50 ans après sa mort, Picasso se conjugue à toutes les sauces

Un visiteur regarde le chef-d'œuvre du peintre espagnol Pablo Picasso "Guernica" lors d'une conférence de presse présentant les événements de "l'Année Picasso", marquant le 50e anniversaire de la mort du peintre, au musée Reina Sofia de Madrid, le 12 septembre 2022. (AFP)
Un visiteur regarde le chef-d'œuvre du peintre espagnol Pablo Picasso "Guernica" lors d'une conférence de presse présentant les événements de "l'Année Picasso", marquant le 50e anniversaire de la mort du peintre, au musée Reina Sofia de Madrid, le 12 septembre 2022. (AFP)
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Publié le Samedi 01 avril 2023

50 ans après sa mort, Picasso se conjugue à toutes les sauces

  • A l'occasion des 50 ans de sa mort, Pablo Picasso (1881-1973) est célébré à travers une quarantaine d'expositions à travers le monde, promettant d'explorer toutes ses facettes
  • La toile la plus chère de Picasso jamais vendue aux enchères est «Les femmes d'Alger (Version O)», peinte en 1955 et cédée pour 179,4 millions de dollars le 11 mai 2015 chez Christie's

PARIS: Génie ou monstre ? Dans tous les cas, inépuisable sujet de fascination. A l'occasion des 50 ans de sa mort, Pablo Picasso (1881-1973) est célébré à travers une quarantaine d'expositions à travers le monde, promettant d'explorer toutes ses facettes.

"Picasso mange tout et apparemment on a encore faim", s'amuse Olivier Widmaier-Picasso, son petit-fils, interrogé par l'AFP. Il se dit "fasciné par le nombre de conservateurs de musée, d'historiens et de chercheurs qui continuent de trouver des angles d'étude".

Les céramiques de Picasso, Picasso et le féminisme, le blanc chez Picasso, Picasso sous l'oeil de célèbres photographes, le jeune Picasso à Paris, Picasso sculpteur... Le monument est conjugué à toutes les sauces dans le cadre de "son année", fêtée en France et en Espagne.

Il reste "au-dessus de tous", estime Bernard Blistène, président honoraire du Centre Pompidou à Paris, louant, à l'instar d'autres spécialistes, unanimes, le "génie" du père de "Guernica" et des "Demoiselles d'Avignon".

Pablo Picasso, grand maître des enchères

Maître du cubisme, le peintre espagnol Pablo Picasso est également un grand maître des enchères, détenant une multitude de records dans les salles des ventes.

Picasso (1881-1973) est le recordman du nombre de méga-enchères, quel que soit le seuil choisi pour définir une méga-enchère. Cinq de ses œuvres ont été adjugées à plus de 100 millions de dollars, 16 à plus de 50 millions, 39 à plus de 30 millions, selon une base de données. Aucun artiste n'a fait mieux.

La toile la plus chère de Picasso jamais vendue aux enchères est "Les femmes d'Alger (Version O)", peinte en 1955 et cédée pour 179,4 millions de dollars le 11 mai 2015 chez Christie's à New York, permettant au vendeur, qui l'avait acquise pour 31,9 millions en 1997, de quintupler sa mise de départ.

Il s'agissait, lors de la vente de mai 2015, de la plus grosse enchère d'art de l'Histoire. Elle a été détrônée en novembre 2017 par le "Salvator Mundi" attribué à Léonard de Vinci, vendu à 450 millions de dollars et qui n'a pas été dépassé depuis.

Au cours des 20 dernières années, deux autres tableaux de Picasso ont détenu en leur temps le record de la plus grosse enchère d'art: "Garçon à la pipe" (104,2 millions de dollars) de mai 2004 à février 2010 et "Nu au plateau de sculpteur" (106,5 millions) de mai 2010 à mai 2012, selon la base de données de l'AFP.

Toutes enchères confondues, les ventes aux enchères d’œuvres de Pablo Picasso ont totalisé 4,7 milliards de dollars aux cours des dix dernières années, selon des données compilées à partir des rapports annuels d'Artprice.

