Au Soudan, deux généraux se disputent le pouvoir

Le général Abdel Fattah al-Burhane, qui dirige le Soudan depuis le putsch du 25 octobre (Photo, AFP).
Le général Abdel Fattah al-Burhane, qui dirige le Soudan depuis le putsch du 25 octobre (Photo, AFP).
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Publié le Vendredi 17 mars 2023

Au Soudan, deux généraux se disputent le pouvoir

  • Ce sont deux généraux qui se disputent la haute main: Abdel Fattah al-Burhane et son second Mohamed Hamdane Daglo
  • Pour Amin Ismaïl, spécialiste des questions militaires, «c'est un désaccord politique» qui ne devrait pas provoquer une guerre intestine

KHARTOUM: Depuis la fin de la dictature d'Omar el-Béchir en 2019, la lutte pour le pouvoir au Soudan opposait civils et militaires. Aujourd'hui, ce sont deux généraux qui se disputent la haute main : Abdel Fattah al-Burhane et son second Mohamed Hamdane Daglo, dit "Hemedti".

Ancien commandant de l'armée de terre de Omar el-Béchir, le général Burhane est à la tête de l'armée. Hemedti est lui le patron des redoutées Forces de soutien rapide (FSR), des miliciens venus au combat par la sanglante guerre du Darfour.

Lors du coup d'État du 25 octobre 2021, ils ont fait front commun. Abdel Fattah al-Burhane est apparu à la télévision pour annoncer l'éviction des civils du pouvoir. Et Daglo a soutenu sa décision.

Mais Hemedti qualifie désormais le putsch d'"erreur" ou même d'"échec" ayant mené au "retour de l'ancien régime", face au général Burhane qui maintient qu'il était une "remise sur les rails nécessaire".

L'Égypte, grand voisin influent dirigé par l'ancien maréchal Abdel Fattah al-Sissi, --qui a renversé en 2013 le président islamiste Mohamed Morsi--, a proposé une initiative donnant la haute main au général Burhane.

"Cela a catalysé les tensions entre les deux généraux", assure Kholood Khair, spécialiste du Soudan, alors que --officiellement-- MM. Burhane et Daglo soutiennent un accord-cadre annoncé en décembre pour un retour à la transition démocratique.

«Un général plutôt que l'autre»
Mais en invitant notamment d'anciens rebelles opposés à l'accord-cadre de décembre, l'Égypte leur a demandé "un choix faustien", celui de s'allier "à un général plutôt qu'à l'autre", poursuit-elle.

Une situation susceptible de "mener à une polarisation plus forte de la scène politique et potentiellement à une confrontation armée entre Burhane et Daglo, aux conséquences désastreuses", écrit-elle pour le Tahrir Institute for Middle East Policy.

Pour Magdi al-Gizouli, chercheur au Rift Valley Institute, "la lutte pour le pouvoir n'est plus entre militaires et civils, mais entre Burhan et Daglo avec chacun ses alliés propres".

Leurs objectifs sont différents mais ils sont d'accord sur une chose: "aucun des deux ne veut se retirer de la politique et ils font des alliances pour se maintenir", affirme à l'AFP M. Gizouli.

Leurs voyages tous azimuts en témoignent: récemment, le général Daglo est allé en Guinée Equatoriale et en Erythrée, deux pays réputés proches de la Russie. Quant au Tchad voisin, il s'y est rendu le lendemain même d'une visite du général Burhane.

Ce dernier, assure M. Gizouli, se sert de l'accord-cadre annoncé en décembre comme d'une "tactique dilatoire" ; alors que Daglo "augmente ses avantages comparatifs" et se présente même en "allié des civils" avec sa rhétorique antiputsch.

Sur les réseaux sociaux, les comptes proches des islamistes de l'ancien régime s'en prennent régulièrement au général Daglo, tout en apportant leur soutien à Burhane.

Les civils, eux, ne cessent de répéter que le général Burhane a réintégré à la haute fonction publique d'anciens responsables islamistes limogés après la chute de Béchir.

