Dans l'Irak à sec, un barrage menace d'engloutir villages et terres agricoles

Un pont enjambe le fleuve Tigre près du site du barrage de Makhoul, dans la province de Salaheddine, dans le nord de l'Irak, le 1er novembre 2022.  (Photo de Sabah ARAR / AFP)
Un pont enjambe le fleuve Tigre près du site du barrage de Makhoul, dans la province de Salaheddine, dans le nord de l'Irak, le 1er novembre 2022. (Photo de Sabah ARAR / AFP)
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Publié le Dimanche 27 novembre 2022

Dans l'Irak à sec, un barrage menace d'engloutir villages et terres agricoles

  • Dans un Irak mis à mal par trois années de sécheresse, considéré par l'ONU comme un des pays les plus vulnérables au changement climatique, les autorités défendent ce projet qui permettra, selon elles, de lutter contre les pénuries d'eau
  • Mais quand le barrage verra le jour, toute la région sera engloutie sous trois milliards de mètres cubes d'eau

AL-MASSAHAG, Irak : A 53 ans, Jamil al-Joubouri n'a jamais quitté son village du nord de l'Irak, où sa famille pratique l'agriculture depuis des générations. Mais un projet de barrage porté par les autorités pourrait bientôt engloutir sa maison et les obliger à partir.

Comme Jamil, des dizaines de milliers d'Irakiens sont menacés par le barrage de Maqhoul, que le gouvernement espère achever d'ici cinq ans sur le fleuve Tigre.

Dans un Irak mis à mal par trois années de sécheresse, considéré par l'ONU comme un des pays les plus vulnérables au changement climatique, les autorités défendent ce projet qui permettra, selon elles, de lutter contre les pénuries d'eau.

Toutefois des ONG dénoncent les répercussions néfastes sur une trentaine de villages --soit 118.000 personnes-- et les conséquences pour la biodiversité et plusieurs sites archéologiques.

Le village de Messahag offre un paysage bucolique. Au bord du Tigre, des paysans sèment ou retournent à la pelle la terre gorgée d'eau.

Mais quand le barrage verra le jour, toute la région sera engloutie sous trois milliards de mètres cubes d'eau.

«Je suis né et j'ai grandi ici. C'est difficile de partir. C'est tout un passé que nous laissons derrière nous», martèle Jamil al-Joubouri, fonctionnaire dans une raffinerie.

C'est son fils qui s'occupe des plantations de blé et d'agrumes de la famille. Conciliant, Jamil accepte de partir et de mettre «l'intérêt national avant l'intérêt personnel», à la condition que le barrage soit un projet «qui servira l'Irak» --et qu'il reçoive les «dédommagements adéquats» pour «assurer (son) avenir et celui des enfants».

- «Menace sérieuse» -

Déjà doté de huit barrages, l'Irak déplore une baisse du débit de ses fleuves et fustige son voisin turc pour ses barrages construits en amont.

Lancé initialement en 2001, le projet de Maqhoul avait été interrompu en 2003 après l'invasion américaine et le chaos qui s'en est suivi.

Les travaux ont repris début 2021, avec des forages, des analyses du sol et la construction d'un pont surplombant le fleuve.

Le barrage devrait permettre d'établir une station hydroélectrique de 250 mégawatts et un «canal d'irrigation qui desservira des zones agricoles et contribuera à la sécurité alimentaire du pays», plaide l'adjoint du gouverneur de la province de Salaheddine, Riad al-Samaraï.

«L'intérêt général impose la construction de ce barrage pour garantir des réserves d'eau à l'Irak», ajoute-t-il.

Selon lui, cinq villages se trouvent sur le site du futur réservoir: «Une commission a été formée par les provinces et les ministères concernés pour apporter des dédommagements adéquats aux habitants» et les déplacer.

Pourtant, la société civile est vent debout.

Car il y a aussi les répercussions sur la faune et sur la flore que dénoncent les ONG Save the Tigris et Humat Dijlah et les dangers notamment pour la cité antique d'Assur, inscrite au patrimoine de l'Unesco.

En août, l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) déplorait l'absence de «tentative de dialogue» avec les communautés locales.

«Les personnes interrogées, des fermiers et des propriétaires terriens, considèrent le barrage de Maqhoul comme une menace sérieuse à leur gagne-pain», soulignait un rapport de l'OIM, se basant sur une étude de l'organisation irakienne Liwan pour la culture et le développement.