Là encore, aucun artiste n'a fait mieux. Andy Warhol (3,4 milliards) et Claude Monet (2,6 milliards), qui complètent le podium, sont loin derrière.

Picasso le touche-à-tout, ce ne sont pas que des peintures, mais également des sculptures, des dessins, des céramiques, des gravures, des lithographies, des livres illustrés, des costumes de ballet... Ses œuvres ont fait l'objet de 31.745 adjudications en 10 ans, soit en moyenne plus de 3.000 par an.

"La puissance dévastatrice de l'oeuvre de Picasso au regard de celle des autres, l'invention permanente, la traversée de tous les grands courants de la modernité, l'expérimentation pendant plus de 80 ans (Picasso a peint jusqu'à sa mort à 91 ans, ndlr), la volonté de plaire et de déplaire... Tout cela est inégalé", ajoute-t-il à l'AFP.

Et après des centaines d'expositions lui étant consacrées, il reste une ressource muséale "inépuisable", renchérit Emmanuel Guigon, directeur du musée Picasso de Barcelone.

Avec le mouvement #MeToo, l'image de ce monument de la peinture a toutefois été écornée par des accusations de misogynie et de violences envers ses anciennes compagnes.

Ancienne conservatrice du musée Picasso, Emilie Bouvard espère que cet anniversaire marquera "le début d’un processus salutaire" sur la manière dont on aborde cet artiste "populaire", qui "a incarné un engagement dont on continue de parler et s’est présenté comme un homme proche de tout le monde et qui l'était".

«S'ouvrir aux débats»

"#MeToo est un coup de pied dans la fourmilière qui a du bon", estime-t-elle.

"Il faut cesser de parler des femmes qui ont traversé sa vie comme de +muses+. Certaines se sont suicidées, d'autres ont sombré dans la folie. La seule qui s'en est sortie, c'est Françoise Gilot, seule aussi à l'avoir quitté", ajoute-t-elle.

Peintre aujourd'hui installée aux Etats-Unis, elle a décrit Picasso comme un "être tyrannique, superstitieux et égoïste", dans un livre à succès "Vivre avec Picasso", publié en 1964.

"Au-delà de son machisme, Picasso est quelqu’un qui s’appropriait les choses, les êtres, les possédait avec des sentiments paroxystiques de souffrance, de douleur. Il s’est intéressé aux questions archaïques du moi et à la violence afférente avec un certain courage mais il en faisait baver à son entourage. Aborder cette question, c’est parler autrement mais avec justesse de Picasso", poursuit Mme Bouvard.

"Violence" et "sexualité dans l'art" sont des thèmes abordés lors d'un cycle de conférences à Paris, tandis qu'une exposition sur Picasso et le féminisme débutera en juin au Brooklyn Museum de New York, avec comme commissaire d'exposition la comédienne Hannah Gadsby, particulièrement virulente contre Picasso dans un show à succès sur Netflix.

Moins polémique et plus festif, à Paris, le musée qui porte son nom a été métamorphosé par le styliste britannique Paul Smith.

"Un pari" pour la directrice du musée, Cécile Debray, dont l'institution pilote les commémorations en France et qui "n'a pas vocation à être un mausolée".

Au contraire, l'objectif est de "s'ouvrir aux débats et à la réflexion sur Picasso afin de relire l'oeuvre et d'en montrer la vitalité", souligne-t-elle.

Outre les expositions, de nombreuses conférences sont prévues cette année, ainsi que l'inauguration à l'automne à Paris d'un centre de recherche, à deux pas du musée Picasso, et un symposium international au même moment à l'Unesco.

«J'ai vu vivre Picasso»

Henri Diacono, ancien reporter à l'AFP et ami de Picasso, l'a vu vivre dans son mas "Notre Dame de Vie" dans les Alpes-Maritimes, tout au long de l'hiver de ses 90 ans.

Voici son témoignage diffusé le 9 avril 1973, le lendemain de la mort du peintre.

Dans sa retraite volontaire, entouré des siens, de quelques amis, de ses pinceaux et de ses crayons, il s'était préservé du rythme agressif de cette fin de siècle. (...)

