Le festival Riyadh Season 2022, une bouffée d'art, de culture et de divertissement

Le festival Riyadh Season qui a démarré en octobre a accueilli jusqu'à présent plus de 6 millions de visiteurs venus du monde entier (Photo fournie).
Le festival Riyadh Season qui a démarré en octobre a accueilli jusqu'à présent plus de 6 millions de visiteurs venus du monde entier (Photo fournie).
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Publié le Lundi 26 décembre 2022

Le festival Riyadh Season 2022, une bouffée d'art, de culture et de divertissement

  • Le nombre d'attractions a doublé cette année
  • Le festival a permis de générer des milliers d'emplois pour les jeunes Saoudiens

RIYAD: La troisième édition du festival Riyadh Season, la plus grande et la plus animée à ce jour, célèbre l'art et la culture dans la capitale comme jamais auparavant dans le Royaume.

Selon Turki al-Sheikh, président de l'Autorité générale du divertissement, le festival Riyadh Season de cette année comprend plus de 8 500 activités et expériences différentes dans 15 zones diverses.

On y trouve notamment le plus grand lac artificiel du monde, un système de téléphérique et des espaces de détente, sans compter le Cirque du Soleil.

Le festival compte également 252 restaurants et cafés, 240 magasins, huit spectacles internationaux, plus de 150 concerts, 108 expériences interactives, sept expositions mondiales, deux matchs de football internationaux, 17 pièces de théâtre saoudiennes et arabes et des événements de la World Wrestling Entertainment (WWE).

Il prévoit, en outre, la tenue de la Riyadh Season Cup, qui réunira l'équipe du Paris Saint-Germain et des stars des clubs de football Al-Hilal et Al-Nassr.

Pour couronner le tout, le festival propose 65 jours de feux d'artifice, plusieurs pièces de théâtre saoudiennes et arabes, des concerts, des expositions locales et internationales dans les domaines de l'animation, des parfums et des jeux, ainsi qu'une variété d'événements pour les familles, les adultes et les enfants.

Le festival est divisé en plusieurs zones dont Boulevard World, Boulevard Riyadh City, Winter Wonderland, Al-Murabaa, Sky Riyadh, Via Riyadh, Riyadh Zoo, Little Riyadh, The Groves, Imagination Park, Al-Suwaidi Park, Souq Al-Zel, Qariat Zaman, Fan Festival et Riyadh Front.

Par exemple, Winter Wonderland est l'une des dizaines d'activités organisées dans la capitale depuis le lancement de Riyadh Season le 21 octobre.

Ce parc d'attractions, situé en plein cœur de Riyad, a attiré des milliers de personnes pour sa troisième édition, devenant l'une des attractions les plus populaires de la capitale.

Winter Wonderland, traditionnellement organisé de mi-novembre à mi-janvier à Hyde Park à Londres, a été inauguré à Riyad en 2019 pour la première édition du festival de la capitale.

La version de Riyad comporte un parc à thème de 37 hectares dans le King Abdullah Financial District avec plus de 80 manèges sur le thème de l'hiver, cinq nouveaux jeux et la plus grande patinoire du Moyen-Orient.

EN BREF

- Le festival Riyadh Season propose une variété d'événements et d'expériences dans ses nombreuses zones, notamment des concerts, des expositions locales et internationales, des représentations théâtrales, des spectacles du Cirque du Soleil et de la WWE, des feux d'artifice et des tournois de football. Il compte également des restaurants et des cafés, des salons et un large éventail d'activités interactives adaptées aux personnes de tous les âges.

- La troisième édition de Riyadh Season comprend 15 zones de divertissement diverses et dispose du plus grand lac artificiel du monde, des téléphériques et des événements sportifs tels que la Riyadh Season Cup, qui réunira l'équipe de football du Paris Saint-Germain et des stars des clubs Al-Hilal et Al-Nassr.

