Shakespeare se refait une beauté dans «la maison de Molière»

Rémy Cordonnier, bibliothécaire dans la ville septentrionale de Saint-Omer, près de Calais montre soigneusement le 25 novembre 2014, un exemplaire d'un précieux «Premier Folio» de Shakespeare, un recueil de certaines de ses pièces, datant de 1623. (Photo, AFP)
Rémy Cordonnier, bibliothécaire dans la ville septentrionale de Saint-Omer, près de Calais montre soigneusement le 25 novembre 2014, un exemplaire d'un précieux «Premier Folio» de Shakespeare, un recueil de certaines de ses pièces, datant de 1623. (Photo, AFP)
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Publié le Mardi 27 septembre 2022

Shakespeare se refait une beauté dans «la maison de Molière»

Rémy Cordonnier, bibliothécaire dans la ville septentrionale de Saint-Omer, près de Calais montre soigneusement le 25 novembre 2014, un exemplaire d'un précieux «Premier Folio» de Shakespeare, un recueil de certaines de ses pièces, datant de 1623. (Photo, AFP)
  • Le Roi Lear, qui fait partie de la trinité shakespearienne avec Macbeth et Hamlet, n'a fait son entrée au répertoire du Français qu'il y a quelques jours
  • Pour le trio, il n'y a aucun doute sur la nécessité de revisiter le texte en français pour qu'il parle au public d'aujourd'hui, tout en gardant la poésie

PARIS: Shakespeare, plus accessible en français que dans sa propre langue? En proposant une nouvelle traduction du Roi Lear, un éminent metteur en scène et un acteur star, la Comédie-Française offre une seconde jeunesse à ce monument théâtral du XVIIe siècle. 

"Shakespeare échappe au traducteur par le style, il échappe aussi par la langue", écrivait Victor Hugo, dont le fils François-Victor a été un des grands traducteurs du Barde. Et pourtant innombrables sont les mises en scène de ses pièces dans la langue de Molière. 

Difficile de croire donc que Le Roi Lear, qui fait partie de la trinité shakespearienne avec Macbeth et Hamlet, n'a fait son entrée au répertoire du Français qu'il y a quelques jours, avec son "roi" Denis Podalydès dans le rôle-titre, une mise en scène de l'Allemand Thomas Ostermeier, et une traduction de l’écrivain Olivier Cadiot. 

Ni vers ni octosyllabes 

Pour le trio, il n'y a aucun doute sur la nécessité de revisiter le texte en français pour qu'il parle au public d'aujourd'hui, tout en gardant la poésie. 

"On a besoin aujourd'hui de retraduire les grands textes avec la société et le langage qui changent; une traduction plus ancienne parlerait plus de la société dans laquelle elle a été traduite", assure Denis Podalydès qui a déjà incarné "Hamlet" au Français ou encore "Richard II" (au festival d'Avignon). 

"Ce n'est pas une question de modernité, mais de compréhension", souligne Ostermeier, dont c'est le deuxième travail avec la troupe après une production décapante de la comédie shakespearienne "La Nuit des Rois" en 2019, avec des scènes de drag queen, de concert techno et de strip-tease. 

"Beaucoup de gens ont une mauvaise image de Shakespeare car ils ont vu de mauvaises productions avec de vieilles traductions", commente-t-il. 

Il rappelle que le Barde a écrit en "vers blancs" (poésie sans schéma de rimes formel). "Dans d'autres langues comme le français ou l'allemand où il y a plus de syllabes, il faudrait réduire le nombre de mots pour respecter cela, mais ça enlèverait du contenu", affirme le metteur en scène qui a monté plusieurs pièces de Shakespeare. 

Il veut avant tout "que le public comprenne l'intrigue complexe" autour de ce roi qui décide de partager son royaume entre ses trois filles mais qui demande en échange une déclaration d'amour, avant d'être déçu par la retenue de sa fille préférée, Cordélia, et de la bannir injustement. 

"C'est très difficile pour les spectateurs de s'intéresser à la pièce s'il n'y a pas cette fluidité", renchérit Olivier Cadiot, qui avait déjà traduit la Nuit des Rois à la demande d'Ostermeier. 

"Mon travail consiste non pas à rafraîchir au sens vulgaire ou à rendre moderne, mais à ‘dénuder’ un peu le texte pour qu'il puisse venir un peu rapidement vers nous; c'est comme si on décapait un parquet ou enlevait le vernis sur un tableau", poursuit l'écrivain. 

Mais à quel point le texte qu'on entend est-il du Shakespeare? 

