50 ans après sa mort, Picasso se conjugue à toutes les sauces

Un visiteur regarde le chef-d'œuvre du peintre espagnol Pablo Picasso "Guernica" lors d'une conférence de presse présentant les événements de "l'Année Picasso", marquant le 50e anniversaire de la mort du peintre, au musée Reina Sofia de Madrid, le 12 septembre 2022. (AFP)
Un visiteur regarde le chef-d'œuvre du peintre espagnol Pablo Picasso "Guernica" lors d'une conférence de presse présentant les événements de "l'Année Picasso", marquant le 50e anniversaire de la mort du peintre, au musée Reina Sofia de Madrid, le 12 septembre 2022. (AFP)
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Publié le Samedi 01 avril 2023

50 ans après sa mort, Picasso se conjugue à toutes les sauces

  • A l'occasion des 50 ans de sa mort, Pablo Picasso (1881-1973) est célébré à travers une quarantaine d'expositions à travers le monde, promettant d'explorer toutes ses facettes
  • La toile la plus chère de Picasso jamais vendue aux enchères est «Les femmes d'Alger (Version O)», peinte en 1955 et cédée pour 179,4 millions de dollars le 11 mai 2015 chez Christie's

PARIS: Génie ou monstre ? Dans tous les cas, inépuisable sujet de fascination. A l'occasion des 50 ans de sa mort, Pablo Picasso (1881-1973) est célébré à travers une quarantaine d'expositions à travers le monde, promettant d'explorer toutes ses facettes.

"Picasso mange tout et apparemment on a encore faim", s'amuse Olivier Widmaier-Picasso, son petit-fils, interrogé par l'AFP. Il se dit "fasciné par le nombre de conservateurs de musée, d'historiens et de chercheurs qui continuent de trouver des angles d'étude".

Les céramiques de Picasso, Picasso et le féminisme, le blanc chez Picasso, Picasso sous l'oeil de célèbres photographes, le jeune Picasso à Paris, Picasso sculpteur... Le monument est conjugué à toutes les sauces dans le cadre de "son année", fêtée en France et en Espagne.

Il reste "au-dessus de tous", estime Bernard Blistène, président honoraire du Centre Pompidou à Paris, louant, à l'instar d'autres spécialistes, unanimes, le "génie" du père de "Guernica" et des "Demoiselles d'Avignon".

Pablo Picasso, grand maître des enchères

Maître du cubisme, le peintre espagnol Pablo Picasso est également un grand maître des enchères, détenant une multitude de records dans les salles des ventes.

Picasso (1881-1973) est le recordman du nombre de méga-enchères, quel que soit le seuil choisi pour définir une méga-enchère. Cinq de ses œuvres ont été adjugées à plus de 100 millions de dollars, 16 à plus de 50 millions, 39 à plus de 30 millions, selon une base de données. Aucun artiste n'a fait mieux.

La toile la plus chère de Picasso jamais vendue aux enchères est "Les femmes d'Alger (Version O)", peinte en 1955 et cédée pour 179,4 millions de dollars le 11 mai 2015 chez Christie's à New York, permettant au vendeur, qui l'avait acquise pour 31,9 millions en 1997, de quintupler sa mise de départ.

Il s'agissait, lors de la vente de mai 2015, de la plus grosse enchère d'art de l'Histoire. Elle a été détrônée en novembre 2017 par le "Salvator Mundi" attribué à Léonard de Vinci, vendu à 450 millions de dollars et qui n'a pas été dépassé depuis.

Au cours des 20 dernières années, deux autres tableaux de Picasso ont détenu en leur temps le record de la plus grosse enchère d'art: "Garçon à la pipe" (104,2 millions de dollars) de mai 2004 à février 2010 et "Nu au plateau de sculpteur" (106,5 millions) de mai 2010 à mai 2012, selon la base de données de l'AFP.

Toutes enchères confondues, les ventes aux enchères d’œuvres de Pablo Picasso ont totalisé 4,7 milliards de dollars aux cours des dix dernières années, selon des données compilées à partir des rapports annuels d'Artprice.

