Que présuppose le nouvel accord sur la frontière maritime libano-israélienne?

Une photo prise le 5 août 2021 dans le nord de la ville israélienne de Metoula, près de la frontière avec le Liban, montre des drapeaux libanais et israéliens. (AFP)
Une photo prise le 5 août 2021 dans le nord de la ville israélienne de Metoula, près de la frontière avec le Liban, montre des drapeaux libanais et israéliens. (AFP)
La marine israélienne a été déployée en juin alors que les tensions se sont exacerbées dans le conflit maritime entre le Liban et Israël lorsqu'une plate-forme de forage israélienne a pénétré dans les eaux contestées. (AFP)
La marine israélienne a été déployée en juin alors que les tensions se sont exacerbées dans le conflit maritime entre le Liban et Israël lorsqu'une plate-forme de forage israélienne a pénétré dans les eaux contestées. (AFP)
Les officiels libanais et à leur tête, le président, Michel Aoun, rencontrent l'envoyé américain, Amos Hochstein (5e G), et son équipe au palais présidentiel à Baabda le 1er août 2022. (Dalati & Nohra via AFP)
Les officiels libanais et à leur tête, le président, Michel Aoun, rencontrent l'envoyé américain, Amos Hochstein (5e G), et son équipe au palais présidentiel à Baabda le 1er août 2022. (Dalati & Nohra via AFP)
Short Url
Publié le Vendredi 14 octobre 2022

Que présuppose le nouvel accord sur la frontière maritime libano-israélienne?

  • Les pourparlers sous médiation américaine sur la frontière maritime contestée ont duré plus de dix ans
  • Le différend portait sur l'accès à des champs gaziers essentiels en Méditerranée orientale

LONDRES: Dix ans après le début des efforts de médiation des États-Unis, le Liban et Israël sont finalement parvenus à un accord délimitant leur frontière maritime, dans ce que les experts décrivent comme un moment «historique». Toutefois, certains observateurs sont plus prudents.

«Cela fait au moins dix ans qu'on l'attend», déclare l'ambassadeur Frederic Hof, ancien directeur du Centre Rafic Hariri pour le Moyen-Orient du Conseil atlantique, qui a servi de médiateur américain en 2012 sous la présidence de Barack Obama.

«Nous devons être prudents à ce stade. Il y a encore un long processus de ratification en Israël. On peut se demander si, après les élections du 1er novembre, l'accord sera maintenu en cas de changement de gouvernement», souligne-t-il à Arab News.

PHOTO
Une plate-forme du champ de gaz naturel Leviathan dans la mer Méditerranée, vue depuis la plage de Nahsholim, sur la côte nord d'Israël. (AFP)

«Du côté libanais, il y a quelques questions. La question évidente est: y a-t-il effectivement des gisements de gaz naturel commercialisables sous les eaux libanaises? Et, étant donné qu'il n'y aura probablement pas de revenus avant cinq ans, le système politique libanais va-t-il subir quelques changements qui permettraient au peuple libanais de bénéficier de tout cela?»

Le différend remonte à 2012, lorsque les deux pays ont échoué à parvenir à un accord sur l'emplacement de leur frontière maritime commune. Israël a initialement fait pression pour la ligne 1 (voir la carte), tandis que le Liban était favorable à la ligne 29. 

PHOTO

M. Hof, qui a été le premier médiateur américain nommé dans le cadre du processus, a proposé une ligne plus proche de l'option préférée des Israéliens. En fin de compte, cependant, la frontière qui a été convenue est la ligne 23, qui est plus proche de la frontière préférée du Liban.

Au cœur du conflit se trouvent deux gisements de gaz naturel offshore: le gisement inexploité de Cana dans les eaux territoriales libanaises et le gisement de Karich en territoire israélien. La contestation des ressources s'est intensifiée en juillet lorsque le Hezbollah, la milice libanaise soutenue par l'Iran, a lancé une attaque de drones sur le champ de Karich. Les défenses aériennes israéliennes ont réussi à abattre les trois drones avant qu'ils n'atteignent leur cible. On espère que l'accord frontalier conclu cette semaine permettra d'éviter des incidents similaires.

Selon les détails de l'accord qui ont fuité, les revenus du gaz extrait du champ de Cana seront partagés entre le Liban et la société énergétique française Total, et 17 % des revenus de Total iront à Israël. Israël continuera à avoir des droits exclusifs sur le champ de Karich.

