Mondial: Messi le plus grand de l'histoire ?

L'attaquant argentin # 10 Lionel Messi célèbre après avoir battu la Croatie 3-0 lors de la demi-finale de la Coupe du monde de football Qatar 2022 entre l'Argentine et la Croatie au stade Lusail de Lusail, au nord de Doha, le 13 décembre 2022. (AFP)
L'attaquant argentin # 10 Lionel Messi célèbre après avoir battu la Croatie 3-0 lors de la demi-finale de la Coupe du monde de football Qatar 2022 entre l'Argentine et la Croatie au stade Lusail de Lusail, au nord de Doha, le 13 décembre 2022. (AFP)
Short Url
Publié le Samedi 17 décembre 2022

Mondial: Messi le plus grand de l'histoire ?

  • Longtemps, l'Argentin a pâti de ses résultats décevants en sélection, jusqu'à son sacre en finale de la Copa América 2021
  • Sur le plan du palmarès, un titre Mondial, quatre Ligues des champions et une multitudes de titres nationaux pourraient donner l'ascendant à Messi

DOHA: S'il est champion du monde, Lionel Messi sera-t-il le plus grand footballeur de tous les temps ? Le débat est ouvert au vu du palmarès sans égal du septuple Ballon d'Or, qui peut compléter son incroyable collection de trophées dimanche en finale du Mondial-2022.

Le jeu des comparaisons est forcément biaisé par l'accroissement du nombre de matches joués au fil des décennies, l'augmentation du nombre de titres à glaner et l'élargissement à l'ensemble des joueurs de la planète du Ballon d'Or, d'abord réservé aux Européens.

Mais en devenant champion du monde dimanche contre la France (coup d'envoi 16h00), l'Argentin de 35 ans égalerait certains des plus grands noms de son sport, à commencer par son compatriote Diego Maradona, sacré en 1986 et devenu une icône en Argentine.

Mondial: «génie», «extraterrestre», Messi vu par les stars du foot

"Le meilleur de tous les temps", "un génie", "un extraterrestre": Lionel Messi, capitaine de l'Argentine qui dispute dimanche la finale du Mondial-2022 contre la France, suscite les éloges des plus grandes stars du football et autres célébrités.

Pep Guardiola

Ancien entraîneur de Messi au Barça (2008-2012), dans un entretien à la chaîne sud-américaine Telemundo Deportes, le 12 avril dernier: "Ce que représente +Leo+ dans ma carrière ? Tout. Tout, tout. J'ai ressenti ce que Phil Jackson a dû ressentir avec Michael Jordan, parce que j'avais +Leo+ Messi. Il y a très peu de personnes qui dominent leur sport avec cette aisance. Sans lui, nous aurions gagné aussi. Mais autant ? Impossible."

"Je suis désolé pour ceux qui essaient d'occuper son trône, mais on est devant le meilleur joueur, dans tous les sens. Il peut tout faire, tous les jours." (2012)

Diego Maradona

Légende de l'Argentine et ex-sélectionneur (2008-2010), mort en 2020:

"Messi, parfois, il joue pour Messi. Il oublie ses coéquipiers. Ça devient le Deportivo Messi." (2010).

"En ce moment, c'est le meilleur du monde, il est à un tout autre niveau. Il est en train de jouer au foot avec Jésus." (2010)

"C'est plus facile de parler avec Obama qu'avec Messi." (2009)

"Maintenant, je sais quel joueur occupera ma place dans le football, et son nom est Lionel Messi. Il a quelque chose de différent des autres joueurs. C'est un leader qui montre l'exemple." (2010)

Cristiano Ronaldo

Grand rival de Messi, dans un entretien à l'animateur de télévision britannique Piers Morgan, diffusé le 17 novembre dernier: "C'est un joueur incroyable, magique, top. On a partagé la scène pendant seize ans. Imaginez, seize ans! Donc, forcément, j'ai une excellente relation avec lui. C'est un gars que je respecte vraiment, la façon dont il parle toujours de moi (...) Un gars formidable qui fait de grandes choses pour le football."