Là encore, aucun artiste n'a fait mieux. Andy Warhol (3,4 milliards) et Claude Monet (2,6 milliards), qui complètent le podium, sont loin derrière.

Picasso le touche-à-tout, ce ne sont pas que des peintures, mais également des sculptures, des dessins, des céramiques, des gravures, des lithographies, des livres illustrés, des costumes de ballet... Ses œuvres ont fait l'objet de 31.745 adjudications en 10 ans, soit en moyenne plus de 3.000 par an.

"La puissance dévastatrice de l'oeuvre de Picasso au regard de celle des autres, l'invention permanente, la traversée de tous les grands courants de la modernité, l'expérimentation pendant plus de 80 ans (Picasso a peint jusqu'à sa mort à 91 ans, ndlr), la volonté de plaire et de déplaire... Tout cela est inégalé", ajoute-t-il à l'AFP.

Et après des centaines d'expositions lui étant consacrées, il reste une ressource muséale "inépuisable", renchérit Emmanuel Guigon, directeur du musée Picasso de Barcelone.

Avec le mouvement #MeToo, l'image de ce monument de la peinture a toutefois été écornée par des accusations de misogynie et de violences envers ses anciennes compagnes.

Ancienne conservatrice du musée Picasso, Emilie Bouvard espère que cet anniversaire marquera "le début d’un processus salutaire" sur la manière dont on aborde cet artiste "populaire", qui "a incarné un engagement dont on continue de parler et s’est présenté comme un homme proche de tout le monde et qui l'était".

«S'ouvrir aux débats»

"#MeToo est un coup de pied dans la fourmilière qui a du bon", estime-t-elle.

"Il faut cesser de parler des femmes qui ont traversé sa vie comme de +muses+. Certaines se sont suicidées, d'autres ont sombré dans la folie. La seule qui s'en est sortie, c'est Françoise Gilot, seule aussi à l'avoir quitté", ajoute-t-elle.

Peintre aujourd'hui installée aux Etats-Unis, elle a décrit Picasso comme un "être tyrannique, superstitieux et égoïste", dans un livre à succès "Vivre avec Picasso", publié en 1964.

"Au-delà de son machisme, Picasso est quelqu’un qui s’appropriait les choses, les êtres, les possédait avec des sentiments paroxystiques de souffrance, de douleur. Il s’est intéressé aux questions archaïques du moi et à la violence afférente avec un certain courage mais il en faisait baver à son entourage. Aborder cette question, c’est parler autrement mais avec justesse de Picasso", poursuit Mme Bouvard.

"Violence" et "sexualité dans l'art" sont des thèmes abordés lors d'un cycle de conférences à Paris, tandis qu'une exposition sur Picasso et le féminisme débutera en juin au Brooklyn Museum de New York, avec comme commissaire d'exposition la comédienne Hannah Gadsby, particulièrement virulente contre Picasso dans un show à succès sur Netflix.

Moins polémique et plus festif, à Paris, le musée qui porte son nom a été métamorphosé par le styliste britannique Paul Smith.

"Un pari" pour la directrice du musée, Cécile Debray, dont l'institution pilote les commémorations en France et qui "n'a pas vocation à être un mausolée".

Au contraire, l'objectif est de "s'ouvrir aux débats et à la réflexion sur Picasso afin de relire l'oeuvre et d'en montrer la vitalité", souligne-t-elle.

Outre les expositions, de nombreuses conférences sont prévues cette année, ainsi que l'inauguration à l'automne à Paris d'un centre de recherche, à deux pas du musée Picasso, et un symposium international au même moment à l'Unesco.

«J'ai vu vivre Picasso»

Henri Diacono, ancien reporter à l'AFP et ami de Picasso, l'a vu vivre dans son mas "Notre Dame de Vie" dans les Alpes-Maritimes, tout au long de l'hiver de ses 90 ans.

Voici son témoignage diffusé le 9 avril 1973, le lendemain de la mort du peintre.

