Mondial: Messi le plus grand de l'histoire ?

L'attaquant argentin # 10 Lionel Messi célèbre après avoir battu la Croatie 3-0 lors de la demi-finale de la Coupe du monde de football Qatar 2022 entre l'Argentine et la Croatie au stade Lusail de Lusail, au nord de Doha, le 13 décembre 2022. (AFP)
L'attaquant argentin # 10 Lionel Messi célèbre après avoir battu la Croatie 3-0 lors de la demi-finale de la Coupe du monde de football Qatar 2022 entre l'Argentine et la Croatie au stade Lusail de Lusail, au nord de Doha, le 13 décembre 2022. (AFP)
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Publié le Samedi 17 décembre 2022

Mondial: Messi le plus grand de l'histoire ?

  • Longtemps, l'Argentin a pâti de ses résultats décevants en sélection, jusqu'à son sacre en finale de la Copa América 2021
  • Sur le plan du palmarès, un titre Mondial, quatre Ligues des champions et une multitudes de titres nationaux pourraient donner l'ascendant à Messi

DOHA: S'il est champion du monde, Lionel Messi sera-t-il le plus grand footballeur de tous les temps ? Le débat est ouvert au vu du palmarès sans égal du septuple Ballon d'Or, qui peut compléter son incroyable collection de trophées dimanche en finale du Mondial-2022.

Le jeu des comparaisons est forcément biaisé par l'accroissement du nombre de matches joués au fil des décennies, l'augmentation du nombre de titres à glaner et l'élargissement à l'ensemble des joueurs de la planète du Ballon d'Or, d'abord réservé aux Européens.

Mais en devenant champion du monde dimanche contre la France (coup d'envoi 16h00), l'Argentin de 35 ans égalerait certains des plus grands noms de son sport, à commencer par son compatriote Diego Maradona, sacré en 1986 et devenu une icône en Argentine.

Mondial: «génie», «extraterrestre», Messi vu par les stars du foot

"Le meilleur de tous les temps", "un génie", "un extraterrestre": Lionel Messi, capitaine de l'Argentine qui dispute dimanche la finale du Mondial-2022 contre la France, suscite les éloges des plus grandes stars du football et autres célébrités.

Pep Guardiola

Ancien entraîneur de Messi au Barça (2008-2012), dans un entretien à la chaîne sud-américaine Telemundo Deportes, le 12 avril dernier: "Ce que représente +Leo+ dans ma carrière ? Tout. Tout, tout. J'ai ressenti ce que Phil Jackson a dû ressentir avec Michael Jordan, parce que j'avais +Leo+ Messi. Il y a très peu de personnes qui dominent leur sport avec cette aisance. Sans lui, nous aurions gagné aussi. Mais autant ? Impossible."

"Je suis désolé pour ceux qui essaient d'occuper son trône, mais on est devant le meilleur joueur, dans tous les sens. Il peut tout faire, tous les jours." (2012)

Diego Maradona

Légende de l'Argentine et ex-sélectionneur (2008-2010), mort en 2020:

"Messi, parfois, il joue pour Messi. Il oublie ses coéquipiers. Ça devient le Deportivo Messi." (2010).

"En ce moment, c'est le meilleur du monde, il est à un tout autre niveau. Il est en train de jouer au foot avec Jésus." (2010)

"C'est plus facile de parler avec Obama qu'avec Messi." (2009)

"Maintenant, je sais quel joueur occupera ma place dans le football, et son nom est Lionel Messi. Il a quelque chose de différent des autres joueurs. C'est un leader qui montre l'exemple." (2010)

Cristiano Ronaldo

Grand rival de Messi, dans un entretien à l'animateur de télévision britannique Piers Morgan, diffusé le 17 novembre dernier: "C'est un joueur incroyable, magique, top. On a partagé la scène pendant seize ans. Imaginez, seize ans! Donc, forcément, j'ai une excellente relation avec lui. C'est un gars que je respecte vraiment, la façon dont il parle toujours de moi (...) Un gars formidable qui fait de grandes choses pour le football."