 

PHOTO
Des véhicules de la force de maintien de la paix des Nations unies patrouillent à Naqoura, au sud de la ville libanaise de Tyr, à la frontière avec Israël, le 6 juin 2022. (AFP)

 

Bien que l'accord règle la question de la frontière maritime, il n'affecte pas la frontière terrestre non encore reconnue entre les deux pays, la «ligne bleue», délimitée en 2000 et supervisée par la Force intérimaire des Nations unies au Liban.

Évoquant les raisons pour lesquelles un accord sur la frontière maritime n'a pas pu être conclu il y a dix ans, lorsque le processus a commencé, Frederic Hof précise que le gouvernement de Najib Mikati – qui est aujourd'hui le Premier ministre intérimaire du Liban – avait déjà commencé à «s'effondrer progressivement».

Il ajoute : «Désormais, la décision semble être entre les mains des trois présidents du Liban (le président, le Premier ministre et le président du Parlement) et, à moins que les choses ne changent, ce que je ne pense pas, tous les trois semblent convenir que le Liban s’en est bien sorti par rapport à cette médiation.»

PHOTO
Najib Mikati (à droite), rencontre l'envoyé américain, Amos Hochstein, et l'ambassadrice américaine, Dorothy Shea (à gauche), au palais présidentiel de Baabda, le 14 juin 2022 (photo Dalati & Nohra via AFP).

D'autres, comme Tony Badran, chargé de recherche à la Fondation pour la défense des démocraties et analyste du Levant pour le magazine Tablet, déclarent à Arab News que «ce qui a changé désormais, c'est que l'administration Biden a abandonné le cadre précédent de la division de la zone contestée selon un ratio de 55/45, et a réussi à faire pression sur un gouvernement boiteux et docile pour qu'il concède 100 % des demandes du Hezbollah».

Les responsables américains considèrent également l'accord maritime, dont la médiation a été assurée par Amos Hochstein, conseiller principal de l'administration Biden pour la sécurité énergétique, comme une victoire diplomatique qui, à terme, améliorera la sécurité et la stabilité globales dans la région.

«En fin de compte, les États-Unis ont réussi à négocier un accord entre le Liban et Israël – deux pays ennemis – pour conclure un accord sur la frontière maritime qui, selon eux, stabiliserait la situation entre les deux pays et rendrait la guerre plus difficile», déclare à Arab News Laury Haytayan, directrice pour le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord du Natural Resource Governance Institute.

En effet, elle estime qu'Israël, qui bénéficie déjà d'un approvisionnement énergétique suffisant, a correctement identifié les avantages sécuritaires offerts par un accord qui favorise les revendications territoriales du Liban par rapport à l'intérêt économique personnel israélien.

«Si le Liban est stable, et que le Liban se concentre sur son économie, ils pensent qu'ils seront moins intéressés par la guerre» et, à leur tour, moins dépendants du Hezbollah et de l'Iran, ajoute Mme Haytayan.

Les responsables à Beyrouth avaient cependant probablement d'autres préoccupations à l'esprit. Alors que le Liban est confronté à une catastrophe économique, le gouvernement intérimaire est impatient de montrer qu'il joue le jeu de la communauté internationale en exigeant des réformes en échange d'une aide.

PHOTO
Des partisans du Hezbollah libanais écoutant le leader du groupe, Hassan Nasrallah, qui s'adresse à eux à travers un écran géant, le 9 août 2022. (AFP)

Laury Haytayan explique que l'objectif principal du Liban est de placer «une carte entre les mains de la classe politique afin qu’elle l’utilise pour parler à la communauté internationale et aux Américains pour la première fois, afin que ces derniers arrêtent les sanctions».

Depuis l'effondrement économique du Liban en 2019, aggravé par la pandémie de Covid-19 et l'explosion dévastatrice du port de Beyrouth en août 2020, les États-Unis ont exercé une pression soutenue sur le gouvernement libanais pour qu'il s'attaque à une corruption endémique.

Parmi les personnes placées sous sanctions par les États-Unis figure le gendre du président, Michel Aoun, Gebran Bassil, qui est un ancien ministre des Affaires étrangères et l'actuel chef du Courant patriotique libre (CPL).