"Le vieil Espagnol" se levait tard, dormait peu la nuit, travaillait beaucoup - peu de temps avant sa mort il peignait encore - quittait rarement sa demeure et appréciait "qu'on vienne le voir". Chaque visite (...) le comblait d'aise mais il ne les acceptait que si lui-même "était prêt à recevoir".

"A quoi bon accueillir ceux que j'aime si j'ai trop de travail ou si je suis de mauvais poil, disait-il. Je préfère ne pas les rencontrer dans ce cas et leur ouvrir plutôt ma porte si je suis gai, en bonne santé et disponible". (...)

«Mange pour moi»

Au cours d'une nuit de 1971, (...) il s'était couché encore plus tard que de coutume. (...) Tout guilleret, il nous avait raccompagnés jusqu'à la porte vers quatre heures du matin, apparemment moins fatigué que nous tous et après avoir agrémenté la veillée de quelques-unes des facéties dont il avait le secret.

Il nous avait reproché "notre manque d'appétit", tenu à nous servir personnellement avec à chaque fois cette réflexion boudeuse: "Tiens, prends encore du champagne, bois pour moi, moi je n'ai pas le droit... Mange du chocolat... Mange pour moi... Je ne dois pas en goûter... Les fruits confits, c'est bon, tu sais...".

Puis, dans un geste rageur et riant, il avait soulevé sa chemise et nous avait montré une cicatrice: "Tout ce régime à cause de ça", (...) une opération chirurgicale (...) qui lui imposait un régime alimentaire très strict.

Au cours de nos rencontres, il ne parlait jamais de l'art, de son travail. Mais, curieux de tout, il s'informait par mille questions aux réponses desquelles il mêlait volontiers ses souvenirs.

Télévision en famille 

Homme d'accueil, voulant à tout prix vivre en paix, il supportait mal (...) la discorde autour de lui. (...) Il n'acceptait des autres que le spectacle de la quiétude et lorsque lui-même était de mauvaise humeur, il s'enfermait à double tour et refusait tout contact avec le monde qu'il appelait "celui des autres, pas le mien".

Le soir, lorsqu'il était seul à la maison et avant d'aller travailler, il sacrifiait quelquefois "au plaisir de la télévision en famille". "Les seules choses qui m'intéressent, ce sont les matches de boxe ou de catch... Le reste ne me donne pas de plaisir..."

Picasso aimait à égrener des souvenirs dont il ne gardait - "volontairement" - que l'aspect amusant. (...) Comme celui de la dernière sortie mondaine du couple Picasso à Cannes, une dizaine d'années auparavant.

De ces visites, de ces longues conversations à bâtons rompus, le "sujet de la mort" était toujours absent. Lorsqu'il lui arrivait de citer un ami défunt, il refusait l'emploi de l'imparfait, s'obstinant à parler de lui au présent (...).

La dernière image du peintre sera pour moi celle d'un homme souriant sur lequel l'âge ne pouvait avoir de prise. Il serrait la main de sa femme, pantalon de velours, chemise à carreaux, gilet de laine - sa tenue favorite - Il ne nous avait pas raccompagnés à la porte, il faisait "trop froid dehors".

C'était dans les derniers jours de l'année dernière (1972, ndlr). Pablo Picasso avait bien entamé sa 91ème année.

Le sud de la France, port d'attache pour un Picasso profondément méditerranéen

Céret, Antibes, Arles: Picasso ne resta jamais longtemps éloigné des rivages de sa Méditerranée natale, trouvant en Provence et sur la Côte d'Azur, où il s'installe définitivement après la Seconde Guerre mondiale, une terre familière et inspirante où soigner son mal d'Espagne.

Picasso, qui "est né sur les bords de la Méditerranée à Malaga" (sud de l'Espagne), avait "ce lien avec la mer qui lui manquait cruellement" quand il s'est établi à Paris au début des années 1900, retrace Camille Frasca, historienne de l'art et l'une des coordinatrices de "Picasso-Méditerranée", qui a décliné en près de 50 expositions dans dix pays, de 2017 à 2019, les liens unissant le peintre aux rivages de la "Grande bleue".

