Mondial: Messi le plus grand de l'histoire ?

L'attaquant argentin # 10 Lionel Messi célèbre après avoir battu la Croatie 3-0 lors de la demi-finale de la Coupe du monde de football Qatar 2022 entre l'Argentine et la Croatie au stade Lusail de Lusail, au nord de Doha, le 13 décembre 2022. (AFP)
L'attaquant argentin # 10 Lionel Messi célèbre après avoir battu la Croatie 3-0 lors de la demi-finale de la Coupe du monde de football Qatar 2022 entre l'Argentine et la Croatie au stade Lusail de Lusail, au nord de Doha, le 13 décembre 2022. (AFP)
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Publié le Samedi 17 décembre 2022

Mondial: Messi le plus grand de l'histoire ?

  • Longtemps, l'Argentin a pâti de ses résultats décevants en sélection, jusqu'à son sacre en finale de la Copa América 2021
  • Sur le plan du palmarès, un titre Mondial, quatre Ligues des champions et une multitudes de titres nationaux pourraient donner l'ascendant à Messi

DOHA: S'il est champion du monde, Lionel Messi sera-t-il le plus grand footballeur de tous les temps ? Le débat est ouvert au vu du palmarès sans égal du septuple Ballon d'Or, qui peut compléter son incroyable collection de trophées dimanche en finale du Mondial-2022.

Le jeu des comparaisons est forcément biaisé par l'accroissement du nombre de matches joués au fil des décennies, l'augmentation du nombre de titres à glaner et l'élargissement à l'ensemble des joueurs de la planète du Ballon d'Or, d'abord réservé aux Européens.

Mais en devenant champion du monde dimanche contre la France (coup d'envoi 16h00), l'Argentin de 35 ans égalerait certains des plus grands noms de son sport, à commencer par son compatriote Diego Maradona, sacré en 1986 et devenu une icône en Argentine.

Mondial: «génie», «extraterrestre», Messi vu par les stars du foot

"Le meilleur de tous les temps", "un génie", "un extraterrestre": Lionel Messi, capitaine de l'Argentine qui dispute dimanche la finale du Mondial-2022 contre la France, suscite les éloges des plus grandes stars du football et autres célébrités.

Pep Guardiola

Ancien entraîneur de Messi au Barça (2008-2012), dans un entretien à la chaîne sud-américaine Telemundo Deportes, le 12 avril dernier: "Ce que représente +Leo+ dans ma carrière ? Tout. Tout, tout. J'ai ressenti ce que Phil Jackson a dû ressentir avec Michael Jordan, parce que j'avais +Leo+ Messi. Il y a très peu de personnes qui dominent leur sport avec cette aisance. Sans lui, nous aurions gagné aussi. Mais autant ? Impossible."

"Je suis désolé pour ceux qui essaient d'occuper son trône, mais on est devant le meilleur joueur, dans tous les sens. Il peut tout faire, tous les jours." (2012)

Diego Maradona

Légende de l'Argentine et ex-sélectionneur (2008-2010), mort en 2020:

"Messi, parfois, il joue pour Messi. Il oublie ses coéquipiers. Ça devient le Deportivo Messi." (2010).

"En ce moment, c'est le meilleur du monde, il est à un tout autre niveau. Il est en train de jouer au foot avec Jésus." (2010)

"C'est plus facile de parler avec Obama qu'avec Messi." (2009)

"Maintenant, je sais quel joueur occupera ma place dans le football, et son nom est Lionel Messi. Il a quelque chose de différent des autres joueurs. C'est un leader qui montre l'exemple." (2010)

Cristiano Ronaldo

Grand rival de Messi, dans un entretien à l'animateur de télévision britannique Piers Morgan, diffusé le 17 novembre dernier: "C'est un joueur incroyable, magique, top. On a partagé la scène pendant seize ans. Imaginez, seize ans! Donc, forcément, j'ai une excellente relation avec lui. C'est un gars que je respecte vraiment, la façon dont il parle toujours de moi (...) Un gars formidable qui fait de grandes choses pour le football."

