Iran: «Aucune indulgence» vis-à-vis des manifestants, avertissent les autorités

La mort de Mahsa Amini, 22 ans, décédée en détention après avoir été détenue par la police des mœurs iranienne, a déclenché des troubles dans les provinces iraniennes. (Fichier/AP)
La mort de Mahsa Amini, 22 ans, décédée en détention après avoir été détenue par la police des mœurs iranienne, a déclenché des troubles dans les provinces iraniennes. (Fichier/AP)
Short Url
Publié le Lundi 26 septembre 2022

Iran: «Aucune indulgence» vis-à-vis des manifestants, avertissent les autorités

La mort de Mahsa Amini, 22 ans, décédée en détention après avoir été détenue par la police des mœurs iranienne, a déclenché des troubles dans les provinces iraniennes. (Fichier/AP)
  • Qualifiant les protestations «d'émeutes», M. Raïssi, un ultraconservateur, a appelé samedi «les autorités concernées à agir fermement contre ceux qui portent atteinte à la sécurité et la paix du pays et du peuple»
  • Depuis plusieurs jours, des vidéos en ligne montrent des scènes de violence à Téhéran et dans d'autres grandes villes comme Tabriz (nord-ouest)

PARIS:Le chef du pouvoir judiciaire iranien a menacé dimanche de ne faire preuve d'"aucune indulgence" vis-à-vis des manifestants après dix jours de protestations dans tout le pays contre la mort d'une jeune femme détenue par la police des moeurs, qui ont coûté la vie à 41 personnes.

Le président Ebrahim Raïssi avait auparavant appelé les forces de l'ordre à agir "fermement contre ceux qui portent atteinte à la sécurité et la paix du pays et du peuple".

Le chef du pouvoir judiciaire, Gholamhossein Mohseni Ejei, a lui insisté sur "la nécessité d'agir sans aucune indulgence" envers les instigateurs des "émeutes", a rapporté le site Web Mizan Online.

Les manifestations ont commencé le 16 septembre, le jour du décès de Mahsa Amini arrêtée le 13 septembre à Téhéran pour "port inapproprié de vêtements" dans la République islamique où le code vestimentaire pour les femmes est strict.

Ces manifestations sont les plus importantes en Iran depuis celles de novembre 2019, provoquées par la hausse des prix de l'essence, en pleine crise économique, qui avaient touché une centaine de villes et avaient été sévèrement réprimées (230 morts selon un bilan officiel, plus de 300 selon Amnesty International).

Elles sont marquées par des affrontements avec les forces de sécurité et par des slogans hostiles au pouvoir, selon médias et militants. Depuis plusieurs jours, des vidéos en ligne montrent des scènes de violence à Téhéran et dans d'autres grandes villes comme Tabriz (nord-ouest). Sur certaines, on voit les forces de sécurité tirer en direction des manifestants.

Des images diffusées samedi montrent des manifestants détruire un portrait de l'ayatollah Khomeiny, fondateur de la République islamique, devant l'Université de technologie Noshirvani de Babol, dans la province de Mazandaran (nord).

Manifestations progouvernementales
Les autorités nient toute implication dans la mort de Mahsa Amini, 22 ans et originaire de la région du Kurdistan (nord-ouest). Mais depuis, des Iraniens en colère descendent tous les jours à la tombée de la nuit dans la rue pour manifester.

Dimanche, le ministre iranien des Affaires étrangères Hossein Amir-Abdollahian a de nouveau mis en cause les Etats-Unis, ennemi juré de Téhéran, accusant Washington "de s'ingérer dans les affaires iraniennes (...) et de soutenir les émeutiers de manière provocative".

Depuis le début des manifestations, plus de 700 personnes ont été arrêtées dans une seule province du nord qui a communiqué sur les interpellations, mais sans doute beaucoup plus dans l'ensemble du pays.

Le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) basé aux Etats-Unis parle de 17 journalistes arrêtés.

Selon un bilan officiel iranien non détaillé, incluant manifestants et forces de l'ordre, 41 personnes ont été tuées en dix jours de protestations. Mais le bilan pourrait être plus lourd, l'ONG Iran Human Rights (IHR), basée à Oslo, faisant état d'au moins 57 manifestants tués.

Dimanche soir, les manifestations de colère ont repris pour la dixième soirée consécutive dans plusieurs villes, dont Chiraz (centre) et Téhéran, selon l'IHR. "Mort au dictateur!", ont scandé des manifestants dans la capitale, selon une vidéo diffusée par l'ONG sur Twitter.

