Les Golden Globes tentent un retour en grâce à Hollywood

Les Golden Globe Awards sont exposés lors du dévoilement des nominations pour les 80e Golden Globe Awards, à Berverly Hills, en Californie, le 12 décembre 2022. (AFP).
Les Golden Globe Awards sont exposés lors du dévoilement des nominations pour les 80e Golden Globe Awards, à Berverly Hills, en Californie, le 12 décembre 2022. (AFP).
Short Url
Publié le Dimanche 08 janvier 2023

Les Golden Globes tentent un retour en grâce à Hollywood

  • La remise de ces prix à Beverly Hills était traditionnellement très suivie, car elle lance la saison des récompenses aux Etats-Unis
  • Mais l'an dernier, les Golden Globes ont été privés d'antenne et boudés par l'industrie, à cause d'accusations de racisme, sexisme et corruption visant l'Association de la presse étrangère de Hollywood (HFPA), qui forme leur jury

LOS ANGELES : Longtemps perçus comme la soirée préférée d'Hollywood mais désormais embourbés dans les scandales, les Golden Globes tenteront mardi de redorer leur image, lors d'une cérémonie télévisée avec tapis rouge, où s'affrontent des blockbusters ("Top Gun", "Avatar") et des films plus intimes ("The Fabelmans").

La remise de ces prix à Beverly Hills était traditionnellement très suivie, car elle lance la saison des récompenses aux Etats-Unis.

Mais l'an dernier, les Golden Globes ont été privés d'antenne et boudés par l'industrie, à cause d'accusations de racisme, sexisme et corruption visant l'Association de la presse étrangère de Hollywood (HFPA), qui forme leur jury.

Après une séries de réformes pour rénover la HFPA - qui ne comptait aucun membre noir en 2021 -, la chaîne américaine NBC a accepté de diffuser la 80e cérémonie des Golden Globes cette année.

De nombreux grands noms sont invités, parmi lesquels le réalisateur Steven Spielberg, dont le semi-autobiographique "The Fabelmans" part favori pour le prix du meilleur film dramatique, et l'acteur Eddie Murphy qui doit être distingué pour l'ensemble de sa carrière.

L'humoriste gay afro-américain Jerrod Carmichael animera la cérémonie et le réalisateur Quentin Tarantino compte parmi les présentateurs des récompenses.

Mais le retour en grâce est loin d'être garanti: le contrat avec NBC ne vaut que pour cette année et de nombreux nominés n'ont pas encore confirmé leur présence.

Les Golden Globes seront inévitablement "différents", loin des paillettes et du champagne qui coulait à flots avant la pandémie et les scandales, selon le chroniqueur Pete Hammond, du site spécialisé Deadline.

"Ils seront plus discrets. Il n'y a pas d'after-party à laquelle aller. Il n'y a rien de tout cela. Les studios ne dépensent pas beaucoup d'argent pour tout ça", explique-t-il à l'AFP.

Ceux qui fouleront le tapis rouge vont devoir justifier leur présence, face aux journalistes réclamant leur avis sur les réformes de la HFPA. "Ce ne sera pas exclusivement 'Qu'est-ce que vous portez ?'", remarque-t-il.

Absents de marque

La cérémonie doit déjà composer avec deux absents de marques.

Brendan Fraser, nominé pour son rôle de professeur obèse et reclus chez lui dans "The Whale", accuse un ancien président de la HFPA de l'avoir agressé sexuellement et boycottera l'événement.

Producteur de "Top Gun: Maverick", Tom Cruise devrait lui aussi être absent, après avoir rendu ses trois Golden Globes pour protester contre les scandales.

Son long-métrage tentera, avec l'autre énorme succès du box-office 2022 "Avatar: la voie de l'eau", d'empêcher "The Fabelmans" de remporter le prix du meilleur film dramatique.

"Tar", qui se déroule dans l'univers de la musique classique, et le biopic "Elvis", sur le roi du rock'n'roll pourraient également créer la surprise. Leurs stars respectives - Cate Blanchett en chef d'orchestre impitoyable, et Austin Butler en remarquable Elvis Presley - font partie des favoris pour les prix d'interprétation.