A partir des années 1910 le peintre découvre le sud de la France: Céret dans les Pyrénées-Orientales d'abord, à quelques kilomètres de l'Espagne, puis la Provence où il séjourne à Sorgues, Avignon, Arles avant les premières vacances sur la Côte d'Azur en 1919.

"Il se rend en villégiature à Juan-les-Pins, Golfe-Juan, Antibes, un peu Monaco et là il découvre cet art de vivre de la Riviera française de l'époque avec les bains de mer, les grands hôtels, les casinos", une atmosphère "qui l'a particulièrement séduit", comme en témoignent les nombreuses baigneuses qu'il réalise alors, détaille Camille Frasca.

Pour autant, ces périodes printanières et estivales sont "tout sauf des vacances pour Picasso car il travaille tout le temps", relate Jean-Louis Andral, conservateur du musée Picasso d'Antibes, où une exposition consacrée aux dernières oeuvres de l'artiste s'ouvre le 8 avril, à l'occasion du cinquantième anniversaire de sa disparition.

"Un des problèmes qu'il a, c'est de trouver des lieux de résidence où il puisse avoir de l'espace" pour créer, poursuit-il, alors que le peintre, entre 1920 et 1939, vient 14 années successives dans la région tout en continuant à habiter à Paris.

Mais au sortir de la Seconde Guerre mondiale, qu'il a passée dans la capitale, il franchit le pas et séjourne longuement au château Grimaldi d'Antibes, à l'invitation du conservateur de l'époque, Romuald Dor de la Souchère.

«Comme un poisson dans l'eau»

"Picasso était très sensible à l'atmosphère et au temps dans lesquels il vivait, donc les peintures des années 1940 sont très sombres. Lorsqu'il va redescendre vers Antibes, la palette va beaucoup s'éclaircir", relate M. Andral.

"La joie de vivre" ou encore "Ulysse et les sirènes" attestent de cette liberté retrouvée: "Il était très attiré par tout l'aspect mythologique de cette Méditerranée un peu rêvée avec des centaures, des faunes, des nymphes", autant de références à l'Antiquité, développe le conservateur.

"La Côté d'Azur, c'est un terreau de création", notamment à Antibes où il a "une grande surface pour peindre", mais aussi "un lieu de collaboration avec les potiers à Vallauris et puis un lieu de maisons familiales et de réceptions", en particulier quand "il acquiert la magnifique villa La Californie" à Cannes, retrace Camille Frasca.

Puis "il va se rendre compte qu'il y a une qualité de vie ici qui lui permet de vivre les trois quarts de l'année pratiquement torse nu", ajoute M. Andral.

A partir des années 1950, Arles, où Picasso vient tous les ans assister aux corridas, représente un autre pôle d'attraction pour l'artiste. A la sortie des arènes en 1953, il se liera d'amitié avec Lucien Clergue, l'un des futurs fondateurs des Rencontres internationales de la photographie.

"Le Sud était très important pour Picasso parce que ça le rapprochait de l'Espagne, où il n'a jamais voulu retourner du temps de Franco (dictateur espagnol mort en 1975). A Arles, avec cette communauté gitane, tous les toreros qui venaient de Barcelone, il se sentait comme un poisson dans l'eau", raconte à l'AFP Anne Clergue, la fille du photographe.

Mais la cité camarguaise est aussi pour Picasso la ville de Van Gogh, l'une de ses figures tutélaires avec Cézanne. "Entre 1912 et jusqu'en 1958, Picasso va peindre énormément de figures d'Arlésiennes. C'est vraiment en référence au fameux portrait de Madame Ginoux, que Van Gogh peint lorsqu'il est à Arles en 1888", indique Daniel Rouvier, directeur du musée Réattu auquel Picasso a fait don de 57 dessins deux ans avant sa mort.

Loin de la grandiloquence cannoise, l'artiste finira sa vie dans l'arrière-pays, entre Mougins et Vauvenargues, près d'Aix-en-Provence, où il retrouve les paysages chers à Cézanne.

"Il y a une forme de logique dans ce chemin qui l'emmène de la Méditerranée où il naît vers la Méditerranée où il va mourir", conclut Jean-Louis Andral.