Gerard Piqué

Ex-équipier de Messi au FC Barcelone (2008-2021), en mars 2018 dans un entretien à The Player's Tribune: "C'est un extraterrestre. Il n'est pas de cette planète. C'est le seul joueur pour lequel, quand je l'ai vu jouer pour la première fois à 13 ans, je me suis dit : +Oh, ce garçon n'est pas humain+. C'est un assassin. C'est le meilleur que j'ai vu de toute ma vie (...) Sa grandeur tient dans son obsession à gagner le ballon. Peut-être que ce n'est pas visible à la télé, mais sur le terrain, il faut voir son visage quand il court pour le reprendre à un défenseur. La magie de Messi, ce n'est pas quelque chose que tu peux trouver sur YouTube. C'est une expression sensible dans ses yeux. Pour expliquer sa grandeur, il me faut 5.000 mots."

Les stars du football

Samuel Eto'o, ex-équipier de Messi à Barcelone (2004-2009), en 2010: "Il n'y a qu'un Dieu dans le football, c'est Messi."

Neymar, en septembre 2022: "Messi est un joueur spectaculaire, un génie. Et en dehors des terrains, il est aussi comme ça. C'est un honneur pour moi de jouer à ses côtés."

Le Brésilien Ronaldo, en 2012: "Messi est brillant. C'est un excellent joueur, mais il ne sera une légende que quand il aura montré son vrai visage avec l'Argentine, et qu'il gagnera une Coupe du monde."

Zlatan Ibrahimovic, en 2010: "Messi, c'est un joueur de PlayStation. Comment fait-il ce qu'il fait ? Je ne sais pas. Mais c'est unique, et merveilleux."

Xavi, ex-coéquipier de Messi au FC Barcelone (2004-2015), en 2010: "C'est le numéro un. C'est le genre de joueur qui n'apparaît qu'une fois tous les trente ans."

Sir Alex Ferguson, ex-entraîneur de Manchester United, en 2012: "Messi est au même niveau que Diego Maradona et Pelé, au panthéon, avec les meilleurs de tous les temps."

Vicente del Bosque, ex-sélectionneur de l'Espagne, en 2017: "Je crois que même Maradona ne dribblait pas comme cela, avec cette vitesse. Il chaloupe pour s'échapper."

Giorgio Chiellini, ex-défenseur international italien, le 1er juillet 2021: "Messi et moi, nous sommes deux gauchers, mais à la technique un peu différente malheureusement."

Luis Figo, en 2010: "Voir jouer Messi, ça me procure un plaisir, c'est comme avoir un orgasme. C'est un plaisir incroyable."

Les célébrités hors-football

Fidel Castro, en 2010: "Il apparaît comme un éclair et, avec ses pieds ou avec sa tête, il frappe le ballon à une vitesse insolente."

Rafael Nadal, en 2011: "Messi est le meilleur joueur que j'ai vu dans l'histoire."

Kobe Bryant, en 2016: "Ronaldinho (...) je discutais avec lui et il me dit: +Kobe, écoute, je vais te présenter le gars qui sera le plus grand joueur de tous les temps+. J'ai dit : +Mais c'est toi, le meilleur !+ Il me dit: +Non, non. Ce gamin ici sera le meilleur+. Ce gamin, c'était Lionel Messi, qui n'avait que 17 ans."

Barack Obama, en 2016: "Mes filles connaissent le pape François, et maintenant elles veulent connaître Messi. Mais je n'ai pas encore réussi à arranger le coup."

Le Brésilien Pelé, seul joueur à avoir remporté trois Coupes du monde (1958, 1962, 1970), n'a lui jamais joué dans un club européen et s'il revendique 1.283 buts marqués, beaucoup l'ont été lors de tournées internationales, hors de compétitions officielles. Quant à Alfredo Di Stéfano, Ferenc Puskas, Johan Cruyff, Franz Beckenbauer ou Zinédine Zidane, qui ont tous marqué leurs époques respectives, ils souffrent peut-être du passage du temps.

De plus, mis à part son éternel rival Cristiano Ronaldo, peu de joueurs avant Messi ont affiché une telle constance dans les performances, empilant les buts (791 en 1.002 matches professionnels), les trophées collectifs (40 au total, sans compter les catégories de jeunes) et les récompenses individuelles, jusqu'à collectionner sept Ballons d'Or de meilleur joueur du monde, un record, devant "CR7" (cinq trophées).

"Pour moi c'est le plus grand joueur de l'histoire", tranche pour l'AFP l'ancien attaquant sénégalais El-Hadji Diouf.

"Il y a des joueurs qui ont gagné la Coupe du monde mais qui ne seront jamais Ballon d'Or. Je crois que le trophée le plus dur à gagner, c'est le Ballon d'Or. Parmi les meilleurs, il faut être le meilleur. Et je crois que le débat est clos depuis très longtemps", fait-il valoir.

