L'aide nécessaire à l'Ukraine prive de financement d'autres points chauds de la planète

Des réfugiés ukrainiens sont évacués d'Irpin vers Kiev après l'invasion de l'Ukraine par les forces russes. (Shutterstock)
Des réfugiés ukrainiens sont évacués d'Irpin vers Kiev après l'invasion de l'Ukraine par les forces russes. (Shutterstock)
Les réfugiées qui ont rejoint les centres d'accueil pour fuir la guerre en Éthiopie sont désormais confrontées à la baisse de l'aide humanitaire, les donateurs accordant davantage d'attention aux millions de personnes déplacées en Ukraine. (AFP)
Les réfugiées qui ont rejoint les centres d'accueil pour fuir la guerre en Éthiopie sont désormais confrontées à la baisse de l'aide humanitaire, les donateurs accordant davantage d'attention aux millions de personnes déplacées en Ukraine. (AFP)
Sacha (12 ans), un réfugié ukrainien, pose pour une photo dans le Centre d'aide humanitaire installé dans le hall de la Global Expo à Varsovie, le 15 juillet 2022. (AFP)
Sacha (12 ans), un réfugié ukrainien, pose pour une photo dans le Centre d'aide humanitaire installé dans le hall de la Global Expo à Varsovie, le 15 juillet 2022. (AFP)
La guerre en Ukraine a affaibli l'aide humanitaire destinée aux réfugiés, comme ceux qui vivent dans ce camp pour personnes déplacées surpeuplé à la frontière turco-syrienne. (AFP)
La guerre en Ukraine a affaibli l'aide humanitaire destinée aux réfugiés, comme ceux qui vivent dans ce camp pour personnes déplacées surpeuplé à la frontière turco-syrienne. (AFP)
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Publié le Lundi 05 septembre 2022

L'aide nécessaire à l'Ukraine prive de financement d'autres points chauds de la planète

Des réfugiés ukrainiens sont évacués d'Irpin vers Kiev après l'invasion de l'Ukraine par les forces russes. (Shutterstock)
Les réfugiées qui ont rejoint les centres d'accueil pour fuir la guerre en Éthiopie sont désormais confrontées à la baisse de l'aide humanitaire, les donateurs accordant davantage d'attention aux millions de personnes déplacées en Ukraine. (AFP)
Sacha (12 ans), un réfugié ukrainien, pose pour une photo dans le Centre d'aide humanitaire installé dans le hall de la Global Expo à Varsovie, le 15 juillet 2022. (AFP)
La guerre en Ukraine a affaibli l'aide humanitaire destinée aux réfugiés, comme ceux qui vivent dans ce camp pour personnes déplacées surpeuplé à la frontière turco-syrienne. (AFP)
  • Les Nations unies ont récolté à peine un tiers des 48,7 milliards de dollars sollicités cette année pour venir en aide à 200 millions de personnes
  • Le manque de financement s'explique par la taille des aides humanitaires dont le monde a besoin à l'heure actuelle

NEW YORK/BOGOTA (Colombie): En raison du besoin grandissant d'aide humanitaire et de la priorité accordée à l'Ukraine, les acteurs du secteur se retrouvent à court d'argent; ils peinent à répondre aux crises urgentes qui sévissent dans d’autres régions du monde, comme en Syrie, en Afghanistan et en Éthiopie.

Pour l’année 2022, les Nations unies estiment à plus de 48,7 milliards de dollars (1 dollar = 1,01 euro) les fonds nécessaires aux organisations d'aide humanitaire actives dans les zones de conflit et de catastrophe pour secourir plus de 200 millions de personnes. Au mois d’août de cette année, elles n'avaient récolté qu'un tiers de la somme requise.

Cette situation est en partie imputable à la taille même des besoins humains dans le monde, des guerres simultanées aux catastrophes naturelles en passant par les crises financières et par les répercussions de la pandémie de Covid-19.

