Covid-19: la santé mentale d'adolescents se dégrade, selon une pédopsychiatre

L'équipe mobile dirigée par Sylvie Tordjman (G), composée de pédo-psychiatres, d'assistantes sociales, d'infirmiers et de psychologues, à Rennes dans leur bureau mobile, un camping-car (Fred Tanneau/AFP)
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Publié le Dimanche 22 novembre 2020

Covid-19: la santé mentale d'adolescents se dégrade, selon une pédopsychiatre

  • Le reconfinement est un événement qui se répète et empêche de se projeter vers l'avenir, à commencer par les fêtes de Noël
  • C'est aussi un huis clos qui peut exposer davantage ces jeunes à des violences intra-familiales

RENNES :Crises suicidaires, d'angoisse, somatisation : la santé mentale d'un nombre croissant d'adolescents se dégrade en raison du Covid-19 et du reconfinement, s'inquiète la professeure en pédopsychiatrie à Rennes Sylvie Tordjman.

QUESTION: Qu'observez-vous au Pôle hospitalo-universitaire de psychiatrie de l'enfant et l'adolescent que vous dirigez?

REPONSE: A Rennes, comparé à la même période en 2019, nous accueillons deux fois plus de jeunes patients aux urgences pédiatriques (pour les moins de 16 ans, ndlr) pour des crises suicidaires, trois fois plus pour les troubles anxieux avec somatisation (des douleurs physiques inexpliquées), et quatre fois plus pour les troubles anorexiques. 

Des observations similaires ont été faites ailleurs en France par mes collègues, par exemple à l'hôpital (pédiatrique) Robert-Debré, à Paris, à Nantes et Limoges ou à Nice, au CHU- Lenval Hôpitaux (spécialisés en pédiatrie).

Pour nous, cette flambée est liée au reconfinement. Les chiffres étaient stables sur Rennes ces derniers mois, par rapport à la même période de 2019, y compris en octobre.

Q: Au-delà du nombre plus important de jeunes patients, les cas sont-ils plus graves?

R: Dans les tentatives de suicide, on relève des recours à la pendaison et à la défenestration anormalement élevés. Par ailleurs, tous les jeunes de 16 à 18 ans hospitalisés en novembre 2019 en unité d'hospitalisation de courte durée sont repartis ensuite chez eux avec des suivis en ambulatoire. Là, sur 11 jeunes hospitalisés entre le 1er et le 12 novembre 2020, seuls trois d'entre eux ont pu retourner à domicile avec un suivi en ambulatoire. Tous les autres ont été hospitalisés au long cours pour dépression sévère avec risque de récidive suicidaire. 

Pour les anorexiques, on observe la même aggravation. Ordinairement, les jeunes filles anorexiques ne vont jamais aux urgences pédiatriques. Là, elles y arrivent dans des états de dénutrition et de déshydratation. Elles arrêtent de boire et de manger et ça interroge sur de possibles tendances suicidaires. Elles sont dans une pathologie beaucoup plus sévère que d'habitude qui ne correspond pas aux modalités habituelles de l'anorexie. Le même constat a été fait à Robert-Debré ainsi qu'aux urgences pédiatriques des CHU de Toulouse et Rouen.

Habituellement, sur la première quinzaine de novembre, nous avons au maximum à Rennes une seule hospitalisation pour anorexie. Cette année, six adolescentes de moins de 16 ans ont été hospitalisées la première semaine de novembre. Trois d'entre elles sont sorties la semaine dernière, mais elles ont alors été remplacées par trois nouvelles patientes, avec donc un total de six lits occupés en permanence. 

Q: Le reconfinement suffit-il à expliquer cette recrudescence et que peuvent faire les proches?

R: On peut être surpris par ces chiffres car les écoliers, collégiens et lycéens sont scolarisés à 50% en présentiel. Mais le reconfinement général entraîne une diminution des activités sociales, sportives, culturelles, etc. C'est aussi un huis clos qui peut exposer davantage ces jeunes à des violences intra-familiales.

Par ailleurs, le reconfinement est un événement qui se répète et empêche de se projeter vers l'avenir, à commencer par les fêtes de Noël.

Tout cela entraîne une forme de stress chronique, renforcé par la précarité sociale provoquée par le confinement, les attentats, l'effet de saisonnalité (hiver).