Gerard Piqué

Ex-équipier de Messi au FC Barcelone (2008-2021), en mars 2018 dans un entretien à The Player's Tribune: "C'est un extraterrestre. Il n'est pas de cette planète. C'est le seul joueur pour lequel, quand je l'ai vu jouer pour la première fois à 13 ans, je me suis dit : +Oh, ce garçon n'est pas humain+. C'est un assassin. C'est le meilleur que j'ai vu de toute ma vie (...) Sa grandeur tient dans son obsession à gagner le ballon. Peut-être que ce n'est pas visible à la télé, mais sur le terrain, il faut voir son visage quand il court pour le reprendre à un défenseur. La magie de Messi, ce n'est pas quelque chose que tu peux trouver sur YouTube. C'est une expression sensible dans ses yeux. Pour expliquer sa grandeur, il me faut 5.000 mots."

Les stars du football

Samuel Eto'o, ex-équipier de Messi à Barcelone (2004-2009), en 2010: "Il n'y a qu'un Dieu dans le football, c'est Messi."

Neymar, en septembre 2022: "Messi est un joueur spectaculaire, un génie. Et en dehors des terrains, il est aussi comme ça. C'est un honneur pour moi de jouer à ses côtés."

Le Brésilien Ronaldo, en 2012: "Messi est brillant. C'est un excellent joueur, mais il ne sera une légende que quand il aura montré son vrai visage avec l'Argentine, et qu'il gagnera une Coupe du monde."

Zlatan Ibrahimovic, en 2010: "Messi, c'est un joueur de PlayStation. Comment fait-il ce qu'il fait ? Je ne sais pas. Mais c'est unique, et merveilleux."

Xavi, ex-coéquipier de Messi au FC Barcelone (2004-2015), en 2010: "C'est le numéro un. C'est le genre de joueur qui n'apparaît qu'une fois tous les trente ans."

Sir Alex Ferguson, ex-entraîneur de Manchester United, en 2012: "Messi est au même niveau que Diego Maradona et Pelé, au panthéon, avec les meilleurs de tous les temps."

Vicente del Bosque, ex-sélectionneur de l'Espagne, en 2017: "Je crois que même Maradona ne dribblait pas comme cela, avec cette vitesse. Il chaloupe pour s'échapper."

Giorgio Chiellini, ex-défenseur international italien, le 1er juillet 2021: "Messi et moi, nous sommes deux gauchers, mais à la technique un peu différente malheureusement."

Luis Figo, en 2010: "Voir jouer Messi, ça me procure un plaisir, c'est comme avoir un orgasme. C'est un plaisir incroyable."

Les célébrités hors-football

Fidel Castro, en 2010: "Il apparaît comme un éclair et, avec ses pieds ou avec sa tête, il frappe le ballon à une vitesse insolente."

Rafael Nadal, en 2011: "Messi est le meilleur joueur que j'ai vu dans l'histoire."

Kobe Bryant, en 2016: "Ronaldinho (...) je discutais avec lui et il me dit: +Kobe, écoute, je vais te présenter le gars qui sera le plus grand joueur de tous les temps+. J'ai dit : +Mais c'est toi, le meilleur !+ Il me dit: +Non, non. Ce gamin ici sera le meilleur+. Ce gamin, c'était Lionel Messi, qui n'avait que 17 ans."

Barack Obama, en 2016: "Mes filles connaissent le pape François, et maintenant elles veulent connaître Messi. Mais je n'ai pas encore réussi à arranger le coup."

Le Brésilien Pelé, seul joueur à avoir remporté trois Coupes du monde (1958, 1962, 1970), n'a lui jamais joué dans un club européen et s'il revendique 1.283 buts marqués, beaucoup l'ont été lors de tournées internationales, hors de compétitions officielles. Quant à Alfredo Di Stéfano, Ferenc Puskas, Johan Cruyff, Franz Beckenbauer ou Zinédine Zidane, qui ont tous marqué leurs époques respectives, ils souffrent peut-être du passage du temps.