Le Français Christian Karembeu, champion du monde 1998, est plus circonspect: "Il y a Diego, il y a Pelé... C'est le football quoi!", nuance-t-il pour l'AFP. Mais "si (Messi) termine par la grande porte, il faut le saluer et l'applaudir", dit-il.

Mondial: pour Argentine-France, toute la planète avec Messi... ou presque

Voir "La Pulga" enfin soulever la Coupe... L'Argentine gagnera dimanche le match des supporters contre la France et pas uniquement dans le stade de Lusail, à Doha: l'aura de Lionel Messi attire à l'Albiceleste les faveurs des passionnés de football avant la finale du Mondial-2022.

C'est même le cas parmi les Uruguayens et les Brésiliens, qui ont en partage une animosité tenace pour la sélection voisine. Selon un sondage de l'Institut brésilien de recherche et d'analyse de données, un tiers des compatriotes de Neymar plaçaient l'Argentine comme deuxième choix pour gagner le tournoi.

Mateus da Silva, 25 ans, rencontré sur la plage de Flamengo à Rio, soutiendra les rivaux argentins, "mais pas pour eux, pour Messi, pour tout ce qu'il a fait pour le football". "C'est un phénomène", dit ce livreur.

"Auparavant, il n'y avait quasi personne pour souhaiter" une victoire des Argentins, "considérés comme arrogants", dit à l'AFP le journaliste sportif uruguayen Luis Prats. "Mais cette équipe paraît plus humble, plus combative. Et il y a Messi, une idole, qui n'est pas une vedette comme les autres."

"Messi réussit un consensus comme aucun autre joueur", renchérit son confrère Diego Muñoz, de la chaîne sportive ESPN, qui relève que de jeunes Uruguayens portent le maillot argentin, chose impensable pour leurs aînés.

Selon une enquête pour le média en ligne Montevideo portal, quasiment la moitié des 6.000 participants (47,5%) souhaitent une victoire argentine quand moins d'un tiers soutiendront la France (31%).

De Rabat à Dacca, Messimania 

Même biais en Allemagne où, selon un sondage réalisé en collaboration avec FanQ par l'agence sportive SID, filiale de l'AFP, 63,1% des personnes interrogées ont déjà désigné Messi comme meilleur joueur du tournoi, contre seulement 13,6% pour le Français Kylian Mbappé

L'entraîneur du Maroc, Walid Regragui, qui a grandi en banlieue parisienne, avait lui apporté son soutien à la France après la défaite de son équipe en demi-finale. Pas certain que ce soit l'opinion dominante au Maroc... Ouassim, 37 ans, qui ne donne pas son nom, est comme de nombreux compatriotes un fan du FC Barcelone, le club où Messi a écrit sa légende. Il veut voir en finale "un Messi +maradonien+ qui aura couronné sa magnifique carrière avec une troisième étoile sur le maillot de son équipe nationale."

Meryem, 26 ans, "respecte Kylian" Mbappé. "Mais il a encore tout l'avenir devant lui pour devenir une star planétaire". "Aujourd'hui, c'est Messi qui mérite de gagner une Coupe du monde" -sans doute sa dernière-, dit cette professeure de mathématiques de Casablanca.

Même choix puissance 10 au Bangladesh, où le Mondial a donné lieu à d'impressionnants rassemblements de supporters du Brésil et d'Argentine, les deux sélections les plus populaires dans ce pays d'Asie du sud, terre de cricket qui se prend tous les quatre ans de passion pour le football.

Maisons parées de bleu clair et de blanc, prières pour l'Albiceleste, soutien passionné sur les réseaux sociaux, à Dacca, c'est Messi que l'on veut voir triompher.

Le soutien est moins unanime au Japon, mais là encore, beaucoup rêvent de voir l'enfant de Rosario enfin couronné. Employé de bureau tokyoïte de 48 ans, Hideyuki Kamai pense que la France est plus forte, mais il veut que "Messi soulève la Coupe du monde".

"S'il gagnait, il donnerait au peuple argentin le même trophée que Maradona, peut-être le seul joueur meilleur que lui dans l'histoire", renchérit Leonardo Pini, étudiant romain de 25 ans, qui rappelle en outre les liens historiques entre populations italienne et argentine.

