Renault et Nissan détailleront le 6 février la refonte de leur alliance

La chaîne de montage produisant à la fois la voiture électrique Renault Zoe et le véhicule hybride Nissan Micra à Flins-sur-Seine (Photo, AFP).
La chaîne de montage produisant à la fois la voiture électrique Renault Zoe et le véhicule hybride Nissan Micra à Flins-sur-Seine (Photo, AFP).
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Publié le Vendredi 03 février 2023

Renault et Nissan détailleront le 6 février la refonte de leur alliance

  • Renault, Nissan et leur troisième partenaire Mitsubishi prévoient de tenir une conférence commune à Londres le lundi 6 février
  • L'alliance était le premier constructeur mondial en 2018 en volume de ventes, mais est arrivé au pied du podium en 2022

PARIS: Renault et Nissan vont détailler le 6 février la nouvelle organisation de leur alliance, scellée en 1999 mais déstabilisée après la chute de l'ancien patron Carlos Ghosn, ont annoncé les deux groupes jeudi.

Renault, Nissan et leur troisième partenaire Mitsubishi "prévoient de tenir une conférence commune à Londres le lundi 6 février 2023 à 8h30" heure locale, selon un communiqué commun.

Les constructeurs présenteront, "sous réserve de l'approbation préalable de leurs conseils d'administration respectifs", "les accords définissant les nouvelles bases de leur partenariat" dont les grandes lignes ont été dévoilées lundi, précisent les entreprises.

Après des mois de négociations complexes, Renault et Nissan ont décidé que le groupe français allait réduire sa part au capital du constructeur japonais à 15% contre 43,4% actuellement, pour mettre les deux partenaires sur un pied d'égalité.

Il s'agit d'une réorganisation majeure pour cette alliance, qui a connu des périodes fastes, mais aussi de graves crises de confiance. Les tensions, liées au déséquilibre originel de leurs participations croisées, avaient atteint leur paroxysme après la chute spectaculaire de leur grand patron commun Carlos Ghosn, arrêté fin 2018 au Japon pour des accusations de malversations financières, et qui a fui au Liban un an plus tard.

L'alliance était le premier constructeur mondial en 2018 en volume de ventes, mais est arrivé au pied du podium en 2022 derrière Toyota, Volkswagen et Hyundai-Kia.

Renault et Nissan vont désormais chacun détenir 15% du capital de l'autre, "avec une obligation de conservation, ainsi qu'une obligation de plafonnement de leurs participations", selon les constructeurs.

Nissan, lui, détenait déjà 15% de Renault mais était privé des droits de vote de cette participation, une restriction qui va désormais être levée.

Nissan va par ailleurs investir dans Ampere, le futur pôle électrique de son partenaire français. Le montant de cet engagement n'a pas été précisé pour le moment.

Le groupe français ne va pas vendre immédiatement le reste de ses actions Nissan (28,4%) car leur valeur de marché est très inférieure à leur valeur actuellement inscrite dans ses comptes.

Pour éviter des dépréciations massives, Renault va transférer cette tranche dans une structure financière qui permettra aux droits de vote attachés à ces actions d'être "neutralisés" pour la plupart des décisions.

De nouveaux projets opérationnels entre Renault et Nissan sont également prévus en Amérique latine, en Inde et en Europe, selon les deux entreprises.