FSR et armée 
La semaine passée, la passe d'armes entre les deux généraux a été sibylline : Daglo a assuré dans un discours aux FSR qu'il n'y avait "aucun désaccord avec l'armée", seulement qu'il était contre "quiconque cherche à devenir un dictateur".

L'armée a répondu dans un communiqué rejeter toutes les accusations selon lesquelles "elle ne voudrait pas mener la transition démocratique". Et dénoncé "une tentative d'engranger de la sympathie et des gains politiques".

Le lendemain, les autorités assuraient que les deux hommes menaient en toute quiétude leurs réunions habituelles sur la situation sécuritaire dans le pays.

C'est justement là qu'est la pomme de discorde.

Quid des FSR et des forces régulières ? Qui intègrera qui et surtout qui commandera qui ?

MM. Burhane et Daglo ont "des conceptions différentes : Burhan veut que les FSR rejoignent l'armée selon les règles déjà en vigueur dans cette institution, mais Daglo veut revoir les structures de l'état-major d'abord, pour s'assurer de sa place avant l'intégration de ses troupes", explique M. Gizouli.

Pour Amin Ismaïl, spécialiste des questions militaires, "c'est un désaccord politique" qui ne devrait pas provoquer une guerre intestine. "Mais il pourrait pousser les Soudanais à se soulever et à se retourner contre les deux ensemble".


Une frappe vise la banlieue sud de Beyrouth après un avertissement israélien

Des personnes déplacées sont assises devant leurs tentes dans un campement informel installé le long du front de mer de Beyrouth, le 6 avril 2026. (AFP)
Des personnes déplacées sont assises devant leurs tentes dans un campement informel installé le long du front de mer de Beyrouth, le 6 avril 2026. (AFP)
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  • Plusieurs immeubles visés par de récentes frappes sont totalement détruits
  • Des employés municipaux balayent les débris de verre sur les trottoirs et d'autres fragments jonchent certaines rues

BEYROUTH: Israël a visé lundi la banlieue sud de Beyrouth, au lendemain de raids meurtriers sur la capitale et ses environs, alors que le bilan humain de la guerre avec le Hezbollah approche des 1.500 morts.

Un épais panache de fumée s'est élevé de la banlieue sud, sous contrôle du Hezbollah et vidée de la quasi-totalité de ses habitants depuis le 2 mars.

L'armée israélienne a affirmé avoir visé "des cibles terroristes du Hezbollah à Beyrouth".

Dans la banlieue sud, seuls quelques commerces restent ouverts, selon une journaliste de l'AFP sur place.

Plusieurs immeubles visés par de récentes frappes sont totalement détruits. Des employés municipaux balayent les débris de verre sur les trottoirs et d'autres fragments jonchent certaines rues.

Une station-service de la compagnie al-Amana, accusée par Israël d'être contrôlée par le Hezbollah, est calcinée.

Des portraits de l'ayatollah Ali Khamenei, tué au début de la guerre dans une frappe américano-israélienne en Iran et présenté comme le "martyr de la nation", ornent les principales artères.

Le long de la route menant à la banlieue sud, des habitants ont installé des tentes où ils dorment, allant inspecter leurs maisons entre deux avertissements israéliens.

Dimanche, Israël avait intensifié ses bombardements sur la banlieue sud et la capitale elle-même. Une frappe en face du principal hôpital public du Liban avait fait cinq morts, selon le ministère de la Santé.

"Force al-Qods" 

Une autre frappe sur un appartement dans une zone à l'est de la capitale, jusque-là épargnée par les violences, a tué trois personnes, dont un responsable local des Forces libanaises (FL), un parti chrétien opposé au Hezbollah, et sa femme.

Le chef des FL Samir Geagea a affirmé que "les Israéliens visaient un membre de la force al-Qods", chargée des opérations extérieures des Gardiens de la Révolution iraniens, qui semble avoir échappé à la frappe.