Côté comédies, la tragicomédie irlandaise "Les Banshees d'Inisherin", qui met en scène la fin abrupte d'une amitié sur une petite île irlandaise dans les années 1920, va concourir dans huit catégories, une première depuis vingt ans.

Le film affronte notamment le surréaliste et décoiffant "Everything Everywhere All At Once", qui pourrait valoir des prix d'interprétation à Michelle Yeoh, Jamie Lee Curtis et Ke Huy Quan.

Influence amoindrie

Face aux polémiques, la HFPA a notamment renouvelé le jury des Golden Globes, en incluant 103 nouveaux entrants - qui ne sont pas membres à part entière de l'association -, dont de nombreuses femmes et personnes issues de minorités ethniques.

Mais c'est surtout l'influence de ces récompenses qui est en jeu après les récentes controverses.

Par le passé, un succès aux Golden Globes était un outil marketing précieux, capable de lancer une campagne victorieuse vers la récompense suprême des Oscars.

A Hollywood, certains membres de l'industrie confient en privé souhaiter un retour en grâce de ces récompenses, qui constituent "un important rouage de la saison des prix" depuis 80 ans, pointe M. Hammond.

Les affiches de film soulignent d'ailleurs de nouveau les nominations aux Golden Globes, contrairement à l'an dernier.

Mais pour le chroniqueur, leur pouvoir d'influence sur les Oscars semble durablement amoindri.

"Lorsque chaque article sur les Globes parle de scandale (...) cela ne les rend pas aussi crédibles, je pense, pour les votants des Oscars", conclut-il.

Les principales nominations aux Golden Globes

Voici les nominations dans les principales catégories pour les 80e Golden Globes qui seront décernés mardi soir.

"Les Banshees d'Inisherin", une tragicomédie mettant en scène la fin abrupte d'une amitié sur une île irlandaise imaginaire dans les années 1920, fait partie des favoris avec huit nominations, suivie par le surréaliste et décapant "Everything Everywhere All At Once", qui en compte six.

Présentée par l'humoriste Jerrod Carmichael, la cérémonie revient à la télévision après avoir été privée d'antenne et boudée par Hollywood, à cause de scandales de racisme, sexisme et corruption.

FILMS

Meilleur film dramatique:

"Avatar: la voie de l'eau"

"Elvis"

"The Fabelmans"

"Tar"

"Top Gun: Maverick"

 

Meilleure comédie ou comédie musicale:

"Babylon"

"Les Banshees d'Inisherin"

"Everything Everywhere All at Once"

"Glass Onion: une histoire à couteaux tirés"

"Sans Filtre"

 

Meilleur acteur dans un film dramatique:

Austin Butler, "Elvis"

Brendan Fraser, "The Whale"

Hugh Jackman, "The Son"

Bill Nighy, "Vivre"

Jeremy Pope, "The Inspection"

 

Meilleure actrice dans un film dramatique:

Cate Blanchett, "Tar"

Olivia Colman, "Empire of Light"

Viola Davis, "The Woman King"

Ana de Armas, "Blonde"

Michelle Williams, "The Fabelmans"

 

Meilleur acteur dans une comédie:

Diego Calva, "Babylon"

Daniel Craig, "Glass Onion: une histoire à couteaux tirés"

Adam Driver, "White Noise"

Colin Farrell, "Les Banshees d'Inisherin"

Ralph Fiennes, "The Menu"

 

Meilleure actrice dans une comédie:

Lesley Manville, "Une robe pour Mrs. Harris"

Margot Robbie, "Babylon"

Anya Taylor-Joy, "The Menu"

Emma Thompson, "Mes rendez-vous avec Léo"

Michelle Yeoh, "Everything Everywhere All at Once"

 

Meilleur acteur dans un second rôle:

Brendan Gleeson, "Les Banshees d'Inisherin"

Barry Keoghan, "Les Banshees d'Inisherin"

