Darmanin, «un équilibriste» rattrapé par les violences policières

Irritant pour la gauche et une partie de l'opinion, Gérald Darmanin, incarnation de la stratégie sécuritaire voulue par Emmanuel Macron en vue de la présidentielle (Photo, AFP).
Irritant pour la gauche et une partie de l'opinion, Gérald Darmanin, incarnation de la stratégie sécuritaire voulue par Emmanuel Macron en vue de la présidentielle (Photo, AFP).
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Publié le Vendredi 27 novembre 2020

Darmanin, «un équilibriste» rattrapé par les violences policières

  • Plusieurs proches du président ont exprimé sur Twitter leur indignation après avoir vu la vidéo du passage à tabac du producteur
  • Le Premier ministre a annoncé l'instauration d'une commission indépendante pour "une nouvelle écriture de l'article 24"

PARIS: Irritant pour la gauche et une partie de l'opinion, Gérald Darmanin, incarnation de la stratégie sécuritaire voulue par Emmanuel Macron en vue de la présidentielle, est rattrapé par une succession de violences policières qui crée un émoi général, y compris au sein du gouvernement.

Après les images "choquantes", selon les propres mots lundi du ministre de l'Intérieur, de l'évacuation avec violences d'un campement de migrants, en plein centre de Paris, c'est une vidéo du tabassage par des policiers d'un producteur de musique noir dans ses locaux qui a déclenché un tollé d'indignation.

Au point que Gérald Darmanin est venu s'expliquer dans le 20H00 de France 2, pour donner des gages de fermeté à l'endroit des policiers en cause. Il a annoncé ainsi qu'il demanderait leur "révocation" si la justice devait conclure à leur culpabilité.

Dans la matinée, il avait demandé leur suspension à titre conservatoire. Ce qui fut fait dans la journée. Quatre fonctionnaires sont concernés.

Quelques heures auparavant, selon une source gouvernementale, M. Darmanin avait été reçu par Emmanuel Macron. L'Elysée a seulement indiqué que le chef de l'Etat suivait la situation de près. Plusieurs proches du président ont exprimé sur Twitter leur indignation après avoir vu la vidéo du passage à tabac du producteur.

Au sein du gouvernement, le malaise grandit. Le garde des Sceaux Eric Dupond-Moretti s'est dit jeudi soir "forcément scandalisé par (les) images" du passage à tabac, avant de reconnaître que si elles n'avaient pas existé, "on n'aurait pas connu" cette affaire. "Il faut filmer", a-t-il ajouté.

Or, la diffusion de cette vidéo ainsi que celles de l'évacuation du camp de migrants, place de la République, sont venues télescoper la polémique sur la loi "Sécurité globale" et son article 24 qui interdit la diffusion d'images pouvant mettre en danger des policiers.

"Droite populaire"

Si Gérald Darmanin a pu se prévaloir mardi d'un vote large du texte par les députés, la situation s'est tendue pour lui dans la soirée sur ce front-là. Le Premier ministre a annoncé l'instauration d'une commission indépendante pour "une nouvelle écriture de l'article 24". Mardi Jean Castex avait promis de saisir le Conseil constitutionnel de ce texte.

Dès sa nomination en juillet dernier, Gérald Darmanin n'a pas caché sa volonté, par un discours sécuritaire, d'arrimer l'électorat de droite, en manque de candidat pour la présidentielle de 2022.

A l'image de son mentor, Nicolas Sarkozy, il est toujours en mouvement et parle cru, choque. "Il veut mettre des mots sur les choses", explique son entourage. Il y eut les termes "ensauvagement" ou  "voyous", mais aussi des phrases ponctuées d'argot. "Il incarne cette droite populaire", dit un de ses amis.

Avec la loi "sécurité globale", il s'est jeté sans complexe dans un discours "très sécuritaire", selon un ministre.

"Il irrite beaucoup, mais peu lui chaut. Il a sa stratégie politique, il continue, il a un tempérament qui va avec", souligne le politologue Pascal Perrineau. Mais attention, dit-il, à ne pas aller "trop loin dans les provocations".

"Tout s'agglomère"

Brice Teinturier (Ipsos) estime que le ministre, en dépit des critiques, n'est "pas fragilisé", car il est "utile" pour l'instant au chef de l'Etat. Néanmoins, il considère qu'il y a un risque que la loi "sécurité globale" et son article 24 deviennent un "sparadrap" pour la majorité. Avec pour conséquence la perte du vote d'une partie de la gauche.

"Tout s'agglomère et à la fin ce qu'il reste, ce sont des images de violences qui ne sont pas acceptables et qui interviennent à un moment où il y a un débat autour des images", déplore un ministre.

"Il marche sur ses deux jambes, la droite et la gauche (...) Il soutient les policiers mais il est également ferme à leur endroit. Cela lui permet de sortir de cet angle liberticide dans lequel il est (...) Il est sur un fil comme un équilibriste ", estime Franck Louvrier, ancien conseiller de Nicolas Sarkozy.