Gerard Piqué

Ex-équipier de Messi au FC Barcelone (2008-2021), en mars 2018 dans un entretien à The Player's Tribune: "C'est un extraterrestre. Il n'est pas de cette planète. C'est le seul joueur pour lequel, quand je l'ai vu jouer pour la première fois à 13 ans, je me suis dit : +Oh, ce garçon n'est pas humain+. C'est un assassin. C'est le meilleur que j'ai vu de toute ma vie (...) Sa grandeur tient dans son obsession à gagner le ballon. Peut-être que ce n'est pas visible à la télé, mais sur le terrain, il faut voir son visage quand il court pour le reprendre à un défenseur. La magie de Messi, ce n'est pas quelque chose que tu peux trouver sur YouTube. C'est une expression sensible dans ses yeux. Pour expliquer sa grandeur, il me faut 5.000 mots."

Les stars du football

Samuel Eto'o, ex-équipier de Messi à Barcelone (2004-2009), en 2010: "Il n'y a qu'un Dieu dans le football, c'est Messi."

Neymar, en septembre 2022: "Messi est un joueur spectaculaire, un génie. Et en dehors des terrains, il est aussi comme ça. C'est un honneur pour moi de jouer à ses côtés."

Le Brésilien Ronaldo, en 2012: "Messi est brillant. C'est un excellent joueur, mais il ne sera une légende que quand il aura montré son vrai visage avec l'Argentine, et qu'il gagnera une Coupe du monde."

Zlatan Ibrahimovic, en 2010: "Messi, c'est un joueur de PlayStation. Comment fait-il ce qu'il fait ? Je ne sais pas. Mais c'est unique, et merveilleux."

Xavi, ex-coéquipier de Messi au FC Barcelone (2004-2015), en 2010: "C'est le numéro un. C'est le genre de joueur qui n'apparaît qu'une fois tous les trente ans."

Sir Alex Ferguson, ex-entraîneur de Manchester United, en 2012: "Messi est au même niveau que Diego Maradona et Pelé, au panthéon, avec les meilleurs de tous les temps."

Vicente del Bosque, ex-sélectionneur de l'Espagne, en 2017: "Je crois que même Maradona ne dribblait pas comme cela, avec cette vitesse. Il chaloupe pour s'échapper."

Giorgio Chiellini, ex-défenseur international italien, le 1er juillet 2021: "Messi et moi, nous sommes deux gauchers, mais à la technique un peu différente malheureusement."

Luis Figo, en 2010: "Voir jouer Messi, ça me procure un plaisir, c'est comme avoir un orgasme. C'est un plaisir incroyable."

Les célébrités hors-football

Fidel Castro, en 2010: "Il apparaît comme un éclair et, avec ses pieds ou avec sa tête, il frappe le ballon à une vitesse insolente."

Rafael Nadal, en 2011: "Messi est le meilleur joueur que j'ai vu dans l'histoire."

Kobe Bryant, en 2016: "Ronaldinho (...) je discutais avec lui et il me dit: +Kobe, écoute, je vais te présenter le gars qui sera le plus grand joueur de tous les temps+. J'ai dit : +Mais c'est toi, le meilleur !+ Il me dit: +Non, non. Ce gamin ici sera le meilleur+. Ce gamin, c'était Lionel Messi, qui n'avait que 17 ans."

Barack Obama, en 2016: "Mes filles connaissent le pape François, et maintenant elles veulent connaître Messi. Mais je n'ai pas encore réussi à arranger le coup."

Le Brésilien Pelé, seul joueur à avoir remporté trois Coupes du monde (1958, 1962, 1970), n'a lui jamais joué dans un club européen et s'il revendique 1.283 buts marqués, beaucoup l'ont été lors de tournées internationales, hors de compétitions officielles. Quant à Alfredo Di Stéfano, Ferenc Puskas, Johan Cruyff, Franz Beckenbauer ou Zinédine Zidane, qui ont tous marqué leurs époques respectives, ils souffrent peut-être du passage du temps.