Pour lui, c'est "une question de respect de la complexité du texte en anglais et non pas des vers". "Je traduis en prose; je n'essaie pas de trouver une fausse forme en vers en octosyllabes, sinon ça devient ridicule; il ne faut pas que ça sonne daté", souligne-t-il. 

Il reconnaît avoir peut-être poussé le curseur un peu loin à une ou deux reprises dans le texte, notamment dans un passage célèbre de la pièce. "Quand Lear dit ‘Every inch a king’, une des phrases les plus sublimes qu'on puisse dire; j'ai proposé ‘total royal’" au lieu de propositions comme "roi de la tête aux pieds". 

Pour Podalydès, le défi pour les comédiens dans une pièce de Shakespeare est de "rééquilibrer tout le temps (le jeu) entre un parlé apparemment du quotidien et des phrases qui sortent de la fin du XVIIe siècle". 


Du «tchaï» à la baguette de pain, l'Unesco désigne ses lauréats du patrimoine immatériel

Le logo de l'Unesco est vu au siège de l'Unesco à Paris, le 12 novembre 2021 (Photo, AFP).
Le logo de l'Unesco est vu au siège de l'Unesco à Paris, le 12 novembre 2021 (Photo, AFP).
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  • Présidé par le Maroc, le Comité du patrimoine culturel immatériel de l'Unesco examinera de lundi à samedi 56 demandes d’inscription, dont quatre nécessitant une sauvegarde urgente
  • Les résultats seront publiés sur les comptes Twitter de l'Unesco à partir de mardi après-midi

RABAT: La baguette française, le raï algérien, la "slivo" serbe ou encore la harissa tunisienne: l'Unesco examine à partir de lundi à Rabat les candidatures d’inscription aux listes du patrimoine immatériel de l'humanité.

Présidé par le Maroc, le Comité du patrimoine culturel immatériel de l'Unesco examinera de lundi à samedi 56 demandes d’inscription, dont quatre nécessitant une sauvegarde urgente, comme l'art de la poterie au peuple Cham au Vietnam, a précisé l'organisation.

C'est la première fois qu'il se retrouve en présentiel après deux sessions annuelles successives (2020 et 2021) tenues en ligne en raison de la pandémie de Covid-19.

Les résultats seront publiés sur les comptes Twitter de l'Unesco à partir de mardi après-midi.

Parmi les dossiers les plus en vue: la baguette de pain (France), le chant populaire raï (Algérie), les fêtes foraines (France et Belgique), la culture du "tchaï/thé" (Azerbaïdjan et la Turquie), les techniques traditionnelles de transformation du thé (Chine), le rubab, luth d'Asie centrale (Iran/Tadjikistan/Afghanistan), ou encore le savoir-faire et les pratiques culinaires autour de la harissa, le condiment traditionnel tunisien.

Afin d'éviter les controverses, l’Unesco honore avant tout des traditions, des pratiques et des savoir-faire à sauvegarder.

Aussi elle ne reconnaîtra pas que la baguette de pain appartient au patrimoine mondial immatériel mais que "les savoir-faire artisanaux et la culture de la baguette" en font partie.

Quant au raï algérien, il ne sera pas intégré sur la liste comme musique mais en tant que tradition entourant ce genre musical.

"C'est du patrimoine vivant. La grande différence entre cette liste du patrimoine immatériel et la liste du patrimoine (matériel) mondial, c’est qu’ici ce sont des communautés qui sont représentées et qui sont les protagonistes de cette sauvegarde", a expliqué à l'AFP Ernesto Ottone, sous-directeur général pour la culture de l'Unesco.

Ainsi un patrimoine immatériel peut-être partagé entre plusieurs pays, comme en 2020 l’inscription du couscous avait été le résultat d’une candidature conjointe de quatre pays d’Afrique du Nord: l’Algérie, la Mauritanie, le Maroc et la Tunisie.

L'ambassadeur du Maroc auprès de l'Unesco, Samir Addahre, a regretté de "ne pas avoir pu présenter un dossier commun" avec l' Algérie pour le raï, en raison de la rupture des relations diplomatiques entre les deux voisins, mais il a dit espérer d'autres candidatures communes "quand les circonstances s'amélioreront un jour".

Adoptée en octobre 2003 et ratifiée par 180 pays, la Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel promeut la sauvegarde des connaissances et savoir-faire nécessaires à l’artisanat traditionnel.

Outil de la diplomatie culturelle, elle récompense également des "pratiques culturelles transmises de génération en génération, comme les traditions orales, les arts du spectacle, les pratiques sociales, rituels et événements festifs ou encore les connaissances et pratiques concernant la nature et l’univers".

