Brésil: vague de soutiens à Lula pour condamner les émeutiers bolsonaristes

Des membres de mouvements sociaux manifestent pour défendre la démocratie à Sao Paulo, au Brésil, le 9 janvier 2023, un jour après que les partisans de l'ex-président d'extrême droite brésilien Jair Bolsonaro ont envahi le Congrès, le palais présidentiel et la Cour suprême de Brasilia. (Photo de NELSON ALMEIDA / AFP)
Des membres de mouvements sociaux manifestent pour défendre la démocratie à Sao Paulo, au Brésil, le 9 janvier 2023, un jour après que les partisans de l'ex-président d'extrême droite brésilien Jair Bolsonaro ont envahi le Congrès, le palais présidentiel et la Cour suprême de Brasilia. (Photo de NELSON ALMEIDA / AFP)
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Publié le Mardi 10 janvier 2023

Brésil: vague de soutiens à Lula pour condamner les émeutiers bolsonaristes

  • «Nous ne laisserons pas la démocratie nous échapper», a promis le président de gauche lundi soir à Brasilia, avant de descendre la rampe du palais du Planalto
  • Au même moment, l'ex-président d'extrême droite Jair Bolsonaro a confirmé être hospitalisé à Orlando, en Floride, pour un problème intestinal

SAO PAULO: Le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva a obtenu un vaste soutien de la part du pouvoir politique et judiciaire de son pays, lundi, au lendemain des invasions et des saccages de trois lieux de pouvoir emblématiques de Brasilia par des bolsonaristes déchaînés.

"Nous ne laisserons pas la démocratie nous échapper", a promis le président de gauche lundi soir à Brasilia, avant de descendre la rampe du palais du Planalto, le siège du gouvernement lourdement endommagé, entouré de juges de la Cour suprême, de membres du Congrès et de gouverneurs d'Etats.

Des campements de radicaux qui rejettent toujours la victoire de M. Lula plus de deux mois après son élection ont été démantelés par les forces de l'ordre, qui ont aussi procédé à de nombreuses arrestations, signant une reprise en main après les scènes de chaos la veille.

Au même moment, l'ex-président d'extrême droite Jair Bolsonaro a confirmé être hospitalisé à Orlando, en Floride, pour un problème intestinal. Il s'était envolé pour les Etats-Unis deux jours avant l'investiture de Lula le 1er janvier, se refusant à remettre l'écharpe présidentielle à celui dont il n'a jamais digéré la victoire acquise sur le fil.

Le président américain Joe Biden a quant à lui exprimé le "soutien sans faille des Etats-Unis à la démocratie brésilienne et à l'expression de la libre volonté du peuple brésilien", invitant le président Lula à Washington début février, selon un communiqué commun publié après un entretien téléphonique tenu lundi.

Une invitation acceptée par le chef d'Etat brésilien, selon ce même document.

M. Lula s'est réuni avec les présidents du Sénat, de la Chambre des députés et de la Cour suprême au palais du Planalto. Ils ont signé une déclaration commune "en défense de la démocratie" publiée sur le compte Twitter du chef d'Etat de gauche.

"Les Pouvoirs de la République, garants de la démocratie et de la Constitution de 1988 rejettent les actes terroristes, de vandalisme, criminels et putschistes qui se sont produits hier à Brasilia", dit la déclaration. "La société a besoin de (...) sérénité (...), de paix et de démocratie".

La condamnation a également trouvé un écho dans les rues de Sao Paulo, sur l'emblématique avenue Paulista, où, tard dans la nuit, des milliers de personnes se sont rassemblées pour "défendre la démocratie" et demander "l'emprisonnement des putschistes".

"Je n'ai pas vécu ce que j'ai vécu pour voir ce que j'ai vu hier, que mon peuple, ma terre, soit divisé de cette façon. C'est inacceptable, triste, être ici c'est défendre la démocratie", déclare à l'AFP Edi Valladares, un enseignant de 61 ans.

Dimanche, des centaines de sympathisants de Jair Bolsonaro ont lancé des assauts quasi simultanés contre le palais présidentiel du Planalto, le Congrès et la Cour suprême.

Il a fallu près de quatre heures à des forces de l'ordre mal préparées pour les évacuer. Ces événements ont semblé être la copie brésilienne de l'invasion du Capitole à Washington en janvier 2021 par des sympathisants de l'ex-président défait Donald Trump, allié et modèle de Bolsonaro.