Plus tôt dans la journée, des manifestations en faveur du gouvernement ont été organisées dans la capitale et ailleurs dans le pays à l'appel des autorités. Une autre manifestation progouvernementale avait été organisée vendredi.

"Il faut mettre fin à ces émeutes car elles portent atteinte au pays", a affirmé à l'AFP Nafiseh, une Iranienne de 28 ans participant à la manifestation dimanche à Téhéran.

"Enlever le hijab, c'est violer la Constitution de la République islamique", a dit de son côté Atiyeh, un universitaire de 21 ans.

«Femmes courageuses»
Des images virales des manifestations ces derniers jours ont montré des Iraniennes brûlant leur foulard.

Le parti réformateur de l'"Union du peuple de l'Iran islamique" a appelé l'Etat à annuler l'obligation du port du voile et à libérer les personnes arrêtées.

En Iran, les femmes doivent se couvrir les cheveux et le corps jusqu'en dessous des genoux et ne doivent pas porter des pantalons serrés ou des jeans troués, entre autres.

Les connexions internet sont toujours perturbées dimanche, avec le blocage de WhatsApp et Instagram. NetBlocks, un site basé à Londres qui observe les blocages d'internet à travers le monde, a également fait état de celui de Skype.

Une mesure qualifiée dimanche de "violation flagrante de la liberté d'expression" par le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell, qui a dénoncé l'usage "généralisé et disproportionné de la force" contre les manifestants.

Dans un nouveau message sur Instagram, le réalisateur iranien Asghar Farhadi, deux fois oscarisé, a exhorté les peuples du monde à "être solidaires" des protestataires en Iran et salué les "femmes courageuses qui mènent les manifestations pour réclamer leurs droits".

A l'étranger, des manifestations soutenant le mouvement en Iran ont eu lieu dans plusieurs pays samedi et dimanche.

A Paris, la police française a utilisé des gaz lacrymogènes pour empêcher des milliers de personnes d'atteindre l'ambassade de la République islamique.

A Londres, cinq policiers ont été "sérieusement blessés" et 12 personnes arrêtées, selon les autorités britanniques, lors d'incidents en marge d'une manifestation près de l'ambassade d'Iran à Londres.


L'ambassadeur d'Iran convoqué à Berlin après l'exécution d'un homme impliqué dans les manifestations

Plus tôt dans la journée, la ministre allemande des Affaires étrangères, Annalena Baerbock, avait affirmé sur Twitter que «le mépris du régime iranien pour l'humanité est sans limite» (Photo, AFP).
Plus tôt dans la journée, la ministre allemande des Affaires étrangères, Annalena Baerbock, avait affirmé sur Twitter que «le mépris du régime iranien pour l'humanité est sans limite» (Photo, AFP).
Short Url
  • L'Iran a exécuté jeudi, pour la première fois depuis le début des manifestations qui secouent le pays, un homme accusé d'avoir blessé un paramilitaire
  • Aucun autre détail n'a filtré de cette convocation

BERLIN: L'ambassadeur d'Iran a été convoqué à Berlin, a indiqué jeudi une source proche du ministère allemand des Affaires étrangères, après l'exécution d'un homme impliqué dans les manifestations qui secouent la République islamique.

Aucun autre détail n'a filtré de cette convocation. Plus tôt dans la journée, la ministre allemande des Affaires étrangères, Annalena Baerbock, avait affirmé sur Twitter que "le mépris du régime iranien pour l'humanité est sans limite".

Cet homme, Mohsen Shekari, "a été jugé et exécuté dans le cadre d'un procès perfide et expéditif parce qu'il n'était pas d'accord avec le régime", s'était indignée Mme Baerbock.

"Mais la menace d'exécution n'étouffera pas la volonté de liberté des gens", avait-elle ajouté.

L'Iran a exécuté jeudi, pour la première fois depuis le début des manifestations qui secouent le pays, un homme accusé d'avoir blessé un paramilitaire après avoir bloqué la circulation sur une avenue de Téhéran.

La République islamique est le théâtre d'un mouvement de contestation déclenché par la mort le 16 septembre de Mahsa Amini, une Kurde iranienne de 22 ans décédée après son arrestation par la police des mœurs.