Le Premier ministre libanais Nawaf Salam avait déclaré que les Gardiens de la Révolution dirigeaient les opérations du Hezbollah dans sa guerre contre Israël.

L'armée israélienne a affirmé lundi qu'elle avait frappé une "cible terroriste" à l'est de Beyrouth et ajouté qu'elle examinait l'incident "après des informations sur des victimes parmi des civils libanais non impliqués dans les combats".

Le Hezbollah a entraîné le Liban dans la guerre régionale le 2 mars en menant une attaque contre Israël en représailles à la mort d'Ali Khamenei.

Depuis, Israël mène des frappes massives sur le pays ayant fait 1.497 morts et plus de 4.600 blessées, selon les autorités, et déplacé plus d'un million de personnes.

"Maisons inhabitables" 

Des frappes israéliennes ont également visé le sud et l'est du Liban. Dans le sud, quatre personnes ont été tuées dans un raid sur une voiture à Kfar Roummane, près de Nabatiyeh, a indiqué le ministère de la Santé.

Dans la localité de Bourj Rahal, près de Tyr, un correspondant de l'AFP a vu des immeubles détruits et des débris jonchant les rues.

"Le premier bilan est de 15 maisons endommagées, qui ne sont plus habitables", a dit à l'AFP le maire de la ville Daoud Ezzedine.

"Les habitants veulent revenir chez eux, mais ils ne pourront pas malheureusement", a-t-il ajouté.

Le ministère de la Santé a aussi annoncé que deux secouristes du Comité islamique de la santé, affilié au Hezbollah, avaient été tués par une frappe israélienne dimanche, portant à 57 le nombre de secouristes tués depuis le début de la guerre.

Le chef de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, a affirmé sur X que l'OMS avait enregistré "92 attaques contre des établissements de santé, des véhicules médicaux, du personnel soignant et des entrepôts" depuis le début de la guerre.

Par ailleurs, le principal poste-frontière reliant le Liban à la Syrie, point de passage vital entre les deux pays, était toujours fermé lundi, après des menaces israéliennes de le viser samedi soir.

Ce passage "restera fermé, jusqu'à ce qu'on reçoive des garanties qu'il ne sera pas visé", a dit à l'AFP un responsable du ministère libanais des Transports, Ahmad Tamer.

 


Frappes israéliennes sur le plus grand complexe pétrochimique iranien

Israël a dit avoir mené lundi des frappes sur le plus grand complexe pétrochimique dans le sud de l'Iran et s'est félicité de porter "un coup sévère au régime", Téhéran affirmant de son côté que la situation était "sous contrôle" mais que l'étendue des dégâts restait à évaluer. (AFP)
Israël a dit avoir mené lundi des frappes sur le plus grand complexe pétrochimique dans le sud de l'Iran et s'est félicité de porter "un coup sévère au régime", Téhéran affirmant de son côté que la situation était "sous contrôle" mais que l'étendue des dégâts restait à évaluer. (AFP)
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  • Le complexe gazier d'Assalouyeh, dans le sud de l'Iran, se situe en bordure de l'immense champ gazier de South Pars, partagé par l'Iran avec le Qatar
  • Les frappes lundi sur Assalouyeh font suite à des bombardements israélo-américains samedi sur un site pétrochimique dans le sud-ouest de l'Iran, dans la province de Khouzestan

JERUSALEM: Israël a dit avoir mené lundi des frappes sur le plus grand complexe pétrochimique dans le sud de l'Iran et s'est félicité de porter "un coup sévère au régime", Téhéran affirmant de son côté que la situation était "sous contrôle" mais que l'étendue des dégâts restait à évaluer.

L'agence iranienne Fars a par ailleurs affirmé qu'un autre complexe pétrochimique, cette fois près de Chiraz (centre-sud) avait été visé par des frappes, évoquant des "dégâts mineurs".