"Les putschistes responsables de la destruction des propriétés publiques à Brasilia seront punis", a lancé Lula.

Dès dimanche soir, quelque 300 émeutiers ont été arrêtés. Et lundi soir, quelque 1.500 bolsonaristes qui occupaient un campement au cœur de Brasilia ont été arrêtés à leur tour, lorsque la police militaire et l'armée ont démantelé leur campement, selon le ministre de la Justice et de la Sécurité, Flavio Dino.

Installés depuis plus de deux mois, ils réclamaient une intervention militaire pour empêcher l'accession de Lula au pouvoir. Ce campement a fourni le gros des effectifs des assaillants dimanche.

D'autres campements installés à Rio de Janeiro et Sao Paulo (sud-est) ont été démantelés lundi, ont rapporté des journalistes de l'AFP-TV.

"Maintenant que l'ordre a été donné, on n'a plus le choix, c'est un ordre des forces armées et de la police", a déclaré à l'AFP Carlos Silva, à Sao Paulo.

L'assaut des Bolsonaristes au Brésil: un air de déjà-vu aux Etats-Unis

Un charismatique dirigeant de droite qui refuse de reconnaître sa défaite électorale, boycotte la cérémonie d'investiture de son successeur et s'abstient d'intervenir quand ses partisans attaquent le siège du gouvernement: le Brésil a suivi dimanche à la lettre l'exemple des Etats- Unis.

Lorsqu'il était au pouvoir, Jair Bolsonaro s'est inspiré directement de Donald Trump, adoptant volontiers le surnom de "Trump des Tropiques".

Comme l'ancien président américain, le dirigeant brésilien s'est appuyé sur la droite religieuse conservatrice, la défense du port d'armes, le dédain pour la communauté LGBT+, le rejet du discours politique traditionnel et des médias, ainsi que l'amour du drapeau et des bains de foules.

Ce n'est donc pas une surprise si après sa défaite le 30 octobre face au candidat de gauche Luiz Ignacio Lula da Silva, M. Bolsonaro a suivi la voie tracée par Donald Trump après la sienne face à Joe Biden en 2020.

Après avoir semé pendant des mois le doute sur la légitimité du décompte électoral, il n'a jamais reconnu avoir perdu l'élection et a assisté sans réagir au saccage du siège du gouvernement par ses partisans avant de publier avec réticence un appel au calme.

Même les dates des insurrections sont quasiment identiques: le 6 janvier à Washington et le 8 janvier à Brasilia, bien que dans le cas brésilien, M. Bolsonaro était déjà remplacé, tandis que Donald Trump était encore président.

Le parallèle va jusqu'aux institutions: comme les Etats-Unis, le Brésil a une Cour suprême, un Sénat, une Chambre des représentants, une présidence dotée de pouvoirs importants, un système fédéral avec des Etats dirigés par des gouverneurs et une capitale qui n'est contrôlée par aucun Etat fédéré.

"Nous sommes passés de l'Amérique phare de la liberté et de la démocratie, à l'Amérique

inspiratrice et exportatrice d'insurrections", a regretté sur MSNBC le commentateur politique conservateur américain Charlie Sykes.

"Ce n'est pas une vue de l'esprit. Le rôle que le trumpisme a joué dans tout ceci est évident", a-t-il ajouté.

La Floride en commun
L'impression de déjà-vu était frappante dimanche.

Comme lors de l'assaut contre le Capitole américain il y a deux ans, les forces de l'ordre ont été débordées par des insurgés qui, le drapeau national en écharpe, ont saccagé les bureaux de hauts dirigeants et les symboles du pouvoir, se filmant les uns les autres avec délectation.

Et les similitudes vont encore au-delà.

Lorsqu'ils étaient tous les deux au pouvoir, Jair Bolsonaro a été reçu par Donald Trump à la Maison Blanche, mais surtout dans sa résidence de Mar-a-Lago, en Floride.

C'est d'ailleurs dans cet Etat du sud-est des Etats-Unis que l'ex-président brésilien s'est rendu, deux jours avant la fin de son mandat, pour s'installer dans la propriété d'un ex-champion d'arts martiaux, José Aldo, à Orlando.

Selon plusieurs médias, M. Bolsonaro, qui garde de graves séquelles de l'attentat à l'arme blanche qui a failli lui coûter la vie en septembre 2018, y a été hospitalisé lundi après avoir ressenti de fortes douleurs abdominales.