Dans l'eldorado colombien, la bataille des «dragons» d'or

Vue aérienne montrant l'impact environnemental de l'exploitation minière dans la municipalité de Taraza, département d'Antioquia, Colombie, le 22 mars 2023. Les squelettes géants de dragues à or brûlées et démantelées jonchent les rivières du nord-ouest de la Colombie, où le gouvernement mène une guerre sans merci contre l'exploitation minière illégale. (AFP).
Vue aérienne montrant l'impact environnemental de l'exploitation minière dans la municipalité de Taraza, département d'Antioquia, Colombie, le 22 mars 2023. Les squelettes géants de dragues à or brûlées et démantelées jonchent les rivières du nord-ouest de la Colombie, où le gouvernement mène une guerre sans merci contre l'exploitation minière illégale. (AFP).
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  • Siphonnant les fonds alluvionnaires, ces monstres de fer, surnommés localement les 'dragons', détruisent l'environnement et financent, selon les autorités, le crime organisé
  • Leur neutralisation, opérée manu militari par l'armée, suscite une vive hostilité des communautés locales

EL BAGRE : Tels des porte-avions échoués sur les gravières, leurs épaves noircies par les flammes gisent ici et là le long des rivières: dans le nord-ouest de la Colombie, le gouvernement mène une lutte sans merci contre les dragues servant à l'extraction de l'or.

Siphonnant les fonds alluvionnaires, ces monstres de fer, surnommés localement les "dragons", détruisent l'environnement et financent, selon les autorités, le crime organisé.

Leur neutralisation, opérée manu militari par l'armée, suscite une vive hostilité des communautés locales, a constaté l'AFP à El Bagre, au cœur d'une région historiquement aurifère, le Bajo Cauca, où beaucoup de chercheurs d'or subsistent au jour le jour de l'exploitation informelle.

Un grève générale des orpailleurs, menée depuis début mars, a été marquée par de nombreux actes de vandalisme, et serait soutenue en sous-main par les narcos, estime le gouvernement.

"Nous n'avons rien à voir avec les groupes criminels. Nous sommes de simples mineurs du coin qui ne causent pas de problème", plaide Luis Manuel Campo, chemisette à fleurs entrouverte sur un collier à crucifix forgé dans le précieux métal.

Chacun sa «chance»

A 32 ans, Luis est propriétaire d'une drague avec trois autres associés. "On ne se cache pas. On veut juste que s'arrête la persécution. Nous voulons formaliser notre situation, pour pouvoir travailler tranquillement sans être stigmatisé", affirme-t-il.

Zaragoza, Caceres... les noms des villes rappellent que le colonisateur espagnol exploitait déjà l'or au XVIIe siècle dans le Bajo Cauca, qui suit le lit du fleuve éponyme et de ses affluents, dont le rio Nechi, descendant de la cordillère des Andes vers la côte caribéenne.

Ancien bastion des paramilitaires dans les années 1990, la région est aujourd'hui une place forte de leurs héritiers du Clan del Golfo, plus puissant cartel du pays, avec lequel le président de gauche Gustavo Petro vient d'annoncer la rupture de délicates négociations de paix, dénonçant notamment son implication dans le juteux et opaque commerce de l'or.

Car avec la montée des cours et du dollar, le Bajo Cauca connait une nouvelle fièvre de l'or: du miséreux cherchant chaque jour sa pitance dans les graviers avec sa pelle, en passant par les "machines jaunes" (surnom local des bulldozers) et les plus imposants engins de dragages.

"A part l'or ici, il n'y a rien", explique M. Campo. "Pour vivre il faut se démerder avec tes bras, ou le peu d'argent que tu as. Tu investis, tu creuses... L'or, c'est de la chance!", résume cet enfant du pays. Et à El Bagre, "on trouve de l'or sur n'importe quelle plage...".

On y dénombre près de 350 engins de dragages en tout genre, s'accordent à dire les sources locales.

Cela va du simple flotteur à moteur, avec son tapis roulant bricolé, à la drague de cinq mètres de long, opérée par plusieurs plongeurs guidant sous les eaux sombres le tuyau aspirateur. Et enfin les plus grosses dragues, dite de type "brésilienne" ou "dragons", protagonistes de la crise actuelle.

Il y aurait 27 brésiliennes opérant illégalement sur le rio Nechi, selon les représentants de ce secteur informel.