Un autre facteur ponctionne les coffres des agences humanitaires: la guerre en Ukraine. Depuis l'invasion de ce pays par la Russie, en février dernier, ce dossier a occupé le devant de la scène dans les pays occidentaux en termes d'aide internationale.

En effet, les Nations unies ont exhorté les donateurs à allouer cette année plus de 6 milliards de dollars pour soutenir les Ukrainiens déplacés ou affectés par les combats. Leur premier appel a récolté un montant supérieur aux fonds sollicités pour soutenir l'Ukraine. La deuxième campagne est sur le point de récolter la totalité des fonds requis.

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Des réfugiés ukrainiens assistent à une foire à l'emploi destinée aux Ukrainiens organisée par la Chambre d'industrie et de commerce (IHK) à Berlin, le 2 juin 2022. (AFP)

En revanche, les programmes d'aide ne sont parvenus à réunir qu'une petite part des fonds nécessaires pour secourir les populations dans les autres points chauds de la planète: au Moyen-Orient (Irak, Syrie et Yémen), en Afrique (République démocratique du Congo, Éthiopie et Sud-Soudan), en Asie du Sud (Afghanistan, Bangladesh et Myanmar) et en Amérique latine (Colombie, Haïti et Venezuela).

Lors d'une réunion du Conseil de sécurité des Nations unies consacrée à la situation en Syrie, le 29 août dernier, Joyce Msuya, secrétaire générale adjointe aux affaires humanitaires et coordinatrice adjointe des secours d'urgence au Bureau de la coordination des affaires humanitaires (Ocha), a exprimé «sa profonde inquiétude quant aux préjudices irréversibles occasionnés par le manque persistant de financement».

«Cette situation risque de compromettre l'assistance vitale et de restreindre les investissements consacrés aux moyens de subsistance et aux services de base. Ce manque de financement entraîne de lourdes conséquences: davantage de jeunes abandonnent l'école, les taux de malnutrition grimpent et les interventions qui visent à protéger les individus sont moins nombreuses.»

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Des enfants se tiennent à côté d'une tente dans un camp inondé réservé aux Syriens déplacés par le conflit à proximité du village de Kafr Uruq, dans la province d'Idlib, contrôlée par les rebelles, au nord de la Syrie, le 17 janvier 2021. (Fichier AFP)

Au sujet de sa mission en Syrie, Mme Msuya précise qu’«il faut agir sans tarder; sinon, on risque de perdre toute une génération de jeunes Syriens».

On constate en effet une baisse des budgets d'aide alloués aux projets en Syrie et à l'aide aux réfugiés syriens accueillis dans les pays voisins. Cette baisse se poursuit en dépit de la recrudescence récente de la violence dans le nord de la Syrie (notamment dans la campagne d'Alep et dans le Nord-Est, contrôlé par les Kurdes), de la crise des déplacements qui perdure et des besoins humanitaires qui s'imposent de plus en plus. Cette série de crises survient dans un contexte où le processus politique se trouve enlisé et où le régime se tient au bord de la faillite économique.

Certains observateurs reprochent aux pays occidentaux, qui financent la plus grande partie de l'aide humanitaire, de suivre une politique de «deux poids, deux mesures», voire de faire preuve d'un racisme flagrant: ils financent à tour de bras les projets d'aide destinés à leurs concitoyens européens (majoritairement blancs et chrétiens) pris dans la crise ukrainienne et refusent de soutenir des projets indispensables au Moyen-Orient, à l'Afrique, à l'Asie du Sud ou encore à l'Amérique latine.

«Je suis profondément préoccupé par le manque de financement auquel sont confrontées une douzaine d'opérations menées dans plusieurs pays, du Bangladesh à la Colombie», a confié Filippo Grandi, le Haut-Commissaire des nations unies pour les réfugiés, lors d'une conférence de presse organisée en juillet. «Il faut insister et répéter sans relâche ce message [dans nos pays]: les actions humanitaires ne peuvent pas être accordées exclusivement à l'Ukraine.»