- «Absence de confiance» -

«Personne n'est venu nous voir, personne ne nous a rien demandé», confirme à Messahag le père de Jamil, Ibrahim al-Joubouri, agriculteur.

«Mes ancêtres, mon père, puis moi, sommes tous restés dans cette région», déplore l'octogénaire, visage buriné et silhouette voutée.

Le vrai problème de l'Irak, «c'est la baisse du débit de l'eau provenant de Turquie et d'Iran», rappelle Mehiyar Kathem, un des auteurs de l'étude de Liwan.

Le pays «n'a pas besoin d'un nouveau barrage: à cause de l'augmentation de la salinité du Tigre, il faut laisser le fleuve couler», dit-il.

Son étude recense 39 villages qui risquent d'être engloutis, avec des populations variant de 200 à 8.000 habitants.

Plus de 67 kilomètres carrés «de terres agricoles fertiles, domaines et vergers» disparaîtront également si le barrage de Maqhoul atteint sa pleine capacité. Et 61.146 têtes de bétail devront être «vendues ou déplacées».

«Le barrage peut perturber le quotidien de 118.412 personnes», résume Liwan, pointant du doigt «une absence de confiance envers les décideurs» parmi les populations locales, pour qui «toute protestation risque de tomber dans l'oreille d'un sourd.»


Ministère saoudien des AE: La décision d'Israël sur la Cisjordanie sape les efforts déployés pour la paix et la stabilité

Le Palestinien Ameed Dusouki, membre du conseil du village de Burqa, se tient devant une clôture installée par des colons juifs après qu'ils ont annoncé leur contrôle sur la gare historique Al-Masoudiya de l'époque ottomane, qui fonctionnait entre les villes palestiniennes de Naplouse et de Tulkarem dans les années 1920, juste au nord de la ville de Naplouse, dans le nord de la Cisjordanie occupée par Israël, le 15 février 2026. (FILE/AFP)
Le Palestinien Ameed Dusouki, membre du conseil du village de Burqa, se tient devant une clôture installée par des colons juifs après qu'ils ont annoncé leur contrôle sur la gare historique Al-Masoudiya de l'époque ottomane, qui fonctionnait entre les villes palestiniennes de Naplouse et de Tulkarem dans les années 1920, juste au nord de la ville de Naplouse, dans le nord de la Cisjordanie occupée par Israël, le 15 février 2026. (FILE/AFP)
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  • Le ministère a déclaré qu'Israël n'avait aucun droit sur les territoires palestiniens et qu'il compromettait la solution des deux États, réaffirmant le soutien du royaume à un État palestinien indépendant
  • Le cabinet israélien a approuvé dimanche de nouvelles mesures visant à renforcer le contrôle d'Israël sur la Cisjordanie occupée et à faciliter l'achat de terres par les colons, ce que les Palestiniens ont qualifié d'"annexion de facto"

RIYAD: L'Arabie saoudite a condamné la décision d'Israël de prendre le contrôle de certaines parties de la Cisjordanie, avertissant que cette décision saperait les efforts pour parvenir à la paix et à la stabilité, dans une déclaration du ministère des Affaires étrangères le X.

"Le ministère des Affaires étrangères exprime la condamnation du Royaume d'Arabie saoudite de la décision des autorités d'occupation israéliennes de renommer la Cisjordanie "terres d'État", affiliées aux autorités d'occupation, dans le cadre de plans visant à imposer une nouvelle réalité juridique et administrative en Cisjordanie occupée, et à saper les efforts en cours pour parvenir à la paix et à la stabilité dans la région", a déclaré le ministère des Affaires étrangères lundi.

Le ministère a déclaré qu'Israël n'avait aucun droit sur les territoires palestiniens et qu'il compromettait la solution des deux États, réaffirmant le soutien du royaume à un État palestinien indépendant.

Le cabinet israélien a approuvé dimanche de nouvelles mesures visant à renforcer le contrôle d'Israël sur la Cisjordanie occupée et à faciliter l'achat de terres par les colons, ce que les Palestiniens ont qualifié d'"annexion de facto". Cette mesure a été largement critiquée par les pays arabes, notamment le Qatar, l'Égypte et la Jordanie.


