Pourquoi l'Europe souffre d’une deuxième vague dévastatrice de la Covid-19

Des personnes portant des masques de protection marchent dans une rue commerçante, lors du deuxième confinement dû à la Covid-19 à Vienne, en Autriche, le 13 novembre 2020 (Photo, Reuters).
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Publié le Samedi 21 novembre 2020

Pourquoi l'Europe souffre d’une deuxième vague dévastatrice de la Covid-19

  • Il pourrait y avoir des restrictions sur les voyages pendant les vacances de Noël le mois prochain
  • La levée des restrictions cet été ont contribué à la virulence de la deuxième vague

L'Autriche a considérablement resserré mardi les règles de confinement, fermant les magasins non essentiels, la plupart des écoles, et demandant aux gens de rester si possible chez eux. Dans toute l'Europe, de nombreux pays ont institué une série de restrictions, entre confinements partiels et confinements plus stricts, pour tenter d'endiguer une deuxième vague dévastatrice de la pandémie.

Les cas de Covid-19 augmentent dans une grande partie du monde. L'Amérique du Nord et l'Europe connaissent les augmentations les plus fortes des taux d'infection. Les États-Unis n'ont jamais réussi à baisser les taux en dessous de ceux de la vague initiale, malgré une certaine amélioration au cours de l'été. Néanmoins, le pays connaît une forte augmentation des cas, bien pire qu'au début de la pandémie. Le Canada a réussi à faire baisser considérablement les taux cet été, après une première vague au printemps, mais il souffre maintenant d'une deuxième vague pire que la première.

L'Europe a connu un succès important dans la lutte contre le virus au début de l'été, mais la deuxième vague dépasse de loin les taux de la première. Il y a eu quelques signes positifs dans certains pays européens la semaine dernière, avec un ralentissement de l'augmentation des taux d'infection - conséquence probable des confinements et autres mesures de prévention. Pourtant, la situation dans toute l'Europe est éprouvante, la plupart des pays luttant pour contenir le virus. La deuxième vague de Covid-19 s'est répandue dans toute l'Europe, du Royaume-Uni à la Russie et de la Suède à l'Espagne. Même l'Europe centrale, qui a échappé à une grande partie de la première vague, connaît désormais des taux d'infection très élevés.

Les réactions à travers l'Europe sont variées. La Suède est toujours en tête de ceux qui pensent que la meilleure approche est de suggérer, plutôt que d'exiger, quelques précautions simples tout en gardant généralement tout ouvert. Elle a enregistré beaucoup plus d'infections et de décès que ses voisins nordiques, mais moins que certains autres pays européens. Plusieurs pays ont imposé une série de restrictions, et certains - comme l'Allemagne - ont mis en place des confinements partiels. Un plus petit nombre, comme la France et l'Autriche, ont renforcé leurs confinements partiels précédents. Les responsables ont averti qu'il pourrait y avoir des restrictions sur les voyages pendant les vacances de Noël le mois prochain.

Il est difficile de cerner la raison majeure expliquant la plus grande intensité de la deuxième vague de la pandémie en Europe. L'un des facteurs a été la levée des restrictions au cours de l'été. À l'instar du Canada, de nombreux pays européens ont instauré des confinements et d'autres mesures au cours de la première vague, et ont réussi à réduire considérablement les taux d'infection au début de l'été. Naturellement, bon nombre des mesures les plus strictes ont été levées. La vie est revenue en grande partie à la normale dans de nombreux endroits. Malheureusement, il est devenu clair qu'un retour à la vie normale permet au virus de se propager.

Un des autres facteurs liés à la Covid-19 est la lassitude. Les confinements sont préjudiciables économiquement et socialement, et il n'est pas possible de les maintenir indéfiniment. Au-delà de ce fait, de nombreuses personnes sont fatiguées des autres restrictions, et choisissent de ne pas porter de masque systématiquement, de se rassembler en groupes importants, et d’effectuer des voyages. Lorsque la deuxième vague a commencé en août, de nombreux chefs de gouvernement hésitaient à imposer à nouveau des restrictions à une population épuisée, et à causer de nouveaux préjudices économiques.

Un autre facteur majeur encore, plus spécifique à l'Europe, est la saison des voyages au mois d’août. Alors que l'été est une période durant laquelle les habitants de nombreux pays aiment voyager, la culture européenne affectionne particulièrement le mois d'août comme période de vacances, et les touristes sont souvent concentrés dans des zones spécifiques, tels que le long de la mer Méditerranée. En août, les frontières intérieures européennes étaient ouvertes. Alors que le nombre de touristes était en baisse par rapport aux années passées, en partie du fait des restrictions à l'encontre des touristes Américains, l'Europe avait encore une saison de vacances relativement solide. Ce n'est pas un hasard si les taux d'infection ont commencé à augmenter ce mois-ci. Alors que les vacanciers se détendaient et se retrouvaient - parfois en grands groupes, sans masques – l’épidémie a commencé à se propager dans des pays à forte densité touristique comme la Grèce, qui n'avaient pas auparavant connu de taux d'infection particulièrement élevés. Les voyageurs ont ensuite rapporté le virus dans leur pays d'origine.

En Europe, tout comme aux États-Unis, les jeunes adultes jouent un rôle important dans la deuxième vague. Ils partent en vacances, vont à l'université dans certains cas, se retrouvent, puis propagent la maladie dans leurs familles et leurs communautés.

Il existe des différences entre les nations européennes qui peuvent explique la différence de situation. A titre d’exemple, certains ont été réticents à promouvoir ou à exiger le port du masque, tandis que d'autres ont été beaucoup plus fermes avec cet élément clé. Cependant, même en tenant compte de ces différences, la deuxième vague frappe durement la majeure partie de l'Europe.

L’expérience de l’Europe offre des leçons pour le reste du monde. La première est que les mesures de prévention restent des outils importants jusqu'à ce qu'il y ait un vaccin largement disponible ou une immunité collective. Les confinements ne dureront pas indéfiniment, mais des mesures moins restrictives peuvent jouer un rôle pour aider à prévenir les pics de contamination. Une autre leçon à tirer est de faire attention aux grands groupes de personnes voyageant vers un nombre limité de destinations dans un laps de temps restreint; ce type de voyage peut rapidement propager le virus à travers les pays. Enfin, aucun groupe de population - notamment les jeunes ou les vieux – ne vit dans l'isolement. Dans une société, les personnes de différentes générations, classes, et autres, interagissent. Leur comportement influe sur les uns comme sur les autres, en particulier en cas de pandémie.

Kerry Boyd Anderson est écrivaine et conseillère en risque politique, avec plus de 16 ans d’expérience en tant qu’analyste professionnelle des questions de sécurité internationale, de risque politique et des affaires, au Moyen-Orient. Elle a également occupé le poste de vice-directrice conseil auprès de Oxford Analytica ainsi que rédactrice en chef de Arms Control Today.

Twitter : @KBAresearch. 

NDLR : Les opinions exprimées dans cette rubrique par leurs auteurs sont personnelles, et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de Arab News.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com