France: une affaire de violences policières secoue le sommet de l'Etat

«On m'a dit sale nègre plusieurs fois, en me donnant des coups de poing», a dénoncé la victime, Michel, qui a subi une volée de coups assénés par des policiers samedi dans l'entrée d'un studio de musique à Paris (Photo, AFP).
«On m'a dit sale nègre plusieurs fois, en me donnant des coups de poing», a dénoncé la victime, Michel, qui a subi une volée de coups assénés par des policiers samedi dans l'entrée d'un studio de musique à Paris (Photo, AFP).
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Publié le Vendredi 27 novembre 2020

France: une affaire de violences policières secoue le sommet de l'Etat

  • Gérald Darmanin a annoncé qu'il demanderait "la révocation" des agents mis en cause dans ces violences documentées
  • Les images publiées par le site Loopsider montrent un homme appelé "Michel" qui subit une volée de coups assénés par des policiers

PARIS : Une nouvelle affaire de violences policières, dans laquelle quatre agents ont été suspendus après le tabassage d'un producteur noir filmé par plusieurs caméras, faisait des remous au plus haut niveau de l'Etat en France.

En plein débat sur une proposition de loi "Sécurité globale" controversée qui réprime la diffusion d'images de policiers en intervention, le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin a annoncé qu'il demanderait "la révocation" des agents mis en cause dans ces violences documentées par une vidéo sur les réseaux sociaux.

Les images publiées par le site Loopsider montrent un homme appelé "Michel" qui subit une volée de coups assénés par des policiers samedi dans l'entrée d'un studio de musique à Paris.

"On m'a dit sale nègre plusieurs fois et en me donnant des coups de poing", a dénoncé la victime qui a porté plainte au siège parisien de l'Inspection générale de la police nationale (IGPN).

"Des gens qui doivent me protéger m'agressent (...), je n'ai rien fait pour mériter ça", a-t-il poursuivi devant la presse, "je veux juste que ces trois personnes soient punies par la loi".

Trois agents ont d'abord été suspendus. Puis un quatrième, arrivé en renfort et soupçonné d'avoir lancé une grenade lacrymogène dans le studio de musique, a été suspendu à son tour, a indiqué dans la soirée une source proche du dossier.

M. Darmanin, qui sera auditionné lundi par la commission des Lois de l'Assemblée nationale, a estimé sur la télévision publique que ces policiers "avaient sali l'uniforme de la République".

Le ministre de la Justice, Eric Dupond-Moretti, s'est dit lui "scandalisé par ces images". Reconnaissant que s'il n'y avait pas eu d'images, "on n'aurait pas connu" cette affaire, il a affirmé: "Il faut filmer".

Le chef de file des Insoumis (opposition de gauche), Jean-Luc Mélenchon, y a vu la "preuve terrible du caractère vital du droit à filmer l'action policière". Il faisait référence à l'article 24 de la proposition de loi "Sécurité globale", qui pénalise la diffusion malveillante de l'image des forces de l'ordre.

Le texte, qui a été adopté mardi par l'Assemblée nationale et doit être encore examiné par le Sénat, a cristallisé ces derniers jours passions et antagonismes.

Plébiscité par les syndicats policiers, soutenu par la droite et l'extrême droite, son article 24 réprime d'un an de prison et 45.000 euros d'amende la diffusion de "l'image du visage ou tout autre élément d'identification" de membres des forces de l'ordre en intervention, quand elle porte "atteinte" à leur "intégrité physique ou psychique".

La gauche et les défenseurs des libertés publiques y voient "une atteinte disproportionnée" à la liberté d'informer et le signe d'une dérive autoritaire de la présidence d'Emmanuel Macron.

Le Premier ministre Jean Castex a annoncé jeudi soir la création d'une "commission indépendante chargée de proposer une nouvelle écriture" de l'article, sur lequel il entend lui-même saisir le Conseil constitutionnel.

Coups de matraque

Selon leur procès-verbal, les trois policiers sont intervenus samedi pour tenter d'interpeller "Michel" pour défaut de port du masque. "Alors que nous tentons de l'intercepter, il nous entraîne de force dans le bâtiment", écrivent-ils.

Sur les images de vidéosurveillance de ce studio on voit les trois fonctionnaires de police entrer dans le studio en agrippant l'homme puis le frapper à coups de poing, de pied ou de matraque.

Selon ces mêmes images, "Michel" résiste en refusant de se laisser embarquer, puis tente de se protéger le visage et le corps. La scène dure cinq minutes.