Comme Donald Trump, qui promeut sa famille pour attirer un électorat plus jeune, Jair Bolsonaro met en avant son fils Eduardo, qui a été invité à s'exprimer dans des meetings ultra-conservateurs aux Etats-Unis et, selon le Washington Post, a même rencontré M. Trump à Mar-a-Lago après la défaite de son père.

Les liens entre les deux hommes se sont maintenus après le départ de Donald Trump de la Maison Blanche. Steve Bannon, l'ex-éminence grise du milliardaire américain, condamné à quatre mois de prison pour avoir refusé de coopérer avec l'enquête parlementaire sur l'assaut du Capitole, a été étroitement associé aux campagnes de désinformation du clan Bolsonaro sur les résultats de l'élection présidentielle brésilienne.

Affirmant qu'il n'y a "pas de meilleure personne en ce monde" qu'Edouardo Bolsonaro ou son père, Steve Bannon a ainsi déclaré en novembre que les machines de vote utilisées au Brésil serviraient à "voler l'élection". Dimanche, il a fait l'éloge des insurgés sur les réseaux sociaux.

Un autre proche de Trump, son conseiller Jason Miller, a été brièvement arrêté à l'aéroport de Brasilia en 2021 après avoir rencontré M. Bolsonaro et participé à l'édition brésilienne de la Conférence d'action politique conservatrice (CPAC), un forum d'abord créé aux Etats-Unis.

"Ce qui se passe au Brésil est un événement mondial", avait déclaré Steve Bannon au Washington Post après la défaite électorale de M. Bolsonaro. C'est un mouvement qui "dépasse les Bolsonaro, qui dépasse Trump".

«Le pire est passé»

"Le pays retrouve le chemin de la normalité institutionnelle à grande vitesse (...) Les putschistes ont échoué dans leur tentative de rupture de la légalité", a déclaré lundi le ministre de de la Justice de Lula, Flavio Dino, pour qui "le pire est passé".

Dès dimanche soir, le juge de la Cour suprême Alexandre de Moraes a suspendu pour 90 jours de ses fonctions le gouverneur du district de Brasilia, Ibaneis Rocha, qui venait de présenter ses excuses dans une vidéo pour "les failles" de la sécurité ayant permis les saccages.

Les émeutiers ont provoqué des dégâts considérables dans les trois immenses palais qui sont des trésors de l'architecture moderne signés Oscar Niemeyer. Des oeuvres d'art du patrimoine national d'une valeur inestimable ont été endommagés.

"Je ne suis pas d'accord avec ce qui s'est passé", dit à l'AFP-TV Ionar Bispo, un habitant de Brasilia de 43 ans. "On peut manifester mais sans mettre à sac notre patrimoine".

La Confédération brésilienne de football (CBF) a récusé lundi sur Twitter l'utilisation du maillot de la sélection nationale porté par les bolsonaristes "dans des actes antidémocratiques et de vandalisme".

Victoire volée

Six heures après les assauts, Bolsonaro avait finalement condamné du bout des lèvres "les déprédations et invasions de bâtiments publics", tout en niant toute responsabilité alors que Lula l'avait accusé d'avoir encouragé les "fascistes".

"Même en étant, lâchement, à 6.100 km de la capitale brésilienne", a écrit Miriam Leitao, éditorialiste du quotidien O Globo, Bolsonaro "est le principal responsable de ce qui s'est passé hier à Brasilia, en raison de son travail (de sape) quotidien, constant pendant quatre ans".

L'ex-président n'a cessé de remettre en cause le processus électoral, appuyé par une désinformation massive sur les réseaux sociaux.

Nombre de ses supporters restent persuadés que la victoire lui a été volée - comme ceux de Trump aux Etats-Unis.