De plus, mis à part son éternel rival Cristiano Ronaldo, peu de joueurs avant Messi ont affiché une telle constance dans les performances, empilant les buts (791 en 1.002 matches professionnels), les trophées collectifs (40 au total, sans compter les catégories de jeunes) et les récompenses individuelles, jusqu'à collectionner sept Ballons d'Or de meilleur joueur du monde, un record, devant "CR7" (cinq trophées).

"Pour moi c'est le plus grand joueur de l'histoire", tranche pour l'AFP l'ancien attaquant sénégalais El-Hadji Diouf.

"Il y a des joueurs qui ont gagné la Coupe du monde mais qui ne seront jamais Ballon d'Or. Je crois que le trophée le plus dur à gagner, c'est le Ballon d'Or. Parmi les meilleurs, il faut être le meilleur. Et je crois que le débat est clos depuis très longtemps", fait-il valoir.

Le Français Christian Karembeu, champion du monde 1998, est plus circonspect: "Il y a Diego, il y a Pelé... C'est le football quoi!", nuance-t-il pour l'AFP. Mais "si (Messi) termine par la grande porte, il faut le saluer et l'applaudir", dit-il.

Mondial: pour Argentine-France, toute la planète avec Messi... ou presque

Voir "La Pulga" enfin soulever la Coupe... L'Argentine gagnera dimanche le match des supporters contre la France et pas uniquement dans le stade de Lusail, à Doha: l'aura de Lionel Messi attire à l'Albiceleste les faveurs des passionnés de football avant la finale du Mondial-2022.

C'est même le cas parmi les Uruguayens et les Brésiliens, qui ont en partage une animosité tenace pour la sélection voisine. Selon un sondage de l'Institut brésilien de recherche et d'analyse de données, un tiers des compatriotes de Neymar plaçaient l'Argentine comme deuxième choix pour gagner le tournoi.

Mateus da Silva, 25 ans, rencontré sur la plage de Flamengo à Rio, soutiendra les rivaux argentins, "mais pas pour eux, pour Messi, pour tout ce qu'il a fait pour le football". "C'est un phénomène", dit ce livreur.

"Auparavant, il n'y avait quasi personne pour souhaiter" une victoire des Argentins, "considérés comme arrogants", dit à l'AFP le journaliste sportif uruguayen Luis Prats. "Mais cette équipe paraît plus humble, plus combative. Et il y a Messi, une idole, qui n'est pas une vedette comme les autres."

"Messi réussit un consensus comme aucun autre joueur", renchérit son confrère Diego Muñoz, de la chaîne sportive ESPN, qui relève que de jeunes Uruguayens portent le maillot argentin, chose impensable pour leurs aînés.

Selon une enquête pour le média en ligne Montevideo portal, quasiment la moitié des 6.000 participants (47,5%) souhaitent une victoire argentine quand moins d'un tiers soutiendront la France (31%).

De Rabat à Dacca, Messimania 

Même biais en Allemagne où, selon un sondage réalisé en collaboration avec FanQ par l'agence sportive SID, filiale de l'AFP, 63,1% des personnes interrogées ont déjà désigné Messi comme meilleur joueur du tournoi, contre seulement 13,6% pour le Français Kylian Mbappé

L'entraîneur du Maroc, Walid Regragui, qui a grandi en banlieue parisienne, avait lui apporté son soutien à la France après la défaite de son équipe en demi-finale. Pas certain que ce soit l'opinion dominante au Maroc... Ouassim, 37 ans, qui ne donne pas son nom, est comme de nombreux compatriotes un fan du FC Barcelone, le club où Messi a écrit sa légende. Il veut voir en finale "un Messi +maradonien+ qui aura couronné sa magnifique carrière avec une troisième étoile sur le maillot de son équipe nationale."

Meryem, 26 ans, "respecte Kylian" Mbappé. "Mais il a encore tout l'avenir devant lui pour devenir une star planétaire". "Aujourd'hui, c'est Messi qui mérite de gagner une Coupe du monde" -sans doute sa dernière-, dit cette professeure de mathématiques de Casablanca.