Brad Pitt, "Babylon"

Ke Huy Quan, "Everything Everywhere All at Once"

Eddie Redmayne, "Meurtre sans ordonnance"

 

Meilleure actrice dans un second rôle:

Angela Bassett, "Black Panther: Wakanda Forever"

Kerry Condon, "Les Banshees d'Inisherin"

Jamie Lee Curtis, "Everything Everywhere All at Once"

Dolly De Leon, "Sans Filtre"

Carey Mulligan, "She Said"

 

Meilleur réalisateur:

James Cameron, "Avatar: la voie de l'eau"

Daniel Kwan and Daniel Scheinert, "Everything Everywhere All at Once"

Baz Luhrmann, "Elvis"

Martin McDonagh, "Les Banshees d'Inisherin"

Steven Spielberg, "The Fabelmans"

 

Meilleur film en langue étrangère:

"A l'Ouest, rien de nouveau"

"Argentina, 1985"

"Close"

"Decision to Leave"

"RRR"

 

Meilleur film d'animation:

"Pinocchio par Guillermo Del Toro"

"Inu-Oh"

"Marcel the Shell With Shoes On"

"Le Chat Potté 2: la dernière quête"

"Alerte rouge"

LES FILMS QUI DOMINENT

"Les Banshees d'Inisherin" - 8 nominations

"Everything Everywhere All at Once" - 6 nominations

"Babylon" - 5 nominations

"The Fabelmans" - 5 nominations

"Elvis" - 3 nominations

"Pinocchio par Guillermo del Toro" - 3 nominations

"TAR" - 3 nominations

SERIES TELEVISEES 

Meilleure série dramatique:

"Better Call Saul"

"The Crown"

"House of the Dragon"

"Ozark"

"Severance"

 

Meilleur acteur dans une série dramatique:

Jeff Bridges, "The Old Man"

Kevin Costner, "Yellowstone"

Diego Luna, "Andor"

Bob Odenkirk, "Better Call Saul"

Adam Scott, "Severance"

 

Meilleure actrice dans une série dramatique:

Emma D'Arcy, "House of the Dragon"

Laura Linney, "Ozark"

Imelda Staunton, "The Crown"

Hilary Swank, "Alaska Daily"

Zendaya, "Euphoria"

 

Meilleure série comique:

"Abbott Elementary"

"The Bear"

"Hacks"

"Only Murders in the Building"

"Mercredi"

 

Meilleur acteur dans une série comique:

Donald Glover, "Atlanta"

Bill Hader, "Barry"

Steve Martin, "Only Murders in the Building"

Martin Short, "Only Murders in the Building"

Jeremy Allen White, "The Bear"

 

Meilleure actrice dans une série comique:

Quinta Brunson, "Abbott Elementary"

Kaley Cuoco, "The Flight Attendant"

Selena Gomez, "Only Murders in the Building"

Jenna Ortega, "Mercredi"

Jean Smart, "Hacks"

 

Meilleur film de télévision ou mini-série:

"Black Bird"

"Dahmer - Monstre: l'histoire de Jeffrey Dahmer"

"The Dropout"

"Pam & Tommy"

"The White Lotus"

 

Meilleur acteur dans un film de télévision ou une mini-série:

Taron Egerton, "Black Bird"

Colin Firth, "The Staircase"

Andrew Garfield, "Sur Ordre de Dieu"

Evan Peters, "Dahmer - Monstre: l'histoire de Jeffrey Dahmer"

Sebastian Stan, "Pam & Tommy"

 

Meilleure actrice dans un film de télévision ou une mini-série:

Jessica Chastain, "George & Tammy"

Julia Garner, "Inventing Anna"

Lily James, "Pam & Tommy"

Julia Roberts, "Gaslit"

Amanda Seyfried, "The Dropout"


Haute couture: ode à la nature pour les premiers pas de Matthieu Blazy chez Chanel