De plus, mis à part son éternel rival Cristiano Ronaldo, peu de joueurs avant Messi ont affiché une telle constance dans les performances, empilant les buts (791 en 1.002 matches professionnels), les trophées collectifs (40 au total, sans compter les catégories de jeunes) et les récompenses individuelles, jusqu'à collectionner sept Ballons d'Or de meilleur joueur du monde, un record, devant "CR7" (cinq trophées).

"Pour moi c'est le plus grand joueur de l'histoire", tranche pour l'AFP l'ancien attaquant sénégalais El-Hadji Diouf.

"Il y a des joueurs qui ont gagné la Coupe du monde mais qui ne seront jamais Ballon d'Or. Je crois que le trophée le plus dur à gagner, c'est le Ballon d'Or. Parmi les meilleurs, il faut être le meilleur. Et je crois que le débat est clos depuis très longtemps", fait-il valoir.

Le Français Christian Karembeu, champion du monde 1998, est plus circonspect: "Il y a Diego, il y a Pelé... C'est le football quoi!", nuance-t-il pour l'AFP. Mais "si (Messi) termine par la grande porte, il faut le saluer et l'applaudir", dit-il.

Mondial: pour Argentine-France, toute la planète avec Messi... ou presque

Voir "La Pulga" enfin soulever la Coupe... L'Argentine gagnera dimanche le match des supporters contre la France et pas uniquement dans le stade de Lusail, à Doha: l'aura de Lionel Messi attire à l'Albiceleste les faveurs des passionnés de football avant la finale du Mondial-2022.

C'est même le cas parmi les Uruguayens et les Brésiliens, qui ont en partage une animosité tenace pour la sélection voisine. Selon un sondage de l'Institut brésilien de recherche et d'analyse de données, un tiers des compatriotes de Neymar plaçaient l'Argentine comme deuxième choix pour gagner le tournoi.

Mateus da Silva, 25 ans, rencontré sur la plage de Flamengo à Rio, soutiendra les rivaux argentins, "mais pas pour eux, pour Messi, pour tout ce qu'il a fait pour le football". "C'est un phénomène", dit ce livreur.

"Auparavant, il n'y avait quasi personne pour souhaiter" une victoire des Argentins, "considérés comme arrogants", dit à l'AFP le journaliste sportif uruguayen Luis Prats. "Mais cette équipe paraît plus humble, plus combative. Et il y a Messi, une idole, qui n'est pas une vedette comme les autres."

"Messi réussit un consensus comme aucun autre joueur", renchérit son confrère Diego Muñoz, de la chaîne sportive ESPN, qui relève que de jeunes Uruguayens portent le maillot argentin, chose impensable pour leurs aînés.

Selon une enquête pour le média en ligne Montevideo portal, quasiment la moitié des 6.000 participants (47,5%) souhaitent une victoire argentine quand moins d'un tiers soutiendront la France (31%).

De Rabat à Dacca, Messimania 

Même biais en Allemagne où, selon un sondage réalisé en collaboration avec FanQ par l'agence sportive SID, filiale de l'AFP, 63,1% des personnes interrogées ont déjà désigné Messi comme meilleur joueur du tournoi, contre seulement 13,6% pour le Français Kylian Mbappé

L'entraîneur du Maroc, Walid Regragui, qui a grandi en banlieue parisienne, avait lui apporté son soutien à la France après la défaite de son équipe en demi-finale. Pas certain que ce soit l'opinion dominante au Maroc... Ouassim, 37 ans, qui ne donne pas son nom, est comme de nombreux compatriotes un fan du FC Barcelone, le club où Messi a écrit sa légende. Il veut voir en finale "un Messi +maradonien+ qui aura couronné sa magnifique carrière avec une troisième étoile sur le maillot de son équipe nationale."

Meryem, 26 ans, "respecte Kylian" Mbappé. "Mais il a encore tout l'avenir devant lui pour devenir une star planétaire". "Aujourd'hui, c'est Messi qui mérite de gagner une Coupe du monde" -sans doute sa dernière-, dit cette professeure de mathématiques de Casablanca.