- Les zones sont les suivantes: Boulevard World, Boulevard Riyadh City, Winter Wonderland, Al-Murabaa, Sky Riyadh, Via Riyadh, Riyadh Zoo, Little Riyadh, The Groves, Imagination Park, Al-Suwaidi Park, Souq Al-Zel, Qariat Zaman, Fan Festival et Riyadh Front.

«L'industrie du divertissement est l'un des instruments dont se sert l'Arabie saoudite pour concrétiser ses ambitions pour 2030», a indiqué à Arab News Ahmed al-Refaie, responsable de projet du Winter Wonderland.

«Nous avons conçu Winter Wonderland cette année en le divisant en cinq zones différentes destinées aux enfants et aux familles, et nous avons augmenté notre capacité grâce à un plan d'étage élargi qui nous permet d'accueillir jusqu'à 25 000 visiteurs par jour.»

L'événement de cette année compte 35 points de restauration et 20 boutiques. Selon, M. Al-Refaie, Winter Wonderland, comme d'autres événements du Riyadh Season, ne se contente pas de divertir des milliers de citoyens et de visiteurs étrangers, mais permet  également de créer des emplois pour les jeunes Saoudiens.

«Nous avons plus de 3 400 employés qui travaillent cette année sur l'événement», a-t-il déclaré à Arab News. «Nous avons beaucoup plus de visiteurs internationaux cette année, grâce à l'augmentation du nombre d'événements en Arabie saoudite mais aussi grâce à la Coupe du monde.»

Une autre attraction phare du festival est Boulevard World, qui offre un voyage autour du monde sans jamais quitter l'Arabie saoudite.

La zone, qui a ouvert à Hittin le 21 novembre, propose de faire l'expérience de neuf pays différents: la France, la Chine, le Mexique, les États-Unis, l'Inde, le Maroc, l'Espagne, l'Italie et la Grèce.

Boulevard Pier surplombe un immense lac artificiel et des manèges, dont Sky Loop, Star Flyer et Jumpoline.

Les amateurs de jeux trouveront une version grandeur nature du Monopoly et la plus grande attraction d'animé au monde, Anime Town, semblable à une ville japonaise colorée, avec des rues et des zones nommées Animeverse Street, Tokyo Real Nakamise, Neo Scramble Crossing et Matsuri Garden.

Ceux qui souhaitent s'amuser en altitude peuvent également profiter d’un vol en montgolfière.

Depuis que l'Arabie saoudite a rouvert les cinémas en 2018, les options de divertissement, de films et d'expériences cinématographiques se sont multipliées dans le pays.

VOX Cinema, qui connaît la croissance la plus rapide au Moyen-Orient sous l'égide de Majid al-Futtaim, participe à Riyadh Season grâce à un accord de parrainage avec Mrsool Park, qui accueille un large éventail d'événements sportifs et de divertissement.

«Nous fournissons aux salons Platinum et Sports notre service de restauration principal pour offrir aux clients une expérience culinaire de haut niveau», a déclaré à Arab News Mohammed al-Hashemi, directeur de Majid al-Futtaim Leisure, Entertainment, Cinemas & Lifestyle en Arabie Saoudite.

VOX Cinemas, a-t-il ajouté, mène également une campagne de cash-back en partenariat avec STC Pay dans la zone Riyadh Boulevard afin que ses clients puissent profiter d'un meilleur rapport qualité-prix sur leurs expériences de divertissement préférées.

«Le divertissement devient rapidement un pilier essentiel de l'économie du Royaume, et Majid al-Futtaim Leisure, Entertainment & Cinemas maintient son engagement à investir dans l'avenir prospère de l'Arabie saoudite» , a ajouté M. Al-Hashemi. «Nous sommes fiers de participer à Riyadh Seasons, étant donné notre engagement commun à développer un secteur du divertissement florissant.»