PHOTO
Gebran Bassil, l'actuel chef du Courant patriotique libre du Liban. (AFP)

Parce que l'élite libanaise a la réputation de se remplir les poches au détriment des deniers publics, les citoyens ne peuvent s'empêcher d'être pessimistes quant à la perspective de voir les revenus pétroliers résultant de l'accord frontalier utilisés à bon escient.

«Je pense que la menace que les revenus ne soient pas utilisés au profit du peuple libanais, et pour la reconstruction du Liban, vient de l'existence d'une classe politique totalement corrompue et totalement incompétente au Liban, qui bénéficie du soutien et de la protection du Hezbollah», précise M. Hof.

Bien qu'il faille attendre au moins cinq ans avant que le Liban ne perçoive le moindre avantage financier des explorations gazières, il existe plusieurs avantages indirects à court terme, souligne Mme Haytayan.

Un engagement public de Total à commencer les opérations de forage dans le champ de Cana pourrait contribuer à convaincre davantage d'entreprises d'investir au Liban, ce qui donnerait au gouvernement libanais des «atouts supplémentaires pour négocier, avec le Fonds monétaire international (FMI), la Banque mondiale, la communauté internationale, les États-Unis et les Européens», déclare Laury Haytayan. «Cela permettrait d'alléger la pression des réformes qui pèse sur eux depuis trois ans et demi.»

PHOTO
La société TotalEnergies s'est engagée à commencer les opérations de forage dans le champ de Cana dès qu'Israël et le Liban auront réglé leur différend frontalier maritime. (Dossier AFP)

Le président américain, Joe Biden, a appelé son homologue libanais, Michel Aoun, pour féliciter le Liban de l'accord maritime.

«Tout le monde est heureux que le Liban ait conclu cet accord avec Israël, et la classe politique libanaise reprend un nouveau souffle avec cette dynamique politique», note Mme Haytayan.

L'accord sur la frontière maritime est sans aucun doute un grand pas en avant. Toutefois, Frederic Hof doute qu'il conduise à une quelconque normalisation des relations entre Israël et le Liban dans un avenir proche. Il considère plutôt les années à venir comme un test de la volonté de réforme de la politique libanaise et de la volonté de l'élite de faire passer les besoins du public avant les siens.

«Cinq ans est l'estimation la plus fréquente (pour l'exploration gazière)», explique M. Hof. «Cela donne au peuple libanais cinq ans pour faire de son mieux pour créer un système reflétant l'État de droit, la responsabilité, la transparence et pour construire un État libanais capable d'utiliser ces ressources accordées par Dieu.»

Quant à Tony Badran, il indique que l'accord a conduit le Hezbollah à «émerger clairement comme le principal interlocuteur de l'administration Biden, et de la France, au Liban – une reconnaissance qu'il est le seul parti qui compte au Liban, et qui le domine».

«L'administration Biden a non seulement aidé le Hezbollah dans son objectif de contraindre Israël à céder sous le feu, mais aussi, l'accord lui-même cimente le partenariat de la France avec le Hezbollah, ainsi que d'autres investissements étrangers potentiels.»

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Le Koweït dit avoir déjoué une tentative d'«infiltration» de Gardiens de la Révolution iraniens

Le Koweït a annoncé mardi que quatre personnes arrêtées début mai alors qu'elles tentaient de pénétrer dans le pays par voie maritime avaient "avoué" appartenir aux Gardiens de la Révolution iraniens, accusations démenties par l'Iran. (AFP)
Le Koweït a annoncé mardi que quatre personnes arrêtées début mai alors qu'elles tentaient de pénétrer dans le pays par voie maritime avaient "avoué" appartenir aux Gardiens de la Révolution iraniens, accusations démenties par l'Iran. (AFP)
Short Url
  • Les quatre hommes, deux colonels de la marine, un capitaine et un lieutenant de vaisseau, ont avoué avoir été chargés par l'armée idéologique de la République islamique d'Iran "d'infiltrer l'île de Bubiyan"
  • Lors d'échanges de tirs avec les forces armées koweïtiennes stationnées sur l'île, un militaire koweïtien "a été blessé" et deux membres du groupe des Gardiens de la Révolution sont parvenus à "prendre la fuite", selon la même source

KOWEIT: Le Koweït a annoncé mardi que quatre personnes arrêtées début mai alors qu'elles tentaient de pénétrer dans le pays par voie maritime avaient "avoué" appartenir aux Gardiens de la Révolution iraniens, accusations démenties par l'Iran.