Même choix puissance 10 au Bangladesh, où le Mondial a donné lieu à d'impressionnants rassemblements de supporters du Brésil et d'Argentine, les deux sélections les plus populaires dans ce pays d'Asie du sud, terre de cricket qui se prend tous les quatre ans de passion pour le football.

Maisons parées de bleu clair et de blanc, prières pour l'Albiceleste, soutien passionné sur les réseaux sociaux, à Dacca, c'est Messi que l'on veut voir triompher.

Le soutien est moins unanime au Japon, mais là encore, beaucoup rêvent de voir l'enfant de Rosario enfin couronné. Employé de bureau tokyoïte de 48 ans, Hideyuki Kamai pense que la France est plus forte, mais il veut que "Messi soulève la Coupe du monde".

"S'il gagnait, il donnerait au peuple argentin le même trophée que Maradona, peut-être le seul joueur meilleur que lui dans l'histoire", renchérit Leonardo Pini, étudiant romain de 25 ans, qui rappelle en outre les liens historiques entre populations italienne et argentine.

Les Pays-Bas avec les Bleus 

Certes, cet unanimisme agace Beatrice Mauriello, étudiante napolitaine de 23 ans, qui soutient "la France parce qu'(elle) déteste Messi: il est devenu un personnage qui, quoi qu'il fasse ou dise, a raison et est intouchable".

La planète entière, exception faite de Beatrice et des Français, serait donc derrière l'Argentine? Non... Les Bleus peuvent compter sur le soutien des deux-tiers des Néerlandais, selon un sondage. Par pure détestation des Argentins après leur quart de finale perdu, conclu par une attitude agressive et très peu sportive des partenaires de Messi...

Président d'une association des supporters des Oranje, Henk van Beek, 52 ans, est intarissable sur le "favoritisme" dont bénéficieraient les Argentins "depuis le début de la compétition", et leur "comportement arrogant".

Aussi, assure-t-il, les Néerlandais espèrent que la bande de Didier Deschamps "infligera une défaite traumatisante (sur le plan du football bien sûr) à l'Argentine".

Longtemps, l'Argentin a pâti de ses résultats décevants en sélection, jusqu'à son sacre en finale de la Copa América 2021.

Surtout, sa personnalité discrète et sa timidité naturelle lui ont valu des comparaisons défavorables avec le charismatique Maradona, verbe haut et roublardise assumée.

Pour Oscar Ruggieri, coéquipier du "Pibe de Oro" lors du Mondial-1986, "Maradona était supérieur en tout": "Messi joue dans une période où les arbitres le protègent beaucoup. On lui touche le maillot et ils sortent le jaune. Maradona était marqué par des tueurs en série."

Maradona «bien meilleur» que Messi, selon Pelé 

En 2019, Pelé lui-même avait établi une hiérarchie: "Si vous me demandez si Maradona a été meilleur que Messi, oui, il l'a été. Bien meilleur."

Mais sur le plan du palmarès, un titre Mondial, quatre Ligues des champions et une multitudes de titres nationaux pourraient donner l'ascendant à Messi.

"C'est un gagneur, un compétiteur comme tous les génies", relève l'ancien international argentin Pablo Zabaleta. "Il a cette mentalité de ceux qui veulent toujours gagner et il sait que c'est sa dernière chance, son dernier Mondial."

Au l'heure du crépuscule de l'idole, beaucoup de figures du ballon rond voient déjà plus loin et assurent que la relève est déjà là, citant l'attaquant français Kylian Mbappé, qui vise dimanche un deuxième titre mondial après 2018, alors qu'il fêtera mardi ses 24 ans.

"Je ne m'intéresse pas à la course du plus grand, du plus ci, du plus ça... Ce que fait +Leo+ est extraordinaire, il porte l'espoir de plein de gens. Et nous aussi (Français), on aime le voir jouer", commente pour l'AFP Youri Djorkaeff, champion du monde 1998.

"Ce serait sûrement bien pour son pays s'il gagnait mais je pense aussi à Mbappé. Si à 23 ans il est une deuxième fois champion du monde, ce sera peut-être lui le prochain plus grand joueur de l'histoire !", prévient l'ancien attaquant français.