Le directeur général de l'OMS (Organisation mondiale de la santé, NDLR), Tedros Adhanom Ghebreyesus, a suscité un tollé auprès des diplomates en avril dernier lorsqu'il a accusé la communauté internationale d'appliquer une politique de deux poids, deux mesures dans sa réponse aux crises qui touchent les différentes ethnies.

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Des réfugiés se reposent à l'ombre d'une tente de fortune dans la ville de Semera, dans la région d'Afar, en Éthiopie, le 14 février 2022. (AFP)

M. Ghebreyesus, originaire d'Éthiopie, a souligné que le monde ne répondait pas de la même manière aux crises humanitaires qui affectaient les Noirs et à celles qui touchaient les Blancs. Il estime qu'«une infime partie» de l'attention accordée à l'Ukraine est consacrée à d'autres pays.

Selon lui, la guerre en Ukraine retient une plus grande attention alors que d'autres régions, notamment la région du Tigré, dans le nord de l'Éthiopie, ne reçoivent pas la sollicitude qu'elles méritent. Le conflit du Tigré, qui a éclaté en novembre 2020, a provoqué des milliers de morts et des millions de personnes déplacées.

«Le monde ne prête pas le même degré d'attention aux vies des Noirs qu’à celles des Blancs», s’est ému M. Tedros Adhanom Ghebreyesus lors d'une conférence de presse. «Toute l'attention portée à l'Ukraine est très importante, bien sûr, parce que cela a un impact sur le monde entier», a-t-il ajouté.

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Des réfugiés éthiopiens qui ont fui les combats dans la région du Tigré transportent des matériaux de construction à l'aide d'une charrette tirée par un âne, au camp d'Oum Rakuba, dans l'État de Gedaref, dans l'est du Soudan. (AFP)

«Mais pas même une fraction [de cette attention] n'est accordée au Tigré, au Yémen, à l'Afghanistan, à la Syrie et à d'autres pays. Il me faut être direct et honnête, le monde ne traite pas les races humaines de la même façon. Certaines sont plus égales que d'autres. Et quand je dis cela, cela me fait de la peine. C'est très difficile à accepter, mais c'est ce qui arrive.»

Il est vrai que les donateurs occidentaux accordent une importance géopolitique manifeste à la guerre en Ukraine, dans la mesure où elle affecte leurs intérêts nationaux – et qu’elle oblige les pays européens voisins à accueillir 6 millions d'Ukrainiens. Néanmoins, cette situation suscite des inquiétudes quant à la politisation de l'aide.

Martin Griffiths, secrétaire général adjoint des Nations unies aux affaires humanitaires et coordonnateur des secours d'urgence au sein de l’organisation, réfute le fait que les Ukrainiens soient privilégiés par rapport à d'autres ethnies. Il exprime toutefois son inquiétude quant au manque de fonds alloués aux autres zones sinistrées du monde.

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Des réfugiés ukrainiens assistent à un concert au Centre d'aide humanitaire situé dans le centre Global Expo, à Varsovie, en Pologne, le 15 juillet 2022. (AFP)

«L’idée selon laquelle l'attention de la communauté internationale est restreinte n'est pas nouvelle. Ce n'est pas l'Ukraine qui a inventé cette notion, même si la crise que ce pays traverse a été pour nous une épreuve particulièrement intense», explique M. Griffiths à Arab News.

«L'attention de la communauté internationale se limite sans aucun doute au problème du moment et c'est l'Ukraine qui détient cette place, comme on peut l'imaginer. Cela ne représente pas une politique discriminatoire, à mon avis.»

«Le financement nous préoccupe parce que nous nous inquiétions de savoir si les États membres n'auraient pas les moyens de soutenir le Yémen, la Syrie, l'Afghanistan et d'autres pays encore. Et, sur ce point, les indices demeurent assez contradictoires.»

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Sur cette photo on voit des Syriens déplacés de la ville frontalière de Ras al-Aïn, contrôlée par la Turquie et ses mandataires syriens, dans le camp de Wassukanni, dans le gouvernorat de Hassaké, au nord-est de la Syrie. (AFP)

«De toute évidence, au cours des premières semaines de la guerre d'Ukraine, la plupart des donateurs ont préservé leurs fonds pour financer d’autres conflits que celui de l'Ukraine. Cette tendance s'est estompée au fil du temps.»

