Comment les sites du patrimoine attireront les touristes culturels en Arabie saoudite

La première place, du moins dans le cœur des Saoudiens, revient au quartier de Turaif, à Diriyah, considéré comme le berceau du Royaume et inscrit sur la liste de l’Unesco en 2010. (Photo fournie).
La première place, du moins dans le cœur des Saoudiens, revient au quartier de Turaif, à Diriyah, considéré comme le berceau du Royaume et inscrit sur la liste de l’Unesco en 2010. (Photo fournie).
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Publié le Jeudi 22 septembre 2022

Comment les sites du patrimoine attireront les touristes culturels en Arabie saoudite

  • Chacun des six sites inscrits sur la Liste du patrimoine mondial montre que les racines de l’Arabie saoudite sont bien plus profondes qu’on ne l’imagine
  • La région de Diriyah, qui est soigneusement préservée et protégée, est le joyau de la couronne de l’un des mégaprojets les plus notables en Arabie saoudite.

LONDRES: Alors même que l’Arabie saoudite écrit le prochain chapitre de son histoire, défini par l’ambition de sa Vision 2030, elle redécouvre et accepte un passé qui va jouer un rôle central dans son ouverture sur le monde extérieur.

Depuis 2008, l’Arabie saoudite a inscrit six sites de «valeur universelle exceptionnelle» sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco.

Dix autres sites figurent sur sa liste indicative – des sites dont l’inscription est envisagée –, notamment le chemin de fer du Hijaz, trois routes de pèlerinage historiques et la zone archéologique d’Al-Faw, à la limite nord-ouest du Quart Vide. Ce dernier est un site d’occupation humaine depuis l’époque nomade préhistorique; la seconde moitié du premier millénaire avant notre ère a vu l’essor et la prospérité d’une ancienne cité caravanière.

Certes, les sites qui pourraient être sélectionnés pour de futures inscriptions ne manquent pas: le Registre national des antiquités d’Arabie saoudite compte plus de dix mille sites historiques.

Chacun des six sites du patrimoine mondial est la pièce d’une mosaïque fascinante qui montre non seulement que les racines saoudiennes sont bien plus profondes que ce que beaucoup auraient pu imaginer, mais aussi que le patrimoine saoudien est une composante essentielle de l’histoire de l’humanité.

Il s’agit d’une histoire vivante. Chaque site jouera – et, dans certains cas, joue déjà – un rôle crucial dans l’ouverture du Royaume en tant que destination pour les touristes culturels du monde entier.

L’un des sites de l’Unesco les plus époustouflants est le site archéologique de Hégra, pièce maîtresse des projets de la Commission royale pour AlUla. Ces derniers ont pour objectif de transformer judicieusement plus de 22 000 km2 du paysage spectaculaire de la région d’AlUla, avec sa vallée d’oasis luxuriante et ses montagnes imposantes, en une destination majeure.

Le joyau de la couronne d’AlUla est l’ancienne ville de Hégra, la capitale méridionale des Nabatéens, qui ont également construit Pétra, dans l’actuelle Jordanie.

Et l’étonnante collection de plus de cent tombes sculptées à la main, dont beaucoup présentent des façades et des inscriptions élaborées, taillées dans des affleurements de grès, ne constitue que la partie visible d’un véritable iceberg archéologique.

Une douzaine d’équipes archéologiques internationales explorent actuellement les cultures anciennes d’AlUla et du champ volcanique voisin de Harrat Khaybar. Le volume étonnant des découvertes qu’elles ont déjà documentées, de la préhistoire au début du XXe siècle, incite à repenser radicalement la préhistoire de la péninsule Arabique.

Une équipe de l’université d’Australie-Occidentale a passé ces quatre dernières années à identifier et à cataloguer toute l’archéologie visible du comté d’AlUla et de Harrat Khaybar. Les dizaines de milliers de structures découvertes, dont la plupart ont entre quatre mille et sept mille ans, racontent l’histoire d’un paysage magnifique et d’un climat autrefois tempéré.

Au total, le projet d’archéologie aérienne dans le royaume d’Arabie saoudite a permis d’identifier treize mille sites à AlUla et, dans le comté de Khaybar, pas moins de cent trente mille de toutes les époques, de l’âge de pierre au XXe siècle. La grande majorité d’entre eux remontent à la préhistoire.