Dans sa retraite volontaire, entouré des siens, de quelques amis, de ses pinceaux et de ses crayons, il s'était préservé du rythme agressif de cette fin de siècle. (...)

"Le vieil Espagnol" se levait tard, dormait peu la nuit, travaillait beaucoup - peu de temps avant sa mort il peignait encore - quittait rarement sa demeure et appréciait "qu'on vienne le voir". Chaque visite (...) le comblait d'aise mais il ne les acceptait que si lui-même "était prêt à recevoir".

"A quoi bon accueillir ceux que j'aime si j'ai trop de travail ou si je suis de mauvais poil, disait-il. Je préfère ne pas les rencontrer dans ce cas et leur ouvrir plutôt ma porte si je suis gai, en bonne santé et disponible". (...)

«Mange pour moi»

Au cours d'une nuit de 1971, (...) il s'était couché encore plus tard que de coutume. (...) Tout guilleret, il nous avait raccompagnés jusqu'à la porte vers quatre heures du matin, apparemment moins fatigué que nous tous et après avoir agrémenté la veillée de quelques-unes des facéties dont il avait le secret.

Il nous avait reproché "notre manque d'appétit", tenu à nous servir personnellement avec à chaque fois cette réflexion boudeuse: "Tiens, prends encore du champagne, bois pour moi, moi je n'ai pas le droit... Mange du chocolat... Mange pour moi... Je ne dois pas en goûter... Les fruits confits, c'est bon, tu sais...".

Puis, dans un geste rageur et riant, il avait soulevé sa chemise et nous avait montré une cicatrice: "Tout ce régime à cause de ça", (...) une opération chirurgicale (...) qui lui imposait un régime alimentaire très strict.

Au cours de nos rencontres, il ne parlait jamais de l'art, de son travail. Mais, curieux de tout, il s'informait par mille questions aux réponses desquelles il mêlait volontiers ses souvenirs.

Télévision en famille 

Homme d'accueil, voulant à tout prix vivre en paix, il supportait mal (...) la discorde autour de lui. (...) Il n'acceptait des autres que le spectacle de la quiétude et lorsque lui-même était de mauvaise humeur, il s'enfermait à double tour et refusait tout contact avec le monde qu'il appelait "celui des autres, pas le mien".

Le soir, lorsqu'il était seul à la maison et avant d'aller travailler, il sacrifiait quelquefois "au plaisir de la télévision en famille". "Les seules choses qui m'intéressent, ce sont les matches de boxe ou de catch... Le reste ne me donne pas de plaisir..."

Picasso aimait à égrener des souvenirs dont il ne gardait - "volontairement" - que l'aspect amusant. (...) Comme celui de la dernière sortie mondaine du couple Picasso à Cannes, une dizaine d'années auparavant.

De ces visites, de ces longues conversations à bâtons rompus, le "sujet de la mort" était toujours absent. Lorsqu'il lui arrivait de citer un ami défunt, il refusait l'emploi de l'imparfait, s'obstinant à parler de lui au présent (...).

La dernière image du peintre sera pour moi celle d'un homme souriant sur lequel l'âge ne pouvait avoir de prise. Il serrait la main de sa femme, pantalon de velours, chemise à carreaux, gilet de laine - sa tenue favorite - Il ne nous avait pas raccompagnés à la porte, il faisait "trop froid dehors".

C'était dans les derniers jours de l'année dernière (1972, ndlr). Pablo Picasso avait bien entamé sa 91ème année.

Le sud de la France, port d'attache pour un Picasso profondément méditerranéen

Céret, Antibes, Arles: Picasso ne resta jamais longtemps éloigné des rivages de sa Méditerranée natale, trouvant en Provence et sur la Côte d'Azur, où il s'installe définitivement après la Seconde Guerre mondiale, une terre familière et inspirante où soigner son mal d'Espagne.

