.

La nomination, ces derniers mois, de ces deux quadragénaires à la tête de deux des plus prestigieuses maisons a été le point d'orgue du vaste mercato qui agite la mode depuis près de deux ans.

Débauché de Bottega Veneta en décembre 2024, Matthieu Blazy avait déjà créé l’événement. Lors de son premier défilé de prêt‑à‑porter en octobre, le créateur avait revisité les codes fondateurs de Chanel en jouant sur les contrastes — tweeds effilochés, mailles colorées, tailleurs déhanchés et jupes en plumes — un passage ovationné et salué par une critique unanime.

- Armani sans Giorgio -

Autre temps fort de cette journée, Armani a présenté en début de soirée la première collection haute couture de la maison italienne sans la supervision de son fondateur Giorgio, décédé début septembre à l'âge de 91 ans.

Cette collection est signée par sa nièce Silvana Armani, qui avait travaillé à ses côtés sur le prêt-à-porter féminin et signe ses premiers pas en haute couture.

Un premier vestiaire, que l'Italienne a voulu "comme du Armani classique, mais avec une touche d'originalité", dans lequel se déclinaient de nombreux tailleurs pantalons souples et satinés, de somptueuses robes du soir scintillantes et des blouses rebrodées de perles, dans une palette noire, blanche, rose nude et vert d'eau.

De son côté, le couturier Stéphane Rolland a investi le Cirque d'hiver pour présenter une nouvelle collection aux silhouettes toujours très structurées, entre robes de soirée, combinaisons ajustées ou aux pantalons bouffants, dans ses couleurs fétiches que sont le rouge, le noir et le blanc.

Incarné par les mannequins Adriana Karembeu et Coco Rocha, le show s'est achevé par un lâcher de colombes et la performance aérienne d'une acrobate, le tout sous le regard de la première dame Brigitte Macron, du chanteur Marc Lavoine et du cinéaste Claude Lelouch.

Julien Fournié a de son côté dévoilé un vestiaire mêlant robes de soirée aux jupes volumineuses, pièces richement ornées de strass et de broderies – parfois inspirées du graffiti, des mangas ou du cinéma de genre – ainsi que des ensembles associant vestes en jean et transparences constellées de strass façon tatouage.