Mondial: pour les «lointains» Français d'Argentine, des racines mais pas d'état d'âme

Il y a cinq, six générations, ils ont été une des immigrations fortes en Argentine, contribuant à une influence et un "lien spécial" avec la France. Mais les descendants de Français n'auront aucun état d'âme pour la finale: ce sera "la Seleccion" et pas les Bleus.

Ils ne furent pas aussi nombreux, loin de là, que les Espagnols ou les Italiens immigrés "en masse". Ni aussi investisseurs ou négociants que les Britanniques --qui ont apporté le football. Mais les quelque 230.000 Français arrivés en Argentine entre la moitié du XIXe siècle et 1914 --flux qui baissa par la suite-- ont marqué le pays, assure à l'AFP l'historien Hernan Otero, du Conicet (Centre national de recherche).

Dans les arts, l'architecture palpable à Buenos Aires, dans le "modèle culturel français" -d'éducation publique par exemple-, la vitiviniculture, la gastronomie, ils ont laissé leur empreinte. Et contribué à "un lien spécial", entretenu par la suite par des "exilés mutuels célèbres", artistes, écrivains. Sans oublier l'asile de nombreux Argentins pendant la dictature (1976-83).

Gaetano Parrello, professeur à l'Alliance française, avait 34 ans quand la France décrocha son premier titre mondial en 1998, et se souvient d'être "aller à l'Obélisque fêter la victoire" des Bleus -il faut préciser que c'était contre le Brésil, rival historique de l'Argentine. Mais là, franchement...

"Là, vraiment, non" 

"J'aime beaucoup Giroud, Mbappé, et si l'Argentine ne jouait pas, je serais à 100% pour la France", assure aussi à l'AFP Julieta Riveros, commerciale de 44 ans qui apprend le français depuis qu'elle s'est découverte une arrière grand-mère française, et prévoit d'aller bientôt renouer avec ses racines.

"Mais, là, vraiment, non. C'est pas très compliqué. Je vais soutenir l'Argentine, bien sûr!"

Plus ouverte, un peu moins communautariste, plus à l'aise aussi linguistiquement (langue latine), l'immigration française -Pyrénéens, Corréziens, Savoyards, Alsaciens notamment- s'est plus vite intégrée, "argentinisée" que d'autres. Ou diluée, comme on veut. Et un lointain souvenir, même une saveur, ne change rien à l'allégeance footballistique. Ce n'est pas un sujet.

Ainsi dans la pampa à Pigüé (550 km de Buenos Aires), on fait toujours une fois l'an l'omelette géante, et on peut manger de l'aligot. Et oui, dans ce village de 17.000 âmes fondé en 1884 par 40 familles aveyronnaises, "quand la France a gagné en 2018, il n'y a pas eu de scènes de liesse de rues, non, mais beaucoup ont sorti un drapeau bleu-blanc-rouge", raconte à l'AFP Yamil Sevenants, 54 ans, dirigeant pendant des années de l'Amicale d'échanges Pigüé/Aveyron.

"On le dit toujours: on a des racines françaises, on est fier de ce qu'ont fait nos aïeux, partis sans savoir où ils allaient, fonder un village comme ça", poursuit cet arrière-petit-fils d'un couple de Decazeville et Bozouls. "Mais on sent qu'on est Argentins. Et on a super-confiance, on a une excellente équipe, et on va gagner la Coupe. C'est notre tour".

Toujours francophiles après dimanche? 

Mais outre ces lointains cousins, la France parle aussi "à un public jeune d'une génération qui n'a pas forcément de lien avec la France", atteste Pascal Casanova, directeur de l'Alliance française, qui sent "les Argentins francophiles dans l'ensemble. On espère que ça va durer après dimanche..."

Diagnostic qu'appuie Hernan Otero. "Un sentiment populaire plutôt francophile, en tout cas des liens culturels forts". Liens parfois insoupçonnés: une hypothèse sérieuse veut que les braies ciel et blanc portées par Obélix viennent des couleurs du club de football Racing Avellaneda (Buenos Aires), dont était fan un certain René Goscinny, qui vécut en Argentine de 1928 à 1945.