Une mannequin défile lors de la présentation de la collection Chanel Haute Couture printemps-été 2026 pour femmes, à Paris, le 27 janvier 2026. (AFP)
Une mannequin défile lors de la présentation de la collection Chanel Haute Couture printemps-été 2026 pour femmes, à Paris, le 27 janvier 2026. (AFP)
Le créateur de mode belge Matthieu Blazy salue le public à la fin du défilé de la collection Haute Couture printemps-été 2026 de Chanel, dans le cadre de la Fashion Week Haute Couture de Paris, le 27 janvier 2026. (AFP)
Le créateur de mode belge Matthieu Blazy salue le public à la fin du défilé de la collection Haute Couture printemps-été 2026 de Chanel, dans le cadre de la Fashion Week Haute Couture de Paris, le 27 janvier 2026. (AFP)
Short Url
  • Débuts très attendus de Matthieu Blazy chez Chanel : une première collection haute couture poétique et aérienne, célébrant la nature à travers transparences, plumes et motifs de champignons, sous la verrière du Grand Palais
  • Une semaine marquée par le renouveau des grandes maisons : Jonathan Anderson chez Dior, Armani sans Giorgio pour la première fois, et des défilés spectaculaires signés Rolland et Fournié, illustrant un vaste mercato qui redessine la haute couture

PARIS: Des oiseaux, des champignons et beaucoup de légèreté: Matthieu Blazy a fait mardi à Paris ses débuts en haute couture chez Chanel avec une collection toute en transparence, délicatesse et plumes, véritable ode à la nature et à la poésie.

Sous la verrière du Grand Palais, métamorphosée pour l'occasion en une forêt onirique peuplée de champignons géants et de saules pleureurs roses, le créateur franco-belge de 41 ans a voulu, à travers ce premier vestiaire, "sonder et explorer le coeur de Chanel", explique un communiqué.

Matthieu Blazy réinvente ainsi une nouvelle fois l'emblématique tailleur de la maison dans une superposition de mousseline de soie transparente aux couleurs pastel et aux broderies en forme de champignons, sous laquelle se dessinent d'élégants sous-vêtements.

Le champignon, envoyé sous forme de pendentif en guise d'invitation, se décline dans les talons de certains escarpins.

La transparence et la légèreté s'invitent également dans des robes vaporeuses et des ensembles débardeurs et jupes, assortis d'écharpes qui traînent jusqu'au sol, et même sur un pantalon en jean.

Progressivement, les matières gagnent en densité: les tissus s’épaississent, se structurent, et la collection bascule vers des tailleurs et des manteaux en tweed, dont les extrémités s'ornent de plumes légères.

--
Une mannequin défile lors de la présentation de la collection Chanel Haute Couture printemps-été 2026 pour femmes, à Paris, le 27 janvier 2026. (AFP)

Ces plumes, d'abord discrètes, finissent par s'imposer. Elles encerclent les ourlets des robes, soulignent les lignes d'une jupe ou d'un top, avant d'envahir entièrement certains tailleurs et silhouettes du soir, transformant les mannequins en femmes-oiseaux.

Le défilé s'est conclu par la traditionnelle mariée en ensemble jupe et haut à manches longues, entièrement rebrodé comme une nuée de minuscules plumes blanches.

Une première incursion dans la haute couture qui a attiré un parterre de stars, de Nicole Kidman à Dua Lipa, en passant par Penelope Cruz et Tilda Swinton.

- Mercato -

Ce premier défilé était l'un des plus attendus de cette semaine de la haute couture, avec celui de Jonathan Anderson lundi chez Dior.

Le créateur nord-irlandais de 41 ans avait également mis la nature à l'honneur, mais à travers des silhouettes très fleuries à la fois sculpturales et aériennes.

La nomination, ces derniers mois, de ces deux quadragénaires à la tête de deux des plus prestigieuses maisons a été le point d'orgue du vaste mercato qui agite la mode depuis près de deux ans.

Débauché de Bottega Veneta en décembre 2024, Matthieu Blazy avait déjà créé l’événement. Lors de son premier défilé de prêt‑à‑porter en octobre, le créateur avait revisité les codes fondateurs de Chanel en jouant sur les contrastes — tweeds effilochés, mailles colorées, tailleurs déhanchés et jupes en plumes — un passage ovationné et salué par une critique unanime.