La liste du patrimoine culturel immatériel de l’humanité compte aujourd'hui 530 éléments inscrits, dont 72 nécessite une sauvegarde urgente.


«Neymar haters»: quand la fracture politique au Brésil déborde sur la Coupe du monde

Les fans du Brésil réagissent en regardant la diffusion en direct du match de football du groupe G de la Coupe du monde Qatar 2022 entre le Brésil et la Suisse, au FIFA Fan Fest sur la plage de Copacabana, Rio de Janeiro, au Brésil, le 28 novembre 2022 (Photo, AFP).
Les fans du Brésil réagissent en regardant la diffusion en direct du match de football du groupe G de la Coupe du monde Qatar 2022 entre le Brésil et la Suisse, au FIFA Fan Fest sur la plage de Copacabana, Rio de Janeiro, au Brésil, le 28 novembre 2022 (Photo, AFP).
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  • Le Brésil a souvent souffert sans Neymar, subissant notamment l'humiliante élimination 7-1 par l'Allemagne, sur son propre sol
  • À Copacabana, Charleo Luis, partisan de Lula, aimerait simplement que la politique et le football soient séparés

RIO DE JANEIRO: En temps normal, la blessure du joueur vedette d'une équipe de football est une terrible nouvelle pour tous ses supporteurs. Mais lors du match contre la Suisse lundi, certains Brésiliens ont eu du mal à regretter l'absence de leur icône Neymar, qui avait promis de dédier son premier but en Coupe du monde au président sortant d'extrême droite Jair Bolsonaro.

Tout en regardant le match dans un bar bondé du centre de Rio de Janeiro, où les supporteurs parés de jaune et de vert attendent nerveusement ce qui s'avérera être le seul but de la rencontre (marqué à la 83e minute par Casemiro et synonyme de qualification pour le Brésil), Henrique Melo, un étudiant en droit de 23 ans, explique son dilemme.

"En tant que joueur, Neymar est incroyable. C'est un artiste. En tant que personne, il laisse beaucoup à désirer. Pas seulement à cause de ses opinions politiques, mais en raison de qui il est. Au lieu de mener un style de vie bling-bling, il pourrait investir dans l'éducation, les projets sociaux, donner l'exemple aux enfants", estime le jeune homme.

En tant qu'amateur de football, il aurait désespérément voulu que Neymar se remette de la blessure à la cheville qui l'a mis sur la touche jeudi lors du match contre la Serbie (remporté 2-0 par le Brésil), au cours duquel il a brillé sans toutefois inscrire de but.

"Il manque à l'équipe", constate Melo et arborant fièrement le maillot de la nation férue de football. En même temps, le fait que le footballeur le plus cher du monde n'ait pas encore marqué dans le tournoi "est le meilleur résultat que le Brésil ait eu en Coupe du monde", car "tous les supporteurs de Bolsonaro l'auraient célébré", plaisante ce fervent partisan du président élu de gauche Luiz Inacio Lula da Silva.

«Génial de le voir échouer!»

Sur la célèbre plage de Copacabana à Rio, où une foule immense suit le match sur un écran géant, Tainara Santana, vendeuse de 29 ans, ressent le même dilemme. "J'aime le football, donc je veux que (Neymar) joue parce qu'il est bon. Mais je ne peux pas dire que je suis triste qu'il n'ait pas marqué. C'est génial de voir Neymar échouer", lâche-t-elle dans un rire.

Avec ses millions de followers sur les réseaux sociaux, Neymar est l'une des plus grandes célébrités du sport mondial. Mais sa magie a parfois été ternie.

Sur le terrain, les critiques accusent l'attaquant du Paris Saint-Germain, âgé de 30 ans, de jouer la comédie et de ne pas être à la hauteur quand il le faut. En dehors du terrain, Neymar a été accusé de faire la fête de façon éhontée, de frauder le fisc et de se comporter comme un enfant gâté.

"C'est un crétin", lâche Tainara Santana. "Pas seulement pour ses opinions politiques, mais pour son machisme, son ego, son manque total d'humilité".

La quête par le Brésil de sa sixième Coupe du monde, ce qui serait un record, arrive quelques semaines après une élection présidentielle hyper-polarisée dans le pays. Neymar a pris parti pour Bolsonaro au détriment de Lula, s'attirant un torrent d'injures d'une armée de "haters" en ligne. 

Une autre légende du football brésilien, le double champion du monde Ronaldo, a pris la défense de son collègue.  Au sein de l'équipe du Brésil, Casemiro et Raphinha ont également soutenu Neymar, affirmant qu'il ne méritait pas toute cette opprobre en ligne.