M. Al-Hashemi a déclaré que l'ouverture progressive du secteur du divertissement est l'une des nombreuses forces motrices du changement social et économique en Arabie saoudite. «Elle a également jeté les bases d'une croissance à long terme et alimenté un projet ambitieux d'attractions de loisirs et de divertissement.»

«Alors que le marché du divertissement est relativement récent en Arabie saoudite, il évolue à un rythme rapide pour devenir une puissance mondiale en matière de loisirs et de divertissement et est prêt à connaître une expansion sans précédent», a-t-il ajouté.

Cette croissance peut être observée à travers l'expansion de VOX Cinemas dans le Royaume au cours des cinq dernières années, qui, selon M. Al-Hashemi, «présente une énorme opportunité» pour la société.

Selon Comscore, société de mesure et d'analyse des médias, l'Arabie saoudite est en passe de devenir un marché du divertissement d'un milliard de dollars avant la fin de la décennie.

VOX Cinemas a construit une solide infrastructure intégrée aux loisirs et au divertissement à travers le Royaume avec un total de 154 écrans dans 15 cinémas répartis dans six villes. Il a également été le premier à introduire des multiplexes dans les six villes.

«Après avoir établi une présence à Riyad et Djeddah, nous avons intensifié nos efforts pour améliorer l'accès au divertissement dans de plus petites villes et avons apporté la magie du cinéma pour la première fois à Hail, Tabuk et Jubail», a déclaré M. Al-Hashemi.

En 2023, VOX Cinemas étendra sa présence dans le Royaume avec trois nouvelles implantations à Riyad et à Djeddah. À l'instar des objectifs de la Vision 2030 en matière de divertissement et d'emploi, VOX Cinemas développe également son offre en privilégiant la création d'emplois pour les jeunes Saoudiens.

En septembre, il a ouvert Dreamscape Virtual Reality à Riyad, qui propose toute une série de nouvelles expériences, dont certaines permettent même aux spectateurs de devenir leurs propres héros.

«Comme la moitié des résidents saoudiens ont moins de 30 ans, la demande en matière de divertissement est importante et continue de croître en Arabie saoudite», a expliqué M. Al-Hashemi.

Le festival se poursuit dans la capitale du Royaume avec ses innombrables activités destinées à stimuler l'imagination et donner la joie. La plupart s'accorderont à dire que l'édition de cette année, outre sa taille et son dynamisme, a su offrir quelque chose à tous, Saoudiens et visiteurs étrangers.

«Ce qui rend l'événement si spécial, c'est qu'il y a quelque chose pour tout le monde», a conclu M. Al-Hashemi.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


À l’IMA, deux historiens s’accordent: la Palestine n’est pas un conflit mais une guerre coloniale

Devant un amphithéâtre comble, l’historien palestino-américain Rashid Khalidi et le professeur émérite Henry Laurens ont échangé pendant près de deux heures, à l’invitation de l’Institut du Monde Arabe à Paris (IMA), autour du thème « Écrire l’histoire de la Palestine ». (IMA)
Devant un amphithéâtre comble, l’historien palestino-américain Rashid Khalidi et le professeur émérite Henry Laurens ont échangé pendant près de deux heures, à l’invitation de l’Institut du Monde Arabe à Paris (IMA), autour du thème « Écrire l’histoire de la Palestine ». (IMA)
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  • Ce que l’on appelle communément « conflit israélo-palestinien » est en réalité, selon Khalidi, une guerre coloniale inscrite dans la longue durée, dont les Palestiniens seraient la cible depuis plus d’un siècle
  • Dès les premières minutes, le ton est donné : Khalidi récuse l’idée d’un affrontement symétrique entre deux peuples. Selon lui, cette grille de lecture masque l’asymétrie du rapport de force entre les parties impliquées

PARIS: Devant un amphithéâtre comble, l’historien palestino-américain Rashid Khalidi et le professeur émérite Henry Laurens ont échangé pendant près de deux heures, à l’invitation de l’Institut du Monde Arabe à Paris (IMA), autour du thème « Écrire l’histoire de la Palestine ».