- Armani sans Giorgio -

Autre temps fort de cette journée, Armani a présenté en début de soirée la première collection haute couture de la maison italienne sans la supervision de son fondateur Giorgio, décédé début septembre à l'âge de 91 ans.

Cette collection est signée par sa nièce Silvana Armani, qui avait travaillé à ses côtés sur le prêt-à-porter féminin et signe ses premiers pas en haute couture.

Un premier vestiaire, que l'Italienne a voulu "comme du Armani classique, mais avec une touche d'originalité", dans lequel se déclinaient de nombreux tailleurs pantalons souples et satinés, de somptueuses robes du soir scintillantes et des blouses rebrodées de perles, dans une palette noire, blanche, rose nude et vert d'eau.

De son côté, le couturier Stéphane Rolland a investi le Cirque d'hiver pour présenter une nouvelle collection aux silhouettes toujours très structurées, entre robes de soirée, combinaisons ajustées ou aux pantalons bouffants, dans ses couleurs fétiches que sont le rouge, le noir et le blanc.

Incarné par les mannequins Adriana Karembeu et Coco Rocha, le show s'est achevé par un lâcher de colombes et la performance aérienne d'une acrobate, le tout sous le regard de la première dame Brigitte Macron, du chanteur Marc Lavoine et du cinéaste Claude Lelouch.

Julien Fournié a de son côté dévoilé un vestiaire mêlant robes de soirée aux jupes volumineuses, pièces richement ornées de strass et de broderies – parfois inspirées du graffiti, des mangas ou du cinéma de genre – ainsi que des ensembles associant vestes en jean et transparences constellées de strass façon tatouage.


«American Doctor», ou la brutalité de la guerre à Gaza vue par des médecins

Aux premières images d'"American Doctor", documentaire sur des médecins américains dans des hôpitaux de Gaza, en pleine guerre entre Israël et le Hamas, la réalisatrice Poh Si Teng refuse de filmer des enfants palestiniens morts qu'un praticien veut lui montrer. (AFP)
Aux premières images d'"American Doctor", documentaire sur des médecins américains dans des hôpitaux de Gaza, en pleine guerre entre Israël et le Hamas, la réalisatrice Poh Si Teng refuse de filmer des enfants palestiniens morts qu'un praticien veut lui montrer. (AFP)
Short Url
  • Le film de Teng suit Mark Perlmutter et deux autres médecins américains, l'un américano-palestinien et l'autre zoroastrien non pratiquant, face à l'indicible brutalité infligée à une population majoritairement civile à Gaza
  • Le film montre les médecins travaillant avec leurs collègues palestiniens, portant secours à des blessés aux membres sectionnés et souffrant de plaies ouvertes.

PARK CITY: Aux premières images d'"American Doctor", documentaire sur des médecins américains dans des hôpitaux de Gaza, en pleine guerre entre Israël et le Hamas, la réalisatrice Poh Si Teng refuse de filmer des enfants palestiniens morts qu'un praticien veut lui montrer.

Teng craint de devoir flouter la scène pour protéger la dignité des enfants. Mais sa décision fait débat.

"On ne leur rend pas justice à moins de laisser leur mémoire, leurs corps, raconter l'histoire de ce traumatisme, de ce génocide. On ne leur rend pas service en ne les montrant pas ", estime le médecin juif américain Mark Perlmutter au Festival du film de Sundance, où le film a été présenté en avant-première vendredi.

"Voilà ce que mes impôts ont fait. Voilà ce que vos impôts ont fait. Voilà ce que les impôts de mon voisin ont fait. Les gens ont le droit de connaître la vérité", souligne-t-il.

"Vous avez la responsabilité, comme moi, de dire la vérité. Si vous floutez cela, c'est une faute professionnelle journalistique".

Malgré un cessez-le-feu fragile, les violences se poursuivent entre les forces israéliennes et le Hamas, faisant des victimes parmi les non combattants dont des dizaines d'enfants, selon l'Unicef.