«Je n'utiliserais jamais l'expression “deux poids, deux mesures” pour décrire cette situation. Une chose m'inquiète tout de même: les personnes qui vivent dans d'autres régions bénéficient-elles de l'attention et de la priorité qu'elles méritent?»

Stéphane Dujarric est le porte-parole du secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres. Il tient à souligner que l'aide apportée dans d'autres régions du monde n'a pas été délibérément sacrifiée au profit de l'Ukraine.

«Le secrétaire général doit gérer plusieurs dossiers à la fois. S'il se concentre sur l'Ukraine, cela ne signifie pas qu'il fait abstraction des autres crises», confie M. Dujarric à Arab News.

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Sur cette photo on voit des Syriens déplacés de la ville frontalière de Ras al-Aïn, contrôlée par la Turquie et ses mandataires syriens, dans le camp de Wassukanni, dans le gouvernorat de Hassaké, au nord-est de la Syrie. (AFP)

«Il ne se passe pas un jour sans que j'évoque les autres crises humanitaires. Je m'attache à mettre l’accent sur le manque de financement, qui est tragique pour toutes ces personnes, pas seulement pour celles qui vivent dans des camps en Irak ou en Syrie. Mais on sait aussi que les rations ont été réduites au Yémen ou dans la Corne de l'Afrique, faute de fonds.»

«Et le problème n'est pas que l'argent manque dans le monde. Nous savons qu'il y a suffisamment d'argent... Tout le monde essaie de faire progresser la situation. Mais l'argent est indispensable pour affronter ces crises humanitaires.»

«Lorsque les besoins humanitaires sont financés à raison de 10%, 20% ou 30%, cela sous-entend que nous sommes en manque d'argent pour nourrir, loger et fournir des services de santé aux populations.»

À la question posée par Arab News sur la possibilité d'accuser les pays donateurs d'appliquer une politique de deux poids, deux mesures dans les priorités qu’ils donnent au financement de l'aide, M. Dujarric a répondu: «Je ne suis pas en position de m'exprimer sur les motivations des donateurs ou sur les processus qu'ils emploient.»

«Certains États membres font preuve d'une grande générosité. D'autres, en revanche, auraient pu être plus généreux. C’est la réalité. Nous sommes également conscients que le secteur privé dispose de sommes considérables. Les fondations possèdent beaucoup d'argent. L'argent ne fait pas défaut dans le monde.»

«Ce qui fait vraiment défaut, c'est le fait que l'argent ne va pas aux personnes qui risquent littéralement de mourir de faim. Les donateurs se trouvent confrontés à des besoins divergents et nous sommes conscients de cette réalité. Nous comprenons également que certains donateurs préfèrent se concentrer sur les crises qui les touchent directement. Nous ne pouvons que les remercier pour les dons qu'ils accordent au peuple ukrainien. Tous ceux qui ont besoin d'aide le méritent. Nous souhaitons simplement que toutes les populations bénéficient de l'aide.»

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Des milliers de personnes chassées de leurs maisons depuis l'offensive turque d'octobre 2019 sur la frontière syrienne avec la Turquie vivent dans des camps de fortune dans les régions contrôlées par les Kurdes. (AFP)

En 2019, les Nations unies ont sollicité une aide de 27,8 milliards de dollars pour financer l'ensemble de leurs programmes humanitaires. 10 milliards de dollars de moins ont été récoltés. En 2020, l'objectif s’élevait à 38,6 milliards de dollars et le manque à gagner a grimpé à 19,4 milliards de dollars.