D’emblée, une grande complicité et une admiration réciproque se dégagent entre Laurens, spécialiste du monde arabe et auteur de l’ouvrage intitulé « Question juive, problème arabe », et Khalidi, de passage à Paris à l’occasion de la publication en français de « Cent ans de guerre contre la Palestine », paru aux États-Unis en 2020.

IMA

C’est ce lien personnel entre les deux intervenants qui a donné lieu à un dialogue fluide, dense mais sans concessions, qui ne se contente pas de revisiter l’histoire, mais propose un changement de regard.

IMA

Ce que l’on appelle communément « conflit israélo-palestinien » est en réalité, selon Khalidi, une guerre coloniale inscrite dans la longue durée, dont les Palestiniens seraient la cible depuis plus d’un siècle.

Dès les premières minutes, le ton est donné : Khalidi récuse l’idée d’un affrontement symétrique entre deux peuples. Selon lui, cette grille de lecture masque l’asymétrie du rapport de force entre les parties impliquées.

Il ne s’agit pas simplement d’une rivalité nationale entre deux peuples vivant sur une même terre, mais d’un projet d’implantation soutenu par des puissances extérieures, inscrit dans une logique coloniale classique.

Loin d’être un accident de l’histoire, ce processus répond à une dynamique structurée, progressive et profondément politique, dont le moment fondateur reste la Déclaration Balfour.

Avec le soutien du Royaume-Uni à l’établissement d’un « foyer national juif » en Palestine, cette déclaration transforme une aspiration politique en projet réalisable. Khalidi insiste : sans cet appui impérial, le mouvement sioniste n’aurait pas pu s’imposer de cette manière. Il rappelle les démarches antérieures de Theodor Herzl auprès des grandes puissances, restées infructueuses, jusqu’à ce que Chaim Weizmann obtienne le soutien britannique.

IMA
Les deux historiens convergent pleinement : le rôle des puissances étrangères est central, hier comme aujourd’hui. (Arlette Khouri)

À cette lecture, Henry Laurens n’oppose pas un refus, mais une mise en perspective. Il propose de remonter à 1908, moment charnière où émergent à la fois une conscience politique palestinienne et les premières tensions ouvertes autour de la présence sioniste.

Laurens insiste sur un point fondamental : le conflit est international dès l’origine. Il ne se joue pas seulement sur le territoire de la Palestine mandataire, mais aussi dans les capitales européennes, au sein des institutions internationales et, plus tard, dans les équilibres de la guerre froide.

Sur ce point, les deux historiens convergent pleinement : le rôle des puissances étrangères est central, hier comme aujourd’hui. La période du mandat britannique illustre parfaitement cette imbrication, notamment à travers la répression des révoltes palestiniennes — en particulier celle de 1936-1939 — menée en grande partie par les forces britanniques.

Pour Khalidi, cela confirme que la guerre n’oppose pas seulement deux acteurs locaux, mais qu’elle met en jeu une alliance entre projet sioniste et puissance impériale.

Laurens souligne pour sa part un aspect lié au langage : la Déclaration Balfour ne mentionne pas les Palestiniens en tant que peuple, évoquant simplement des « communautés non juives ». De même, le mandat britannique parle des « indigènes », un vocabulaire qui traduit une invisibilisation politique caractéristique des contextes coloniaux. Selon lui, le peuple palestinien, en tant que sujet politique, mettra des décennies à être reconnu comme tel, y compris dans le monde arabe.

Les deux historiens s’accordent également à souligner la coexistence de ruptures et de continuités. Les accords d’Oslo, par exemple, apparaissent comme un moment charnière.

Pour Khalidi, ils constituent à la fois une rupture — avec la reconnaissance mutuelle entre Israël et l’OLP — et l’aboutissement d’un processus engagé dès les années 1970, lorsque les dirigeants palestiniens prennent acte de l’impossibilité d’une solution militaire régionale.