Les Pays-Bas avec les Bleus 

Certes, cet unanimisme agace Beatrice Mauriello, étudiante napolitaine de 23 ans, qui soutient "la France parce qu'(elle) déteste Messi: il est devenu un personnage qui, quoi qu'il fasse ou dise, a raison et est intouchable".

La planète entière, exception faite de Beatrice et des Français, serait donc derrière l'Argentine? Non... Les Bleus peuvent compter sur le soutien des deux-tiers des Néerlandais, selon un sondage. Par pure détestation des Argentins après leur quart de finale perdu, conclu par une attitude agressive et très peu sportive des partenaires de Messi...

Président d'une association des supporters des Oranje, Henk van Beek, 52 ans, est intarissable sur le "favoritisme" dont bénéficieraient les Argentins "depuis le début de la compétition", et leur "comportement arrogant".

Aussi, assure-t-il, les Néerlandais espèrent que la bande de Didier Deschamps "infligera une défaite traumatisante (sur le plan du football bien sûr) à l'Argentine".

Longtemps, l'Argentin a pâti de ses résultats décevants en sélection, jusqu'à son sacre en finale de la Copa América 2021.

Surtout, sa personnalité discrète et sa timidité naturelle lui ont valu des comparaisons défavorables avec le charismatique Maradona, verbe haut et roublardise assumée.

Pour Oscar Ruggieri, coéquipier du "Pibe de Oro" lors du Mondial-1986, "Maradona était supérieur en tout": "Messi joue dans une période où les arbitres le protègent beaucoup. On lui touche le maillot et ils sortent le jaune. Maradona était marqué par des tueurs en série."

Maradona «bien meilleur» que Messi, selon Pelé 

En 2019, Pelé lui-même avait établi une hiérarchie: "Si vous me demandez si Maradona a été meilleur que Messi, oui, il l'a été. Bien meilleur."

Mais sur le plan du palmarès, un titre Mondial, quatre Ligues des champions et une multitudes de titres nationaux pourraient donner l'ascendant à Messi.

"C'est un gagneur, un compétiteur comme tous les génies", relève l'ancien international argentin Pablo Zabaleta. "Il a cette mentalité de ceux qui veulent toujours gagner et il sait que c'est sa dernière chance, son dernier Mondial."

Au l'heure du crépuscule de l'idole, beaucoup de figures du ballon rond voient déjà plus loin et assurent que la relève est déjà là, citant l'attaquant français Kylian Mbappé, qui vise dimanche un deuxième titre mondial après 2018, alors qu'il fêtera mardi ses 24 ans.

"Je ne m'intéresse pas à la course du plus grand, du plus ci, du plus ça... Ce que fait +Leo+ est extraordinaire, il porte l'espoir de plein de gens. Et nous aussi (Français), on aime le voir jouer", commente pour l'AFP Youri Djorkaeff, champion du monde 1998.

"Ce serait sûrement bien pour son pays s'il gagnait mais je pense aussi à Mbappé. Si à 23 ans il est une deuxième fois champion du monde, ce sera peut-être lui le prochain plus grand joueur de l'histoire !", prévient l'ancien attaquant français.

Mondial: pour les «lointains» Français d'Argentine, des racines mais pas d'état d'âme

Il y a cinq, six générations, ils ont été une des immigrations fortes en Argentine, contribuant à une influence et un "lien spécial" avec la France. Mais les descendants de Français n'auront aucun état d'âme pour la finale: ce sera "la Seleccion" et pas les Bleus.

Ils ne furent pas aussi nombreux, loin de là, que les Espagnols ou les Italiens immigrés "en masse". Ni aussi investisseurs ou négociants que les Britanniques --qui ont apporté le football. Mais les quelque 230.000 Français arrivés en Argentine entre la moitié du XIXe siècle et 1914 --flux qui baissa par la suite-- ont marqué le pays, assure à l'AFP l'historien Hernan Otero, du Conicet (Centre national de recherche).

Dans les arts, l'architecture palpable à Buenos Aires, dans le "modèle culturel français" -d'éducation publique par exemple-, la vitiviniculture, la gastronomie, ils ont laissé leur empreinte. Et contribué à "un lien spécial", entretenu par la suite par des "exilés mutuels célèbres", artistes, écrivains. Sans oublier l'asile de nombreux Argentins pendant la dictature (1976-83).

Gaetano Parrello, professeur à l'Alliance française, avait 34 ans quand la France décrocha son premier titre mondial en 1998, et se souvient d'être "aller à l'Obélisque fêter la victoire" des Bleus -il faut préciser que c'était contre le Brésil, rival historique de l'Argentine. Mais là, franchement...