Les quatre hommes, deux colonels de la marine, un capitaine et un lieutenant de vaisseau, ont avoué avoir été chargés par l'armée idéologique de la République islamique d'Iran "d'infiltrer l'île de Bubiyan", a indiqué le ministère de l'Intérieur du Koweït dans un communiqué publié par l'agence nationale Kuna.

Ils ont tenté d'atteindre cette île, la plus grande du Koweït, proche des côtes iraniennes, "le vendredi 1er mai à bord d'un bateau de pêche spécialement affrété pour mener des actions hostiles contre le Koweït", précise le communiqué.

Lors d'échanges de tirs avec les forces armées koweïtiennes stationnées sur l'île, un militaire koweïtien "a été blessé" et deux membres du groupe des Gardiens de la Révolution sont parvenus à "prendre la fuite", selon la même source.

Le ministère iranien des Affaires étrangères a jugé de son côté "absolument infondées" les "allégations formulées par le Koweït, selon lesquelles l'Iran planifierait de mener des actions hostiles contre le Koweït". Et il a demandé dans un communiqué à pouvoir s'entretenir avec ses ressortissants détenus ainsi que "leur libération immédiate".

Le ministère des Affaires étrangères du Koweït a annoncé de son côté avoir convoqué l'ambassadeur iranien dans le pays, Mohammad Toutounji, "à qui une lettre de protestation a été remise à la suite de l'infiltration sur l'île de Bubiyan d'un groupe armé appartenant aux Gardiens de la Révolution et de son engagement dans des affrontements avec les forces armées koweïtiennes".

Le ministère, qui dénonce un "acte hostile" iranien et une "atteinte flagrante" à sa souveraineté, affirme que le Koweït se réserve pleinement "le droit de se défendre".

Il s'agit de la quatrième convocation de M. Toutounji depuis que l'Iran a commencé à viser les pétromonarchies du Golfe alliées des Etats-Unis en représailles à l'attaque israélo-américaine déclenchée le 28 février.

Le 3 mai, le ministère de la Défense du Koweït avait indiqué avoir appréhendé quatre personnes tentant de rejoindre le Koweït par la mer.

Depuis le début de la guerre, les autorités du Koweït ont multiplié les opérations contre des personnes ou organisations soupçonnées d'être liées à la République islamique ou de la soutenir.

Mi-avril, 24 personnes ont été arrêtées au Koweït pour financement d'entités "terroristes", selon le ministère de l'Intérieur de cette monarchie du Golfe, une source de sécurité précisant que cinq anciens parlementaires faisaient partie des mis en cause.

En mars, le Koweït avait arrêté six personnes soupçonnées de liens avec le Hezbollah libanais, dans le cadre d'une enquête sur des projets "d'assassinats" dans le pays.

Le mouvement islamiste pro-iranien a déjà démenti plusieurs fois toute présence au Koweït.


Tunisie: peine de trois ans et demi de prison confirmée contre deux journalistes 

La Cour d'appel de Tunis a condamné mardi en appel à trois ans et demi de prison Mourad Zeghidi et Borhen Bsaies, deux journalistes connus, dans un procès dénoncé par l'ONG Reporters sans frontières comme "du harcèlement judiciaire". (AFP)
La Cour d'appel de Tunis a condamné mardi en appel à trois ans et demi de prison Mourad Zeghidi et Borhen Bsaies, deux journalistes connus, dans un procès dénoncé par l'ONG Reporters sans frontières comme "du harcèlement judiciaire". (AFP)
Short Url
  • La Cour d'appel de Tunis a condamné mardi en appel à trois ans et demi de prison Mourad Zeghidi et Borhen Bsaies, deux journalistes connus
  • En janvier, les deux journalistes avaient été condamnés en première instance à trois ans et demi de prison pour "blanchiment d'argent" et "évasion fiscale"

TUNIS: La Cour d'appel de Tunis a condamné mardi en appel à trois ans et demi de prison Mourad Zeghidi et Borhen Bsaies, deux journalistes connus, dans un procès dénoncé par l'ONG Reporters sans frontières comme "du harcèlement judiciaire".

"Nous sommes très déçus de ce verdict" qui confirme la peine de première instance, a réagi à l'AFP l'avocat des deux accusés, Sami Ben Ghazi.

En janvier, les deux journalistes avaient été condamnés en première instance à trois ans et demi de prison pour "blanchiment d'argent" et "évasion fiscale".