Il est important que les parents respectent et fassent respecter à leurs enfants les rythmes physiologiques avec des heures régulières de coucher, de lever, des repas, ainsi que les activités physiques et sociales. Attention à l'addiction aux écrans! La désynchronisation des horloges biologiques entraîne, selon beaucoup d'études, une vulnérabilité aux troubles anxieux, dépressifs et psychotiques qui pourrait contribuer à expliquer ces passages aux urgences anormalement augmentés.

 


Kad Merad : l’histoire du «grand copain des français»

L’acteur français Kad Merad, en 2016 (Photo, François LO PRESTI/AFP).
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  • C’est en 2012, aux côtés de l’acteur et humoriste Dany Boon, que sa carrière prend un nouveau tournant
  • Merad obtient le César du Meilleur second rôle pour Je vais bien, ne t'en fais pas de Philippe Lioret

Je vais bien ne t’en fais pas, Les Choristes, Bienvenue chez les Ch'tis, Les Tuches, ou Le Petit Nicolas. En plus d’avoir été des succès cinématographiques, qu’ont donc en commun ces films? Kad Merad, de son vrai prénom Kaddour.

Avec plus de 83 films à son actif et une carrière de vingt-cinq ans, l’artiste de 56 ans est l'une des valeurs sûres du cinéma français, et figure aujourd’hui parmi les personnalités publiques les plus populaires dans l’Hexagone.

Un parcours atypique

Né à Sidi Bel Abbès, en Algérie, d’un père algérien et d’une mère française, Kaddour grandit en France, entre la Loire et l’Essonne entouré de ses deux frères Karim et Reda, et de sa sœur Yasmina.

À 16 ans, il décide d’abandonner les bancs de l’école pour décrocher un BEP de commerce. Une fois son diplôme en poche, il se lance dans la vente d’encyclopédies à domicile.

Pourtant, il change vite de projet. Passionné par l’art et l’expression depuis son plus jeune âge, il se produit sur des scènes alternatives avec son groupe de rock et fonde ensuite sa propre troupe: les Gigolo Brothers.

Au fil des rencontres, il noue une amitié très forte avec Olivier Baroux, qui devient son acolyte et son partenaire artistique. Ensemble, ils forment à l’antenne de la radio Oui FM un duo humoristique de choc baptisé «Kad et O». Tous les mercredis soir, les deux compères animent l’émission «Le Rock’n’roll Circus». Ce succès immédiat lui ouvre les portes du petit écran, où il présente des séries, comme «La Grosse émission» en 2001. Parallèlement, il enchaîne des petits rôles au cinéma.

Cercle vertueux

Kad Merad se fait particulièrement remarquer en 2006, dans la comédie dramatique Je vais bien, ne t'en fais pas de Philippe Lioret, où il incarne avec brio le rôle d’un père de famille. Bien qu’aux antipodes du registre comique grâce auquel il s’est fait connaître, il réussit à bouleverser son audience en endossant le rôle d’un personnage touchant. Son jeu d’acteur est acclamé par ses pairs: il obtient le César du Meilleur Second Rôle.

Toutefois, c’est en 2008, aux côtés de l’acteur et humoriste Dany Boon que sa carrière prend un nouveau tournant. Avec plus de vingt millions d'entrées, Bienvenue chez les Ch'tis marque l’apogée de sa carrière.

Dernièrement, il a collaboré avec le réalisateur libanais de renom Ziad Doueiry à l’occasion de la série Baron Noir, où il donne la réplique à l’actrice Anna Mouglalis, grande égérie des films d’auteurs.

Une arabité assumée

Fier de ses racines, il veille à transmettre l’amour qu’il porte à sa culture d’origine dans le film Marseille qu’il coécrit en 2016.

Kaddour porte fièrement son arabité, il a appris à faire de sa double nationalité une richesse qu’il veut transmettre à son fils Khalil. «Si on a choisi Khalil avec ma femme, c’est tout simplement parce qu’on aime ce prénom. Il aurait pu s’appeler Marius. Mais, après tout, il a des origines arabes, mon fils, donc ça le lui rappellera et c’est très bien», précise-t-il lors d’une interview.

Acteur, réalisateur, scénariste, mais aussi chanteur de rock, Kaddour Merad illustre parfaitement la success-story à la française. Fidèle à lui-même, il réussit à imposer son style dans l’univers parfois impitoyable du 7e art, et à faire partie des grands de ce milieu.