Nucléaire: le chef de la diplomatie iranienne à Genève pour négocier avec Washington

Le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi est arrivé à Genève où doit s'ouvrir un nouveau cycle de négociations avec les Etats-Unis sur le programme nucléaire iranien, a indiqué lundi la télévision d'Etat iranienne. (AFP)
Le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi est arrivé à Genève où doit s'ouvrir un nouveau cycle de négociations avec les Etats-Unis sur le programme nucléaire iranien, a indiqué lundi la télévision d'Etat iranienne. (AFP)
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  • "Le ministre des Affaires étrangères est arrivé à Genève à la tête d'une délégation diplomatique et d'experts pour participer au deuxième cycle de négociations sur le nucléaire", a annoncé lundi sur Telegram la télévision d'Etat iranienne
  • "Ce qui n'est pas sur la table: la soumission face aux menaces", a insisté le chef de la diplomatie iranienne sur X lundi, affirmant être à Genève "avec de vraies idées pour parvenir à un accord juste et équitable"

GENEVE: Le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi est arrivé à Genève où doit s'ouvrir un nouveau cycle de négociations avec les Etats-Unis sur le programme nucléaire iranien, a indiqué lundi la télévision d'Etat iranienne.

Ce nouveau volet de discussions "indirectes" doit débuter mardi, selon Téhéran, après que l'Iran et les Etats-Unis ont renoué le dialogue début février à Oman dans un contexte de menace d'intervention militaire américaine.

"Le ministre des Affaires étrangères est arrivé à Genève à la tête d'une délégation diplomatique et d'experts pour participer au deuxième cycle de négociations sur le nucléaire", a annoncé lundi sur Telegram la télévision d'Etat iranienne.

"Ce qui n'est pas sur la table: la soumission face aux menaces", a insisté le chef de la diplomatie iranienne sur X lundi, affirmant être à Genève "avec de vraies idées pour parvenir à un accord juste et équitable".

M. Araghchi a également annoncé qu'il rencontrera lundi le directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), Rafael Grossi, "pour une discussion technique approfondie", puis son homologue omanais mardi.

De son côté, la Maison Blanche a confirmé dimanche que son émissaire Steve Witkoff et le gendre du président américain Donald Trump, Jared Kushner, se rendraient à Genève cette semaine pour ces pourparlers.

Ils doivent également y participer à des discussions avec la Russie et l'Ukraine.

Après la répression meurtrière d'un important mouvement de contestation en janvier par les autorités iraniennes, le président Donald Trump a multiplié les menaces d'une intervention militaire, tout en laissant la porte ouverte à un règlement diplomatique, portant notamment sur le programme nucléaire iranien.

Une première session de négociation s'est ouverte le 6 février à Mascate, la capitale d'Oman, plusieurs mois après l'échec de précédentes discussions.

Ces dernières avaient été interrompues en juin en raison de la guerre de 12 jours entre l'Iran et Israël, déclenchée par des frappes israéliennes contre des sites nucléaires et militaires.

Les Etats-Unis avaient alors également bombardé des sites nucléaires iraniens.

Soupçons 

Les pays occidentaux et Israël, considéré par des experts comme la seule puissance nucléaire au Moyen-Orient, soupçonnent l'Iran de vouloir se doter de l'arme nucléaire.

Téhéran dément nourrir de telles ambitions, mais insiste sur son droit à développer une filière nucléaire civile.

Faute d'accord, Donald Trump a menacé Téhéran de conséquences "traumatisantes" et a même évoqué ouvertement vendredi l'hypothèse d'un renversement du pouvoir.

Des habitants de la capitale iranienne ont scandé dimanche des slogans anti-gouvernement depuis leurs fenêtres et leurs toits, au lendemain de vastes rassemblements contre la République islamique d'Iraniens vivant à l'étranger.

Washington a déployé d'importants moyens militaires dans la zone. Après l'envoi en janvier dans la région du Golfe du porte-avions USS Abraham Lincoln, un deuxième porte-avions, le Gerald Ford, doit les rejoindre, à une date qui reste incertaine.

Etats-Unis et Iran divergent sur la teneur de leurs nouvelles discussions.

L'Iran ne veut discuter que de son programme nucléaire. Washington, comme Israël, exige également qu'il limite son programme de missiles balistiques et cesse de soutenir des groupes armés régionaux.