Le financement de l'aide s'est légèrement amélioré en 2021. La somme requise pour couvrir l’année 2022 a de nouveau augmenté, pour atteindre 48,7 milliards de dollars. Ce chiffre représente environ 8 milliards de dollars supplémentaires par rapport aux prévisions établies par les Nations unies avant le début de l'année. La moitié de ce montant sera probablement couverte. Par conséquent, ce sont les personnes les plus vulnérables du monde qui en paieront sans doute le prix.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Le G7 «uni» pour faire monter la pression sur la Russie et revenir à la stabilité au Moyen-Orient

Les dirigeants du G7, Donald Trump en tête, ont affiché leur volonté mardi lors d'un sommet à Evian d'intensifier la pression sur la Russie via des sanctions pour arrêter la guerre en Ukraine.  Les Sept - Allemagne, Canada, Etats-Unis, France, Italie, Japon et Royaume-Uni - ont également discuté avec des pays du Moyen-Orient des moyens d'accompagner la réouverture du détroit d'Ormuz et du retour de la stabilité au Liban après l'accord entre Téhéran et Washington. (AFP)
Les dirigeants du G7, Donald Trump en tête, ont affiché leur volonté mardi lors d'un sommet à Evian d'intensifier la pression sur la Russie via des sanctions pour arrêter la guerre en Ukraine. Les Sept - Allemagne, Canada, Etats-Unis, France, Italie, Japon et Royaume-Uni - ont également discuté avec des pays du Moyen-Orient des moyens d'accompagner la réouverture du détroit d'Ormuz et du retour de la stabilité au Liban après l'accord entre Téhéran et Washington. (AFP)
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  • Donald Trump, qui était totalement absorbé par le conflit en Iran ces dernières semaines, a aussi promis de "tout faire" pour aider à mettre fin à la guerre en Ukraine
  • Les négociations de paix sous médiation américaine sont totalement enlisées depuis le début du conflit au Moyen-Orient le 28 février

EVIAN: Les dirigeants du G7, Donald Trump en tête, ont affiché leur volonté mardi lors d'un sommet à Evian d'intensifier la pression sur la Russie via des sanctions pour arrêter la guerre en Ukraine.

Les Sept - Allemagne, Canada, Etats-Unis, France, Italie, Japon et Royaume-Uni - ont également discuté avec des pays du Moyen-Orient des moyens d'accompagner la réouverture du détroit d'Ormuz et du retour de la stabilité au Liban après l'accord entre Téhéran et Washington.

L'annonce la plus attendue est venue du président américain, qui a dit vouloir rétablir certaines sanctions pesant sur le pétrole russe, un temps suspendues pour contrer la flambée des cours du brut occasionnée par le conflit contre l'Iran.

"Nous serons bientôt en mesure" de les réintroduire, a-t-il assuré, alors que le trafic dans le détroit, par lequel transite un cinquième des exportations mondiales d'hydrocarbures, reprend timidement. Ces exportations constituent la principale source de financement de l'effort de guerre russe depuis l'invasion de l'Ukraine en 2022.

Donald Trump, qui était totalement absorbé par le conflit en Iran ces dernières semaines, a aussi promis de "tout faire" pour aider à mettre fin à la guerre en Ukraine.

Les négociations de paix sous médiation américaine sont totalement enlisées depuis le début du conflit au Moyen-Orient le 28 février.

Autant de déclarations accueillies avec soulagement par ses pairs, alors que le président américain  s'est souvent montré plus à l'écoute du Russe Vladimir Poutine que de l'Ukrainien Volodymyr Zelensky, qu'il avait accueilli avec une rudesse sans pareille en février 2025 dans le Bureau Ovale.

Zelensky félicité 

Les dirigeants du G7 sont "unis", "ils font le constat qu'il y a une dynamique sur le terrain" en faveur de l'Ukraine et sont d'accord pour "augmenter la pression" sur la Russie et livrer plus de moyens de défense antiaérienne à Kiev, avait esquissé auparavant une source diplomatique française.

Signe de sa bonne disposition, Donald Trump a aussi rencontré une vingtaine de minutes en aparté le président ukrainien et devait le revoir dans l'après-midi. Leur dernière rencontre remontait au 28 décembre aux Etats-Unis.

Le président américain l'a félicité pour la "performance" de l'armée ukrainienne sur le terrain et il a reconnu que la "dynamique" était ukrainienne, selon un participant.