À AlUla, une zone «centrale» de 3 300 m2 a été étudiée séparément par la société britannique Oxford Archaeology, qui, en collaboration avec le personnel et les étudiants de l’université du roi Saoud, à Riyad, a pu identifier plus de seize mille autres sites archéologiques.

Le Dr Hugh Thomas, chercheur principal à l’université d'Australie-Occidentale, explique à Arab News que dans le passé, les archéologues s’étaient concentrés sur le Croissant fertile. 

«Cependant, au fur et à mesure que les recherches avancent, nous nous rendons compte que cette région comptait bien plus que des petites communautés indépendantes qui ne disposaient que de peu de moyens et ne faisaient pas grand-chose dans une zone aride.

La réalité, c’est que, au néolithique, ces régions étaient nettement plus vertes; de très grandes populations humaines et des troupeaux d’animaux s’y seraient déplacés.»

Parmi les découvertes les plus intrigantes répertoriées par l’équipe d’Aerial Arachaeology in the Kindgom of Saudi Arabia (Aaksa) figurent les mystérieux mustatils – des structures souvent immenses et rectangulaires construites par un peuple préhistorique inconnu il y a plus de huit mille ans. Ces bâtiments, probablement uniques dans la péninsule Arabique, auraient eu des fonctions rituelles.

On en compte aujourd’hui plus de mille six cents sur une superficie de 300 000 km2 dans le nord-ouest de l’Arabie saoudite, principalement dans les environs d’AlUla et de Khaybar.

D’autres preuves du passé préhistorique de l’Arabie saoudite se trouvent dans les immenses collections, particulièrement impressionnantes, de gravures rupestres néolithiques ou de pétroglyphes. Elles se situent dans la province de Haïl sur deux sites distants de 300 kilomètres qui ont tous deux été inscrits sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco en 2015.

Le premier se trouve à Jabal Umm Sinman, un affleurement rocheux qui se trouve à l’ouest de la ville moderne de Jubbah et dont l’origine remonte à l’aube de la civilisation arabe. Il y a quelque six mille ans, les collines environnantes donnaient sur un lac aujourd’hui perdu sous les sables du désert du Néfoud.

Selon les termes du document de mise en candidature de l’Unesco, c’est sur les collines d’Umm Sinman que les ancêtres des Saoudiens d’aujourd'hui «ont laissé des traces de leur présence, de leurs religions, des perspectives sociales, culturelles, intellectuelles et philosophiques de leurs croyances sur la vie et la mort, et de leurs idéologies métaphysiques et cosmologiques».

Le second site se trouve à Jabal al-Manjor et Jabal Raat, à 220 kilomètres au sud-ouest de Jubbah, près du village de Shuwaymis.

Ensemble, les sites jumeaux racontent plus de neuf mille ans d’histoire de l’humanité, depuis les premières traces picturales de la chasse jusqu’au développement de l’écriture, de la religion et de la domestication d’animaux tels que les vaches, les chevaux et les chameaux.

L’art rupestre de la région de Haïl est considéré comme l’une des collections les plus importantes au monde. Il renferme «des expressions visuellement stupéfiantes du génie créatif humain, comparables aux messages laissés par des civilisations condamnées en Mésoamérique ou sur l’île de Pâques [...], d’une valeur universelle exceptionnelle».

Parmi les autres sites de l’Arabie saoudite qui figurent sur la liste de l’Unesco, citons l’aire culturelle de Hima, inscrite en 2021. Il s’agit d’une importante collection d’images d’art rupestre réalisées il y a plus de sept mille ans par les armées et les voyageurs qui passaient dans la région en suivant une ancienne route caravanière dans le désert, dans le sud-ouest du pays.

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L'aire culturelle de Hima. (Photo fournie).

La ville historique de Djeddah, inscrite par l’Unesco en 2014, a été établie au VIIe siècle comme le principal port de la mer Rouge et s’est rapidement développée en tant que porte d’entrée pour les pèlerins de La Mecque qui arrivaient par la mer. Djeddah, qui s’est transformée en «un centre multiculturel florissant», était «caractérisée par une tradition architecturale typique, notamment des maisons-tours construites à la fin du XIXe siècle par l’élite marchande de la ville». Beaucoup d’entre elles existent encore aujourd’hui.

Al-Hassa, une «série de paysages culturels», dans la province d’Ach-Charqiya, abrite la plus grande et sans doute la plus ancienne oasis du monde. Il s’agit d’un ensemble tentaculaire de douze éléments distincts et de 2,5 millions de palmiers dispersés sur une superficie totale de 85 km2.