Les policiers tentent ensuite de forcer la porte et jettent à l'intérieur du studio une grenade lacrymogène.

Après l'interpellation, l'homme a dans un premier temps été placé en garde à vue dans le cadre d'une enquête ouverte pour "violences sur personne dépositaire de l'autorité publique" et "rébellion".

Mais le parquet de Paris a classé cette enquête et ouvert mardi une nouvelle procédure pour "violences par personnes dépositaires de l'autorité publique" et "faux en écriture publique".

"Si nous n'avions pas les vidéos, mon client serait peut-être actuellement en prison", a dit Me Hafida El Ali, avocate de "Michel".

Son client bénéficie d'une interruption temporaire de travail de six jours.

"A travers l'agression insoutenable de Michel (...), c'est notre humanité qui est atteinte", a tweeté Christophe Castaner, patron des députés de la majorité présidentielle et ancien ministre de l'Intérieur.

Cette affaire intervient trois jours après l'évacuation brutale, lundi soir, d'un camp de migrants sur une place du centre de Paris.

Un commissaire divisionnaire qui a fait un croche-pied à un migrant a commis un "manquement par un usage disproportionné de la force", écrit l'IGPN, la "police des polices", dans un rapport rendu public jeudi. Le ministre de l'Intérieur s'est engagé à prendre "des sanctions contre lui".


L'incendie dans la forêt de Brocéliande s'étend, deux avions suédois en action

Une fumée noire s'élève dans le ciel lors d'un incendie de forêt à Campeneac, en Bretagne, dans l'ouest de la France, le 12 août 2022. (Photo, AFP)
Une fumée noire s'élève dans le ciel lors d'un incendie de forêt à Campeneac, en Bretagne, dans l'ouest de la France, le 12 août 2022. (Photo, AFP)
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  • Le feu s'est déclaré vers une heure du matin sur la commune de Campénéac, à une soixantaine de kilomètres à l'ouest de Rennes
  • Plus de 300 pompiers sont engagés, avec des renforts des départements voisins ainsi que de l'école militaire voisine de Saint-Cyr-Coëtquidan

CAMPÉNÉAC : Un incendie qui s'est déclaré dans la forêt de Brocéliande à l'ouest de Rennes a déjà détruit plus de 300 hectares de végétation et deux bombardiers d'eau suédois effectuaient des largages pour le combattre, selon la préfecture du Morbihan et les pompiers.

Le feu s'est déclaré vers une heure du matin sur la commune de Campénéac, à une soixantaine de kilomètres à l'ouest de Rennes.

Il n'était "toujours pas fixé" à la mi-journée, a précisé devant la presse le directeur du SDIS du Morbihan, Jean-François Gouy.

"Nous avons un vent qui est tournant, qui est par moment assez fort, donc de nombreuses reprises", a-t-il poursuivi, précisant que le feu progressait "vers l'ouest, vers une zone forestière".

Quatre largages ont été effectués par deux avions Air Tractor AT 802, qui se ravitaillaient en eau dans le Golfe du Morbihan et sur le lac de Ploërmel, a ajouté l'officier.

Les deux avions Air Tractor AT 802 étaient "arrivés hier soir de Suède dans le cadre de la solidarité européenne", avait  précisé plus tôt la préfecture dans un communiqué. Ils avaient atterri à l'aérodrome de Vannes.

Cent cinquante personnes ont été "évacuées de façon préventive" de Campénéac, selon le communiqué.

De nombreux véhicules de pompiers circulaient dans le village de Campénéac, a constaté un journaliste de l'AFP sur place.

Plus de 300 pompiers sont engagés, avec des renforts des départements voisins ainsi que de l'école militaire voisine de Saint-Cyr-Coëtquidan.

La forêt de Brocéliande est un haut-lieu de la légende arthurienne, à cheval sur l'est du Morbihan et le sud-ouest de l'Ille-et-Vilaine.

Par ailleurs, en Vendée, un millier de personnes ont été évacuées en pleine nuit à Olonne-sur-Mer, près des Sables d’Olonne, suite à un "feu de broussailles", a annoncé la préfecture de Vendée. Aucun blessé n’est à déplorer et aucune maison détruite, à l'exception d'un cabanon inhabité. Ces personnes ont pu rentrer chez elles à partir de 7H00 du matin.

L’incendie, "d’origine humaine" selon la préfecture, est désormais fixé. Il a détruit 15 ha de végétation et sous-bois.

La France a commencé à recevoir des renforts en avions et pompiers de l'UE ainsi que de cinq pays européens pour faire face aux feux de forêts qui ravagent notamment le sud-ouest du pays.