"C'est formidable que tout le monde comprenne que la Russie ne va pas gagner et que nous devons faire pression sur Poutine pour qu'il mette un terme à cette guerre", s'est félicité le président ukrainien, qu'Emmanuel Macron a invité à rester jusqu'à la fin du sommet mercredi.

Multipliant les marques d'attention, le président français est allé à sa rencontre à son arrivée à l'hôtel Royal, sur les bords du Lac Léman, où se tenait cette année la grand-messe de ce club de grandes puissances industrialisées.

"Déminage" 

Le président américain, lui, aura les honneurs du château de Versailles mercredi pour un dîner. "Et Versailles, c'est pas du plaqué or, c'est du lourd", s'est-il réjoui.

Le Premier ministre britannique Keir Starmer a annoncé que le Royaume-Uni allait fournir de l'uranium enrichi à l'Ukraine pour ses centrales nucléaires et imposer de nouvelles sanctions à la Russie.

Le chef du gouvernement canadien a fait de même avec des sanctions visant la flotte fantôme de pétroliers au service de la Russie, ses revenus énergétiques, son industrie de défense et les acteurs de la désinformation.

Et Friedrich Merz a offert un maillot de football allemand floqué à son nom au président américain, deux jours après son anniversaire.

Les dirigeants du G7 et leurs homologues d'Egypte, du Qatar et des Emirats arabes unis se sont ensuite félicités lors d'un déjeuner de l'accord irano-américain, un "très beau deal" selon une source diplomatique.

Ils ont insisté sur la "nécessité d'avoir de la visibilité sur la menace iranienne", de diversifier les routes d'approvisionnement en hydrocarbures pour réduire la dépendance au détroit d'Ormuz, cartes à l'appui, et d'un "effort multinational pour soutenir l'armée libanaise".

Les Etats-Unis nous "demandent de mettre des capacités de déminage" à disposition dans le détroit d'Ormuz, a indiqué une source européenne, précisant que des bateaux français et allemands étaient notamment mobilisés à cette fin.

Donald Trump s'était pourtant montré assez peu intéressé la veille par la mission maritime internationale mise en place par Paris et Londres pour garantir le retour à la liberté de circulation dans la région, une fois la paix revenue.

Mercredi, au dernier jour du sommet, le G7 recevra plusieurs "leaders de la tech mondiale" pour un déjeuner où il sera question de régulation, ou encore d'interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ou 16 ans. Des débats qui s'annoncent tendus avec Donald Trump.


L'accord Iran-USA doit être signé vendredi dans un complexe hôtelier suisse proche de Lucerne, annonce Berne

Selon un haut responsable américain, le cadre d'accord a déjà été signé de manière électronique par le président américain Donald Trump, son vice-président JD Vance, ainsi que le président du Parlement iranien et principal négociateur Mohammad Bagher Ghalibaf. (AFP et AP)
Selon un haut responsable américain, le cadre d'accord a déjà été signé de manière électronique par le président américain Donald Trump, son vice-président JD Vance, ainsi que le président du Parlement iranien et principal négociateur Mohammad Bagher Ghalibaf. (AFP et AP)
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  • "A ce stade, cette signature est prévue le vendredi 19 juin au Bürgenstock", a indiqué le ministère, ajoutant que ce site, difficilement accessible et donc aisément sécurisable, "a été proposé par les médiateurs pakistanais et qatariens
  • Pour l'instant, "il n'est pas encore possible de fournir des informations sur le déroulement et les détails de la signature prévue", a précisé le ministère

GENEVE: L'accord noué entre les Etats-Unis et l'Iran doit être signé vendredi en Suisse dans un luxueux complexe hôtelier surplombant le lac des Quatre cantons près de Lucerne, a indiqué mardi le ministère suisse des Affaires étrangères.

"A ce stade, cette signature est prévue le vendredi 19 juin au Bürgenstock", a indiqué le ministère, ajoutant que ce site, difficilement accessible et donc aisément sécurisable, "a été proposé par les médiateurs pakistanais et qatariens, ainsi que par les Etats-Unis et l'Iran".