Même choix puissance 10 au Bangladesh, où le Mondial a donné lieu à d'impressionnants rassemblements de supporters du Brésil et d'Argentine, les deux sélections les plus populaires dans ce pays d'Asie du sud, terre de cricket qui se prend tous les quatre ans de passion pour le football.

Maisons parées de bleu clair et de blanc, prières pour l'Albiceleste, soutien passionné sur les réseaux sociaux, à Dacca, c'est Messi que l'on veut voir triompher.

Le soutien est moins unanime au Japon, mais là encore, beaucoup rêvent de voir l'enfant de Rosario enfin couronné. Employé de bureau tokyoïte de 48 ans, Hideyuki Kamai pense que la France est plus forte, mais il veut que "Messi soulève la Coupe du monde".

"S'il gagnait, il donnerait au peuple argentin le même trophée que Maradona, peut-être le seul joueur meilleur que lui dans l'histoire", renchérit Leonardo Pini, étudiant romain de 25 ans, qui rappelle en outre les liens historiques entre populations italienne et argentine.

Les Pays-Bas avec les Bleus 

Certes, cet unanimisme agace Beatrice Mauriello, étudiante napolitaine de 23 ans, qui soutient "la France parce qu'(elle) déteste Messi: il est devenu un personnage qui, quoi qu'il fasse ou dise, a raison et est intouchable".

La planète entière, exception faite de Beatrice et des Français, serait donc derrière l'Argentine? Non... Les Bleus peuvent compter sur le soutien des deux-tiers des Néerlandais, selon un sondage. Par pure détestation des Argentins après leur quart de finale perdu, conclu par une attitude agressive et très peu sportive des partenaires de Messi...

Président d'une association des supporters des Oranje, Henk van Beek, 52 ans, est intarissable sur le "favoritisme" dont bénéficieraient les Argentins "depuis le début de la compétition", et leur "comportement arrogant".

Aussi, assure-t-il, les Néerlandais espèrent que la bande de Didier Deschamps "infligera une défaite traumatisante (sur le plan du football bien sûr) à l'Argentine".

Longtemps, l'Argentin a pâti de ses résultats décevants en sélection, jusqu'à son sacre en finale de la Copa América 2021.

Surtout, sa personnalité discrète et sa timidité naturelle lui ont valu des comparaisons défavorables avec le charismatique Maradona, verbe haut et roublardise assumée.

Pour Oscar Ruggieri, coéquipier du "Pibe de Oro" lors du Mondial-1986, "Maradona était supérieur en tout": "Messi joue dans une période où les arbitres le protègent beaucoup. On lui touche le maillot et ils sortent le jaune. Maradona était marqué par des tueurs en série."

Maradona «bien meilleur» que Messi, selon Pelé 

En 2019, Pelé lui-même avait établi une hiérarchie: "Si vous me demandez si Maradona a été meilleur que Messi, oui, il l'a été. Bien meilleur."

Mais sur le plan du palmarès, un titre Mondial, quatre Ligues des champions et une multitudes de titres nationaux pourraient donner l'ascendant à Messi.

"C'est un gagneur, un compétiteur comme tous les génies", relève l'ancien international argentin Pablo Zabaleta. "Il a cette mentalité de ceux qui veulent toujours gagner et il sait que c'est sa dernière chance, son dernier Mondial."

Au l'heure du crépuscule de l'idole, beaucoup de figures du ballon rond voient déjà plus loin et assurent que la relève est déjà là, citant l'attaquant français Kylian Mbappé, qui vise dimanche un deuxième titre mondial après 2018, alors qu'il fêtera mardi ses 24 ans.

"Je ne m'intéresse pas à la course du plus grand, du plus ci, du plus ça... Ce que fait +Leo+ est extraordinaire, il porte l'espoir de plein de gens. Et nous aussi (Français), on aime le voir jouer", commente pour l'AFP Youri Djorkaeff, champion du monde 1998.

"Ce serait sûrement bien pour son pays s'il gagnait mais je pense aussi à Mbappé. Si à 23 ans il est une deuxième fois champion du monde, ce sera peut-être lui le prochain plus grand joueur de l'histoire !", prévient l'ancien attaquant français.