Israël n'a pas évoqué cette opération à ce stade. Mais le ministre de la Défense Israël Katz a déclaré que l'armée avait lundi "frappé avec force le plus grand complexe pétrochimique en Iran, situé à Assalouyeh, une cible clé qui assure environ la moitié de la production pétrochimique du pays".

Juste avant, Téhéran avait rapporté une série d'explosions sur le site, déjà frappé le 18 mars par Israël.

Le complexe gazier d'Assalouyeh, dans le sud de l'Iran, se situe en bordure de l'immense champ gazier de South Pars, partagé par l'Iran avec le Qatar.

Les frappes lundi sur Assalouyeh font suite à des bombardements israélo-américains samedi sur un site pétrochimique dans le sud-ouest de l'Iran, dans la province de Khouzestan.

"Les deux sites, représentant 85% des exportations pétrochimiques iraniennes, sont désormais hors service", a déclaré Israël Katz. "Cela représente un coup sévère se montant à des dizaines de milliards de dollars pour le régime iranien", a-t-il ajouté.

Quelques heures plus tard, le Premier ministre Benjamin Netanyahu s'est également félicité des frappes.

"Aujourd'hui nous avons détruit la plus grande usine pétrochimique en Iran. Ce qui veut dire que nous éliminons systématiquement la machine à financer des Gardiens de la Révolution", l'armée idéologique de la République islamique, a-t-il déclaré dans une vidéo.

"Sous contrôle" 

Les médias officiels iraniens ont affirmé que la situation à Assalouyeh était "sous contrôle".

"L'incendie a été maîtrisé. La situation est actuellement sous contrôle et les aspects techniques ainsi que l'étendue des dégâts font l'objet d'une enquête", a indiqué l'agence Irna, citant un communiqué de la compagnie pétrochimique iranienne, ajoutant qu'aucun blessé n'était à déplorer.

Le champ offshore de South Pars, essentiel pour le secteur énergétique iranien, sert pour l'exploitation commune avec le Qatar du plus grand gisement de gaz naturel au monde.

Ehsan Jahanian, gouverneur adjoint de la province iranienne de Bouchehr (sud-ouest), a indiqué que "deux infrastructures dans le secteur de Pars avaient été touchées par un raid aérien ennemi".

L'agence Tasnim a elle indiqué que "les entreprises Mobin et Damavand, qui fournissent de l'électricité, de l'eau et de l'oxygène" à Assalouyeh "ont été visées".

Il n'y a pas eu de dégâts du côté de l'entreprise pétrochimiques de Pars, selon cette source.

En mars, le président Donald Trump avait demandé à Israël de ne plus attaquer les infrastructures énergétiques iraniennes après les premières frappes contre le champ de South Pars.

Mais le président américain avait aussi menacé de détruire "massivement l'intégralité du gisement" si Téhéran continuait ses attaques dans la région.

 


Iran: le chef des renseignements des Gardiens de la Révolution tué dans une frappe 

Le commandant général Majid Khademi. (AFP)
Le commandant général Majid Khademi. (AFP)
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  • "Le commandant général Majid Khademi, le puissant et instruit chef de l'Organisation du renseignement du Corps des Gardiens de la Révolution islamique, est devenu un martyr dans l'attaque terroriste criminelle de l'ennemi américano-sioniste à l'aube"
  • Des frappes américano-israéliennes ont tué lundi le chef des renseignements des Gardiens de la Révolution, a annoncé l'armée idéologique de l'Iran

TEHERAN: Des frappes américano-israéliennes ont tué lundi le chef des renseignements des Gardiens de la Révolution, a annoncé l'armée idéologique de l'Iran.

"Le commandant général Majid Khademi, le puissant et instruit chef de l'Organisation du renseignement du Corps des Gardiens de la Révolution islamique, est devenu un martyr dans l'attaque terroriste criminelle de l'ennemi américano-sioniste (...) à l'aube aujourd'hui", ont déclaré les Gardiens dans une publication sur leur chaîne Telegram.