Si pour lui, Gérald Darmanin n'est pas fragilisé, ce n'est pas le cas en revanche du préfet de police Didier Lallement: "Un préfet de police de Paris est un fusible. Il peut avoir un remplaçant tous les mercredis" (jour de Conseil des ministres).


France: un défilé du 14-Juillet "massif", l'Ukraine à l'honneur

Des membres du 35e Régiment d’Infanterie (35e RI) "l’As de Trèfle" (à gauche) et du 1er Régiment de Tirailleurs (1er RTir) défilent lors du traditionnel défilé militaire de la Fête nationale du 14 Juillet sur l’avenue des Champs-Élysées, avec l’Arc de Triomphe en arrière-plan, à Paris, le 14 juillet 2025. (AFP)
Des membres du 35e Régiment d’Infanterie (35e RI) "l’As de Trèfle" (à gauche) et du 1er Régiment de Tirailleurs (1er RTir) défilent lors du traditionnel défilé militaire de la Fête nationale du 14 Juillet sur l’avenue des Champs-Élysées, avec l’Arc de Triomphe en arrière-plan, à Paris, le 14 juillet 2025. (AFP)
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  • Le défilé du 14 Juillet mettra en avant le renforcement de la défense française et européenne, avec un format plus important et moderne
  • L’Ukraine sera à l’honneur, tandis que les alliés européens et de l’OTAN afficheront leur soutien et leur unité

PARIS: Des pilotes ukrainiens et français, un défilé "plus massif": la parade militaire du 14 Juillet sur les Champs Elysées aura cette année pour thème "le réveil stratégique de l'Europe" et s'attachera à montrer que la France est "déterminée" et "n'est pas seule", a annoncé lundi le gouverneur militaire de Paris.

"Nous allons avoir un défilé plus massif, plus puissant, plus moderne", a déclaré le général Loïc Mizon lors d'une conférence de presse.

La parade mobilisera près de 8.500 participants, dont 6.500 défileront à pied. Près de 300 véhicules, dont une centaine de motos, 95 avions, 35 hélicoptères, ainsi que 193 chevaux de la Garde Républicaine participeront également.

L'Ukraine, entrée dans sa cinquième année de guerre déclenchée par la Russie en 2022, sera mise à l'honneur. La Patrouille de France ouvrira le défilé aérien, accompagnée de deux Mirage 2000 pilotés par des équipages franco-ukrainiens.

Les 35 pays de la Coalition des volontaires, prêts à fournir des garanties de sécurité à l'Ukraine une fois conclu un cessez-le-feu, ont été invités à participer par le président Emmanuel Macron, qui assistera à son 10e et dernier défilé en tant que chef d'Etat.

La présidente de la Commission européenne Ursula Von Der Leyen et le général Grynkewich, commandant suprême de l'OTAN, ont aussi été conviés.

Les soldats français des bataillons multinationaux de l'Otan déployés sur le flanc Est de l'Europe (Roumanie, Estonie) descendront la célèbre avenue parisienne.

La présence des alliés et des partenaires doit ainsi témoigner que "l'Europe n'est pas seule", a dit le général Mizon.

Le but de ce défilé est aussi de concrétiser aux yeux des Français les "efforts budgétaires consacrés depuis 10 ans aux forces armées", a fait-t-il valoir.

Le commissariat numérique de Défense défilera pour la première fois, pour "souligner la transformation numérique du ministère des Armées".

Deux blocs de réservistes défileront également: l'un composé de réservistes de la SNCF et un un autre de réservistes d'Airbus France.

La Marine nationale, qui fête cette année ses 400 ans d'existence clôturera le défilé au son du bagad de Lann-Bihoué, basé près de Lorient (Morbihan).

La parade militaire durera 2 heures et se terminera par l'hymne européen, "l'Ode à la joie".


Merz et Macron se sont entendus pour arrêter le projet d'avion de combat commun SCAF, selon Berlin

Une maquette grandeur nature du « New Generation Fighter » (NGF), qui fait partie du Future Combat Air System (FCAS) en cours de développement par Dassault Aviation, Airbus et Indra Sistemas, est présentée à l’aéroport de Paris-Le Bourget le 20 juin 2023. (AFP)
Une maquette grandeur nature du « New Generation Fighter » (NGF), qui fait partie du Future Combat Air System (FCAS) en cours de développement par Dassault Aviation, Airbus et Indra Sistemas, est présentée à l’aéroport de Paris-Le Bourget le 20 juin 2023. (AFP)
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  • Friedrich Merz et Emmanuel Macron ont constaté l’échec du projet SCAF en raison des désaccords persistants entre Airbus et Dassault Aviation sur le développement de l’avion de combat commun
  • Le programme d’avion de combat est abandonné, mais les deux pays souhaitent maintenir la coopération sur les technologies clés du FCAS, notamment le réseau numérique reliant avions, drones et autres systèmes de défense européens

BERLIN: Friedrich Merz et Emmanuel Macron se sont entendus pour "ne plus poursuivre la construction d'un avion de combat commun", le SCAF, a appris l'AFP lundi auprès du gouvernement allemand.