Le chef de l'ONU dénonce la montée en puissance de «la loi du plus fort» dans le monde

Le secrétaire général de l'ONU a dénoncé lundi la montée en puissance de "la loi du plus fort", qui se traduit par "une attaque de grande envergure partout dans le monde" contre les droits humains et qui est portée notamment par l'intelligence artificielle. (AFP)
Le secrétaire général de l'ONU a dénoncé lundi la montée en puissance de "la loi du plus fort", qui se traduit par "une attaque de grande envergure partout dans le monde" contre les droits humains et qui est portée notamment par l'intelligence artificielle. (AFP)
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  • "Cette agression n'est menée ni en secret, ni par surprise. Elle a lieu au grand jour, souvent sous la direction des plus puissants. Partout dans le monde, les droits humains sont sacrifiés, de manière délibérée et stratégique, et parfois avec fierté"
  • Et "quand les droits humains s'effritent, tout le reste s'écroule", a-t-il ajouté, déplorant que nous vivions "dans un monde où les souffrances massives sont admises... où les êtres humains sont utilisés comme monnaie d'échange... "

GENEVE: Le secrétaire général de l'ONU a dénoncé lundi la montée en puissance de "la loi du plus fort", qui se traduit par "une attaque de grande envergure partout dans le monde" contre les droits humains et qui est portée notamment par l'intelligence artificielle.

"Cette agression n'est menée ni en secret, ni par surprise. Elle a lieu au grand jour, souvent sous la direction des plus puissants. Partout dans le monde, les droits humains sont sacrifiés, de manière délibérée et stratégique, et parfois avec fierté", a tonné Antonio Guterres, à l'ouverture d'une session du Conseil des droits de l'homme à Genève.

"L'état de droit est écrasé par la loi du plus fort", a-t-il déploré, sans citer de pays ou dirigeants.

Et "quand les droits humains s'effritent, tout le reste s'écroule", a-t-il ajouté, déplorant que nous vivions "dans un monde où les souffrances massives sont admises... où les êtres humains sont utilisés comme monnaie d'échange... où le droit international est considéré comme un simple désagrément".

Le Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de l'homme, Volker Türk, a également considéré qu'"une lutte acharnée pour le pouvoir, le contrôle et les ressources se joue actuellement sur la scène mondiale, à une intensité et un rythme inédits depuis 80 ans", avec un recours à la force qui se "banalise".

"Les gens se sentent désemparés, anxieux et vulnérables. Les rouages du pouvoir mondial sont en pleine mutation", a-t-il relevé, appelant à faire contrepoids "aux tendances autocratiques".

"Les démocraties s'érodent" 

Le constat des Nations unies est amer : les conflits se multiplient, l'impunité se propage, les droits humains sont piétinés et les besoins humanitaires explosent tandis que les financements chutent, dans un contexte de coupe drastique de l'aide extérieure américaine décidée par Donald Trump depuis son retour à la Maison Blanche.

Et selon le chef de l'ONU, "les technologies – en particulier l'intelligence artificielle – sont de plus en plus utilisées d'une manière qui réprime, accentue les inégalités et expose les personnes marginalisées à de nouvelles formes de discrimination, en ligne et hors ligne".

Dans une veine similaire, Volker Türk a attaqué les dirigeants, dont il a tu les noms, qui "propagent la désinformation pour détourner l'attention, réduire au silence et marginaliser", tandis qu'"une petite clique de magnats de la technologie contrôle une part démesurée des flux d'information (...), faussant le débat public, les marchés, et même les systèmes de gouvernance".

Dénonçant plus globalement "la main de fer qui resserre l'espace civique", M. Guterres a cité, entre autres, l'emprisonnement de journalistes et de militants des droits humains, la fermeture d'ONG, le recul des droits des femmes et l'exclusion des personnes en situation de handicap.

"Les démocraties s'érodent. (...) Les personnes migrantes sont harcelées, arrêtées et expulsées au mépris total de leurs droits humains et de leur humanité. Les réfugiés sont montrés du doigt. Les communautés LGBTIQ+ sont vilipendées. Les minorités et les peuples autochtones sont pris pour cible", a-t-il également énoncé.

Iran et Ukraine 

Antonio Guterres, qui quittera ses fonctions à la fin de l'année après dix ans à la tête de l'ONU, a rappelé que "grandir sous la dictature de Salazar" au Portugal lui avait appris que lorsque les droits humains "sont bafoués, ce sont tous les aspects de la société qui en souffrent".

Dans son dernier discours annuel devant le Conseil des droits de l'homme, que les Etats-Unis de Donald Trump boycottent, il n'a toutefois évoqué que trois crises actuelles, condamnant notamment une nouvelle fois "la répression violente des manifestations en Iran".

A la veille du quatrième anniversaire de l'invasion à grande échelle de l'Ukraine par la Russie, il a aussi affirmé qu'"il est plus que grand temps de mettre fin à l'effusion de sang" alors que le conflit "a entraîné la mort de plus de 15.000 civils".