Mondial: pour les «lointains» Français d'Argentine, des racines mais pas d'état d'âme

Il y a cinq, six générations, ils ont été une des immigrations fortes en Argentine, contribuant à une influence et un "lien spécial" avec la France. Mais les descendants de Français n'auront aucun état d'âme pour la finale: ce sera "la Seleccion" et pas les Bleus.

Ils ne furent pas aussi nombreux, loin de là, que les Espagnols ou les Italiens immigrés "en masse". Ni aussi investisseurs ou négociants que les Britanniques --qui ont apporté le football. Mais les quelque 230.000 Français arrivés en Argentine entre la moitié du XIXe siècle et 1914 --flux qui baissa par la suite-- ont marqué le pays, assure à l'AFP l'historien Hernan Otero, du Conicet (Centre national de recherche).

Dans les arts, l'architecture palpable à Buenos Aires, dans le "modèle culturel français" -d'éducation publique par exemple-, la vitiviniculture, la gastronomie, ils ont laissé leur empreinte. Et contribué à "un lien spécial", entretenu par la suite par des "exilés mutuels célèbres", artistes, écrivains. Sans oublier l'asile de nombreux Argentins pendant la dictature (1976-83).

Gaetano Parrello, professeur à l'Alliance française, avait 34 ans quand la France décrocha son premier titre mondial en 1998, et se souvient d'être "aller à l'Obélisque fêter la victoire" des Bleus -il faut préciser que c'était contre le Brésil, rival historique de l'Argentine. Mais là, franchement...

"Là, vraiment, non" 

"J'aime beaucoup Giroud, Mbappé, et si l'Argentine ne jouait pas, je serais à 100% pour la France", assure aussi à l'AFP Julieta Riveros, commerciale de 44 ans qui apprend le français depuis qu'elle s'est découverte une arrière grand-mère française, et prévoit d'aller bientôt renouer avec ses racines.

"Mais, là, vraiment, non. C'est pas très compliqué. Je vais soutenir l'Argentine, bien sûr!"

Plus ouverte, un peu moins communautariste, plus à l'aise aussi linguistiquement (langue latine), l'immigration française -Pyrénéens, Corréziens, Savoyards, Alsaciens notamment- s'est plus vite intégrée, "argentinisée" que d'autres. Ou diluée, comme on veut. Et un lointain souvenir, même une saveur, ne change rien à l'allégeance footballistique. Ce n'est pas un sujet.

Ainsi dans la pampa à Pigüé (550 km de Buenos Aires), on fait toujours une fois l'an l'omelette géante, et on peut manger de l'aligot. Et oui, dans ce village de 17.000 âmes fondé en 1884 par 40 familles aveyronnaises, "quand la France a gagné en 2018, il n'y a pas eu de scènes de liesse de rues, non, mais beaucoup ont sorti un drapeau bleu-blanc-rouge", raconte à l'AFP Yamil Sevenants, 54 ans, dirigeant pendant des années de l'Amicale d'échanges Pigüé/Aveyron.

"On le dit toujours: on a des racines françaises, on est fier de ce qu'ont fait nos aïeux, partis sans savoir où ils allaient, fonder un village comme ça", poursuit cet arrière-petit-fils d'un couple de Decazeville et Bozouls. "Mais on sent qu'on est Argentins. Et on a super-confiance, on a une excellente équipe, et on va gagner la Coupe. C'est notre tour".

Toujours francophiles après dimanche? 

Mais outre ces lointains cousins, la France parle aussi "à un public jeune d'une génération qui n'a pas forcément de lien avec la France", atteste Pascal Casanova, directeur de l'Alliance française, qui sent "les Argentins francophiles dans l'ensemble. On espère que ça va durer après dimanche..."

Diagnostic qu'appuie Hernan Otero. "Un sentiment populaire plutôt francophile, en tout cas des liens culturels forts". Liens parfois insoupçonnés: une hypothèse sérieuse veut que les braies ciel et blanc portées par Obélix viennent des couleurs du club de football Racing Avellaneda (Buenos Aires), dont était fan un certain René Goscinny, qui vécut en Argentine de 1928 à 1945.