A Paris, premières amendes pour les commerces climatisés gardant porte ouverte

La mairie n'a pas indiqué combien d'établissements avaient déjà été verbalisés. (Photo, AFP)
La mairie n'a pas indiqué combien d'établissements avaient déjà été verbalisés. (Photo, AFP)
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  • « Cette mesure vise à mettre un terme à une pratique aberrante dans le contexte actuel d’urgence climatique et de crise de l’énergie», avait fait valoir la mairie fin juillet
  • Chaque jour, deux patrouilles de la police municipale parisienne se consacrent à cela.

PARIA : La Ville de Paris a commencé à infliger des amendes aux commerces ne respectant pas la nouvelle obligation de maintenir "fermées" portes et baies vitrées quand la climatisation rafraîchit leurs magasins, a-t-on appris vendredi auprès de la mairie, confirmant une information du Parisien.

Depuis le lundi 25 juillet, un arrêté signé par la mairie de la capitale prévoit une contravention - s'accompagnant d'une amende de 150 euros maximum - pour les établissements commerciaux ou de service laissant leur porte ouverte lorsque le chauffage ou la climatisation fonctionnent à l'intérieur. Il s'agit d'une "mesure de lutte contre le gaspillage de l'énergie", selon la décision administrative.

Les verbalisations ont débuté mercredi dans la très commerçante et touristique rue de Rivoli, dans le IVe arrondissement, mais "l'ensemble du dispositif est sur tous les arrondissements parisiens", précise la mairie. "Les deux précédentes semaines, nous sensibilisions les commerçants à la future verbalisation".

La mairie n'a pas indiqué combien d'établissements avaient déjà été verbalisés.

Chaque jour, deux patrouilles de la police municipale parisienne se consacrent à cela.

La verbalisation a lieu "au cas par cas", a expliqué à l'AFP la Ville de Paris. "Si un commerçant nous montre qu’il est en train de changer de porte ou qu'il entame des démarches pour avoir une porte fermée nous ne verbalisons pas", explique-t-elle. "En revanche pour les autres enseignes déjà sensibilisées ou qui n’ont pas prévu d'efforts, nous verbalisons systématiquement".

"Cette mesure vise à mettre un terme à une pratique aberrante dans le contexte actuel d’urgence climatique et de crise de l’énergie", avait fait valoir la mairie fin juillet.

L'arrêté ne s'applique pas "aux restaurants ou aux débits de boisson disposant d'une terrasse extérieure régulièrement autorisée".

Paris n'est pas la première ville à vouloir interdire aux commerces climatisés de garder leur porte ouverte. Le 15 juillet, la mairie PS de Bourg-en-Bresse avait émis un arrêté du même type, présenté comme une première en France. Lyon, puis Besançon l'avaient imitée dans la foulée.

Dimanche 24 juillet, la ministre de la Transition écologique Agnès Pannier-Runacher avait annoncé son intention de généraliser à tout le territoire cette obligation pour les magasins climatisés de fermer leurs portes, mais les décrets n'ont pas encore été publiés.


Les feux continuent, un pic de canicule attendu

Cette vue générale montre des tournesols desséchés dans un champ à Montaut, dans le sud-ouest de la France, le 9 août 2022. (AFP)
Cette vue générale montre des tournesols desséchés dans un champ à Montaut, dans le sud-ouest de la France, le 9 août 2022. (AFP)
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  • Sur la zone du pire feu de forêt français du moment, près de Landiras, en Gironde, il devrait encore faire 37°C vendredi, après 41°C jeudi
  • En France, trois fois plus d'hectares ont brûlé que la moyenne annuelle des dix dernières années, et l'année est record dans l'Union européenne depuis le début des relevés en 2006

HOSTENS: Les pompiers français désormais épaulés par des renforts européens en Gironde et dans les Landes poursuivaient vendredi leur combat contre le feu, en un jour qui donne un avant-goût de 2050 : un pic de canicule est attendu entre 38 et 41°C dans le pays.

Sur la zone du pire feu de forêt français du moment, près de Landiras, en Gironde, il devrait encore faire 37°C vendredi, après 41°C jeudi.

1 100 pompiers y combattent jour et nuit, épaulés "dès l'aube" selon les autorités, de pompiers allemands puis roumains formant une partie du contingent de 361 soldats du feu également polonais ou autrichiens, appuyés de Canadair italiens, grecs et suédois, venus en renfort.