Cette tension entre continuité et rupture se retrouve dans l’analyse des événements les plus récents. Le 7 octobre 2023 marque, selon Khalidi, une rupture par l’ampleur de la violence et le nombre de victimes, tout en s’inscrivant dans une logique ancienne de confrontation.

Double regard

Ce double regard permet d’éviter les simplifications et rappelle que, si rien n’est totalement nouveau, rien n’est strictement identique non plus.

Ainsi, la figure de l’ancien président palestinien Yasser Arafat illustre bien cette complexité. À la fois acteur de la lutte et artisan de compromis, il incarne une période où un certain équilibre interne était encore possible. Sa disparition marque une rupture majeure.

Laurens souligne qu’il était sans doute le seul capable d’éviter une guerre civile palestinienne. Celle-ci éclatera quelques années plus tard, opposant notamment le Hamas à l’Autorité palestinienne, accentuant la fragmentation déjà profonde des rangs palestiniens.

Cette fragmentation constitue l’un des obstacles majeurs à l’écriture d’une histoire cohérente. À ce propos, Khalidi insiste sur l’absence d’archives nationales centralisées, conséquence directe de la dispersion du peuple palestinien.

L’historien doit alors recomposer le récit à partir de sources éparses : archives familiales, témoignages, documents internationaux. Il évoque aussi, plus personnellement, le recours à sa propre expérience — une démarche inhabituelle dans son parcours académique, mais rendue nécessaire par les lacunes documentaires.

Enfin, l’échange s’ouvre sur le présent et ses évolutions. Khalidi observe un changement notable dans l’opinion publique occidentale, en particulier aux États-Unis, où les mobilisations étudiantes, les débats académiques et les campagnes de boycott ont contribué à transformer le regard porté sur la Palestine.

Mais cette évolution s’accompagne, selon lui, d’une réaction tout aussi forte : une restriction croissante de la liberté d’expression, qu’il n’hésite pas à comparer au climat du maccarthysme.

Le dialogue s’achève sur une question plus large : que révèle la question de la Palestine pour le monde contemporain ?

Pour Khalidi, elle constitue l’un des derniers avatars d’une histoire coloniale que l’on croyait révolue. Pour Laurens, elle reflète un conflit profondément inscrit dans les dynamiques internationales.


Chez le chef français Alain Passard, le végétal radical

Le chef français triplement étoilé Alain Passard, devenu depuis août le seul de cette lignée à ne cuisiner que des végétaux, rêve que l'on "fasse de la place" dans la haute gastronomie française à cette cuisine disruptive. (AFP)
Le chef français triplement étoilé Alain Passard, devenu depuis août le seul de cette lignée à ne cuisiner que des végétaux, rêve que l'on "fasse de la place" dans la haute gastronomie française à cette cuisine disruptive. (AFP)
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  • "Ça n'existait pas, un grand chef qui fait sans le beurre, la crème, les œufs", dit d'emblée le mythique chef
  • "Cet été, j'ai compris que j'étais prêt, culinairement, mentalement", poursuit à l'AFP le cuisinier de 70 ans

PARIS: Le chef français triplement étoilé Alain Passard, devenu depuis août le seul de cette lignée à ne cuisiner que des végétaux, rêve que l'on "fasse de la place" dans la haute gastronomie française à cette cuisine disruptive.

"Ça n'existait pas, un grand chef qui fait sans le beurre, la crème, les œufs", dit d'emblée le mythique chef.

"Cet été, j'ai compris que j'étais prêt, culinairement, mentalement", poursuit à l'AFP le cuisinier de 70 ans, quelques mois après avoir annoncé tourner une page dans l'histoire de son mythique restaurant parisien l'Arpège, ouvert il y a 40 ans dans le quartier des ministères.