"Là, vraiment, non" 

"J'aime beaucoup Giroud, Mbappé, et si l'Argentine ne jouait pas, je serais à 100% pour la France", assure aussi à l'AFP Julieta Riveros, commerciale de 44 ans qui apprend le français depuis qu'elle s'est découverte une arrière grand-mère française, et prévoit d'aller bientôt renouer avec ses racines.

"Mais, là, vraiment, non. C'est pas très compliqué. Je vais soutenir l'Argentine, bien sûr!"

Plus ouverte, un peu moins communautariste, plus à l'aise aussi linguistiquement (langue latine), l'immigration française -Pyrénéens, Corréziens, Savoyards, Alsaciens notamment- s'est plus vite intégrée, "argentinisée" que d'autres. Ou diluée, comme on veut. Et un lointain souvenir, même une saveur, ne change rien à l'allégeance footballistique. Ce n'est pas un sujet.

Ainsi dans la pampa à Pigüé (550 km de Buenos Aires), on fait toujours une fois l'an l'omelette géante, et on peut manger de l'aligot. Et oui, dans ce village de 17.000 âmes fondé en 1884 par 40 familles aveyronnaises, "quand la France a gagné en 2018, il n'y a pas eu de scènes de liesse de rues, non, mais beaucoup ont sorti un drapeau bleu-blanc-rouge", raconte à l'AFP Yamil Sevenants, 54 ans, dirigeant pendant des années de l'Amicale d'échanges Pigüé/Aveyron.

"On le dit toujours: on a des racines françaises, on est fier de ce qu'ont fait nos aïeux, partis sans savoir où ils allaient, fonder un village comme ça", poursuit cet arrière-petit-fils d'un couple de Decazeville et Bozouls. "Mais on sent qu'on est Argentins. Et on a super-confiance, on a une excellente équipe, et on va gagner la Coupe. C'est notre tour".

Toujours francophiles après dimanche? 

Mais outre ces lointains cousins, la France parle aussi "à un public jeune d'une génération qui n'a pas forcément de lien avec la France", atteste Pascal Casanova, directeur de l'Alliance française, qui sent "les Argentins francophiles dans l'ensemble. On espère que ça va durer après dimanche..."

Diagnostic qu'appuie Hernan Otero. "Un sentiment populaire plutôt francophile, en tout cas des liens culturels forts". Liens parfois insoupçonnés: une hypothèse sérieuse veut que les braies ciel et blanc portées par Obélix viennent des couleurs du club de football Racing Avellaneda (Buenos Aires), dont était fan un certain René Goscinny, qui vécut en Argentine de 1928 à 1945.

Une relation France-Argentine, quoi qu'il en soit, dénuée "d'histoire conflictuelle comme il y a pu avoir avec l'Angleterre (tentatives d'invasion au XIXe siècle, guerre des Malouines au XXe, NDLR). Il suffit d'entendre les chants des hinchas dans les stades argentins pour comprendre que l'anglophilie n'est pas de mise".

Mais l'Angleterre a été éliminée, et la France se dresse. Et pour les Français d'Argentine de la première génération, c'est là que ça coince.

Comme Yannis Buchot, Porteño depuis 20 ans, gérant d'un bistrot bohème ou l'on montre les matches du Mondial, et qui insiste qu'en France "on est a des années-lumière de comprendre ce qui se passe ici: c'est le foot, le foot, le foot...".

Yannis, marié à une Argentine, père d'une fille de 15 ans qui se sent très argentine, et d'un garçon de 18 ans, supporter de l'OM, qu'il sent peut-être "à 51%, ou 50,01%" pro-France et le reste argentin. "Ou peut-être qu'il me ment un peu. Mais je suppose qu'il sera content dimanche, quoi qu'il arrive".