Pour l'instant, "il n'est pas encore possible de fournir des informations sur le déroulement et les détails de la signature prévue", a précisé le ministère.

Situé dans le petit canton de Nidwald, dans le centre de la Suisse, le complexe hôtelier du Bürgenstock est établi sur une crête montagneuse surplombant Lucerne et le lac des Quatre cantons. Il avait déjà abrité en juin 2024 une conférence de haut niveau sur la paix en Ukraine, à laquelle avait participé le président ukrainien Volodymyr Zelensky.

Selon un haut responsable américain, le cadre d'accord a déjà été signé de manière électronique par le président américain Donald Trump, son vice-président JD Vance, ainsi que le président du Parlement iranien et principal négociateur Mohammad Bagher Ghalibaf.

D'après Téhéran, ces deux derniers devraient mener les délégations de leurs pays pour cette signature en Suisse.

Le texte de l'accord n'a pas été rendu public, laissant planer des doutes sur des points de divergence entre les deux parties après de laborieuses négociations pour mettre fin au conflit.

Le document fait environ "une page et demie" et est "très général", a révélé sur CNN JD Vance - qui avait plus tôt évoqué la possible présence à la cérémonie de Donald Trump, actuellement au sommet du G7 du côté français du lac Léman, à Evian.


Le détroit d'Ormuz «complètement ouvert» vendredi, annonce Trump après l'accord avec l'Iran

Donald Trump a affirmé que le détroit d'Ormuz serait "complètement ouvert" vendredi, jour de la cérémonie de signature du cadre d'accord trouvé entre les Etats-Unis et l'Iran pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient. (AFP)
Donald Trump a affirmé que le détroit d'Ormuz serait "complètement ouvert" vendredi, jour de la cérémonie de signature du cadre d'accord trouvé entre les Etats-Unis et l'Iran pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient. (AFP)
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  • Des médias iraniens ont annoncé dans la soirée que trois pétroliers et deux cargos transportant des marchandises avaient traversé la zone jusque-là soumise au blocus naval américain
  • "Des navires, dont certains chargés de pétrole, commencent à sortir du détroit", s'est réjoui lundi le président américain sur son réseau Truth Social. "Navires du monde entier, mettez les moteurs en marche. Que le pétrole coule à flots!"

TEHERAN: Donald Trump a affirmé que le détroit d'Ormuz serait "complètement ouvert" vendredi, jour de la cérémonie de signature du cadre d'accord trouvé entre les Etats-Unis et l'Iran pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient.

"Des navires, dont certains chargés de pétrole, commencent à sortir du détroit", s'est réjoui lundi le président américain sur son réseau Truth Social. "Navires du monde entier, mettez les moteurs en marche. Que le pétrole coule à flots!"

Des médias iraniens ont annoncé dans la soirée que trois pétroliers et deux cargos transportant des marchandises avaient traversé la zone jusque-là soumise au blocus naval américain.

Selon un haut responsable américain, le cadre d'accord a déjà été signé de manière électronique par Donald Trump, son vice-président JD Vance, et le président du Parlement iranien et principal négociateur de Téhéran, Mohammad Bagher Ghalibaf.

Le texte n'a pas été rendu public, laissant planer des doutes sur des points de divergence entre les deux parties après de laborieuses négociations.

Ce document "apportera la paix dans la région", a promis lundi Donald Trump. Il a laissé entendre que le texte pourrait être publié vendredi, après sa signature à Genève, qui marquera l'ouverture d'une période de soixante jours pour conclure un accord final.

"Nous avons un passif d'engagements non tenus, non appliqués, abandonnés, tout cela est présent dans notre esprit", dans le processus de négociation et de mise en place de l'accord, a déclaré, plus circonspect, le chef de la diplomatie iranienne Abbas Araghchi à la télévision d'Etat.