La protéine animale était déjà devenue discrète dans les assiettes du chef, qui avait banni la viande rouge en 2001. Alain Passard, qui avait pourtant bâti sa carrière et sa réputation sur la grande tradition de la rôtisserie française, se disait "dés-inspiré".

Sa nouvelle religion, il la fonde depuis 2001 en cultivant ses potagers privés à travers la France, et dans la saisonnalité.

"La nature a tout écrit. Par exemple, le poireau en hiver, c'est un produit de la nature fait pour réchauffer. Une tomate, c'est un verre d'eau, c'est fait pour désaltérer", assure-t-il, l'œil bleu pétillant.

En cuisine, une heure avant le service, c'est l'heure des "potions magiques" : six chaudrons et casseroles, remplies à ras bord de légumes, fanes, herbes, jus et réductions, viennent former le rituel de base de cette cuisine végétale.

Bien-être animal 

En maître des lieux, le "consommé" : une marmite de 10 litres d'un peu tous les végétaux de saison, avec "très peu d'eau, à niveau", la manne qui viendra délayer et faire vivre les sauces du midi.

Ce jour-là, cela viendra nourrir un consommé de céleri, qui fait presque sentir la viande ou une sauce au vin jaune, grasse, épaisse, à en rappeler le beurre, et un velouté de cresson bien iodé, sans avoir jamais connu la moindre goutte d'eau de mer.

Dans la nouvelle cuisine d'Alain Passard, très peu d'épices. Aucune "poudre de perlimpinpin", dit-il, peu de condiments et, en dehors des légumes, feuilles et fruits du potager, quasiment pas de céréales ou légumineuses.

Alain Passard plonge dans cet inconnu au moment exact, l'été dernier, où le seul chef triplement étoilé vegan au monde, Daniel Humm, à New York, remet la protéine au menu.

"Le moment est bon, la société est réceptive au respect des saisons, à la lutte contre le gaspillage alimentaire ou le bien-être animal", répond Alain Passard.

"Mais ce n'est pas politique, c'est artistique", ajoute le patron de l'Arpège, collectionneur d'art et peintre à ses rares heures perdues.

Nouvelles bases 

Mais dans la profession, ce modèle de restaurateur indépendant qui travaille seul et ne quitte jamais son établissement, devient parfois incompris. "Ils ne m'ont pas épargné : à la cérémonie du (guide gastronomique) Michelin, il y en a que je connais depuis 40 ans qui ont refusé de me saluer", dit-il en serrant les lèvres.

"Ce n'est pas leur conception de la cuisine", poursuit-il, alors que s'affirme en France un courant de chefs plus "identitaire", replié sur les traditions culinaires.

"Quand on va chez Alain, il faut oublier tout ce que l'on sait, il faut arriver vierge et être prêt à vivre quelque chose d'unique", le défend auprès de l'AFP le chef triplement étoilé Emmanuel Renaut.

En octobre, le critique Stéphane Durand-Souffland repart de l'Arpège "furieux qu'on ait essayé, moyennant une addition à 495 euros pour un couvert, de nous faire prendre des rince-doigts pour des lanternes", écrit-il dans le Figaro.

À l'AFP, il explique quelques mois plus tard avoir attendu dans le médiatique parti-pris de l'Arpège "un manifeste, sans avoir la révolution espérée".

"Quand on change autant de paradigme, il faut remonter une cuisine, prendre d'autres bases", dit le chroniqueur, citant les traditions culinaires végétaliennes de l'Inde au Japon.

"Je suis dans ce métier depuis 40 ans, je connais ma musique, mon solfège", répond Alain Passard, persuadé qu'il faut qu'on "fasse une place" dans la cuisine française au végétalisme.