En plus des grandes dragues, légales celles-là, de l'entreprise Mineros Aluvial, multinationale de capitaux colombiens, et unique acteur agréé par l'Etat sur cette zone de près de 50 000 hectares.

Une brésilienne, c'est "une embarcation de trois étages, 20 mètres de long, avec de gros moteurs, et qui suce les fonds des cours d'eau", résume le patron de l'armée dans la zone, le général Eduardo Arias, qui orchestre la chasse à ces machines responsables d'un véritable "écocide" selon lui.

Elles tiennent leur surnom de leurs homologues utilisés à grande échelle en Amazonie brésilienne. Leur technologie aurait été importée en 2005 par deux Brésiliens, incarcérés depuis.

Coléoptère Mad Max

L'AFP a pu visiter plusieurs de ces engins, dont la flambant neuve "Native", construite fin 2022, opérationnelle pendant deux mois, et désormais à l'arrêt dans un bras du rio Nechi.

"Les hélicos (de l'armée) nous survolent tous les jours, on a peur", se lamente son capitaine Alex Cossio, solide gaillard de 41 ans.

Au-dessus de la coque en acier, le premier étage abrite la salle des machines. L'étage supérieur recueille les tonnes de sédiments sur un tamis géant, à côté de dortoirs de fortunes et des cantinières. Le long tuyau en forme de rostre s'élevant de la proue pour aller sucer les alluvions donne à l'ensemble des allures de coléoptère géant version Mad Max.

Prodiges de bricolages, de mécanique et de recyclage, construites grâce à l'ingéniosité et la pugnacité des communautés locales, elles fonctionnent quasi 24/24h dans le vacarme des moteurs. L'équipage, jusqu'à 20 personnes, est payé au pourcentage.

L'investissement pour une brésilienne tourne autour de 500 000 dollars. "Avec les cours actuels, c'est rentable", détaille M. Cossio, à raison d'une récolte minimum de 80/100 grammes d'or par jour.

Une brésilienne peut trouver jusqu'à 2 kilos d'or par jour, soit plus de 50 000 dollars, selon une source policière.

"Gasoil, nourriture, logistique... On achète tout au quartier, un grand nombre de familles vivent de notre activité", souligne le capitaine Cossio.

Sa drague, "c'est un rêve et un patrimoine familial". Et qui n'a aucun lien avec le crime organisé, assure-t-il.

L'AFP a comptabilisé sur le Nechi au moins six "brésiliennes" incendiées. Plusieurs sont déjà en cours de réhabilitation, comme à Nueva Esperanza, hameau miséreux au bord de l'eau, où trois dragues, amarrées côte-à-côte, ont été visées par un raid de l'armée le 10 mars.

"On a essayé de les arrêter, c'était terrible", se souvient Julia Tatis, propriétaire d'une petite gargote.

«Proies faciles?»

Les trois embarcations, telles des forteresses d'acier, tiennent pourtant encore debout. L'une des trois, la Guadalupe, semble même déjà sur le point de reprendre la navigation. Des mécanos s'affairent dans le cambouis sur un nouveau moteur tout juste réinstallé.

"Les militaires ont débarqué en disant que nous sommes du Clan del Golfo. Et ils ont tout brûlé", raconte son patron, Juan Manuel Carcamo. "On se réorganise, sans vraiment savoir ce qu'il va se passer".

"Ca fait trois fois que ces fils de p...  brûlent cette drague", peste William, un équipier, dont la panse s'échappe du tee-shirt.

"L'or c'est une aventure. Mais ça peut se faire dans les formes", veut-il croire, se disant même "prêts à aider à la reforestation".

"Bien sûr que les dragues ont un impact. Mais nous travaillons les sols qui ont été déjà exploités par l'entreprise Mineros depuis 40 ans", explique Luis Manuel Campo. "Les dégâts ont déjà été faits. Alors où est le problème?"

Quant à l'emprise du Clan del Golfo, "ce n'est un secret pour personne que dans ce pays, les groupes illégaux ont des mains dans tous les business...", reconnaît le patron de la Native.