Picasso, qui "est né sur les bords de la Méditerranée à Malaga" (sud de l'Espagne), avait "ce lien avec la mer qui lui manquait cruellement" quand il s'est établi à Paris au début des années 1900, retrace Camille Frasca, historienne de l'art et l'une des coordinatrices de "Picasso-Méditerranée", qui a décliné en près de 50 expositions dans dix pays, de 2017 à 2019, les liens unissant le peintre aux rivages de la "Grande bleue".

A partir des années 1910 le peintre découvre le sud de la France: Céret dans les Pyrénées-Orientales d'abord, à quelques kilomètres de l'Espagne, puis la Provence où il séjourne à Sorgues, Avignon, Arles avant les premières vacances sur la Côte d'Azur en 1919.

"Il se rend en villégiature à Juan-les-Pins, Golfe-Juan, Antibes, un peu Monaco et là il découvre cet art de vivre de la Riviera française de l'époque avec les bains de mer, les grands hôtels, les casinos", une atmosphère "qui l'a particulièrement séduit", comme en témoignent les nombreuses baigneuses qu'il réalise alors, détaille Camille Frasca.

Pour autant, ces périodes printanières et estivales sont "tout sauf des vacances pour Picasso car il travaille tout le temps", relate Jean-Louis Andral, conservateur du musée Picasso d'Antibes, où une exposition consacrée aux dernières oeuvres de l'artiste s'ouvre le 8 avril, à l'occasion du cinquantième anniversaire de sa disparition.

"Un des problèmes qu'il a, c'est de trouver des lieux de résidence où il puisse avoir de l'espace" pour créer, poursuit-il, alors que le peintre, entre 1920 et 1939, vient 14 années successives dans la région tout en continuant à habiter à Paris.

Mais au sortir de la Seconde Guerre mondiale, qu'il a passée dans la capitale, il franchit le pas et séjourne longuement au château Grimaldi d'Antibes, à l'invitation du conservateur de l'époque, Romuald Dor de la Souchère.

«Comme un poisson dans l'eau»

"Picasso était très sensible à l'atmosphère et au temps dans lesquels il vivait, donc les peintures des années 1940 sont très sombres. Lorsqu'il va redescendre vers Antibes, la palette va beaucoup s'éclaircir", relate M. Andral.

"La joie de vivre" ou encore "Ulysse et les sirènes" attestent de cette liberté retrouvée: "Il était très attiré par tout l'aspect mythologique de cette Méditerranée un peu rêvée avec des centaures, des faunes, des nymphes", autant de références à l'Antiquité, développe le conservateur.

"La Côté d'Azur, c'est un terreau de création", notamment à Antibes où il a "une grande surface pour peindre", mais aussi "un lieu de collaboration avec les potiers à Vallauris et puis un lieu de maisons familiales et de réceptions", en particulier quand "il acquiert la magnifique villa La Californie" à Cannes, retrace Camille Frasca.

Puis "il va se rendre compte qu'il y a une qualité de vie ici qui lui permet de vivre les trois quarts de l'année pratiquement torse nu", ajoute M. Andral.

A partir des années 1950, Arles, où Picasso vient tous les ans assister aux corridas, représente un autre pôle d'attraction pour l'artiste. A la sortie des arènes en 1953, il se liera d'amitié avec Lucien Clergue, l'un des futurs fondateurs des Rencontres internationales de la photographie.

"Le Sud était très important pour Picasso parce que ça le rapprochait de l'Espagne, où il n'a jamais voulu retourner du temps de Franco (dictateur espagnol mort en 1975). A Arles, avec cette communauté gitane, tous les toreros qui venaient de Barcelone, il se sentait comme un poisson dans l'eau", raconte à l'AFP Anne Clergue, la fille du photographe.

Mais la cité camarguaise est aussi pour Picasso la ville de Van Gogh, l'une de ses figures tutélaires avec Cézanne. "Entre 1912 et jusqu'en 1958, Picasso va peindre énormément de figures d'Arlésiennes. C'est vraiment en référence au fameux portrait de Madame Ginoux, que Van Gogh peint lorsqu'il est à Arles en 1888", indique Daniel Rouvier, directeur du musée Réattu auquel Picasso a fait don de 57 dessins deux ans avant sa mort.