Une relation France-Argentine, quoi qu'il en soit, dénuée "d'histoire conflictuelle comme il y a pu avoir avec l'Angleterre (tentatives d'invasion au XIXe siècle, guerre des Malouines au XXe, NDLR). Il suffit d'entendre les chants des hinchas dans les stades argentins pour comprendre que l'anglophilie n'est pas de mise".

Mais l'Angleterre a été éliminée, et la France se dresse. Et pour les Français d'Argentine de la première génération, c'est là que ça coince.

Comme Yannis Buchot, Porteño depuis 20 ans, gérant d'un bistrot bohème ou l'on montre les matches du Mondial, et qui insiste qu'en France "on est a des années-lumière de comprendre ce qui se passe ici: c'est le foot, le foot, le foot...".

Yannis, marié à une Argentine, père d'une fille de 15 ans qui se sent très argentine, et d'un garçon de 18 ans, supporter de l'OM, qu'il sent peut-être "à 51%, ou 50,01%" pro-France et le reste argentin. "Ou peut-être qu'il me ment un peu. Mais je suppose qu'il sera content dimanche, quoi qu'il arrive".


Trump affirme que le cessez-le-feu avec l'Iran est « terminé»

Le président américain Donald Trump s'exprime lors d'une rencontre avec le secrétaire général de l'Otan, en marge du sommet de l'Alliance à Ankara, le 8 juillet 2026. (AFP)
Le président américain Donald Trump s'exprime lors d'une rencontre avec le secrétaire général de l'Otan, en marge du sommet de l'Alliance à Ankara, le 8 juillet 2026. (AFP)
  • Donald Trump affirme que le dossier iranien est « terminé » pour lui, tout en laissant la porte ouverte à une reprise des négociations par ses émissaires
  • Les tensions restent vives entre Washington et Téhéran, sur fond de frappes, de représailles militaires et d'accusations mutuelles de violation du cessez-le-feu

ANKARA: Le président américain Donald Trump a affirmé mercredi à Ankara que le cessez-le-feu avec l'Iran était "terminé", ouvrant toutefois la porte à une reprise éventuelle des discussions.

"En ce qui me concerne, c'est terminé", a-t-il lancé au deuxième jour d'un sommet de l'Otan.

"C'est juste une perte de temps de discuter avec eux, ce sont des menteurs", a-t-il ajouté.

Le locataire de la Maison Blanche a toutefois laissé entendre que les négociateurs pourraient poursuivre les discussions, après l'avoir consulté.

Jared Kushner et Steve Witkoff sont "de bons négociateurs, ils veulent négocier", a-t-il ainsi affirmé, mais "ils doivent revenir vers moi".

Le président américain n'a pas eu de mots assez durs contre les dirigeants iraniens qu'il a qualifiés d'"ordures" avec qui il refusait désormais de discuter.

"Je ne veux plus avoir affaire à eux, ce sont des ordures. (...) ce sont des malades", a-t-il encore affirmé .

"Ils sont vicieux, ce sont des gens violents, et s'ils avaient l'arme nucléaire, ils l'utiliseraient", a-t-il ajouté, aux côtés du secrétaire général de l'Otan Mark Rutte, affirmant avoir pourtant obtenu un accord avec l'Iran.

"Tout le monde est d'accord : pas d'arme nucléaire. On passe un marché. Ils sortent, plaisantent devant la presse, ils disent qu'on n'en a même jamais parlé. Il y a quelque chose qui ne tourne pas rond chez eux, ils sont fous", a-t-il encore déclaré.

Les Etats-Unis ont frappé plus de 80 cibles en Iran en riposte à des tirs iraniens sur des navires commerciaux dans le détroit d'Ormuz, déclenchant mercredi des représailles de Téhéran qui a dit avoir attaqué des bases américaines au Koweït et à Bahreïn.

Washington a également rétabli ses sanctions économiques sur le pétrole iranien après les attaques de navires. Les deux camps s'accusent de violer leur protocole d'accord, signé le 17 juin pour mettre fin à la guerre déclenchée le 28 février par l'offensive américano-israélienne contre la République islamique.