Le Brésil a souvent souffert sans Neymar, subissant notamment l'humiliante élimination 7-1 par l'Allemagne, sur son propre sol, en demi-finale de la Coupe du monde 2014 alors que son attaquant vedette était blessé au dos.

À Copacabana, Charleo Luis, partisan de Lula, aimerait simplement que la politique et le football soient séparés.

Ceux qui détestent Neymar "sont des idiots qui ne connaissent rien au football", affirme ce vendeur de rue de 24 ans. "Qui se soucie de savoir s'il soutient Bolsonaro ? C'est un grand joueur. Je suis un grand fan, je l'adore. Je l'encourage à se rétablir." La Coupe du monde, ajoute-t-il, "est l'occasion pour nous d'applaudir comme une grande famille."


Une journaliste de Fox News supprime une vidéo après que ses propos sont dénoncés par une journaliste d’Arab News

«Disons que je ne me sens pas si spéciale», déclare Jenny Taft après avoir franchi une porte strictement réservée aux femmes au Qatar. (TikTok: @JennyTaft via Twitter: @lama_lha)
«Disons que je ne me sens pas si spéciale», déclare Jenny Taft après avoir franchi une porte strictement réservée aux femmes au Qatar. (TikTok: @JennyTaft via Twitter: @lama_lha)
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  • «J’ai dû franchir une porte spéciale réservée aux femmes… Disons que je ne me sens pas si spéciale», déclare Jenny Taft de Fox Sports dans la vidéo, affichant un air sarcastique et suffisant
  • «En tant que journalistes, nous devons enquêter sur un sujet avant de diffuser des informations erronées ou un discours biaisé, comme vous le faites dans cette vidéo», lui répond la journaliste d’Arab News

LONDRES: Une journaliste de Fox Sports, qui a publié une vidéo sur TikTok pour se moquer des entrées et des contrôles de sécurité séparés pour les hommes et les femmes dans les stades où se déroule la Coupe du monde au Qatar, a supprimé sa vidéo après que ses propos ont été dénoncés par une journaliste d’Arab News lundi.

«J’ai dû franchir une porte spéciale réservée aux femmes… Disons que je ne me sens pas si spéciale», déclare Jenny Taft de Fox Sports dans la vidéo, affichant un air sarcastique et suffisant.

La journaliste d’Arab News, Lama Alhamawi, en a expliqué les raisons à Jenny Taft, remettant rapidement la journaliste américaine à sa place.

«En tant que collègue journaliste plus jeune que vous et ayant voyagé dans différents pays pour couvrir divers sujets à travers le monde, permettez-moi de vous donner quelques conseils», déclare-t-elle.

«En tant que journalistes, nous avons des responsabilités à assumer. Nous devons faire preuve de prudence pour bien évaluer une situation et enquêter sur un sujet avant de diffuser des informations erronées ou un discours biaisé, comme vous le faites dans cette vidéo.»

«Maintenant, parlons de la porte spéciale que vous évoquez… un mot explique parfaitement cette situation: le respect. Il s’agit de respecter les limites, les principes et les croyances religieuses d’autrui. Une femme ne veut pas être fouillée par des hommes et vice versa.»

«Il est donc simplement question de respecter les croyances religieuses de quelqu’un et d’assurer son confort lorsqu’il entre dans ce pays. Vous faites allusion à la discrimination ou au sexisme. Il ne s’agit certainement pas de cela, il s’agit de respect. Le mot “respect” est celui qui décrit au mieux la situation.»

La journaliste d’Arab News indique à son homologue de Fox News que le but est de respecter les autres personnes et non de faire preuve de discrimination.

«Quand je regarde votre vidéo, il me semble que le mot “respect” vous est étranger. C’est un concept que vous ne comprenez peut-être pas très bien.»

Lama Alhamawi a reçu des éloges et du soutien après avoir dénoncé les propos de la journaliste sportive chevronnée.

«Absolument parfait! J’en ai marre de voir des gens ignorants critiquer», écrit un utilisateur.
«Merci Lama d’avoir mis cela en lumière et d’avoir répliqué de la meilleure façon possible», écrit un autre.
Un autre commentaire indique: «Magnifiquement dit. Merci d’avoir éduqué tout le monde avec tant de grâce.»

Après la diffusion de la vidéo de la journaliste d’Arab News et des innombrables commentaires de soutien qu’elle a reçus, Jenny Taft a supprimé sa vidéo.
Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com