Taïwan rappelle les Etats-Unis à leur engagement sur les ventes d'armes, après la mise en garde de Trump

Dans un entretien télévisé enregistré avant son départ de Pékin, où le président chinois Xi Jinping lui a tenu des propos particulièrement fermes à propos de l'île, Donald Trump a mis en garde vendredi Taïwan contre toute proclamation d'indépendance. (AFP)
Dans un entretien télévisé enregistré avant son départ de Pékin, où le président chinois Xi Jinping lui a tenu des propos particulièrement fermes à propos de l'île, Donald Trump a mis en garde vendredi Taïwan contre toute proclamation d'indépendance. (AFP)
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  • En décembre, le gouvernement américain a approuvé la deuxième vente d'armes à Taïwan depuis le retour au pouvoir de Donald Trump, pour une valeur de 11,1 milliards de dollars face à la menace chinoise
  • Il s'agit de la vente la plus importante depuis 2001, lorsque George W. Bush avait validé la livraison de 18 milliards de dollars d'armes à Taïwan

TAIPEI: Le gouvernement de Taïwan a réaffirmé samedi que l'île était une nation "indépendante", en réponse à la ferme mise en garde du président américain Donald Trump à l'issue de sa visite à Pékin, et rappelé les Etats-Unis à leur engagement en ce qui concerne les ventes d'arme à Taïwan.

La politique américaine à l'égard de Taïwan repose sur un soutien militaire robuste à l'île, sans toutefois la reconnaître à part entière ni soutenir ouvertement des velléités d'indépendance.

La Chine considère Taïwan comme l'une de ses provinces, qu'elle n'a pas réussi à unifier avec le reste de son territoire.

Dans un entretien télévisé enregistré avant son départ de Pékin, où le président chinois Xi Jinping lui a tenu des propos particulièrement fermes à propos de l'île, Donald Trump a mis en garde vendredi Taïwan contre toute proclamation d'indépendance.

"Je n'ai pas envie que quelqu'un déclare l'indépendance et, vous savez, nous sommes ensuite censés faire 15.000 kilomètres pour faire la guerre", a dit le président américain sur Fox News, en demandant à Taipei et à Pékin de faire "baisser la température".

"Taïwan est une nation démocratique, souveraine et indépendante, qui n'est pas subordonnée à la République populaire de Chine", a réagi le ministère taïwanais des Affaires étrangères, estimant que la politique de Washington demeurait "inchangée".

"En ce qui concerne les ventes d'armes entre Taïwan et les Etats-Unis, il ne s'agit pas seulement d'un engagement des Etats-Unis envers la sécurité de Taïwan, clairement prévu par la loi sur les relations avec Taïwan, mais aussi d'une forme de dissuasion commune face aux menaces régionales", a insisté le ministère taïwanais, dans un communiqué.

Washington est tenu de fournir des armes défensives à Taïwan en vertu du Taiwan Relations Act, une loi adoptée par le Congrès américain en 1979, à la suite de la reconnaissance de la République Populaire de Chine par les Etats-Unis et à condition que l’île ne déclare pas l’indépendance.

Depuis 1982, l'un des grands principes de la stratégie américaine est de ne pas "consulter" Pékin sur ses ventes d'armes à Taïwan tout en restant flou quant à la possibilité d’intervenir militairement en cas d'attaque chinoise.

En décembre, le gouvernement américain a approuvé la deuxième vente d'armes à Taïwan depuis le retour au pouvoir de Donald Trump, pour une valeur de 11,1 milliards de dollars face à la menace chinoise.

Il s'agit de la vente la plus importante depuis 2001, lorsque George W. Bush avait validé la livraison de 18 milliards de dollars d'armes à Taïwan.

S'en sont suivis des mois de bataille politique à Taïwan où le président Lai Ching-te (DPP) qui n'a pas la majorité au parlement, a proposé de voter 40 milliards de dollars pour la modernisation et le renforcement des capacités de défense de l'île.

Il s'est heurté à l'opposition du Kuomintang (KMT) qui accuse le parti présidentiel de pousser Taïwan dans une course aux armements et un conflit perdant. Le Kuomintang  s'est finalement laissé fléchir et permis le vote le 8 mai d'une enveloppe de 25 milliards de dollars destinés à l'achat d'armes américaines.

"Engagement" et "dissuasion commune" 

"Nous n'avons pas envie que quelqu'un se dise, proclamons l'indépendance parce que les Etats-Unis nous soutiennent", a également déclaré Donald Trump, en ajoutant n'avoir pas encore pris de décision sur les ventes d'armes américaines à l'île.

"Je prendrai une décision dans un délai assez court", a pourtant répondu M. Trump aux journalistes vendredi, en chemin vers Washington.

La visite du président américain a permis d'afficher une certaine stabilité entre les deux superpuissances, sans déboucher sur de grandes avancées, que ce soit sur le commerce ou sur l'Iran, allié de la Chine.