Une relation France-Argentine, quoi qu'il en soit, dénuée "d'histoire conflictuelle comme il y a pu avoir avec l'Angleterre (tentatives d'invasion au XIXe siècle, guerre des Malouines au XXe, NDLR). Il suffit d'entendre les chants des hinchas dans les stades argentins pour comprendre que l'anglophilie n'est pas de mise".

Mais l'Angleterre a été éliminée, et la France se dresse. Et pour les Français d'Argentine de la première génération, c'est là que ça coince.

Comme Yannis Buchot, Porteño depuis 20 ans, gérant d'un bistrot bohème ou l'on montre les matches du Mondial, et qui insiste qu'en France "on est a des années-lumière de comprendre ce qui se passe ici: c'est le foot, le foot, le foot...".

Yannis, marié à une Argentine, père d'une fille de 15 ans qui se sent très argentine, et d'un garçon de 18 ans, supporter de l'OM, qu'il sent peut-être "à 51%, ou 50,01%" pro-France et le reste argentin. "Ou peut-être qu'il me ment un peu. Mais je suppose qu'il sera content dimanche, quoi qu'il arrive".


Les Etats-Unis suppriment un statut de protection pour les exilés yéménites

La secrétaire américaine à la Sécurité intérieure, Kristi Noem, a déclaré que le Yémen ne remplissait plus les conditions légales pour bénéficier du statut de protection temporaire. (Reuters)
La secrétaire américaine à la Sécurité intérieure, Kristi Noem, a déclaré que le Yémen ne remplissait plus les conditions légales pour bénéficier du statut de protection temporaire. (Reuters)
Short Url
  • Les États‑Unis ont annoncé la fin du statut de protection temporaire (TPS) pour les ressortissants yéménites, accordé depuis 2015 en raison du conflit armé, avec une mise en œuvre prévue dans 60 jours selon le Département de la Sécurité intérieure
  • Cette décision reflète une politique plus large du gouvernement américain visant à réduire les protections humanitaires pour les migrants

WASHINGTON: Le gouvernement américain a annoncé vendredi mettre fin au statut de protection accordé aux exilés originaires du Yémen, qui était en vigueur depuis dix ans.

La ministre de la Sécurité intérieure, Kristi Noem, a affirmé que le statut de protection temporaire (TPS), initialement accordé aux ressortissants de ce pays en septembre 2015 en raison du conflit armé qui y sévit, prendrait fin dans 60 jours.

Le TPS permet à un petit nombre de personnes de vivre et de travailler aux États-Unis si elles sont considérées comme étant en danger en cas de retour dans leur pays d'origine, en raison d'une guerre, d'une catastrophe naturelle ou d'autres circonstances exceptionnelles.

Environ 1.400 Yéménites bénéficient de ce statut aux Etats-Unis.

L'administration Trump a déjà supprimé les protections TPS de nombreux Etats, comme le Venezuela, Haïti ou le Népal, dans le cadre de sa politique drastique visant à réduire l'immigration.

Le Yémen est un des pays les plus pauvres du monde et fait face à une guerre civile depuis 2014.

"Après avoir examiné la situation dans le pays et consulté les agences gouvernementales américaines compétentes, j'ai déterminé que le Yémen ne remplissait plus les conditions légales pour bénéficier du statut de protection temporaire", a déclaré Mme Noem dans un communiqué.

"Permettre aux bénéficiaires du TPS yéménites de rester temporairement aux États-Unis est contraire à notre intérêt national", a ajouté la ministre.

Les bénéficiaires du TPS yéménite qui n'ont aucune autre base légale pour rester aux États-Unis ont 60 jours pour quitter le territoire américain, sous peine d'être arrêtés, précise le communiqué, promettant un billet d'avion gratuit et une "prime de départ" de 2.600 dollars à ceux qui partiront de leur plein gré.