Classée par l’Unesco en 2018 comme «un paysage culturel évolutif», Al-Hassa «conserve des traces matérielles représentatives de toutes les étapes de l’histoire de l’oasis, depuis ses origines, pendant la période néolithique, jusqu’à aujourd’hui».

Al-Hassa, qui se situe entre le désert rocheux d’Al-Ghawar, à l’Ouest, et les dunes du désert d’Al-Jafurah, à l’Est, est associée à la civilisation Dilmun, qui s’est épanouie lors du troisième millénaire avant J.-C. dans ce qui est aujourd’hui l’Arabie saoudite orientale. La découverte de poteries qui datent de la période d’Obeïd, il y a quelque sept mille ans, suggère également que la région d’Al-Hassa pourrait être l’une des premières de l’Arabie orientale à avoir été colonisée par l’homme.

La première place, du moins dans le cœur des Saoudiens, revient au quartier de Turaif, à Diriyah, considéré comme le berceau du Royaume et inscrit sur la liste de l’Unesco en 2010.

Dans un méandre du Wadi Hanifah, à quelques kilomètres au nord-ouest de la métropole moderne de Riyad, sont conservés les vestiges d’un ensemble époustouflant de palais, de maisons et de mosquées en briques de terre crue. Il s’agit d’un «exemple prééminent du style najdi, une importante tradition architecturale qui s’est développée dans le centre de l’Arabie [...] et a contribué à la diversité culturelle du monde».

D’abord colonisée par les ancêtres de la dynastie Al-Saoud au XVe siècle, l’oasis de Diriyah est devenue la capitale du premier État saoudien, établi en 1744.

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Le quartier de Turaif. (Photo fournie).

Elle a été détruite en 1818 après une campagne de six ans menée par un Empire ottoman vengeur. Ce dernier redoutait en effet que ce premier État saoudien ne menace sa domination sur l’Arabie et les Villes saintes de La Mecque et de Médine.

Finalement, comme le relate l’histoire, c’est la dynastie Al-Saoud qui l’a emporté. En 1902, Abdelaziz ben Abderrahmane al-Saoud, mieux connu sous le nom d’«Ibn Saoud», a reconquis Riyad avant de réunir les royaumes du Najd et du Hijaz en 1932 pour former le royaume d’Arabie saoudite.

Le quartier de Turaif, dans la ville de Diriyah, a été détruit par les Ottomans et ne sera plus jamais habité. Toutefois, il a été soigneusement préservé et constitue aujourd’hui le fleuron de l’un des plus importants mégaprojets de l’Arabie saoudite: l’aménagement de la zone élargie par l’Autorité de développement de Diriyah Gate, qui en a fait «l’un des lieux de rassemblement culturel les plus incroyables du monde».

Le plan de 50 milliards de dollars (1 dollar = 1 euro) qui vise à transformer Diriyah en une destination historique, culturelle et de mode de vie mondiale permettra de créer 55 000 emplois et d’attirer 27 millions de visiteurs chaque année. Ces derniers pourront ainsi découvrir l’histoire et la culture d’un royaume qui, en moins de trois cents ans, est passé d’une idée née dans une petite communauté du désert à l’une des nations les plus influentes du monde.

Sur ce site d’une superficie de 7 km2, les visiteurs trouveront des musées, des galeries, des hôtels de classe internationale, des restaurants, des boutiques, des maisons ainsi que des installations éducatives et culturelles. Tous ces bâtiments reflètent le style architectural traditionnel najdi.

Au cœur du projet se trouve Turaif, qui, comme tant de sites historiques d’Arabie saoudite, constitue un élément inestimable du passé. Il contribue aujourd’hui à façonner l’avenir du Royaume.

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Le décès de Loana pourrait être dû à une chute, selon le parquet

Agée de 48 ans, l'ex-star a été retrouvée sans vie mercredi vers 18h à son domicile près de la gare de Nice par les pompiers, prévenus par un voisin inquiet de ne plus la voir depuis plusieurs jours. (AFP)
Agée de 48 ans, l'ex-star a été retrouvée sans vie mercredi vers 18h à son domicile près de la gare de Nice par les pompiers, prévenus par un voisin inquiet de ne plus la voir depuis plusieurs jours. (AFP)
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  • Une enquête en recherche des causes de la mort a été confiée à la police judiciaire, et le corps a été transporté à l'institut médico-légal en vue d'une autopsie et d'analyses toxicologiques et de recherches d'éventuelles pathologies
  • "A ce stade des investigations, aucun élément ne permet d'envisager l'intervention d'un tiers en lien avec le décès", a ajouté le procureur

NICE: Le décès de Loana, première vedette de la télé-réalité en France, retrouvée morte mercredi à son domicile à Nice, pourrait être dû à une chute, sans intervention d'un tiers, a annoncé jeudi le procureur de Nice, Damien Martinelli.