Azzedine Alaïa et Christian Dior : aux racines d’un maître tunisien de la haute couture

Le livre coïncide avec une exposition à la Fondation Azzedine Alaïa à Paris, qui se termine le 21 juin. (Avec l'autorisation de Damiani Books)
Le livre coïncide avec une exposition à la Fondation Azzedine Alaïa à Paris, qui se termine le 21 juin. (Avec l'autorisation de Damiani Books)
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  • Le livre met en lumière un dialogue esthétique et technique entre Alaïa et Dior, fondé sur une vision commune de la forme et du savoir-faire
  • L’expérience fondatrice d’Alaïa chez Dior et son admiration durable ont profondément influencé son parcours et inspiré l’exposition et l’ouvrage

DHAHRAN : Le livre de table publié par Damiani, « Azzedine Alaïa et Christian Dior, deux maîtres de la haute couture », tisse avec élégance un dialogue visuel entre ces couturiers emblématiques du XXe siècle.

À travers des photographies capturant ces vêtements sculpturaux, l’ouvrage offre un festin visuel d’une grande élégance, ponctué de quelques pages de textes soigneusement sélectionnés.

Disponible uniquement en anglais, le livre, paru ce mois-ci, se lit aisément, avec une préface de l’éditrice et galeriste italienne Carla Sozzani, qui écrit : « Il ne s’agit pas simplement d’un dialogue entre deux maîtres de la haute couture, mais d’un retour à une origine profondément humaine et formatrice.

Christian Dior et Azzedine Alaïa ont développé un langage commun fondé sur une discipline intérieure et un respect de la forme, un langage qui a inspiré, inspire encore et continuera d’inspirer des générations. » 

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Le livre est sorti le 21 avril. (Publié par et avec l’autorisation de Damiani Books)

D’autres éclairages sont apportés par des figures telles qu’Olivier Saillard, historien de la mode français et directeur de la Fondation Azzedine Alaïa, ainsi qu’Olivier Flaviano, directeur de La Galerie Dior depuis son inauguration en 2022, entre autres.

L’ouvrage présente également 70 pièces textiles impeccablement mises en scène, issues des archives des années 1950 et conservées à la Fondation Alaïa.

L’histoire commence en Tunisie, où le jeune Alaïa (1935-2017) découvre pour la première fois les créations de Dior (1905-1957) en feuilletant des magazines de mode français fournis par Madame Pinault, une sage-femme locale qui l’avait pris sous son aile.

Fils d’agriculteurs céréaliers, Alaïa est envoyé vivre chez ses grands-parents avec sa sœur jumelle, Hafida. À 15 ans, il ment sur son âge pour intégrer l’Institut des Beaux-Arts de Tunis en tant qu’apprenti sculpteur.

Il finance ses études en aidant une couturière qui vendait des reproductions de créations de grands couturiers parisiens à une clientèle tunisienne aisée.

Encouragé par Habiba Menchari, figure de l’émancipation féminine en Tunisie, il approche Madame Zeineb Levy-Despas, cliente de la maison Dior alors dirigée par Yves Saint Laurent, qui lui obtient un stage intensif de quatre jours à la Maison Dior.

En juin 1956, Alaïa, âgé de 21 ans, arrive dans l’atelier de Christian Dior, alors âgé de 51 ans, situé rue François 1er, au cœur du Triangle d’Or, épicentre du luxe parisien.

Bien que trois décennies les séparent, leurs esthétiques et leurs silhouettes présentent des similitudes, renforcées par leur goût intemporel.

Tous deux discrets, ils étaient fascinés par un artisanat minutieux et somptueux, laissant leurs œuvres — véritables sculptures à porter — s’exprimer d’elles-mêmes. Ils partageaient un goût pour les textures, les constructions ingénieuses et une architecture du vêtement à la fois douce et puissante.

Cette expérience brève mais fondatrice — ainsi que des décennies de collection des chefs-d’œuvre de Dior — a largement contribué à cette exposition.