Des enquêteurs de l'ONU ont accusé Israël de commettre un génocide à Gaza, accusation qu'Israël a qualifiée de "déformée et fausse", tout en taxant ses auteurs d'antisémitisme.

Contrebande d'antibiotiques 

Le film de Teng suit Mark Perlmutter et deux autres médecins américains, l'un américano-palestinien et l'autre zoroastrien non pratiquant, face à l'indicible brutalité infligée à une population majoritairement civile à Gaza depuis qu'Israël a répondu à l'attaque du Hamas, le 7 octobre 2023.

Le film montre les médecins travaillant avec leurs collègues palestiniens, portant secours à des blessés aux membres sectionnés et souffrant de plaies ouvertes. On les voit également en d'autres occasions dans les couloirs du pouvoir à Washington et dans les médias israéliens et américains.

Le documentaire montre aussi les difficultés pratiques auxquelles ils sont confrontés, les blouses chirurgicales et les antibiotiques qu'ils doivent faire passer en contrebande à travers la frontière pour contourner le blocus israélien. Et les refus de dernière minute des autorités israéliennes de les laisser entrer.

Le film décrit le courage d'hommes qui vont volontairement travailler dans des hôpitaux frappés à plusieurs reprises par l'armée israélienne. Comme l'hôpital Nasser de Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza, cible d'une double frappe en août 2025.

Israël affirme viser des "terroristes" dans ces établissements et soutient que des combattants du Hamas sont retranchés dans des tunnels sous les hôpitaux.

"Complices du meurtre d'enfants" 

Feroze Sidwha, peut-être le plus loquace des trois médecins, répète n'avoir jamais vu de tunnels. Et de toute façon, insiste-t-il, même la présence de combattants blessés dans un hôpital n'en fait pas une cible légitime.

"Les Américains méritent de savoir ce qui se passe, à quoi sert leur argent, et tout simplement de pouvoir décider", dit-il. "Voulez-vous vraiment qu'on fasse cela?", a-t-il déclaré à l'AFP.

"Je suis à peu près sûr que la réponse est +non+. Je veux juste continuer à m'exprimer et à faire savoir aux gens qu'ils n'ont pas à être complices du meurtre d'enfants. Nous le sommes tous, à l'heure actuelle".

Le film est dédié aux quelque 1.700 soignants tués dans la bande de Gaza depuis le début de la guerre en octobre 2023.

Selon Reporters sans frontières (RSF), près de 220 journalistes ont également été tués, faisant d'Israël le plus grand tueur de journalistes dans le monde pour la troisième année consécutive.

Le Festival de Sundance se tient jusqu'au 1er février.


Haute couture: Jonathan Anderson signe un baptême floral chez Dior

Une mannequin lors du défilé pour Christian Dior de la collection Haute Couture Printemps/Été 2026 pour femmes, dans le cadre de la Fashion Week Haute Couture de Paris, à Paris, le 26 janvier 2026. (AFP)
Une mannequin lors du défilé pour Christian Dior de la collection Haute Couture Printemps/Été 2026 pour femmes, dans le cadre de la Fashion Week Haute Couture de Paris, à Paris, le 26 janvier 2026. (AFP)
Short Url
  • Jonathan Anderson a lancé la semaine de la haute couture à Paris avec sa première collection Dior haute couture, célébrant la nature à travers des silhouettes fleuries, sculpturales et aériennes
  • Le défilé, très attendu, a rassemblé célébrités et figures de la mode et ouvre la voie à un programme intense, avec notamment la première collection haute couture de Matthieu Blazy chez Chanel mardi

PARIS: Un jardin d'Eden de luxe: Jonathan Anderson a lancé lundi à Paris la semaine de la haute couture avec une première collection florale pour Dior, entre célébration de la nature et hommage aux savoir‑faire.

Le show, organisé au coeur d'une structure éphémère installée dans les jardins du musée Rodin, était l'un des moments les plus attendus de ces quatre jours de défilés, avec les débuts en haute couture de Matthieu Blazy chez Chanel mardi.