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Ces portraits ont été choisis et rédigés pour mettre l’accent sur des parcours remarquables de citoyens français d’origine arabe dans le cadre de l’enquête Arab News en Français / YouGov intitulée «Comprendre la minorité marginalisée de France». Quelques exemples parmi des dizaines de milliers qui viennent prouver que l’ampleur d’un débat stigmatisant souvent surchargé de préjugés ne change rien au fait qu’un brassage de cultures peut servir d’outil enrichissant pour une meilleure intégration.


Les Arabes dans l’imaginaire français

Les habitants de la communauté maghrébine à Toulouse se consolent 27 janvier 1984 après la mort d’un jeune immigré à la suite d’une intervention policière (Photo, Georges GOBET/AFP).
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  • La représentation collective de l’Arabe en France est incontestablement un héritage de la période coloniale
  • Au gré des circonstances, le regard porté sur les Arabes est marqué par une ambivalence où se mêlent rejet et attirance

PARIS: Contrairement à une idée reçue, la présence arabe en France n’est pas liée aux vagues d’immigration économique des années 1960. Elle remonte plutôt au haut Moyen Âge, vers 717, lorsque les armées arabo-berbères – sous commandement omeyyade – franchissent les Pyrénées pour ravir la Septimanie aux Wisigoths. Elle deviendra l’une des cinq provinces d’Al-Andalus, avec Arbûna (Narbonne) pour capitale. Souvent éclipsé, cet événement constitue pourtant une étape clé dans l’histoire de France.

C’est donc au viiie siècle que l’Arabe fait irruption dans l’imaginaire français. Perçu comme l’Infidèle (non chrétien), on le désigne indifféremment comme «le Maure», «l’Ismaélien» ou encore «le Mahométan». Il sera visé par la propagande de l’élite «cultivée» de l’époque, qui n’y fait référence que par des épithètes insultantes et des représentations dégradantes.

Quant à la religion musulmane, qualifiée d’hérétique, elle fera l’objet de toutes sortes de calomnies et de désinformations. Relayés et alimentés par des hommes du pouvoir ecclésial, des écrivains et autres chroniqueurs, ces clichés perdureront des siècles durant et «nourriront» les esprits au cours des croisades et au-delà.

Toutefois, au gré des circonstances, le regard porté sur les Arabes est marqué par une ambivalence où se mêlent rejet et attirance. En témoigne l’admiration portée aux soldats arabes qui ont combattu pour la France. Sébastopol, Sedan, Verdun, Monte Cassino… ils furent de toutes les batailles. Parfois même du mauvais côté de l’histoire, comme à Diên Biên Phu. Une fois démobilisés, les rescapés regagneront leurs pays… sous domination coloniale.

Les clichés négatifs ressurgissent avec force pendant la période coloniale, comme pour justifier la violence faite aux populations dominées. Ces «indigènes sauvages», que la République se charge de guider vers les lumières de la «civilisation». Sous la IIIe République, la propagande antiarabe s’invite à l’école. Les manuels scolaires de l’époque vantent «l’œuvre civilisatrice de la colonisation» et se fondent sur la raciologie du xixe siècle pour concilier préjugés dominateurs et principes républicains.

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la France manque de bras pour sa reconstruction. Elle fait venir 100 000 travailleurs par an, majoritairement des colonies. C’est le début de l’immigration de masse favorisée par les Trente Glorieuses et le plein emploi : de 50 000 en 1946, ils passent à 3 868 000 en 1975. Les migrants de cette période (1945-1975) représentent un enjeu majeur pour les grands groupes. Non sans paternalisme, Francis Bouygues dira: «Les étrangers ont beaucoup de qualités, et ce sont des gens courageux.»

Pour le patronat, les travailleurs immigrés sont un simple facteur de production. Leur présence en France est nécessaire à condition qu’elle soit temporaire. Cette vision «idéale» de l’immigration économique, qui nie l’aspect social de la question, volera en éclats dans les années 1970 avec le regroupement familial.

Pour la frange raciste de la population, l’idée que les «Arabes» puissent s’installer durablement en France est insupportable. Cela déclenche une série de crimes racistes, entre 1971 et 1983, qui feront des dizaines de victimes. À l’origine économique, l’immigration devient progressivement un enjeu politique et électoral. Toutes les tendances politiques essayeront de la contrôler, à l’exception de l’extrême droite qui exploite le moindre fait divers pour réveiller les vieux démons.

La représentation collective de l’Arabe en France est incontestablement un héritage de la période coloniale. Si les anciens stéréotypes semblent passés de mode, il n’en demeure pas moins que le regard sur l’autre oscille entre rejet et attirance au gré des crises et des évènements.