Loin de la grandiloquence cannoise, l'artiste finira sa vie dans l'arrière-pays, entre Mougins et Vauvenargues, près d'Aix-en-Provence, où il retrouve les paysages chers à Cézanne.

"Il y a une forme de logique dans ce chemin qui l'emmène de la Méditerranée où il naît vers la Méditerranée où il va mourir", conclut Jean-Louis Andral.


IMA: « Raconte moi ton mariage », un événement qui met à l’honneur une France multiculturelle

Sous un soleil écrasant, le parvis de l’Institut du monde arabe (IMA) s’est transformé, le temps d’une journée, en une immense fête populaire.  Des centaines de personnes, de toutes générations et de toutes origines, sont venues participer à « Raconte-moi ton mariage », une création de l’artiste Mohamed Bourouissa, organisée en partenariat par l’IMA et le Grand Palais. (Photo Arlette Khouri)
Sous un soleil écrasant, le parvis de l’Institut du monde arabe (IMA) s’est transformé, le temps d’une journée, en une immense fête populaire. Des centaines de personnes, de toutes générations et de toutes origines, sont venues participer à « Raconte-moi ton mariage », une création de l’artiste Mohamed Bourouissa, organisée en partenariat par l’IMA et le Grand Palais. (Photo Arlette Khouri)
  • Pendant quelques heures, Paris prend les couleurs d’un mariage maghrébin
  • Mais derrière cette ambiance joyeuse se dessine un projet précis : faire du mariage un récit collectif, transmettre une mémoire familiale et rappeler que les traditions populaires ont pleinement leur place dans le paysage culturel français

PARIS: Sous un soleil écrasant, le parvis de l’Institut du monde arabe (IMA) s’est transformé, le temps d’une journée, en une immense fête populaire.

Des centaines de personnes, de toutes générations et de toutes origines, sont venues participer à « Raconte-moi ton mariage », une création de l’artiste Mohamed Bourouissa, organisée en partenariat par l’IMA et le Grand Palais.

Les youyous résonnent, les mains se parent de henné, un orchestre nord-africain entraîne la foule dans une danse spontanée, les enfants courent entre les voitures décorées de fleurs, tandis que les visiteurs se mêlent aux comédiens sans toujours distinguer où s’arrête la représentation et où commence la réalité.

Pendant quelques heures, Paris prend les couleurs d’un mariage maghrébin. Mais derrière cette ambiance joyeuse se dessine un projet précis : faire du mariage un récit collectif, transmettre une mémoire familiale et rappeler que les traditions populaires ont pleinement leur place dans le paysage culturel français.

Conçue à partir de témoignages recueillis auprès d’habitants de Gennevilliers, Saint-Denis, Pantin ou Saint-Ouen, la performance donne vie à des histoires de mariage issues de l’immigration maghrébine.

Des cortèges de voitures fleuries convergent vers l’IMA avant de poursuivre leur route jusqu’au Grand Palais, où un couscous géant, des concerts et des spectacles prolongent la fête jusque tard dans la nuit.

Une nouvelle étape dans l’évolution de l’IMA

Pour Chawki Abdel Amir, vice-président de l’Institut du monde arabe, cette manifestation marque une nouvelle étape dans l’évolution de l’institut.

« On nous reproche parfois d’être trop intellectuels », déclare-t-il à Arab News en français. « Or, la culture, ce ne sont pas seulement les colloques ou les collections patrimoniales ; c’est aussi la cuisine, les coutumes, les mariages. Nous voulions montrer une culture vivante, joyeuse, telle qu’elle est réellement vécue. »

Dans une période internationale marquée par les conflits et les tensions, il revendique le choix d’offrir « un peu de bonheur » et de faire du parvis de l’IMA un lieu où les cultures populaires retrouvent toute leur vitalité.

Au-delà de l’aspect festif, il voit également dans cette célébration une manière d’assumer sereinement des identités parfois contestées, malgré les polémiques récurrentes autour des cortèges de mariage ou des youyous.