Mais "il est faux de dire que les dragues appartiennent au Clan", soutient Francisco Arrieta Franco, avocat et défenseur de la cause des petits mineurs, qu'il voit plutôt comme des "victimes". "C'est compliqué et coûteux d'opérer directement une drague. Les criminels sont plus intéressés par l'extorsion, qui est partout dans cette région".

"Dans ces territoires abandonnés depuis toujours par l'Etat, les orpailleurs des dragues sont avant tout les proies faciles du Clan", analyse un journaliste local, Eder Narvaez, jugeant que la solution est plutôt dans la certification du secteur.

Mais l'extorsion se poursuivra d'une manière ou d'une autre, préviennent toutes ces sources.

Dans un comptoir d'achat d'or, on met en garde contre les violences à venir "si le gouvernement continue à harceler les mineurs".

"Nous avons besoin des dragues pour travailler et manger. Elles servent toute la communauté!", s'époumone une employée. "C'est quand on a le ventre vide qu'on est obligé de faire des choses vraiment illégales...", menace à demi-mot un orpailleur.


Le code-barres fête ses 50 ans, avant son remplacement progressif par le QR Code

Le célébrissime système d'identification des denrées commerciales, grand contributeur à la mondialisation des échanges, fête ses 50 ans en 2023, avant d'être progressivement remplacé par un autre système d'identification, le QR code, plus riche en informations. (AFP)
Le célébrissime système d'identification des denrées commerciales, grand contributeur à la mondialisation des échanges, fête ses 50 ans en 2023, avant d'être progressivement remplacé par un autre système d'identification, le QR code, plus riche en informations. (AFP)
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  • Le code-barres, véritable «pièce d'identité du produit», «permet aussi aux professionnels en magasin d'avoir accès à d'autres fonctionnalités»
  • QR Code signifie Quick Response Code (code à réponse rapide) et son avantage par rapport au code-barres est qu'il peut intégrer beaucoup plus d'informations

PARIS: Bon anniversaire au code-barres... Le célébrissime système d'identification des denrées commerciales, grand contributeur à la mondialisation des échanges, fête ses 50 ans en 2023, avant d'être progressivement remplacé par un autre système d'identification, le QR code, plus riche en informations.

"Bip!": pour les clients comme les hôtes et hôtesses de caisse, le code-barres, c'est aujourd'hui un son. Chaque jour dans le monde, ces lignes verticales d'épaisseurs diverses sont scannées 6 milliards de fois. 70.000 produits qui, chaque seconde, passent en caisse.

Autre statistique vertigineuse: une enseigne française de taille moyenne comme Système U (4e distributeur en France avec 11,6% des parts de marché et près de 1.700 magasins) a indiqué avoir enregistré 523 millions de passages en caisse en 2022.

Gestion des stocks, transports, traçabilité... Le code-barres, véritable "pièce d'identité du produit", "permet aussi aux professionnels en magasin d'avoir accès à d'autres fonctionnalités", explique à l'AFP Laurence Vallana, directrice France de SES-Imagotag, entreprise spécialisée dans l'étiquetage électronique.

Chewing-gum aux fruits

Si le code-barres a initialement été breveté par les Américains Norman Joseph Woodland et Bernard Silver en 1952, il n'a vraiment été perfectionné et commercialisé qu'à partir de 1971 sous l'impulsion de l'ingénieur américain George Laurer.

Et le 3 avril 1973, le code-barres est devenu, après concertations entre grands industriels et distributeurs, le système utilisé pour identifier les produits de grande consommation qu'ils allaient s'échanger dans les décennies à venir. Il sera ensuite connu sous le terme de EAN-13 pour "European Article Number" et 13 comme le nombre de chiffres qu'il comporte.