En début d'audience mardi, le juge a posé de nombreuses questions à MM. Zeghidi et Bsaies, sur leurs biens, leurs sources de revenus et les impôts versés, selon une journaliste de l'AFP.

"Zéro, niente, je n'ai ni biens immobiliers, ni bijoux, ni grosses voitures", a répondu Mourad Zeghidi.

Le magistrat l'a questionné à propos des rétributions tirées de chaque média et chaque émission (radio et télévision) où il apparaissait, sur la gestion de sa société, sur des virements reçus en Tunisie et depuis l'étranger.

Il a aussi demandé à M. Bsaies pourquoi il avait quitté son métier d'enseignant, la profession de son épouse et avec quels moyens elle avait lancé une école.

Dans sa plaidoirie, l'avocat des deux accusés, Sami Ben Ghazi, s'est demandé pourquoi "des déclarations fiscales (jugées) insuffisantes se sont transformées en (une accusation de) blanchiment d'argent".

Avant l'annonce du verdict, le défenseur et d'autres avocats avaient demandé le non-lieu et la libération des accusés.

Des diplomates représentant la France, les Pays-Bas, le Royaume-Uni et l'Union européenne ont assisté à l'audience.

"Acharnement judiciaire" 

Les deux chroniqueurs avaient été emprisonnés en mai 2024 pour des déclarations à la radio et à la télévision considérées comme critiques du président Kais Saied.

Alors qu'ils étaient libérables en janvier 2025 après avoir purgé huit mois de prison, de nouvelles poursuites avaient été lancées pour des malversations financières présumées.

A la veille du procès, le directeur régional de RSF Oussama Bouagila a affirmé dans un communiqué qu'"après 23 mois d'enquête, aucun élément sérieux n'a été établi: ni flux suspect, ni actif caché, ni preuve crédible".

"Cet acharnement judiciaire ne doit pas faire oublier l'essentiel: c'est leur travail journalistique qui est à l'origine de ces poursuites", a-t-il dit.

Un autre journaliste de renom, Zied el-Heni, a été condamné le 7 mai à un an de prison ferme, pour "atteinte à autrui", après de virulentes critiques contre des décisions judiciaires visant des collègues journalistes.

L'ONG Al Khatt, maison-mère du média indépendant d'investigation Inkyfada, risque de disparaître, sous le coup d'une demande de dissolution demandée par le gouvernement à la justice tunisienne.

Les opposants et défenseurs des droits tunisiens ainsi que plusieurs ONG internationales ont dénoncé un recul des droits fondamentaux en Tunisie depuis un coup de force du président Saied à l'été 2021, par lequel il s'est octroyé les pleins pouvoirs.

Dans un communiqué lundi, l'organisation Amnesty International, basée à Londres, a accusé le pouvoir tunisien de "tentatives d'utiliser les moyens judiciaires pour éliminer purement et simplement les ONG".


L'Iran écarte tout compromis après le rejet de sa proposition par Trump

L'impasse diplomatique se prolonge au Moyen-Orient: le pouvoir iranien a écarté mardi l'idée d'amender ses propositions pour mettre durablement fin à la guerre, qui sont jugées par le président Donald Trump comme bonnes "à mettre à la poubelle". (AFP)
L'impasse diplomatique se prolonge au Moyen-Orient: le pouvoir iranien a écarté mardi l'idée d'amender ses propositions pour mettre durablement fin à la guerre, qui sont jugées par le président Donald Trump comme bonnes "à mettre à la poubelle". (AFP)
Short Url
  • "Il n'y a pas d'autre choix que d'accepter les droits du peuple iranien, tels qu'établis dans la proposition en 14 points. Toute autre approche serait infructueuse et ne mènerait qu'à une succession d'échecs"
  • Le contenu de la proposition américaine initiale n'a pas été rendu public

TEHERAN: L'impasse diplomatique se prolonge au Moyen-Orient: le pouvoir iranien a écarté mardi l'idée d'amender ses propositions pour mettre durablement fin à la guerre, qui sont jugées par le président Donald Trump comme bonnes "à mettre à la poubelle".

"Il n'y a pas d'autre choix que d'accepter les droits du peuple iranien, tels qu'établis dans la proposition en 14 points. Toute autre approche serait infructueuse et ne mènerait qu'à une succession d'échecs", a écrit sur X le négociateur en chef de la République islamique, Mohammad Bagher Ghalibaf, plus d'un mois après l'instauration d'une trêve précaire.