Il regrette que certains cherchent à faire disparaître des expressions culturelles pourtant parfaitement compatibles avec les valeurs de la République.

Ses propos font écho aux initiatives de certaines municipalités visant, au nom de l’ordre public ou d’une conception très restrictive de la neutralité, à encadrer, voire à décourager, certaines manifestations festives inspirées des cultures d’origine.

« La France est une idée universelle, rappelle-t-il. Elle s’est toujours enrichie des cultures qui la composent. Vouloir effacer ces particularités, c’est finalement appauvrir ce qu’elle représente. »

Le cortège lui-même illustre cette volonté de rendre visibles des traditions souvent confinées à la sphère privée.

Au volant de la voiture des mariés, l’un des participants raconte avec enthousiasme cette traversée de Paris, commencée à Gennevilliers.

Le convoi a emprunté les grands axes de la capitale, traversé Bir-Hakeim, longé les Champs-Élysées avant de rejoindre l’Institut du monde arabe.

En célébrant des traditions parfois regardées avec méfiance, « Raconte-moi ton mariage » apparaît finalement comme une réponse joyeuse à ceux qui voudraient uniformiser les expressions culturelles au nom d’une conception étriquée de l’identité française.

Tout au long du parcours, les passants applaudissaient, klaxonnaient et répondaient spontanément à la fête. « Les gens participaient comme s’ils assistaient à un vrai mariage », raconte-t-il avec émotion.

« C’était formidable de voir autant de sourires. Même devant l’Assemblée nationale, nous avions l’impression de partager un moment avec toute la ville. »

Pour Mohamed Bourouissa, cette réaction confirme l’ambition de son projet. « On ne voit pas cela tous les jours à Paris, indique-t-il. Je voulais rejouer le rituel du mariage parce qu’il est porteur de joie, d’amour et de mémoire. C’est un moment qui rassemble toute une communauté, mais qui parle aussi à tout le monde. »

L’artiste explique avoir voulu dépasser le simple folklore pour transformer ces récits familiaux en une œuvre contemporaine.

Les histoires recueillies auprès de familles venues principalement du Maghreb, mais aussi du Liban et d’autres horizons du monde arabe, deviennent ici une matière artistique qui relie les générations. La traversée entre les villes populaires de la périphérie parisienne et le cœur de la capitale revêt d’ailleurs une portée hautement symbolique.

« J’ai eu l’impression de vivre une véritable odyssée, confie-t-il, car cette traversée raconte quelque chose de notre histoire commune. »

En célébrant des traditions parfois regardées avec méfiance, « Raconte-moi ton mariage » apparaît finalement comme une réponse joyeuse à ceux qui voudraient uniformiser les expressions culturelles au nom d’une conception étriquée de l’identité française.


Le Festival d'Avignon ouvre sa 80e édition entre création, parité et focus coréen

Des personnes préparent la scène du nouveau théâtre La Scala Provence avant le début de la 76e édition du Festival international de théâtre d'Avignon, à Avignon, dans le sud de la France, le 5 juillet 2022. (AFP)
Des personnes préparent la scène du nouveau théâtre La Scala Provence avant le début de la 76e édition du Festival international de théâtre d'Avignon, à Avignon, dans le sud de la France, le 5 juillet 2022. (AFP)
  • Le 80e Festival d'Avignon s'ouvre avec une programmation marquée par une majorité de femmes à la mise en scène et un focus sur les artistes sud-coréens
  • Le Festival Off réunit 1.400 compagnies et 1.780 spectacles, tout en ouvrant le débat sur les défis économiques du spectacle vivant

AVIGNON: Trompettes, retentissez! La 80e édition du Festival d'Avignon, grand rendez-vous international de théâtre, démarre samedi pour trois semaines, avec un spectacle-fleuve de cinq heures à l'ouverture, plus de femmes à la mise en scène, un zoom sur les artistes sud-coréens et un Off toujours en force.