Depuis des mois, le projet d'avion de combat franco-germano-espagnol, le SCAF, était en panne sur fond de tensions germano-françaises et entre Airbus et Dassault. En février, le chancelier allemand Friedrich Merz avait déjà ouvertement douté de son avenir.

Cette fois, il semble enterré définitivement.

"Le président français et le chancelier allemand sont arrivés au constat partagé que les entreprises (Airbus et Dassault Aviation, ndlr) ne parviennent pas à s'entendre sur la construction d'un avion de combat commun", indique le gouvernement allemand.

"Ils reconnaissent cette réalité. Le chancelier fédéral Merz a donc suggéré au président Macron de ne plus poursuivre la construction d’un avion de combat commun", ajoute-t-il.

Lancé en 2017 par M. Macron et la chancelière Angela Merkel, rejoint par l'Espagne deux ans plus tard, le SCAF est un système qui comprend non seulement un avion mais aussi des drones reliés entre eux par un système de communication numérique innovant, "un cloud de combat".

Selon le gouvernement allemand, "le véritable noyau du FCAS doit être poursuivi en tant que système de systèmes européen".

"Il s’agit en quelque sorte du système nerveux qui relie les avions, les drones et d’autres composants pour former un ensemble intégré", ajoute-t-il.

Il précise que les ministères français et allemand de la Défense "doivent formuler un plan de travail commun et contemporain pour la coopération dans l’industrie de défense, concentré sur quelques projets réalistes et pertinents", lors du conseil des ministres franco-allemand en Allemagne en juin.


G7: les ministres de l'Agriculture réunis à Paris sur la «sécurité des approvisionnements en engrais»

La ministre française de l'Agriculture, Annie Genevard, s'adresse au 59e congrès du syndicat des Jeunes Agriculteurs (JA) au parc des expositions Ainterexpo de Bourg-en-Bresse, dans le centre de la France, le 4 juin 2026. (Photo : OLIVIER CHASSIGNOLE / AFP)
La ministre française de l'Agriculture, Annie Genevard, s'adresse au 59e congrès du syndicat des Jeunes Agriculteurs (JA) au parc des expositions Ainterexpo de Bourg-en-Bresse, dans le centre de la France, le 4 juin 2026. (Photo : OLIVIER CHASSIGNOLE / AFP)
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  • La France, qui importe plus de 60% de ses engrais, planche depuis des mois sur un "plan engrais", annoncé par la ministre qui n'en a toutefois pas dévoilé les contours
  • Pour Paris comme l'Europe, l'enjeu est de réduire sa dépendance en diversifiant ses approvisionnements, en réduisant sa consommation et consommant davantage d'engrais organiques (lisiers, purins d'orties...)

PARIS: La France réunit lundi les ministres de l'Agriculture du G7 pour une réunion consacrée aux engrais et à la question de la "sécurité des approvisionnements" en fertilisants dans le contexte du conflit au Moyen-Orient.

Cette réunion est destinée à dresser un bilan des difficultés actuelles des agriculteurs et à identifier "des actions communes" dans un contexte de flambée des cours des fertilisants  depuis le début de la guerre en Iran fin février et la quasi-fermeture du détroit d'Ormuz, par lequel transitent environ 30% des engrais mondiaux.

Cette rencontre, qui se tient dans le cadre de la présidence française du groupe des sept puissances économiques, vise à définir comment "sécuriser les approvisionnements", "améliorer le partage d'informations et la transparence des marchés" et "renforcer la résilience des filières agricoles face aux chocs économiques et géopolitiques", selon un communiqué du ministère français.

La ministre française de l'Agriculture, Annie Genevard, réunit à midi ses homologues des États-Unis, du Royaume-Uni, de l'Allemagne, de l'Italie, du Canada et du Japon, ainsi que des représentants de l'Union européenne, de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) et du Système d'information sur les marchés agricoles (AMIS).

Il n'est pas prévu pour l'heure de point presse à l'issue de cette rencontre.

La France, qui importe plus de 60% de ses engrais, planche depuis des mois sur un "plan engrais", annoncé par la ministre qui n'en a toutefois pas dévoilé les contours.

Pour Paris comme l'Europe, l'enjeu est de réduire sa dépendance en diversifiant ses approvisionnements, en réduisant sa consommation et consommant davantage d'engrais organiques (lisiers, purins d'orties...).

Autre piste envisagée, à court terme, la constitution de stocks stratégiques d'engrais, ce qui pourrait toutefois renforcer la hausse des prix et poserait des questions de sécurité (les engrais sont potentiellement explosifs).

L'Europe et ses partenaires occidentaux sont moins exposés que l'Asie ou l'Afrique aux difficultés d'approvisionnement liées à la guerre en Iran. Mais l'impact sur les prix est global et le coût des fertilisants a augmenté d'environ 50% - et jusqu'à 70% pour l'urée, engrais azoté très consommé produit au Moyen-Orient.

Cela aura des conséquences pour la récolte 2027: si les agriculteurs s'étaient déjà approvisionnés pour leurs semis de 2026, la question se posera dès la fin de l'été pour les semis de céréales d'hiver comme le blé ou l'orge. Avec in fine un risque sur le rendement des récoltes mondiales.