La visite annoncée de Xi Jinping à Washington à l'automne servira de nouveau test pour le fragile statu quo entre la première et la deuxième puissance mondiale.

Bonnie Glaser, du German Marshall Fund, pense que la Chine va "pousser fortement" pour que Donald Trump s'abstienne de toute décision sur des ventes d'armes à Taïwan d'ici là.

Jeudi, avec une fermeté inhabituelle, Xi Jinping avait mis Donald Trump en garde: "La question de Taïwan est la plus importante dans les relations sino-américaines. Si elle est bien traitée, les relations entre les deux pays (Chine et Etats-Unis) pourront rester globalement stables. Si elle est mal traitée, les deux pays se heurteront, voire entreront en conflit".

 


«Flottille pour Gaza»: expulsés par Israël, les militants étrangers sont arrivés en Turquie

Des militants propalestiniens de la "Flottille pour Gaza" expulsés d'Israël sont arrivés jeudi à l'aéroport international d'Istanbul à bord d'un premier avion, au lendemain du tollé international provoqué par une vidéo les montrant se faire humilier en détention. (AFP)
Des militants propalestiniens de la "Flottille pour Gaza" expulsés d'Israël sont arrivés jeudi à l'aéroport international d'Istanbul à bord d'un premier avion, au lendemain du tollé international provoqué par une vidéo les montrant se faire humilier en détention. (AFP)
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  • Les militants ont passé deux jours dans une prison militaire sur un bateau, formée de conteneurs et de barbelés, a décrit à l'AFP par téléphone Safa Chebbi, une militante canadienne
  • Outre des humiliations et le manque de sommeil, "nous étions sous une menace constante, des balles en plastique ont été tirées sur la foule, un des passagers a été blessé", a-t-elle indiqué

JERUSALEM: Des militants propalestiniens de la "Flottille pour Gaza" expulsés d'Israël sont arrivés jeudi à l'aéroport international d'Istanbul à bord d'un premier avion, au lendemain du tollé international provoqué par une vidéo les montrant se faire humilier en détention.

Ils ont été accueillis à l'aéroport par un large comité de soutien, avec de nombreux militants agitant des drapeaux palestiniens. Plusieurs militants de la flottille présentaient des blessures et certains ont été évacués en ambulance, selon des images de l'AFP.

Les forces israéliennes "nous ont attaqués. Chacun de nous a été battu, les femmes comme les hommes, beaucoup hurlaient. Mais vraiment, ça n'a aucune importance. C'est ce que vivent en permanence les Palestiniens", a raconté à sa descente d'avion Bulal Kitay, un Turc qui compte repartir dès le prochain convoi.

Les militants ont passé deux jours dans une prison militaire sur un bateau, formée de conteneurs et de barbelés, a décrit à l'AFP par téléphone Safa Chebbi, une militante canadienne.

Outre des humiliations et le manque de sommeil, "nous étions sous une menace constante, des balles en plastique ont été tirées sur la foule, un des passagers a été blessé", a-t-elle indiqué.

"Deux Coréens ont été expulsés vers la Corée du Sud, un participant a été expulsé vers l'Egypte, deux vers la Jordanie, une citoyenne israélienne a été libérée dans le pays, et le reste des 422 participants a été transféré à Istanbul à bord de trois vols de Turkish Airlines affrétés par le gouvernement turc", a indiqué la coalition Freedom Flotilla.

Les quelque 430 membres d'équipage de la cinquantaine de bateaux arraisonnés lundi par l'armée israélienne en Méditerranée, au sud-ouest de Chypre, avaient été amenés de force en Israël puis détenus dans la prison de Ktziot (sud), selon l'organisation israélienne de défense des droits humains Adalah, qui assure leur représentation légale et leur défense.

Ils ont "tous été expulsés", a indiqué le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Oren Marmorstein, sans préciser s'ils avaient été jugés.

Les 37 ressortissants français ont aussi été expulsés vers la Turquie et seront rapatriés dès que possible, selon le porte-parole du ministère des Affaires étrangères français, Pascal Confavreux.

Une militante israélienne, Zohar Regev, a été déférée devant un tribunal à Ashkelon, au sud de Tel-Aviv.

"Partisans terroristes du Hamas" 

Partis de Turquie, les militants de la "Global Sumud Flotilla" ("sumud" signifie "résilience" en arabe) voulaient attirer l'attention sur la situation humanitaire dans la bande de Gaza, dévastée par plus de deux ans de guerre, en brisant le blocus maritime imposé par Israël. En avril, une précédente "flottille pour Gaza" avait déjà été interceptée par Israël au large de la Grèce.