- Diversité de propositions

"Il y a des spectacles pour tous les goûts", déclare à l'AFP le directeur du Festival Tiago Rodrigues. Selon lui, cette édition se veut une "célébration des arts vivants", avec du théâtre, de la danse, des performances et du cirque, et une "fête de la création", avec des artistes d'une grande diversité qui "s'emparent des problèmes et des joies du monde".

Pour la première fois, le Festival compte une majorité de metteuses en scène avec 27 femmes, 16 hommes et 6 collectifs. Par ailleurs, 24 artistes français tels que Jeanne Candel, Rebecca Chaillon, Boris Charmatz et 25 artistes internationaux, comme les Brésiliennes Christiane Jatahy, Carolina Bianchi, l'Egyptien Ahmed El Attar, ou le collectif belge flamand tg Stan, sont invités.

Quelque 136.000 places sont en vente.

Cette édition se veut également une "fête des questionnements" avec le public, qui se terminera par une nuit de réflexions dans la cour d'honneur "autour des questions que l'art peut poser au monde", avec artistes, scientifiques, philosophes, personnalités de la société civile, etc.

- Ouverture par Julien Gosselin

Musique forte, vidéo, démesure: avec "Maldoror", le directeur de l'Odéon-Théâtre de l'Europe à Paris, Julien Gosselin, embarque samedi soir le public de la Cour d'honneur du Palais des papes dans un spectacle-fleuve.

Cette fiction, inspirée de textes de l'écrivain chilien Roberto Bolaño et de poèmes du recueil "Les chants de Maldoror" de Lautréamont, "parle du mal, ce qui fait que des artistes cheminent autour du mal", selon le metteur en scène, figure emblématique du Festival.

"J'ai toujours été extrêmement intéressé par le fait que sous la beauté, ou sous la culture, pouvait en fait se cacher l'horreur", confie-t-il à l'AFP. "Quand je lis Bolaño, je ressens une forme de fraternité, de douceur, même si les thèmes qu'il travaille sont très violents".

- Han Kang et les artistes coréens à l'honneur

Après l'anglais, puis l'espagnol et l'arabe, le coréen est la langue invitée du Festival. Théâtre populaire, théâtre documentaire, performances visuelles, danse et cirque, pansori (récit chanté accompagné au tambour): les arts vivants coréens vont représenter quelque 20% de la programmation totale cette année.

La lauréate du prix Nobel de littérature 2024 Han Kang, présente du 12 au 18 juillet, a inspiré deux spectacles, "Oiseau", une lecture performance avec les actrices Isabelle Huppert et Hyeyoung Lee et "Che dolore terribile è l'amore", mise en scène par l'Italienne Daria Deflorian.

- 1.400 compagnies pour le Off

En parallèle du Festival in, les compagnies du Off investissent les 141 théâtres de la ville, la transformant en gigantesque marché du spectacle vivant.

Quelque 1.400 compagnies, soit une cinquantaine de plus que l'an dernier, proposent 1.250 spectacles par jour et 1.780 spectacles au total, certains n'étant pas programmés sur toute la durée du festival.

Selon Avignon Festival & Compagnies (AF&C), qui gère la manifestation), cela représente 27.000 représentations pour lesquelles 2,6 millions de billets sont en vente.

Dans un contexte de crise du secteur, équipes artistiques, chargés de diffusion, collectivités, institutions, vont participer en parallèle à des "assises" organisées les 7, 9 et 10 juillet.

Ce chantier de réflexion portera cette année sur "les réalités économiques", "les métiers et les conditions de diffusion" et "les politiques publiques". Il se poursuivra lors de l'édition 2027.

Le spectacle vivant subit en effet des coupes budgétaires des collectivités territoriales et de l'Etat.


Coupe du monde 2026 : l’Égypte élimine l’Australie et file en huitièmes de finale

  • Les Pharaons s’imposent 4-2 aux tirs au but après un match tendu conclu sur un 1-1
  • Première victoire historique en phase à élimination directe : l’Égypte rejoint le Maroc comme deuxième nation africaine et arabe en huitièmes

DUBAÏ : L’Égypte a battu l’Australie aux tirs au but au stade de Dallas pour se qualifier pour les huitièmes de finale de la Coupe du monde 2026. Il s’agit de sa toute première victoire en phase à élimination directe.