"En même temps, nous faisons tout ce qui est possible pour créer à travers ce processus des opportunités économiques pour notre pays", a-t-il ajouté.

Fin "définitive" de la guerre 

Les premières informations sur le contenu de l'accord sont principalement venues d'Iran. Selon sa diplomatie, il prévoit "la fin immédiate et définitive de la guerre et des opérations militaires sur les différents fronts, y compris au Liban".

Dans le très stratégique détroit d'Ormuz, l'Iran devrait facturer des frais liés aux services aux navires, plutôt qu'instaurer un péage dont les Etats-Unis ne voulaient pas, selon la même source.

"Nous nous attendons à ce que le détroit soit rouvert sans péage à long terme", a dit le vice-président américain JD Vance à CNBC lundi.

La diplomatie iranienne a aussi assuré que "la partie américaine s'était engagée" à débloquer des fonds iraniens gelés à l'étranger et à verser des réparations pour les dégâts provoqués par la guerre.

"Ils ne recevront jamais le moindre dollar du contribuable américain. Jamais", a toutefois insisté JD Vance sur Fox News.

Aucun avoir sous sanction américaine n'a été débloqué pour l'instant, selon un haut responsable américain.

Les Etats-Unis doivent également garantir qu'Israël mette fin à la guerre au Liban, a affirmé le porte-parole de la diplomatie iranienne Esmaïl Baghaï.

Les affrontements entre Israël et le Hezbollah pro-iranien au Liban semblaient avoir cessé, mais une frappe israélienne a tué une personne dans le sud lundi à la mi-journée. Puis le Hezbollah a annoncé y avoir "repoussé", au moyen de roquettes et de drones, une force israélienne qui tentait d'avancer.

L'armée israélienne restera au Liban "aussi longtemps que nécessaire", comme en Syrie et à Gaza, a déclaré lundi soir le Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Alors que l'accord irano-américain est largement perçu comme un échec pour Israël par la société et une grande partie de la classe politique, le Premier ministre israélien a affirmé que la guerre avait sauvé son pays de la menace d'une "destruction nucléaire".

Et annoncé qu'il comptait se présenter aux élections législatives d'ici la fin de l'année, malgré les critiques et son procès pour corruption. Âgé de 76 ans, il a gouverné le pays plus longtemps qu'aucun autre Premier ministre: plus de 18 années cumulées depuis 1996.

Négociations sur l'uranium iranien 

L'annonce d'un accord pour mettre fin à la guerre, déclenchée le 28 février par des frappes américano-israéliennes et qui a fait des milliers de morts, principalement en Iran et au Liban, a fait chuter les prix du pétrole de près de 5% lundi. Ils se stabilisent mardi.

Les habitants de la région semblaient eux mitigés. "Le peuple iranien n'a rien gagné avec cet accord", réagit Arya, 38 ans, professeur d'anglais à Téhéran. "Les gens ne vont pas revenir à leur vie d'avant."

Au Liban, certains déplacés envisageaient timidement un retour vers le sud dans des zones non occupées par Israël. "Même s'il ne reste que des ruines, nous y planterons une tente et nous y resterons", assure Hana al-Jamma.

Les 60 jours de négociations qui doivent s'ouvrir porteront sur quatre sujets, selon le vice-ministre iranien des Affaires étrangères: la levée des sanctions contre l'Iran, le nucléaire, la "reconstruction" et "le développement économique" du pays, ainsi que "la mise en place d'un mécanisme de suivi" des engagements pris.

L'Iran cherchera "à ce que l'accord final soit soutenu par une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies", a précisé sa diplomatie.

Dans des déclarations au New York Times, Donald Trump a indiqué qu'un volet des négociations concernerait l'acceptation par l'Iran d'un moratoire de vingt ans sur l'enrichissement d'uranium, laissant entendre qu'il pourrait transiger sur quinze ans.

En vertu du protocole d'accord, des inspecteurs de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) seront par ailleurs autorisés à se rendre en Iran pour aider Téhéran à "détruire son stock d'uranium hautement enrichi", a annoncé JD Vance sur NBC News.