Les Etats-Unis réinstaurent leurs sanctions sur le pétrole iranien, dénoncent les actes de Téhéran dans le détroit d'Ormuz

Les Etats-Unis ont réinstauré mardi leurs sanctions économiques sur le pétrole iranien en raison des actes "totalement inacceptables" de Téhéran à Ormuz, selon Washington, après plusieurs attaques de navires dans le détroit. (AFP)
Les Etats-Unis ont réinstauré mardi leurs sanctions économiques sur le pétrole iranien en raison des actes "totalement inacceptables" de Téhéran à Ormuz, selon Washington, après plusieurs attaques de navires dans le détroit. (AFP)
  • Le ministère américain des Finances, qui gère les sanctions, venait de publier un document interdisant les "nouvelles transactions" d'hydrocarbures iraniens à compter du jour même
  • Il s'agit d'un brusque revirement: fin juin, Washington avait suspendu jusqu'au 21 août son embargo sur le pétrole iranien dans le cadre du protocole d'accord avec Téhéran visant à mettre fin aux hostilités au Moyen-Orient

WASHINGTON: Les Etats-Unis ont réinstauré mardi leurs sanctions économiques sur le pétrole iranien en raison des actes "totalement inacceptables" de Téhéran à Ormuz, selon Washington, après plusieurs attaques de navires dans le détroit.

"Les agissements de l'Iran dans le détroit sont totalement inacceptables aux yeux des Etats-Unis et ne resteront pas impunis", a commenté un responsable gouvernemental américain auprès de l'AFP, sous le couvert de l'anonymat.

Le ministère américain des Finances, qui gère les sanctions, venait de publier un document interdisant les "nouvelles transactions" d'hydrocarbures iraniens à compter du jour même.

Il s'agit d'un brusque revirement: fin juin, Washington avait suspendu jusqu'au 21 août son embargo sur le pétrole iranien dans le cadre du protocole d'accord avec Téhéran visant à mettre fin aux hostilités au Moyen-Orient.

La guerre a été déclenchée fin février par des bombardements israélo-américains sur l'Iran. La République islamique avait riposté en frappant Israël et des intérêts américains dans les pays du Golfe, mais aussi en bloquant la navigation dans le très stratégique détroit d'Ormuz, ce qui a fait flamber les prix du pétrole, depuis retombés.

Le protocole d'accord prévoyait la reprise du trafic maritime dans le détroit, où plusieurs navires ont récemment subi des attaques.

Le Qatar et l'Arabie saoudite ont imputé à Téhéran la responsabilité de deux d'entre elles.

Le document publié mardi par les autorités américaines permet aux transactions conclues après le 21 juin d'être finalisées. La date limite est le 17 juillet.


Le sommet de l'Otan vante des contrats d'armement, tente d'apaiser Trump

Mark Rutte (à gauche), secrétaire général de l'OTAN, rencontre le président turc Recep Tayyip Erdogan avant le 36ᵉ sommet des chefs d'État et de gouvernement de l'OTAN à Ankara, le 6 juillet 2026. (AFP)
Mark Rutte (à gauche), secrétaire général de l'OTAN, rencontre le président turc Recep Tayyip Erdogan avant le 36ᵉ sommet des chefs d'État et de gouvernement de l'OTAN à Ankara, le 6 juillet 2026. (AFP)
  • L'Otan a annoncé plus de 50 milliards de dollars de contrats d'armement pour renforcer les capacités de défense des alliés et répondre aux attentes des États-Unis
  • Les alliés européens réaffirment leur soutien à l'Ukraine avec une nouvelle aide militaire, tout en cherchant à convaincre Donald Trump de leur engagement en matière de défense

ANKARA: Le chef de l'Otan a annoncé mardi plusieurs contrats d'armement, dans l'espoir de convaincre Donald Trump du sérieux des Européens à renforcer leurs capacités de défense, au premier jour d'un sommet de l'Alliance à Ankara.

Attendu mardi après-midi dans la capitale turque, le président américain ne décolère pas contre ses alliés européens qu'il accuse de l'avoir laissé tomber dans la guerre que les Etats-Unis ont déclenchée avec Israël contre l'Iran.