Agée de 48 ans, l'ex-star a été retrouvée sans vie mercredi vers 18h à son domicile près de la gare de Nice par les pompiers, prévenus par un voisin inquiet de ne plus la voir depuis plusieurs jours.

La porte de l'appartement étant fermée à clé de l'intérieur, les pompiers sont entrés par une fenêtre. Loana était "manifestement décédée depuis plusieurs jours", et son chien a également été retrouvé mort, selon le communiqué du procureur.

Une plaie à l'arrière du crâne et des ecchymoses dans la région lombaire laissent envisager que le décès puisse être lié à une chute en arrière.

Une enquête en recherche des causes de la mort a été confiée à la police judiciaire, et le corps a été transporté à l'institut médico-légal en vue d'une autopsie et d'analyses toxicologiques et de recherches d'éventuelles pathologies.

"A ce stade des investigations, aucun élément ne permet d'envisager l'intervention d'un tiers en lien avec le décès", a ajouté le procureur.

La France avait découvert Loana Petrucciani (de son nom complet) en avril 2001 lorsqu'elle a vécu avec d'autres anonymes dix semaines durant 24 heures sur 24 sous l'oeil des caméras de M6.

Le succès du "Loft" a été immédiat et phénoménal et l'émission, considérée comme culte, a inspiré une série pour la plateforme de streaming d'Amazon, Prime Video, en 2024.

Mais Loana a quitté peu à peu le monde du show business et entamé un long déclin personnel, entre violences subies, problèmes de santé, tentatives de suicide, overdoses et épisodes psychiatriques.

"On peut dire que nous avons vécu un conte de fées. Une vie que jamais nous n'aurions osé imaginer. Un rêve éveillé, intense. Et puis, je t'ai vue tomber, te redresser, te battre, lutter, céder... Tu as tout donné, jusqu'au bout", a témoigné sur Instagram le chroniqueur Steevy Boulay, autre "lofteur" de la première édition.

 

 


A Tyr, dans le sud du Liban, des joyaux de l'antiquité sous les bombes israéliennes

Fumée s’élevant après une frappe aérienne israélienne, en arrière-plan du site archéologique des ruines de l’ancien port phénicien à Tyr, dans le sud du Liban, le 23 mars 2026. Au site d’Al-Bass, seul un symbole de l’UNESCO rappelle la protection des vestiges antiques, désormais menacés par les frappes. (AFP)
Fumée s’élevant après une frappe aérienne israélienne, en arrière-plan du site archéologique des ruines de l’ancien port phénicien à Tyr, dans le sud du Liban, le 23 mars 2026. Au site d’Al-Bass, seul un symbole de l’UNESCO rappelle la protection des vestiges antiques, désormais menacés par les frappes. (AFP)
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  • Le site antique de Tyr, classé à l’UNESCO, est protégé symboliquement par l’initiative « Boucliers bleus », mais reste exposé aux frappes israéliennes dans le contexte du conflit avec le Hezbollah
  • Les attaques ont déjà causé des victimes civiles à proximité des vestiges, suscitant des inquiétudes sur la protection du patrimoine archéologique du sud du Liban en pleine guerre

TYR: Le "bouclier" pourra-t-il arrêter la foudre? Sur le site archéologique d'Al-Bass, dans le sud du Liban, aucune présence militaire mais un panneau symbolique de l'Unesco flanqué d'un écusson bleu et blanc, unique rempart pour protéger les ruines antiques des bombes israéliennes.

Située à une vingtaine de km de la frontière avec Israël, Tyr, l'une des plus anciennes cités du monde méditerranéen, a été la cible de plusieurs frappes israéliennes depuis le début de la guerre avec le Hezbollah le 2 mars.

L'initiative "Boucliers bleus", lancée par un comité lié à l'Unesco, concerne une trentaine de sites au Liban, dont celui de Tyr. C'est d'abord un message adressé à l'armée israélienne: la convention de la Haye de 1954 oblige à préserver les biens culturels en cas de conflit armé.