Enfin, il a mentionné le conflit entre Israéliens et Palestiniens, déplorant que la solution à deux Etats soit "ouvertement rendue inapplicable".

 

 


Witkoff: Trump se demande pourquoi l'Iran n'a pas déjà «capitulé»

Les pays occidentaux soupçonnent la République islamique de chercher à se doter de l'arme nucléaire, ce que Téhéran dément, tout en insistant sur son droit à l'enrichissement de l'uranium à des fins civiles. (AFP)
Les pays occidentaux soupçonnent la République islamique de chercher à se doter de l'arme nucléaire, ce que Téhéran dément, tout en insistant sur son droit à l'enrichissement de l'uranium à des fins civiles. (AFP)
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  • Le président américain "s'étonne" de la position de l'Iran, après l'avoir averti de lourdes conséquences en cas d'échec sur un accord, a déclaré M. Witkoff, interrogé sur Fox News par Lara Trump, la belle-fille de Donald Trump
  • "Pourquoi, sous cette pression, avec la puissance maritime et navale déployée là-bas, ne sont-ils pas venus vers nous en disant : 'Nous affirmons ne pas vouloir l'arme (nucléaire), alors voici ce que nous sommes prêts à faire' ?"

WASHINGTON: Le président Donald Trump se demande pourquoi l'Iran n'a pas déjà "capitulé" devant le déploiement militaire de Washington destiné à le pousser à accepter un accord nucléaire, a déclaré l'émissaire américain Steve Witkoff.

Les deux pays ont achevé mardi près de Genève une deuxième session de pourparlers indirects via une médiation omanaise, dans un contexte d'intensification du déploiement militaire américain dans le Golfe, où Washington a dépêché deux porte-avions.

Le président américain "s'étonne" de la position de l'Iran, après l'avoir averti de lourdes conséquences en cas d'échec sur un accord, a déclaré M. Witkoff, interrogé sur Fox News par Lara Trump, la belle-fille de Donald Trump.

"Je ne veux pas employer le mot 'frustré', parce qu'il sait qu'il a de nombreuses alternatives, mais il est s'étonne de savoir pourquoi ils n'ont pas... capitulé", a-t-il affirmé dans cette interview réalisée jeudi et diffusée samedi par la chaîne américaine.

"Pourquoi, sous cette pression, avec la puissance maritime et navale déployée là-bas, ne sont-ils pas venus vers nous en disant : 'Nous affirmons ne pas vouloir l'arme (nucléaire), alors voici ce que nous sommes prêts à faire' ?".

Malgré cette pression, "il est difficile de les amener à ce stade", a-t-il reconnu.

L'émissaire américain a également confirmé qu'il avait rencontré Reza Pahlavi, le fils du chah déchu, qui n'est pas retourné en Iran depuis la révolution islamique de 1979 ayant renversé la monarchie. "Je l'ai rencontré sur instruction du président ", a-t-il déclaré.

"Je pense qu'il est très engagé pour son pays, qu'il se soucie de son pays. Mais cela relèvera des décisions du président Trump", a ajouté M. Witkoff.


Après l'arrestation d'Andrew, la monarchie britannique dans une crise sans précédent

Des commentateurs estiment que la monarchie britannique traverse sa crise la plus grave depuis des décennies. Presque tous les journaux britanniques ont publié vendredi en Une une photographie du prince déchu. (AFP)
Des commentateurs estiment que la monarchie britannique traverse sa crise la plus grave depuis des décennies. Presque tous les journaux britanniques ont publié vendredi en Une une photographie du prince déchu. (AFP)
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  • L’ex-prince Andrew a été placé en garde à vue pendant près de 12 heures dans le cadre de l’affaire Epstein, soupçonné d’avoir transmis des informations confidentielles
  • Son arrestation provoque une crise majeure pour la monarchie britannique

LONDRES: L'enquête policière continue après la garde à vue spectaculaire de l'ex-prince Andrew pour des soupçons liés à l'affaire Epstein et la famille royale britannique fait face à une crise jugée particulièrement périlleuse par les experts de la monarchie.

Le frère cadet de Charles III a été relâché jeudi en fin de journée "en attendant la suite de l'enquête", selon la police, et les perquisitions devaient se poursuivre vendredi à Royal Lodge, près de Windsor, son ancien domicile dont il a été récemment chassé.