Le feu n'a pas connu de "progression significative" dans la nuit de jeudi à vendredi, se maintenant à 7.400 ha de surfaces brûlées depuis mardi. Aucune autre évacuation supplémentaire n'a été ordonnée depuis les 10.000 évacuations les jours précédents, a annoncé depuis Hostens (Gironde) le sous-préfet d'Arcachon Ronan Léaustic lors d'un point presse.

Le sous-préfet s'est néanmoins montré prudent : le périmètre du feu "toujours actif" qui s'étend sur 40 km "n'a pas évolué mais les conditions météorologiques nous incitent à être d'une vigilance extrême".

Vendredi matin néanmoins, les environs d’Hostens respiraient à nouveau, les épaisses fumées se sont dissipées laissant place à un ciel bleu moutonné de nuages, a constaté une journaliste de l'AFP.

En France, trois fois plus d'hectares ont brûlé que la moyenne annuelle des dix dernières années, et l'année est record dans l'Union européenne depuis le début des relevés en 2006.

Même le Jura, au climat normalement plus modéré, est frappé: depuis mardi, deux incendies ont dévoré environ 660 hectares de forêt dans le sud du département, l'un "fixé", l'autre dont la progression a été ralentie.

Avant la tombée de la nuit, le feu continuait en revanche toujours de progresser en Isère sur la commune de Vif et en Ardèche près de Vallon-Pont d'Arc. Dans la Drôme, l'incendie n'était toujours pas fixé dans le massif du Diois à Romeyer.

Face à cette situation "exceptionnelle", plusieurs grandes entreprises - Carrefour, Orange, EDF et GRDF - ont pris des mesures pour faciliter la libération de leurs employés pompiers volontaires, répondant à l'appel du ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin.

Nuits caniculaires 

Car la France souffre d'une troisième vague de chaleur. La nuit de jeudi à vendredi a été chaude, avec plus de 25°C à 5h00 vendredi dans le Gers, le Lot-et-Garonne, la Gironde et la Charente.

Pour Maurin Bérenger, viticulteur à Grezels dans le Lot, la situation est "inédite. On est obligé de s’adapter, on travaille très tôt le matin, voire la nuit. Cette nuit, j’ai commencé à 3h00, et ceux qui ont des salariés commencent à 6h00 pour éviter la chaleur".

Un avis partagé par Philippe Maffre, lui aussi vigneron, à  Montans (Tarn). "C’est débile de travailler l’après-midi par ce temps", assène-t-il depuis les côteaux du Gaillacois où 39°C sont attendus.

Selon Météo-France, dans l'après-midi, les températures maximales afficheront encore de 38 à 40°C en Occitanie, Nouvelle-Aquitaine et Pays-de-la-Loire.

Le soleil sera brûlant sur l'ensemble du pays, avec 19 départements du sud-ouest au Finistère placés en vigilance orange canicule par Météo-France.

Le seuil des 40°C n'avait été dépassé qu'une fois dans les années 1960 et une fois dans les années 1970 en France. Il est voué à devenir plus fréquent.

Le danger des canicules pour le corps est que les nuits restent chaudes et nous épuisent. Perpignan a déjà subi 42 nuits tropicales (plus de 20°C) cette année, contre en moyenne 15 dans les années 1960, selon Jean-Michel Soubeyroux de Météo-France.

L'été 2022 en France s'approche déjà de ce que serait "un été moyen du milieu de siècle" dans un des scénarios pessimistes du réchauffement climatique, dit-il à l'AFP.

A Paris, Caroline Dubois, retraitée de 72 ans, "laisse les fenêtres ouvertes dans tout l'appartement  pour qu'il y ait un courant d'air". Stéphanie Ryan, 36 ans, consultante pour une agence de recrutement, pose des "serviettes mouillées" devant son ventilateur, c'est "efficace", dit-elle.

Canicule signifie aussi sécheresse, exceptionnelle dans le pays après un mois de juillet où moins d'un centimètre de pluie est tombé en moyenne. Les nappes phréatiques se vident à un niveau préoccupant, a averti le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM).

Il est interdit d'arroser sur une grande partie de la France et 73 préfets ont même interdit les prélèvements d'eau aux agriculteurs sur tout ou partie de leurs départements. Une interdiction pas toujours respectée car sécheresse et canicule amoindrissent les rendements de nombreuses activités agricoles : arboriculture, maraîchage, céréales et même élevage.

La pluie tant attendue, par les pompiers comme par les autres habitants, arrivera par des orages vendredi soir sur les Alpes et les Pyrénées, mais seulement à partir de samedi soir sur le reste de la France.