Si l’exposition à la Fondation Azzedine Alaïa à Paris s’achève le 21 juin, près de 70 ans après ce stage, les images et les chefs-d’œuvre détaillés présentés dans le livre, eux, perdureront toute une vie. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Coupe de France: Lens rejoint la finale, tout proche d'écrire son histoire

Le Saoudien a réussi un très bon match, tout comme Allan Saint-Maximin, insaisissable, et Florian Thauvin, meneur dans l'effort des deux côtés du terrain. (AFP)
Le Saoudien a réussi un très bon match, tout comme Allan Saint-Maximin, insaisissable, et Florian Thauvin, meneur dans l'effort des deux côtés du terrain. (AFP)
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  • Quatre jours après l'avoir emporté face au TFC en Ligue 1 (3-2) dans la douleur, le club du bassin minier a récidivé, cette fois plus tranquillement grâce à une formidable efficacité offensive
  • Ce but a porté un coup au moral du Téfécé, libérant par la même occasion les Lensois, qui ont ensuite accentué leur avantage grâce à Adrien Thomasson, avec une nouvelle fois Saud Abdulhamid en dernier passeur (74e)

LENS: Lens n'est plus qu'à un match d'écrire une grande page de son histoire: les Sang et Or ont battu Toulouse (4-1) mardi soir au stade Bollaert pour rallier la finale de la Coupe de France, qu'ils n'ont encore jamais remportée.

Quatre jours après l'avoir emporté face au TFC en Ligue 1 (3-2) dans la douleur, le club du bassin minier a récidivé, cette fois plus tranquillement grâce à une formidable efficacité offensive.

Comment pouvait-il en être autrement? Bollaert attend ça depuis si longtemps qu'il l'a rappelé avant le coup d'envoi avec de grands tifos mettant en avant cette anomalie de l'histoire: malgré son titre de champion de France et trois finales de la Coupe (1948, 1975 et 1998), le Racing n'a jamais soulevé ce trophée.

Les Lensois auront l'occasion d'effacer cette bizarrerie le 22 mai au Stade de France contre Strasbourg ou Nice, qui s'affrontent mercredi soir à la Meinau.

Les Artésiens avaient quitté leur stade Bollaert en fusion, vendredi soir, au bout d'une remontée face aux Toulousains validée dans les derniers instants du match. Ils ont retrouvé leur antre dans le même état, qui n'aura pas souvent eu l'occasion de vibrer pour sa coupe de la saison, en l'absence de compétition européenne, en n'accueillant que le 32e de finale avant cette rencontre. Alors les supporters en ont profité jusqu'au bout, chantant "on est en finale" quand le résultat était devenu inéluctable, avant d'envahir complètement le terrain au coup de sifflet final.

Réalisme lensois froid 

Puni par une entame de match désastreuse lors de la "manche aller", les joueurs de l'Artois ont cette fois piqué d'entrée grâce à Florian Thauvin, d'un pénalty tiré lentement mais avec beaucoup de maîtrise (5e). Le champion du monde (2018) l'avait lui-même provoqué, fauché dans la surface par Pape Demba Diop.

Titularisé à la place de Wesley Saïd, Allan Saint-Maximin a doublé le score d'une frappe à l'entrée de la surface avant de célébrer d'un salto devant le banc lensois (18e).

Mais cette réussite offensive a contrasté avec une fébrilité dans la ligne arrière qui a rappelé le début du match précédent, symbolisé par une première approximation de Samson Baidoo (2e), enfin de retour en tant que titulaire après une blessure, puis une seconde, qui a cette fois coûté un but inscrit par Santiago Hidalgo (21e).

Entre-temps et dans les minutes qui ont suivi, Ismaëlo Ganiou (21 ans) aussi a été hésitant, sans doute pris par l'enjeu du match le plus important de sa jeune carrière.

Toulouse limité 

Les Sang et Or ont globalement eu des difficultés à construire le jeu lors de la première demi-heure, bien gênés par les Toulousains de Carles Martinez Novell, qui ont souvent coupé la relation entre les défenseurs et les milieux de terrain lensois.

Mais malgré cela, ils ont frappé une nouvelle fois par le piston gauche Matthieu Udol, à bout portant, à la réception d'un centre de l'autre piston, Saud Abdulhamid (35e).