Andrew, dont l'interpellation a coïncidé avec son 66e anniversaire, a été interrogé près de 12 heures sur des accusations de "manquements dans l'exercice de fonctions officielles", accusé d'avoir transmis des informations confidentielles au financier et pédocriminel américain Jeffrey Epstein.

Après sa garde à vue, le prince déchu a été photographié quittant le commissariat situé à une trentaine de kilomètres de sa nouvelle résidence de Sandringham (est de l'Angleterre): le cliché spectaculaire, qui le montre hagard, les yeux écarquillés à l'arrière d'une voiture, faisait vendredi la Une de la totalité des journaux britanniques, Financial Times excepté.

Cette arrestation aura marqué "le jour le plus préjudiciable pour la monarchie", soulignait le Telegraph, tandis que le Daily Mail évoquait une "monarchie moderne face à son plus grave péril".

- Fin de la "déférence" -

Pour l'expert royal Ed Owens, la situation à laquelle la monarchie est confrontée est d'autant plus dangereuse qu'elle compte "beaucoup d'inconnues". A commencer par l'incertitude sur une éventuelle inculpation d'Andrew, ou les soupçons d'agressions sexuelles qui l'entourent, pour l'instant restés hors du champ de toute enquête formelle.

Évoquant les précédentes crises qui l'ont ébranlée au cours des dernières décennies - la mort de la princesse Diana en 1997 ou l'abdication d'Édouard VIII en 1936 - il a rappelé qu'il avait fallu "plus de 10 ans pour stabiliser l'institution et regagner l'affection et la loyauté du public".

L'ex-prince est accusé d'avoir transmis des informations confidentielles à Epstein, notamment des rapports de voyages en Asie et des possibilités d'investissement en Afghanistan, lorsqu'il était envoyé spécial du Royaume-Uni pour le Commerce, de 2001 à 2011.

Dans un rare communiqué après l'arrestation, le roi Charles III a affirmé jeudi que la "justice doit suivre son cours", tout en faisant part de sa "plus profonde inquiétude".

Le monarque, qui avait déjà déchu son cadet de tous ses titres royaux en octobre en raison de nouvelles informations sur les liens d'Andrew avec Epstein, a néanmoins évité de chambouler son agenda, se rendant comme prévu à un défilé de la Fashion Week de Londres.

Selon Roya Nikkhah, experte royale du Sunday Times, la famille royale va essayer de "poursuivre ses activités comme si de rien n'était", mais "la confiance dans l'institution risque vraiment d'être érodée" avec cette arrestation inédite depuis le XVIIe siècle.

"Le temps de la déférence qui prévalait pendant le règne de la reine (Elizabeth II, ndlr) est terminé, et il s'agit d'un immense défi pour Charles, car le public n'a plus l'affection pour l'institution" qu'il avait sous la défunte reine, dit-elle.

- Suspect comme un autre -

Alimentant le sentiment que la famille royale n'est plus au-dessus des lois, les médias britanniques ont souligné que le roi n'avait pas été prévenu à l'avance de l'arrestation de son frère.

Et le tabloid The Sun note que, comme tout suspect, Andrew a dû se soumettre à un prélèvement salivaire pour recueillir son ADN, à la prise d'empreintes digitales et d'une photo d'identité judiciaire.

Donald Trump, qui a souvent manifesté une certaine fascination pour la monarchie britannique, a jugé jeudi soir l'arrestation de l'ex-Duc d'York "très triste" et "très mauvaise pour la famille royale".

Son interpellation a aussi mis en évidence le contraste avec les Etats-Unis, où les répercussions de la tentaculaire affaire Jeffrey Epstein sont restées jusqu'ici limitées. Seule son ex-compagne et complice, Ghislaine Maxwell, a été condamnée pour ses liens avec le criminel sexuel.

Ces derniers jours, la police britannique avait indiqué examiner des documents contenus dans la dernière salve des dossiers Epstein, publiés le 30 janvier par le ministère américain de la Justice.

De nouvelles accusations en avaient émergé à l'encontre de l'ex-prince, qui s'est gardé de les commenter.

La police a aussi indiqué "évaluer" des informations selon lesquelles une femme aurait été envoyée par Jeffrey Epstein à Royal Lodge en 2010, potentiellement pour avoir des relations sexuelles avec Andrew.

Mais cette accusation n'a pas été mentionnée jeudi par la police et on ignore si Andrew a été interrogé sur ce sujet.