"Israël a pleinement le droit d'empêcher de provocatrices flottilles de partisans terroristes du Hamas d'entrer dans nos eaux territoriales et d'atteindre Gaza", a estimé le Premier ministre Benjamin Netanyahu, en référence au mouvement islamiste palestinien ayant déclenché la guerre en lançant une attaque sans précédent sur Israël le 7 octobre 2023.

Mercredi, le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir , figure de l'extrême droite, a provoqué un tollé à l'étranger, mais également au sein de son gouvernement, en publiant une vidéo de dizaines de militants agenouillés et les mains liées.

Une jeune femme qui crie "Libérez la Palestine" au passage du ministre se retrouve la tête pressée vers le sol par les services de sécurité.

"Bienvenue en Israël, nous sommes chez nous", lance-t-il triomphalement dans cette vidéo publiée sur sa chaîne Telegram.

 "Traitement de luxe" 

Les images diffusées ne sont "pas conformes aux valeurs d'Israël", a déclaré le chef de la diplomatie Gideon Saar, accusant M. Ben Gvir d'avoir "sciemment nui" à l'image du pays avec "ce spectacle honteux". L'intéressé a défendu au contraire "une grande source de fierté".

En Europe, plusieurs pays ont appelé l'UE a prendre des sanctions contre Israël et contre le ministre. Le traitement réservé aux détenus a ainsi été jugé "inadmissible" par Rome qui a exigé "des excuses" et demandé des mesures contre Ben Gvir.

Le Premier ministre irlandais a condamné le "traitement choquant réservé aux citoyens de l'UE" et réclamé "la suspension d'une partie, voire de la totalité, de l'accord d'association entre l'UE et Israël".

L'Italienne Francesca Albanese, rapporteuse spéciale de l'ONU sur la situation des droits de l'Homme dans les Territoires palestiniens occupés, a salué sur X ces prises de positions.

Ce qu'ont subi ces militants est "un traitement de luxe par rapport à ce qui est infligé aux Palestiniens dans les prisons israéliennes", a-t-elle affirmé, appelant l'Italie à cesser "de s'opposer à la suspension de l'accord (d'association) UE-Israël."


Trump assure l'engagement des États-Unis en faveur de la sécurité dans le Golfe dans une lettre adressée au Bahreïn

Le président américain Donald Trump salue alors qu'il monte à bord d'Air Force One à l'aéroport de Groton-New London à Groton, Connecticut, le 20 mai 2026. (AFP)
Le président américain Donald Trump salue alors qu'il monte à bord d'Air Force One à l'aéroport de Groton-New London à Groton, Connecticut, le 20 mai 2026. (AFP)
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  • Le dirigeant américain dit son admiration pour l'unité nationale de Bahreïn face aux attaques de drones et de missiles iraniens
  • Bahreïn, qui abrite le Commandement central des forces navales américaines et la Cinquième flotte, était l'un des dix pays visés par les attaques de missiles et de drones de l'Iran.

LONDRES : Le président américain Donald Trump a souligné l'engagement de Washington à assurer la sécurité et la stabilité dans la région du Golfe dans une lettre adressée au roi Hamad bin Isa Al-Khalifa de Bahreïn.

Le dirigeant américain a également exprimé son admiration pour l'unité nationale de Bahreïn en réponse aux violations du droit international par l'Iran, a rapporté l'Agence de presse de Bahreïn.

Les défenses aériennes bahreïnies ont intercepté et détruit au moins 188 missiles balistiques et 477 drones lancés depuis l'Iran depuis le début de la campagne militaire menée par les États-Unis et Israël contre le régime de Téhéran le 28 février.

Bahreïn, qui abrite le Commandement central des forces navales américaines et la Cinquième flotte, était l'un des dix pays visés par les attaques de missiles et de drones de l'Iran. Toutefois, le pays n'a participé à aucune opération directe menée par les États-Unis contre Téhéran.

Un fragile cessez-le-feu entre l'Iran et les États-Unis est en vigueur depuis le début du mois d'avril. Toutefois, le détroit d'Ormuz, une voie commerciale essentielle, reste fermé. Parallèlement, les négociations entre les États-Unis et l'Iran se poursuivent afin de parvenir à un accord sur le programme nucléaire iranien.