Ce but a porté un coup au moral du Téfécé, libérant par la même occasion les Lensois, qui ont ensuite accentué leur avantage grâce à Adrien Thomasson, avec une nouvelle fois Saud Abdulhamid en dernier passeur (74e). Le Saoudien a réussi un très bon match, tout comme Allan Saint-Maximin, insaisissable, et Florian Thauvin, meneur dans l'effort des deux côtés du terrain.

En face, au-delà de sa pression défensive intéressante, Toulouse n'aura pas montré grand-chose et s'est heurté aux limites d'un onzième de Ligue 1, face au deuxième. S'il n'a pas le championnat, Lens aura peut-être la Coupe.

 

 


Le « Inshallah » d’Anne Hathaway fait le buzz

L’utilisation par la star hollywoodienne Anne Hathaway de l’expression arabe « Inshallah » lors d’une récente interview a été chaleureusement accueillie en ligne. (AFP)
L’utilisation par la star hollywoodienne Anne Hathaway de l’expression arabe « Inshallah » lors d’une récente interview a été chaleureusement accueillie en ligne. (AFP)
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  • L’utilisation du mot « Inshallah » par Anne Hathaway dans une interview devient virale et saluée pour sa portée culturelle
  • Sabrina Carpenter s’excuse après une confusion sur une tradition arabe lors de Coachella, relançant le débat sur la sensibilité culturelle

DUBAÏ : L’actrice hollywoodienne Anne Hathaway a suscité une vague de réactions positives en ligne après avoir utilisé l’expression arabe « Inshallah » lors d’une récente interview.

Offrant un moment de résonance culturelle au cours d’une discussion introspective sur le vieillissement et la longévité dans l’industrie du cinéma, l’actrice s’exprimait auprès de People Magazine pour promouvoir son dernier film, « The Devil Wears Prada 2 ».

Elle s’est confiée sur sa vie à 43 ans et sur ce que signifie avoir passé plus de deux décennies à Hollywood, évoquant l’évolution de sa perspective au fil du temps.

« J’apprécie enfin le calme », a-t-elle déclaré, expliquant qu’elle ne vit plus les hauts et les bas émotionnels de l’industrie avec la même intensité qu’auparavant. Désormais, elle aborde chaque nouvelle décennie avec curiosité plutôt qu’avec crainte.

Elle a ajouté : « Je veux avoir une vie longue et en bonne santé, Inshallah. J’espère. »

L’utilisation de cette expression arabe — qui signifie « si Dieu le veut » — a largement trouvé un écho, notamment auprès des publics du Moyen-Orient où elle est couramment employée pour exprimer l’espoir.

La vidéo de l’interview a depuis dépassé les 300 000 mentions « j’aime » sur TikTok.

Un utilisateur a commenté : « Inshallah ma princesse de Genovia », en référence à son rôle dans « The Princess Diaries », tandis qu’un autre a écrit : « Masha Allah sœur Anne ».

Plusieurs internautes ont également salué sa sagesse sur le vieillissement, l’un d’eux déclarant : « C’est la version la plus agréable d’elle que j’ai vue en interview récemment. »

Par ailleurs, la chanteuse américaine Sabrina Carpenter a présenté ses excuses sur X samedi après avoir confondu une zaghrouta — une ululation festive traditionnelle arabe — avec du yodel lors de sa performance principale à Coachella vendredi soir.

« Toutes mes excuses, je n’ai pas vu cette personne et je n’entendais pas clairement », a écrit Carpenter. « Ma réaction relevait de la confusion et du sarcasme, sans mauvaise intention. J’aurais pu mieux gérer la situation ! Maintenant, je sais ce qu’est une zaghrouta ! »

Des extraits de la scène ont largement circulé en ligne. Assise au piano sur la scène principale du festival, elle avait réagi : « Je crois avoir entendu quelqu’un faire du yodel… Je n’aime pas ça. »

Le fan a répondu : « C’est ma culture ! » — ce à quoi Carpenter a répliqué : « C’est ta culture, le yodel ? » Avant que l’intéressé ne précise : « C’est un cri de célébration. » Carpenter a alors conclu : « On est à Burning Man ? Qu’est-ce qui se passe ? C’est étrange. » 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com