Le 6 mars, une frappe israélienne s'est abattue à quelques mètres des poteries anciennes. Huit personnes, une famille entière, ont été tuées, selon les autorités. Leur maison, pulvérisée par l'explosion, n'est plus qu'un amas de gravats, à côté d'une voiture calcinée. 

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Un emblème de protection renforcée, symbole du droit international humanitaire, est affiché sur le site de l’hippodrome romain à Tyr, le 23 mars 2026. À Al-Bass, aucun dispositif militaire, seulement un signe censé protéger les ruines antiques, désormais touchées par les frappes. (AFP)

"C'était nos voisins, ils vivaient ici depuis des décennies (...) Ils pensaient que la proximité du site les protégerait parce qu'il est classé au patrimoine mondial de l'Unesco, qu'il ne serait pas touché", raconte Nader Saqlaoui, directeur des fouilles archéologiques dans le sud, rattaché au ministère de la Culture.

Détail macabre, l'équipe venue inspecter d'éventuels dégâts sur les monuments a, dit-il, "découvert des restes humains sur le toit du musée" encore en construction.

Celui-ci a subi quelques dommages, ses vitres ont volé en éclats, mais l'explosion n'a pas atteint la nécropole des IIe et IIIe siècles, ni l'arc de triomphe monumental, les aqueducs ou encore l'hippodrome qui s'élèvent sur le site, témoins d'une époque romaine prospère.

Beaucoup d'habitants de la ville ont fui, à la suite d'un appel à évacuer d'Israël, mais quelques milliers sont restés, avec des combattants du Hezbollah pro-iranien - et les précieux vestiges.

Durant l'Antiquité, la ville fut un important port phénicien, avant d'être conquise par Alexandre le Grand, puis l'Empire romain.

Le ministre de la Culture Ghassan Salamé a dénoncé une "agression" d'Israël.

"Il n'existe aucune présence militaire ou sécuritaire sur ces sites (archéologiques, NDLR) et un tel argument ne peut être utilisé pour les bombarder ou y porter atteinte", a-t-il fustigé dans un communiqué.

Interrogée par l'AFP, l'armée israélienne, qui dit viser le Hezbollah, n'a pas commenté dans un premier temps.

- Transport risqué -

Les archéologues doivent encore examiner les vieilles pierres pour détecter d'éventuelles fissures ou altérations qui pourraient avoir été provoquées par l'onde de choc.

"Le Liban est plein de richesses archéologiques (...) et les dépôts de Beyrouth n'ont pas la capacité d'accueillir tous ces objets" menacés, raconte David Sassine, expert de l'Alliance internationale pour la protection du patrimoine (Aliph), une fondation qui aide le gouvernement à aménager des lieux sécurisés pour les objets de valeur.

Le dilemme est double: rien ne garantit qu'ils seront davantage en sécurité dans la capitale, elle-même bombardée régulièrement par Israël, et le transport des objets depuis le sud du pays, même sous escorte militaire, "reste risqué", dit-il. 

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Caisses remplies de fragments de poteries antiques après une frappe israélienne près de l’hippodrome romain à Tyr, au sud du Liban, le 23 mars 2026. À Al-Bass, un simple emblème de protection marque un site archéologique désormais touché par les frappes. (AFP)

Lors du précédent conflit de 2023-2024, des pièces d'or, des amphores plurimillénaires et des sarcophages de grande valeur avaient ainsi été transférés à Beyrouth - où ils se trouvent encore.

Les environs immédiats de Tyr avaient déjà été touchés. Et la citadelle de Chamaa, une forteresse médiévale de la zone frontalière, a été à moitié détruite par l'armée israélienne.

Le directeur des fouilles ne se fait pas beaucoup d'illusion.

"Les Israéliens savent tout, même la pointure de vos chaussures (...) Ils savaient très bien où se trouvait le site", assure M. Saqlaoui. "Nous avons vécu au moins six guerres avec Israël (...) ça ne les a pas empêché d'attaquer des sites archéologiques". 

Mustafa Najdi, employé comme gardien, était présent à Al-Bass le jour du bombardement: "j'ai entendu un choc très violent et j'ai pris la fuite avant de prévenir les responsables", dit-il.

"Personne ne s'intéresse à nous", dénonce le trentenaire à la barbe épaisse, appelant "tous ceux qui le peuvent à faire pression pour mettre fin à cette barbarie".

"Cette civilisation représente l'histoire et elle nous représente tous, Libanais comme non Libanais".