Iran: Trump évoque désormais un renversement du pouvoir

Le président Donald Trump avant d’embarquer à bord de l’Air Force One après une visite de la base de l’armée américaine de Fort Bragg, vendredi. (AFP)
Le président Donald Trump avant d’embarquer à bord de l’Air Force One après une visite de la base de l’armée américaine de Fort Bragg, vendredi. (AFP)
Short Url
  • Le président américain Donald Trump a évoqué un possible renversement du régime iranien tout en envoyant un deuxième porte-avions dans le Golfe, sur fond de négociations difficiles avec Téhéran
  • Les manifestations en Iran, réprimées début janvier, ont fait des milliers de morts et plus de 53.000 arrestations ; Reza Pahlavi appelle à de nouvelles mobilisations internationales et à l’intérieur du pays pour faire pression sur le régime

WASHINGTON: Donald Trump a évoqué ouvertement vendredi un renversement du pouvoir en Iran, sur fond de difficile dialogue entre Washington et Téhéran sur les capacités nucléaires et balistiques de la République islamique.

Le président américain, qui oscille entre promesses d'une issue négociée et menaces militaires, avait peu auparavant confirmé l'envoi "très bientôt" d'un deuxième porte-avions américain dans la région.

"Il semble que ce serait la meilleure chose qui puisse arriver", a dit le président américain à des journalistes qui l'interrogeaient sur éventualité d'un "changement de régime".

"Depuis 47 ans, ils parlent et parlent et parlent. Et pendant ce temps nous avons perdu beaucoup de vies", a ajouté le dirigeant républicain, en quittant la base militaire de Fort Bragg (Caroline du Nord, sud-est).

Reza Pahlavi, le fils exilé du dernier chah d'Iran, a lui appelé les Iraniens à de nouvelles actions de protestation, après la vague de mobilisation réprimée dans le sang début janvier, parallèlement à des rassemblements prévus samedi à l'étranger.

Le président américain avait brandi la menace d'une intervention militaire en Iran face à la répression des manifestations qui, selon des ONG de défense des droits humains, a fait des milliers de morts.

Il a ensuite continué de menacer Téhéran pour pousser à un accord, notamment sur le dossier nucléaire.

- "Traumatisantes" -

Des négociations entre les deux pays ennemis ont repris le 6 février à Oman mais leur poursuite demeure incertaine tant les positions restent éloignées.

Washington, encouragé par Israël, veut également limiter le programme de missiles balistiques de l'Iran et mettre fin au soutien à des groupes armées dans la région.

L'Iran de son côté ne veut parler que du programme nucléaire et insiste pour conserver des capacités de raffinage d'uranium.

Faute d'accord, Donald Trump a menacé jeudi le pays de conséquences "traumatisantes", en rappelant le bombardement par les Etats-Unis de sites nucléaires iraniens lors d'une guerre de 12 jours déclenchée par Israël en juin.

A l'époque, le président américain avait déjà évoqué en termes confus un possible changement du pouvoir en Iran mais avait ensuite rejeté cette idée, jugeant que cela apporterait du "chaos".

Après l'envoi en janvier dans la région du Golfe du porte-avions USS Abraham Lincoln et de ses navires d'escorte, un deuxième porte-avions, le Gerald Ford, doit donc les rejoindre, à une date qui reste incertaine.

Les cibles que Washington pourrait viser dans le cas d'une intervention ne sont pas claires non plus.

Le secrétaire général de l'Agence internationale de l'énergie atomique, Rafael Grossi, a lui indiqué vendredi qu'un accord entre l'AIEA et Téhéran sur les inspections du programme nucléaire était "possible", mais "terriblement difficile".

- Répression -

L'Iran avait refusé en novembre que l'AIEA inspecte ses différents sites bombardés en juin.

Dans le même temps, Reza Pahlavi, qui vit aux Etats-Unis et n'a pas remis les pieds dans son pays natal depuis la Révolution islamique de 1979, a appelé à manifester samedi à Munich, Toronto et Los Angeles pour réclamer une action internationale contre l'Iran.