"En imitant la nature, on apprend toujours quelque chose", annonçait la note d'intention du défilé.

Cette première proposition haute couture se veut ainsi pensée comme un "cabinet de curiosités" où pièces d'exception et merveilles naturelles "sont rassemblées et recontextualisées".

--
Le défilé Dior s’est tenu au cœur des jardins du musée Rodin, dans une structure éphémère pensée pour la haute couture. (Photo: AFP)

Sous un plafond recouvert de fleurs, Jonathan Anderson a livré une vision bucolique aux silhouettes fleuries, à la fois sculpturales et aériennes, où des robes bouffantes aux plissés twistés côtoient des robes courtes à volants et des jupes longues aux drapés asymétriques semblant retenir un plateau posé en équilibre.

Le Nord-Irlandais de 41 ans revisite une nouvelle fois l'emblématique veste Bar, à la taille très cintrée, transformée en manteau long en laine, en cuir crocodile ou en queue‑de‑pie, tandis que la maille se fait omniprésente, du pull‑robe à jupe patineuse aux modèles finement travaillés, dotés d'un haut boule et d'une jupe fluide toute en transparence.

Les mannequins défilent avec de petits bouquets de cyclamens roses en guise de boucles d'oreilles — les mêmes que ceux adressés aux invités — et parfois une longue frange rose ou violette.

Le défilé s'est achevé par la traditionnelle robe de mariée blanche au bustier asymétrique twistée et au jupon drapé et rebrodé de fleurs blanches.

Cette entrée remarquée dans la couture a attiré un parterre de personnalités, de Rihanna à Jennifer Lawrence, en passant par son prédécesseur John Galliano et Brigitte Macron.

- Aristo-punk -

Souvent présenté comme l'un des enfants prodiges de la mode, Jonathan Anderson, ancien directeur artistique de Loewe, est devenu en juin le premier styliste depuis Christian Dior à superviser les trois lignes de la maison-phare de LVMH.

Après une première collection homme saluée en juin et une ligne femme accueillie en octobre de façon plus mesurée, le styliste a présenté mercredi à Paris un deuxième vestiaire masculin plus extravagant.

Entre tops à sequins, manteaux-capes inspirés des imprimés de Paul Poiret, vestes Bar en pied-de-poule et chaussures à motifs lézard, le tout surmontés de perruques jaune acide, le couturier a livré une ligne aristo-punk plus fidèle à son esprit subversif que la précédente qui n'a pas manqué de faire réagir.

- Blazy très attendu -

L'attente est également très forte chez Chanel, où Matthieu Blazy présentera mardi au Grand Palais sa toute première collection haute couture.

Le Franco-Belge de 41 ans, arrivé en décembre 2024 après son passage remarqué chez Bottega Veneta (Kering), avait impressionné dès octobre avec une première collection prêt-à-porter féminin encensée.

Il a également démontré sa maîtrise des savoir-faire de la maison lors du défilé Métiers d'art présenté en décembre à New York, un show marquant organisé dans le métro.

Jusqu'à jeudi, 28 maisons présentent leurs créations dans le cadre de la semaine de la haute couture.

Comme à son habitude, la maison italienne Schiaparelli a ouvert lundi matin le bal avec une collection sculpturale très animalière, où ailes et queue de scorpions complètent des silhouettes glamour, sous le regard de personnalités comme Jeff Bezos et son épouse Lauren Sánchez ou l'actrice Demi Moore.

Chez Georges Hobeika, la femme se fait bijou, des têtes couvertes de diadèmes aux traînes chamarrées. Des perles géantes sont suspendues aux robes fourreaux, des diamants couvrent les lourds drapés et les voiles bouffants. Les parures se confondent avec les corps, dans cette collection baptisée "Amour".

L'écru domine le vestiaire du créateur libanais, associé à son fils Jad, qui ont donné à voir leurs modèles dans la cathédrale américaine de Paris, alliant solennité et mystique.