Le premier article à avoir été scanné grâce à son code-barres, le 26 juin 1974 dans l'Ohio, était un paquet de chewing-gums aux fruits, désormais exposé au Musée national d'histoire américaine à Washington.

C'est aujourd'hui l'organisation Global Standard 1 (GS1) - "neutre et à but non lucratif", et forte de deux millions d'entreprises membres dont 53.000 en France - qui est chargée de la standardisation au niveau mondial de l'identification des produits.

Elle délivre pour chaque produit de chaque entreprise qui en fait la demande, de Coca-Cola à un producteur de fromages, un code unique d'identification, le "global trade item number", qui sera ensuite traduit en code-barres. Chaque entreprise doit s'acquitter d'une cotisation corrélée à son chiffre d'affaires, de 98 euros à 4.400 euros par an.

Jeu de go et album de rap 

Et une petite révolution s'esquisse, ont expliqué à l'AFP Renaud de Barbuat et Didier Veloso, respectivement PDG de GS1 Monde et président de GS1 France: à l'horizon 2027, le code-barres va en effet "tirer sa révérence" et "laisser place au nouveau standard développé par l'organisation" sous fome de QR Code.

Si le code-barres a rappelé à certains artistes, critiques de la surconsommation ou de la mondialisation, les barreaux d'une prison, l'apparence du QR Code peut rappeler le jeu de go: c'est ce jeu d'origine chinoise qui, avec ses combinaisons de points noirs et blancs disposés sur un carré, a inspiré son créateur en 1994, le Japonais Masahiro Hara.

QR Code signifie Quick Response Code (code à réponse rapide) et son avantage par rapport au code-barres est qu'il peut intégrer beaucoup plus d'informations, par exemple la composition du produit, essentielle pour le recyclage.

Ses atouts: "capturer plus d'informations produits, partager une infinité de contenus digitaux", ou "créer de nouveaux usages accessibles à tous, notamment aux consommateurs", synthétise GS1. Certaines enseignes adjoignent déjà à leurs produits ces codes permettant aux clients d'en savoir plus sur leur fabrication ou leurs caractéristiques.

Ce geste a largement été démocratisé au moment de l'épidémie de Covid-19.

Comme le code-barres avant lui, le QR Code a vite été détourné de son usage économique, utilisé par des artistes, comme sur la pochette de l'album "V" du rappeur français Vald, ou déployé récemment en banderole dans une tribune de stade par les supporters ultras du Paris Saint-Germain...

Appliqué aux produits de consommation, GS1 estime que le QR Code sera "un formidable outil pour développer l'économie circulaire", notamment le recyclage, la réutilisation, le réemploi.

Que les nostalgiques du code-barres se rassurent: "les 13 petits chiffres pour identifier un produit vont rester", indique GS1. La transition se fera en douceur.


Inflation: la tendance «batch cooking», cuisine planifiée et zéro gaspi

Depuis la cuisine de sa maison, dans un petit village alsacien à 30 km au nord-ouest de Strasbourg, Sandra Thomann prépare en environ deux heures l'ensemble de ses repas pour la semaine. (AFP)
Depuis la cuisine de sa maison, dans un petit village alsacien à 30 km au nord-ouest de Strasbourg, Sandra Thomann prépare en environ deux heures l'ensemble de ses repas pour la semaine. (AFP)
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  • Sur Instagram, ils sont 115.000 à suivre Sandra, alias «cuisineaddict»
  • Chaque vendredi, elle livre ses menus pour la semaine à venir, avec la liste de courses associée et la durée de conservation des plats

STRASBOURG: Cuisiner en une seule fois pour toute la semaine afin d'économiser son temps et son argent: c'est le "batch cooking", une méthode qui fait de plus en plus d'adeptes en ces temps d'inflation.

Depuis la cuisine de sa maison, dans un petit village alsacien à 30 km au nord-ouest de Strasbourg, Sandra Thomann prépare en environ deux heures l'ensemble de ses repas pour la semaine.