Ils rejoignent ainsi le Maroc comme deuxième nation africaine et arabe à atteindre les huitièmes de finale de ce tournoi.

L’Égypte avait été rassurée par les nouvelles concernant son capitaine et joueur clé Mohamed Salah, remis de ses inquiétudes liées à une blessure après avoir demandé à être remplacé lors du dernier match de groupe contre l’Iran. Avant la rencontre, un quatuor offensif composé de Salah, Mostafa Zico, Emam Ashour et Omar Marmoush apparaissait sur le papier comme une menace sérieuse pour la défense australienne.

Les Socceroos ont de nouveau débuté en 3-4-3, avec le jeune Nestor Irankunda, 20 ans, chargé d’animer l’attaque.

La première occasion du match est venue de Cristian Volpato à la 5e minute, sa frappe enroulée du pied gauche frôlant la barre égyptienne. Quelques minutes plus tard, Jordan Bos a percé la défense égyptienne avant d’être stoppé par Mohamed Hany alors qu’il s’apprêtait à tirer face au but de Mostafa Shobeir.

La situation s’est débloquée de l’autre côté du terrain, et les Pharaons n’ont eu besoin que de 13 minutes pour prendre l’avantage, Ashour étant à l’origine puis à la conclusion de l’action collective qui lui a offert son deuxième but du tournoi. Sa première tentative, sur une remise de Salah, avait été contrée, et lorsque le ballon a ensuite été centré dans la surface par Karim Hafez, la tête d’Ashour, totalement libre, n’a laissé aucune chance au gardien australien Patrick Beach.

Après la pause hydratation, l’Australie est davantage entrée dans le match, mais la première mi-temps est restée hachée, entre fautes et interruptions.

Dès le début de la seconde période, Omar Marmoush aurait pu faire le break, mais son tir du droit a frôlé le poteau après une passe parfaite de Zico. L’Égypte allait regretter cette occasion à la 55e minute, lorsque un coup franc a été dévié dans ses propres filets par Mohamed Hany : 1-1, tout était relancé.

À la 67e minute, l’Égypte a tenté de réagir en remplaçant Zico et Hamdi Fathy par Haissem Hassan et Hossam Abdelmaguid. Cinq minutes plus tard, Ashour manquait le cadre après une belle séquence collective. Malgré une pression croissante en fin de match, la défense australienne, menée par l’excellent Harry Souttar, tenait bon.

Dans le temps additionnel, Ramy Rabia a failli offrir la victoire à l’Égypte, mais sa tête sur un centre de Salah a été repoussée par un arrêt exceptionnel de Beach.

Avec Trezeguet et Hassan très dangereux sur les côtés, les Australiens semblaient même satisfaits de voir arriver la prolongation.

Salah a enfin eu une vraie occasion trois minutes après le début des prolongations, mais sa frappe a survolé la barre. Les occasions sont restées rares.

À la 108e minute, une frappe déviée de Marwan Attia a failli tromper Beach, mais le gardien a pu capter le ballon. L’Égypte poussait, sans parvenir à faire céder la défense australienne. Salah a encore fait parler sa classe en éliminant plusieurs adversaires à sept minutes de la fin, mais sa frappe a été contrée. Les tirs au but se profilaient, et l’Australie a remplacé Beach par le vétéran Matt Ryan.

Souttar et Lucas Harrington ont manqué leurs tirs côté australien. Mahmoud Saber, Rabia, Salah (avec une panenka) et Abdelmaguid ont marqué, permettant à l’Égypte de s’imposer au terme d’une soirée épuisante.

Les Pharaons affronteront désormais soit l’Argentine soit le Cap-Vert en huitièmes de finale, le mardi 7 juillet, au Mercedes-Benz Stadium d’Atlanta.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com