Leïla Slimani ausculte son rapport à la langue arabe avec son nouveau livre

L’écrivaine et journaliste franco-marocaine Leïla Slimani, lors d’une séance photo à Paris, le 17 mars 2026. (AFP)
L’écrivaine et journaliste franco-marocaine Leïla Slimani, lors d’une séance photo à Paris, le 17 mars 2026. (AFP)
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  • Leïla Slimani évoque une relation complexe à l’arabe, dont l’enseignement rigide et dévalorisé dans le système scolaire français a accentué son éloignement et son sentiment d’étrangeté culturelle
  • Aujourd’hui, elle adopte une vision plus apaisée et transmet une relation libérée à la langue à ses enfants, affirmant que l’identité et les liens linguistiques peuvent toujours se reconstruire

PARIS: Dans "Assaut contre la frontière", publié jeudi en France, Leïla Slimani interroge son rapport à la langue arabe, qu'elle déplore de ne pas parler, au point d'en "avoir honte" en tant que Franco-Marocaine "aux identités boiteuses".

L'autrice de 44 ans, prix Goncourt (le plus prestigieux en France) en 2016 pour "Chanson douce", explique dans un entretien à l'AFP avoir commencé à parler l'arabe dialectal, la darija, "toute petite avec (sa) grand-mère, (sa) nounou, dans la rue" au Maroc, mais pas avec ses parents, des bourgeois francophiles.

"Ils ne me parlaient qu'en français. Et je les entendais peu discuter en arabe", affirme cette mère de deux enfants qui vit désormais à Lisbonne, où elle s'est mise au portugais.

Elle découvre l'arabe classique en cours préparatoire, car "c'était obligatoire", et poursuit jusqu'en terminale. Mais l'enseignement ne lui plaît pas: "On y allait un peu à reculons" et "j'avais l'impression d'une sorte de langue qui était étrangère".

Et puis, à l'époque, "c'était très dévalorisé: à l'école française, les gens se moquaient des profs d'arabe", se remémore-t-elle. "Il y avait quelque chose de vraiment méchant, de condescendant à leur égard. Ils étaient beaucoup moins bien payés. Et donc, nous, les élèves, on les prenait moins au sérieux."

En arrivant à Paris, où elle est élève en classe préparatoire littéraire puis à Sciences Po, elle est "obligée d'expliquer à des Français pourquoi (elle) ne parle pas l'arabe", ce qu'elle vit comme une "humiliation".

"Parfois, je mens en leur disant que je parle très bien et ça me met dans des situations très inconfortables, parce qu'on commence à me demander de traduire des trucs, ce dont je suis incapable", raconte-t-elle.

- "Mal à l'aise" -

En même temps, "je me rends compte que les gens en France ont une vision très parcellaire, très caricaturale, à la fois de mon pays, de ces questions linguistiques, et je me sens très mal à l'aise vis-à-vis de ça", ajoute-t-elle.

C'est alors que la question de la langue se mêle à celle de son identité arabe, que jusqu'à présent elle ne s'était pas posée, car ses parents en "avaient une vision extrêmement ouverte, extrêmement plastique".

"Quand j'arrive en France, je me retrouve dans une identité qui vient beaucoup plus des autres que de moi-même", analyse la romancière. "Ça m'amène à beaucoup de contradictions, de chagrins aussi parfois et un sentiment de solitude."

Pour en sortir, elle se met à écrire car cela lui permet "de se détacher d'une identité qui (lui) serait assignée par les autres".

L'autrice de la trilogie "Le pays des autres" va plus loin: "Quand on écrit, on peut ajouter de la nuance, de la fêlure. Moi, mes identités, elles sont boiteuses, imparfaites, infirmes, pleines de maladresse."

D'ailleurs, poursuit-elle, "je pense que beaucoup de gens, en France ou ailleurs, sont très insatisfaits de la manière dont on veut nous vendre l'identité: comme une sorte de fierté, de bandoulière héroïque qu'il faudrait qu'on porte en étendard, qu'il faudrait mériter, prouver constamment".

Aujourd'hui, son rapport à l'arabe est "apaisé": il lui arrive toujours d'avoir "honte" de ne pas le parler mais, avec ce livre édité par Gallimard, elle veut dire à ceux qui seraient dans sa situation que "rien n'est jamais perdu".

La preuve: ses enfants apprennent l'arabe, "avec un grand plaisir, en étant détachés de toutes ces pressions, de toutes ces connotations".