Azzedine Alaïa et Christian Dior : aux racines d’un maître tunisien de la haute couture

Le livre coïncide avec une exposition à la Fondation Azzedine Alaïa à Paris, qui se termine le 21 juin. (Avec l'autorisation de Damiani Books)
Le livre coïncide avec une exposition à la Fondation Azzedine Alaïa à Paris, qui se termine le 21 juin. (Avec l'autorisation de Damiani Books)
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  • Le livre met en lumière un dialogue esthétique et technique entre Alaïa et Dior, fondé sur une vision commune de la forme et du savoir-faire
  • L’expérience fondatrice d’Alaïa chez Dior et son admiration durable ont profondément influencé son parcours et inspiré l’exposition et l’ouvrage

DHAHRAN : Le livre de table publié par Damiani, « Azzedine Alaïa et Christian Dior, deux maîtres de la haute couture », tisse avec élégance un dialogue visuel entre ces couturiers emblématiques du XXe siècle.

À travers des photographies capturant ces vêtements sculpturaux, l’ouvrage offre un festin visuel d’une grande élégance, ponctué de quelques pages de textes soigneusement sélectionnés.

Disponible uniquement en anglais, le livre, paru ce mois-ci, se lit aisément, avec une préface de l’éditrice et galeriste italienne Carla Sozzani, qui écrit : « Il ne s’agit pas simplement d’un dialogue entre deux maîtres de la haute couture, mais d’un retour à une origine profondément humaine et formatrice.

Christian Dior et Azzedine Alaïa ont développé un langage commun fondé sur une discipline intérieure et un respect de la forme, un langage qui a inspiré, inspire encore et continuera d’inspirer des générations. » 

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Le livre est sorti le 21 avril. (Publié par et avec l’autorisation de Damiani Books)

D’autres éclairages sont apportés par des figures telles qu’Olivier Saillard, historien de la mode français et directeur de la Fondation Azzedine Alaïa, ainsi qu’Olivier Flaviano, directeur de La Galerie Dior depuis son inauguration en 2022, entre autres.

L’ouvrage présente également 70 pièces textiles impeccablement mises en scène, issues des archives des années 1950 et conservées à la Fondation Alaïa.

L’histoire commence en Tunisie, où le jeune Alaïa (1935-2017) découvre pour la première fois les créations de Dior (1905-1957) en feuilletant des magazines de mode français fournis par Madame Pinault, une sage-femme locale qui l’avait pris sous son aile.

Fils d’agriculteurs céréaliers, Alaïa est envoyé vivre chez ses grands-parents avec sa sœur jumelle, Hafida. À 15 ans, il ment sur son âge pour intégrer l’Institut des Beaux-Arts de Tunis en tant qu’apprenti sculpteur.

Il finance ses études en aidant une couturière qui vendait des reproductions de créations de grands couturiers parisiens à une clientèle tunisienne aisée.

Encouragé par Habiba Menchari, figure de l’émancipation féminine en Tunisie, il approche Madame Zeineb Levy-Despas, cliente de la maison Dior alors dirigée par Yves Saint Laurent, qui lui obtient un stage intensif de quatre jours à la Maison Dior.

En juin 1956, Alaïa, âgé de 21 ans, arrive dans l’atelier de Christian Dior, alors âgé de 51 ans, situé rue François 1er, au cœur du Triangle d’Or, épicentre du luxe parisien.

Bien que trois décennies les séparent, leurs esthétiques et leurs silhouettes présentent des similitudes, renforcées par leur goût intemporel.

Tous deux discrets, ils étaient fascinés par un artisanat minutieux et somptueux, laissant leurs œuvres — véritables sculptures à porter — s’exprimer d’elles-mêmes. Ils partageaient un goût pour les textures, les constructions ingénieuses et une architecture du vêtement à la fois douce et puissante.

Cette expérience brève mais fondatrice — ainsi que des décennies de collection des chefs-d’œuvre de Dior — a largement contribué à cette exposition.

Si l’exposition à la Fondation Azzedine Alaïa à Paris s’achève le 21 juin, près de 70 ans après ce stage, les images et les chefs-d’œuvre détaillés présentés dans le livre, eux, perdureront toute une vie. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com