Washington sanctionne un homme d'affaires turc qui faisait commerce de pétrole iranien

Selon le Trésor, Sitki Ayan s'est servi du réseau de son groupe d'entreprises ASB, enregistré à Gibraltar, pour dissimuler les origines du pétrole et la destination des paiements (Photo, AFP).
Selon le Trésor, Sitki Ayan s'est servi du réseau de son groupe d'entreprises ASB, enregistré à Gibraltar, pour dissimuler les origines du pétrole et la destination des paiements (Photo, AFP).
Short Url
  • Sitki Ayan, un proche du président turc Recep Tayyip Erdogan, ainsi que son fils et un de ses bras droits ont été placés sur la liste noire du Trésor américain
  • Le Trésor accuse Ayan d'être venu en aide à la Force Qods, une unité d'élite des Gardiens de la Révolution islamique

WASHINGTON: Les Etats-Unis ont imposé jeudi des sanctions contre un homme d'affaires turc soupçonné d'avoir engrangé des centaines de millions de dollars en faisant commerce de pétrole provenant des Gardiens de la Révolution iraniens.

Sitki Ayan, un proche du président turc Recep Tayyip Erdogan, ainsi que son fils et un de ses bras droits ont été placés sur la liste noire du Trésor américain, gelant tous leurs actifs aux Etats-Unis et leur interdisant l'accès aux principaux marchés financiers.

Le Trésor accuse M. Ayan d'être venu en aide à la Force Qods, une unité d'élite des Gardiens de la Révolution islamique, en arrangeant la vente et l'acheminement de pétrole qu'elle contrôle vers la Chine, d'autres acheteurs d'Asie de l'Est et l'Europe. Il a aussi contribué au transfert des recettes de ces ventes aux Gardiens de la Révolution.

Selon le Trésor, Sitki Ayan s'est servi du réseau de son groupe d'entreprises ASB, enregistré à Gibraltar, pour dissimuler les origines du pétrole et la destination des paiements.

L'homme d'affaires a aussi eu recours à l'une de ses entreprises pour acheter un navire citerne sous pavillon panaméen pour les Gardiens de la Révolution, selon la même source. Kasim Oztas, un haut responsable du groupe ASB qui "s'occupait personnellement de la plupart des affaires de M. Ayan", et Bahaddin Ayan, le fils de l'homme d'affaires, font également l'objet de sanctions.

Le Trésor a placé environ 20 entreprises du groupe ASB et du réseau de l'homme d'affaires sur sa liste noire.


L'envoyé américain pour le climat salue la tenue de la COP28 aux EAU

L'envoyé américain pour le climat, John Kerry. (Getty)
L'envoyé américain pour le climat, John Kerry. (Getty)
Short Url
  • Les économies de combustibles fossiles devraient être encouragées à mener la transition vers les énergies propres, déclare John Kerry
  • Il a salué l'annonce de trente plans climatiques nationaux améliorés ainsi que l'accord phare du sommet sur les «pertes et dommages»

WASHINGTON: Les États-Unis ont salué la décision de tenir la 28e conférence des Nations unies sur le changement climatique l'année prochaine aux Émirats arabes unis (EAU).

L'envoyé spécial du président pour le climat, John Kerry, a déclaré que les économies de combustibles fossiles devraient être encouragées à mener la transition vers les énergies propres, a rapporté jeudi l’agence de presse officielle émiratie.                

«Le fait que les Émirats arabes unis, membres de l'Opep, accueillent la COP28, est très stimulant. Il est vraiment important qu'un pays producteur de pétrole et de gaz se mobilise et dise que nous comprenons le défi de la crise climatique», a-t-il déclaré à Reuters.

«Les dirigeants des EAU ont pris des mesures très judicieuses parce qu'ils savent que ce qui sort du sol n'est pas éternel, que ce soit physiquement ou politiquement, et ils regardent à quoi ressemblera le nouveau monde.»

«S'il doit y avoir de nouvelles formes d'énergie, ils veulent être parmi leurs fournisseurs, tout comme ils le sont aujourd'hui.»

Kerry a indiqué que la conférence COP27 de cette année, qui s'est tenue le mois dernier en Égypte, a rapproché le monde de l'objectif de l'accord de Paris de 2015 de limiter la hausse des températures mondiales à 1,5oC au-dessus de l'époque préindustrielle.

Il a salué l'annonce de trente plans climatiques nationaux améliorés ainsi que l'accord phare du sommet sur les «pertes et dommages» pour aider les pays vulnérables sous le choc des conditions météorologiques extrêmes et de la montée des mers.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com