Après avoir taillé une brunoise de carottes et égrainé une grenade, elle fait mariner du poulet dans une sauce soja et gingembre.

"J'aime bien les recettes faciles mais qui changent un peu de l'ordinaire", décrit la quadragénaire.

Au menu cette semaine: salade de pois chiche, tarte chèvre/épinards, crumble d'endives et pâtes aux crevettes. Peu de viande et de poisson, ce qui permet de conserver ces plats plus longtemps.

Ils seront stockés au réfrigérateur, prêts à être réchauffés et dégustés au fil de la semaine, suivant la méthode du "batch cooking" ("cuisiner en lots"), qui vise à anticiper ce qu'on va manger pour mieux maîtriser son budget.

Sur Instagram, ils sont 115.000 à suivre Sandra, alias "cuisineaddict". Chaque vendredi, elle livre ses menus pour la semaine à venir, avec la liste de courses associée et la durée de conservation des plats.

Aide au quotidien

Une popularité qui "a vraiment explosé quand j'ai commencé à partager mes menus de batch cooking", raconte l'ancienne assistante de direction dans un cabinet comptable.

Blogueuse cuisine depuis près de 15 ans, Sandra Thomann s'est lancée en 2019 dans cette méthode déjà connue outre-atlantique. En seulement trois ans, elle a publié une dizaine de livres sur le "batch cooking", avec succès, et vit aujourd'hui de sa passion.

"En France, les gens aiment cuisiner", avance-t-elle, "Et quand on remarque que ça peut nous aider au quotidien, que ça simplifie la vie et que ça fait faire des économies, on s'y tient. Et de plus en plus de monde s'y met."

Car beaucoup cherchent des astuces en cette période d'inflation qui a vu les prix de l'alimentation bondir de 15,8% sur un an en mars.

"Ces derniers temps, la grosse inquiétude c'est la montée des prix: comment continuer de maintenir une alimentation équilibrée sans plomber son budget", explique Sandra Thomann, qui échange régulièrement avec ses abonnés sur les réseaux sociaux.

Julie Sling, 29 ans, figure parmi eux. Elle s'est mise au "batch cooking" quelque temps après la naissance de son fils Raphaël, huit mois. L'objectif: réduire sa "charge mentale" et faciliter son quotidien.

«Le strict nécessaire»

"J'ai tenté et il s'est avéré que c'était beaucoup plus simple pour manger équilibré et autre chose que du surgelé qui, en plus, peut revenir cher", témoigne-t-elle.

Elle ne fréquente plus les rayons des supermarchés et sa liste de courses est calquée sur celle proposée par Sandra.

"On achète vraiment le strict nécessaire, on évite d'acheter des choses qui vont pourrir ou qu'on risque de ne pas utiliser", dit-elle en récupérant ses provisions au drive d'un supermarché de Strasbourg.

Côté ticket de caisse, le budget mensuel de la famille atteint une centaine d'euros par semaine, en comptant les achats pour le bébé, dont les couches et le lait infantile. "Avant, on pouvait tourner autour de 150 euros, on achetait pas mal de choses parce qu'on ne savait jamais ce qu'on allait préparer et au final on achetait beaucoup trop", compare-t-elle.

Selon Sandra Thomann, le "batch cooking" est l'ennemi du gaspillage alimentaire mais aussi de la malbouffe: terminés la restauration rapide et les plats cuisinés livrés à domicile.

"Quand on est fatigué, qu'on rentre tard le soir, qu'on n'a pas envie de cuisiner après le boulot, on a juste à réchauffer le plat, ça évite de craquer sur des plats préparés qui coûtent cher", souligne-t-elle.

Si la blogueuse craignait que le "batch cooking" ne soit qu'un "effet de mode", elle se félicite qu'il y ait toujours "des nouvelles personnes qui découvrent la méthode, qui cherchent des astuces. Je crois que c'est fait pour durer".