Celui qui est aussi président du Parlement a interpellé les négociateurs américains, estimant que "plus ils traîneront les pieds, plus les contribuables américains en paieront le prix", au moment où les cours du pétrole évoluent à des niveaux toujours élevés.

Ces déclarations sonnent comme une réponse à Donald Trump qui avait dénigré la veille les propositions iraniennes et assimilé le cessez-le-feu en vigueur depuis le 8 avril à un malade "sous assistance respiratoire", avec "1% de chances" de survie.

"Donner une leçon" 

Le contenu de la proposition américaine initiale n'a pas été rendu public.

Selon certains médias, elle contient un protocole d'accord pour mettre fin aux combats, qui ont fait des milliers de morts depuis le début de la guerre le 28 février, et établir un cadre de négociations sur le dossier du nucléaire iranien.

Dans sa réponse, l'Iran appelle à une fin immédiate des hostilités dans la région, y compris au Liban où les tirs d'Israël et du Hezbollah pro-iranien ne cessent pas en dépit d'un autre cessez-le-feu. Mardi, deux secouristes sont morts dans une frappe israélienne dans le sud, selon la Défense civile libanaise.

Téhéran demande également l'arrêt du blocus de ses ports par la marine américaine et le dégel des avoirs iraniens détenus à l'étranger, selon le ministère des Affaires étrangères.

"Si l'ennemi ne se plie pas aux exigences légitimes et définitives de la nation iranienne sur le terrain diplomatique, il doit s'attendre à voir ses défaites se répéter sur le champ de bataille", a prévenu le porte-parole du ministère iranien de la Défense, Reza Talaei-Nik, cité par l'agence Irna.

Pression américaine sur Pékin 

Côté américain, Donald Trump a brandi la menace d'une relance de son opération de protection des navires pour franchir le détroit d'Ormuz, verrouillé par l'Iran.

Une situation qui désespère Maryam, une peintre téhéranaise de 43 ans: elle raconte à une journaliste de l'AFP basée à Paris "vivre au jour le jour" car "le futur est très incertain".

Les regards sont désormais tournés vers la visite à Pékin prévue à partir de mercredi du président Trump, qui doit rencontrer son homologue Xi Jinping.

Selon l'administration américaine, il entend faire pression pour que la Chine, principal importateur du pétrole iranien, use de son influence sur l'Iran.

Donald Trump a dit s'attendre à une "longue conversation" avec Xi sur la guerre.

La quasi paralysie du détroit d'Ormuz, stratégique pour le commerce mondial d'hydrocarbures, fait à nouveau grimper les cours de l'or noir mardi, à plus de 107 dollars le baril (+3,25%) pour le Brent de la mer du Nord, référence internationale, vers 14H00 GMT.

"L'Iran ne devrait pas utiliser le détroit comme une arme pour faire pression", a dénoncé cheikh Mohammed ben Abdelrahmane al-Thani, Premier ministre du Qatar, en première ligne face à ce blocage.

29 milliards de dollars 

"Le levier d'Ormuz est essentiel", analyse Thomas Juneau, professeur à l'Université d'Ottawa, pour qui Téhéran estime que Donald Trump perdra patience face à la hausse des prix à la pompe, avant les élections de mi-mandat en novembre. D'autant que le Pentagone vient de réévaluer à la hausse le coût de cette guerre à près de 29 milliards de dollars.

L'ambassadeur américain en Israël, Mike Huckabee, a par ailleurs révélé, au détour d'une conférence, qu'Israël avait envoyé aux Emirats arabes unis des systèmes de défense antiaérienne pendant cette guerre où les pays du Golfe ont été ciblés par l'Iran quasi-quotidiennement.

Au Liban, un nouveau bilan du ministère de la Santé libanais fait état de 380 morts dans des frappes israéliennes depuis l'entrée en vigueur du cessez-le-feu le 17 avril.

De nouvelles discussions censées ouvrir la voie à des négociations de paix doivent se tenir jeudi et vendredi à Washington entre les deux pays.

Mais le chef du Hezbollah Naïm Qassem a affirmé mardi que la question du désarmement de sa formation, exigé par Israël, ne faisait pas partie des "négociations avec l'ennemi" auxquelles le mouvement chiite est opposé.