Lorsque la France devient championne du monde de football en 1998, elle célèbre Zinedine Zidane, fils de travailleur immigré algérien, fer de lance de l’équipe et six fois en tête des personnalités préférées des français. L’euphorie du moment accouche du slogan «black-blanc-beur» synonyme de «vivre ensemble», croit-on. Ce mythe finira par se briser sept ans plus tard avec les émeutes de Clichy-sous-Bois liées à la mort tragique de deux adolescents qui fuyaient, par peur, la police.

Devant l’étendue de la révolte, les autorités instaurent un couvre-feu, adossé à la loi sur l’état d’urgence. Ironie de l’histoire, cette loi référence a été votée en avril 1955, sous le gouvernement d’Edgar Faure, dans le contexte de la guerre d’Algérie. Durant cette période, elle a été également appliquée en métropole… aux seuls Nord-Africains. C’est l’origine du fameux «contrôle au faciès» qui a perduré jusqu’à nos jours.

Progressivement, on passe de «l’Arabe» au «musulman». Déjà en 1983, le socialiste Pierre Mauroy instrumentalise ce cliché pour discréditer les grèves aux yeux de l’opinion dans le secteur de l’automobile. Les ouvriers nord-africains qui y travaillent sont accusés d’être «agités par des groupes religieux», et le mouvement social taxé de «grèves saintes d’intégristes, de musulmans, de chiites». 

L’islamisation des regards se légitimera à travers la révolution iranienne, l’affaire du foulard et les attentats commis par des terroristes se réclamant de l’islam. Le microcosme politico-médiatique généralise le qualificatif de «musulman» et évoque une supposée «communauté musulmane», sans se soucier de savoir si les intéressés le sont vraiment. Nicolas Sarkozy n’hésitera pas employer la terminologie de «musulmans d’apparence» et de «préfet musulman» pour désigner l’ex-Préfet du Jura Aïssa Dermouche.

Les attentats du 11 septembre 2001 finiront par fixer définitivement l’image du terroriste islamiste dans l’imaginaire collectif. On assiste à la montée crescendo d’un racisme décomplexé, relayé de manière récurrente par des médias exhibitionnistes et des écrivains en mal de fonds de commerce. Gros paradoxe, lorsqu’on sait que les Français d’origine arabe, dans leur grande majorité, pratiquants ou pas, évoluent en parfaite harmonie avec les valeurs de la République. De plus, ils contribuent efficacement à l’essor de la France dans tous les domaines. L’exemple le plus emblématique est sans conteste celui des milliers de médecins d’origine arabe, généralement maghrébins, qui portent à bout de bras le système sanitaire français. Ceux-là comme d’autres se sentent pourtant stigmatisés en raison de leur origine, de la consonance de leur nom et de leur religion réelle ou supposée. Ce sentiment d’exclusion  est plus fort chez les femmes, comme le montre un sondage YouGov/Arab News réalisé en septembre 2020.

Force est de constater que le rejet aujourd’hui de cette catégorie de Français présente de nombreuses similitudes avec celui de l’Arabe hier. Les mêmes préjugés et les mêmes représentations biaisées subsistent. Jusqu’à quand?

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Incendie à Paris dans un foyer de migrants: huit blessés

Un incendie s'est déclenché dans un foyer de migrants du nord de Paris (Photo, AFP)
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  • Le feu, désormais maîtrisé, s'est déclenché au premier étage, au niveau des cuisines collectives
  • Huit personnes ont été blessées, en urgence relative, dont cinq ont dû être transportées à l'hôpital

Un incendie qui s'est déclenché dans la nuit de samedi à dimanche dans un foyer de migrants du nord de Paris, a fait huit blessés, dont cinq ont transportés à l'hôpital, a indiqué un porte-parole des pompiers.

Le feu, désormais maîtrisé, s'est déclenché au premier étage, au niveau des cuisines collectives, avant de se propager aux 2e et 3e étages de ce foyer situé rue Marc Séguin, dans le XVIIIe arrondissement de la capitale, a précisé ce porte-parole.

Huit personnes ont été blessées, en urgence relative, dont cinq ont dû être transportées à l'hôpital.

Quelque 360 personnes ont été évacuées et la centaine de pompiers présents sur place sont intervenus pour venir en aide à une dizaine d'habitants de l'immeuble, coincés par les flammes, à l'aide notamment de grandes échelles.