Dans un message publié sur X, le fils exilé du dernier chah a exhorté en outre les Iraniens de l'intérieur à s'associer à ces manifestations en scandant, samedi et dimanche, des slogans depuis leurs fenêtres et leurs toits.

Selon le groupe basé aux Etats-Unis Human Rights Activists News Agency (HRANA), au moins 7.008 personnes, la plupart des manifestants, ont été tuées lors des protestations, début janvier, et plus de 53.000 personnes ont été arrêtées depuis.

Si quelques figures du courant réformateur ont été libérées, selon l'ONG Iran Human Rights (IHR) des centaines de personnes sont poursuivies pour des chefs d'accusation liés aux manifestations, qui pourraient aboutir à leur condamnation à mort.

Selon les autorités iraniennes, les manifestations ont fait plus de 3.000 morts, en grande majorité des membres des forces de sécurité ou des passants tués par des "terroristes", à la solde selon Téhéran d'Israël et des Etats-Unis.


Merz et Macron évoquent leur discussion sur la dissuasion nucléaire avant un discours français

Le Premier ministre britannique Keir Starmer, le chancelier allemand Friedrich Merz et le président français Emmanuel Macron posent pour une photo au début de la réunion E-3, lors de la Conférence de Munich sur la sécurité, le 13 février 2026 à Munich. (AFP)
Le Premier ministre britannique Keir Starmer, le chancelier allemand Friedrich Merz et le président français Emmanuel Macron posent pour une photo au début de la réunion E-3, lors de la Conférence de Munich sur la sécurité, le 13 février 2026 à Munich. (AFP)
Short Url
  • Le chancelier Friedrich Merz a confirmé des discussions avec Emmanuel Macron sur la dissuasion nucléaire européenne, alors que la France envisage d’articuler sa doctrine nationale avec des intérêts de sécurité communs à certains pays européens
  • Berlin insiste pour que toute évolution s’inscrive strictement dans le cadre de l’OTAN et refuse l’émergence de niveaux de protection nucléaire différenciés entre États européens

MUNICH: Le chancelier allemand Friedrich Merz a évoqué vendredi ses "discussions confidentielles" avec Emmanuel Macron sur "la dissuasion nucléaire européenne", le président français envisageant d'"articuler" la "doctrine nationale" française avec des "intérêts de sécurité communs" de certains pays européens.

La France est le seul pays de l'Union européenne, et le seul pays européen avec le Royaume-Uni, à disposer de l'arme nucléaire. Tous les autres pays sont protégés par la dissuasion élargie américaine dans le cadre l'alliance atlantique Otan.

Emmanuel Macron doit prononcer fin février un important et rare discours mettant à jour la doctrine nucléaire française, alors que plusieurs voix en Europe ont appelé à réfléchir à de nouvelles pistes pour protéger le Vieux continent.

Mais le chancelier allemand a estimé qu'il ne fallait pas que ces réflexions aboutissent à créer des différences de protection nucléaire entre Européens.

Toute dissuasion nucléaire européenne doit "s'inscrire strictement dans le cadre de notre participation nucléaire à l'Otan. Et nous ne laisserons pas apparaître en Europe des zones de sécurité différentes", a-t-il mis en garde.

Les Etats-Unis, qui ont assumé depuis des décennies la protection de l'Europe tandis que les pays du Vieux Continent réduisaient leurs dépenses de défense, exigent désormais de leurs alliés qu'ils se prennent en main. Dans le même temps, la Russie a envahi l'Ukraine, menant une guerre en Europe protégée par son propre arsenal nucléaire.

Interrogé sur le sujet à Munich, le président français a expliqué envisager d'"articuler" la "doctrine nationale, qui est garantie et contrôlée par la Constitution, avec des coopérations spéciales, des excercices communs, et des intérêts de sécurité communs avec certains pays-clés".

"C'est exactement ce que nous faisons pour la première fois de l'histoire avec l'Allemagne", a-t-il dit.

Selon lui, la dissuasion doit être "articulée dans une approche holistique de défense et sécurité". "C'est une manière de créer de la convergence dans notre approche statégique et culture stratégique entre l'Allemagne et la France", a-t-il ajouté.