Sur l'aspect nucléaire, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a indiqué que "la première condition" pour qu'un accord soit conclu entre les Etats-Unis et l'Iran, "est que tout le matériel enrichi doit quitter l'Iran".

Plusieurs pays, dont la Russie, ont proposé à Téhéran de prendre en charge ce stock.

"La seconde condition est qu'il ne doit y avoir aucune capacité d'enrichissement, il ne s'agit pas simplement d'arrêter le processus d'enrichissement, mais de démanteler les équipements et les infrastructures qui permettent d'enrichir l'uranium", a ajouté Benjamin Netanyahu.

Dans une interview à la BBC publiée dimanche, le vice-ministre iranien des Affaires étrangères, Majid Takht-Ravanchi, a indiqué que son pays était prêt à un compromis concernant son stock d'uranium hautement enrichi si Washington levait les sanctions qui pénalisent l'économie iranienne.

Avant les frappes israélo-américaines sur ses sites nucléaires en juin 2025, l'Iran enrichissait l'uranium à 60%, soit bien au-delà de la limite de 3,67% autorisée par l'accord nucléaire de 2015, désormais caduc, conclu avec les grandes puissances.

L'uranium enrichi à un taux très élevé (90%) peut servir à fabriquer la bombe A, communément appelée bombe atomique.


La Syrie annonce avoir pris le contrôle d'une autre base américaine

 Le ministère syrien de la Défense a annoncé dimanche avoir pris le contrôle de la base d'al-Chaddadi, dans le nord-est du pays, en coordination avec les forces américaines, quelques jours après la reprise par Damas d'une autre installation près des frontières jordanienne et irakienne. (AFP)
Le ministère syrien de la Défense a annoncé dimanche avoir pris le contrôle de la base d'al-Chaddadi, dans le nord-est du pays, en coordination avec les forces américaines, quelques jours après la reprise par Damas d'une autre installation près des frontières jordanienne et irakienne. (AFP)
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  • Des forces américaines déployées dans le cadre de la coalition internationale contre le groupe Etat islamique (EI) étaient stationnées sur cette base, située à la périphérie de la ville du même nom
  • Elle abrite une prison où les forces kurdes détenaient des membres de l'organisation jihadiste, avant l'avancée des forces gouvernementales dans la région le mois dernier

DAMAS: Le ministère syrien de la Défense a annoncé dimanche avoir pris le contrôle de la base d'al-Chaddadi, dans le nord-est du pays, en coordination avec les forces américaines, quelques jours après la reprise par Damas d'une autre installation près des frontières jordanienne et irakienne.

"Les forces de l'armée arabe syrienne ont pris le contrôle de la base militaire d'al-Chaddadi dans la campagne de Hassaké après coordination avec la partie américaine", indique un communiqué du ministère.

Des forces américaines déployées dans le cadre de la coalition internationale contre le groupe Etat islamique (EI) étaient stationnées sur cette base, située à la périphérie de la ville du même nom.

Elle abrite une prison où les forces kurdes détenaient des membres de l'organisation jihadiste, avant l'avancée des forces gouvernementales dans la région le mois dernier.

Cette annonce intervient après la confirmation par Washington, jeudi, du retrait de ses forces de la base d'al-Tanf, près des frontières syriennes avec la Jordanie et l'Irak, qui constituait un point d'appui stratégique pour les Etats-Unis.

Les Forces démocratiques syriennes (FDS), dominées par les Kurdes, ont été un partenaire majeur de la coalition internationale dirigée par les Etats-Unis contre l'EI et ont joué un rôle central dans la défaite du groupe en Syrie en 2019.

Mais après la chute fin 2024 du président Bachar al-Assad, les Etats-Unis se sont rapprochés du nouveau pouvoir de Damas, estimant récemment que la nécessité de leur alliance avec les forces kurdes s'était largement estompée.

Malgré sa défaite territoriale, l'EI demeure actif en Syrie.

Samedi, le Commandement central américain pour le Moyen-Orient (Centcom) a indiqué avoir frappé plus de 30 cibles de l'organisation en Syrie depuis le début du mois.

Les frappes aériennes menées entre le 3 et le 12 février ont visé des infrastructures et des dépôts d'armes du groupe, selon un communiqué du Centcom.