Des pays membres de l'Otan et "des entreprises des deux côtés de l'Atlantique vont (...) signer des contrats qui se chiffrent en milliards, littéralement des milliards de dollars", a lancé le secrétaire général de l'Otan Mark Rutte.

Selon un diplomate de l'Alliance, la valeur totale de ces contrats dépasse les 50 milliards de dollars.

Un gros contrat a ainsi été confirmé avec la firme suédoise Saab pour remplacer la flotte des avions de reconnaissance Awacs, fabriqués par l'avionneur américain Boeing, dont dispose actuellement l'Otan.

Il s'agit d'une commande de dix appareils Global Eye, dont le montant n'a pas été révélé. Le remplacement de la flotte d'Awacs avait été annoncé par l'Otan en novembre 2023, et Saab était pressenti pour remporter ce contrat, après le retrait de Boeing.

Le groupe Airbus a de son côté décroché un contrat pour fournir un dixième A330 MRTT (Multi Role Tanker Transport), un avion militaire de transport et de ravitaillement, à la flotte de l'Otan.

Le patron de l'Alliance a fait cette annonce devant un parterre d'industriels et de responsables de l'Otan. Réunis dans la capitale turque à l'occasion d'un Forum sur l'industrie de défense, ils entendent ainsi démontrer l'engagement des alliés européens à développer leurs capacités de défense, comme le réclament les Etats-Unis de Donald Trump.

- Au moins 5% -

La gestion de Donald Trump "consume beaucoup d'énergie" au sein de l'Otan, reconnaît un diplomate à Bruxelles.

Les Européens ont lancé une grande opération séduction, un exercice dans lequel Mark Rutte est passé maître, depuis qu'il a été appelé en 2024 à la tête de cette organisation.

L'an dernier, le président américain avait obtenu des Européens et du Canada qu'ils s'engagent à consacrer au moins 5% de leur produit intérieur brut (PIB) à leur sécurité.

Beaucoup sont encore loin d'atteindre un tel pourcentage mais Mark Rutte ne désespère pas de convaincre Donald Trump que le mouvement est lancé.

En 2025, "les Alliés européens et le Canada ont dépensé près de 20% de plus pour leur défense que l'année précédente. Si l'on considère 2025 et 2026 réunies, cela représente 258 milliards de dollars d'investissements supplémentaires", a-t-il souligné.

Maintenant, "il faut mettre cet argent au service de notre défense", a-t-il ajouté. "Cela signifie faire de l'innovation une priorité absolue, surmonter la fragmentation des industries nationales de défense et réduire les lourdeurs administratives".

Et l'exemple vient d'Ukraine, dont le président Volodymyr Zelensky est attendu mardi à Ankara, où il doit rencontrer, entre autres, Mark Rutte et l'hôte de ce sommet, le président turc Recep Tayyip Erdogan. Le président Zelensky qui s'est entretenu au téléphone ce week-end avec Donald Trump, doit le rencontrer dans la capitale turque.

L'industrie ukrainienne de défense a gagné une expertise et un savoir-faire, notamment en matière de drones, dont les Européens veulent s'inspirer.

A Ankara, les alliés européens de l'Ukraine entendent aussi lui réaffirmer leur soutien.

Avec le Canada, mais sans les Etats-Unis, ils vont s'engager à apporter une aide militaire à Kiev de 40 milliards d'euros en 2026 et au moins autant en 2027, selon des diplomates. Cette somme viendra s'ajouter aux 30 milliards d'euros d'aide militaire que l'Union européenne a promis de son côté, en 2026 comme en 2027, sous forme de prêts.

Les Européens espèrent également confirmer la dynamique favorable à l'Ukraine obtenue au sommet du G7 à Evian, en France, à la mi-juin.

Ils comptent aussi sur M. Erdogan pour contenir un éventuel accès de colère de la part du locataire de la Maison Blanche. L'excellente relation entre les deux hommes est la meilleure chance de succès de ce sommet, selon un diplomate à l'Otan.