Antiterrorisme: Bruxelles veut renforcer le mandat d'Europol

L'ancien ministre français de l'Intérieur, Gérard Collomb, prononce un discours lors de la cérémonie marquant le 30e anniversaire de l'Organisation internationale de police criminelle, plus connue sous le nom d'INTERPOL. (AFP)
L'ancien ministre français de l'Intérieur, Gérard Collomb, prononce un discours lors de la cérémonie marquant le 30e anniversaire de l'Organisation internationale de police criminelle, plus connue sous le nom d'INTERPOL. (AFP)
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Publié le Mercredi 09 décembre 2020

Antiterrorisme: Bruxelles veut renforcer le mandat d'Europol

  • «La récente série d'attentats sur le sol européen est un brusque rappel que le terrorisme reste un danger bien réel»
  • La Commission européenne a appelé à l'adoption rapide d'un règlement, proposé en 2018, destiné à obtenir de la part des plateformes internet le retrait dans l'heure des «contenus terroristes en ligne»

BRUXELLES : Bruxelles a proposé mercredi de renforcer le mandat d'Europol, l'agence européenne de coopération policière, pour lui permettre notamment d'émettre des alertes sur les «combattants étrangers» auprès des Etats membres, dans le cadre d'un nouvel agenda européen de lutte antiterroriste.

Ce programme, qui ne contient pas d'autre nouvelle proposition législative mais aborde un large éventail de sujets, est présenté à la suite des attentats en France et en Autriche, le jour même où Paris détaille son projet de loi controversé contre les «séparatismes» pour renforcer la lutte contre l'islamisme radical.

«La récente série d'attentats sur le sol européen est un brusque rappel que le terrorisme reste un danger bien réel», note la Commission européenne. «La menace djihadiste provenant ou inspirée par Daesh (le groupe djihadiste Etat islamique), Al-Qaïda et leurs filiales persiste», note l'exécutif européen, ajoutant que «les menaces des extrémistes violents de droite et de gauche sont en hausse».

La Commission européenne a appelé à l'adoption rapide d'un règlement, proposé en 2018, destiné à obtenir de la part des plateformes internet le retrait dans l'heure des «contenus terroristes en ligne», toujours en négociations entre les eurodéputés et les représentants des Etats membres.

«C'est urgent», a souligné la commissaire européenne aux Affaires intérieures Ylva Johansson lors d'une conférence de presse. Elle s'est dite «optimiste» sur les chances de voir les négociations aboutir «avant Noël».

Concernant Europol, l'exécutif européen veut permettre à cette agence, destinée à faciliter l'échange de renseignements entre polices nationales, de pouvoir entrer les informations dont elle dispose sur des «criminels et suspects» de pays tiers, notamment «les combattants terroristes étrangers», dans le Système d'information Schengen, un fichier européen.

Ces informations sous la forme d'alertes seraient accessibles en temps réel par les policiers sur le terrain dans les Etats membres.   

Bruxelles veut aussi qu'Europol puisse «coopérer de manière efficace» avec les entreprises privées, en permettant à l'agence de recevoir des données personnelles de la part de ces dernières.

«Europol fait un grand travail. Nous leur donnons plus de possibilités pour aller au-delà de leur modèle actuel», a déclaré Margaritis Schinas, vice-président de la Commission chargé de la «promotion du mode de vie européen».

La Commission souhaite aussi «accroître l'aide opérationnelle d'Europol au décryptage dans le plein respect du droit européen».

Sur cette question sensible de l'accès des enquêteurs aux communications cryptées, l'exécutif européen prévoit de «travailler avec les Etats membres pour identifier de possibles solutions juridiques, opérationnelles et techniques», «en défendant une approche qui à la fois maintient l'efficacité du cryptage en protégeant la vie privée et la sécurité des communications, tout en fournissant une réponse efficace à la criminalité et au terrorisme».

«Ce n'est pas une tâche aisée, c'est un équilibre à trouver», a prudemment commenté Ylva Johansson, précisant qu'il s'agissait d'une demande des Etats membres. 

La réforme du mandat d'Europol va «dans le bon sens», a commenté l'eurodéputée française Fabienne Keller, de Renew Europe (centristes et libéraux), groupe qui veut faire de l'agence de coopération policière «le bras armé des États en matière de contre-terrorisme».

Plus critique, l'eurodéputée belge Saskia Bricmont (Verts) a appelé à un «contrôle démocratique beaucoup plus important des activités» d'Europol pour «empêcher la surveillance massive des citoyen.ne.s et les violations des droits fondamentaux».

Du côté du PPE (droite), l'eurodéputée française Agnès Evren a salué la volonté de la Commission d'établir un réseau d'enquêteurs financiers dans la lutte antiterroriste, impliquant Europol. «Nous devons pouvoir retracer et suivre les circuits financiers et identifier les personnes impliquées. Cela facilitera considérablement les enquêtes mais aussi les poursuites», a-t-elle souligné.

 


Iran : l'UE désigne les Gardiens de la Révolution comme organisation terroriste

Des membres du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) défilent à Téhéran en 2019. (Via AFP/Fichier)
Des membres du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) défilent à Téhéran en 2019. (Via AFP/Fichier)
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  • Les 27 ministres des Affaires étrangères de l’UE ont classé les Gardiens de la Révolution iraniens comme organisation terroriste suite à la répression sanglante des manifestations en Iran
  • L’UE a également sanctionné 21 responsables iraniens, avec interdiction d’entrée sur le territoire et gel de leurs avoirs

BRUXELLES: Les ministres des Affaires étrangères des 27 pays de l'Union européenne sont tombés d'accord jeudi pour désigner les Gardiens de la révolution comme une "organisation terroriste", après la répression sanglante des manifestations en Iran, a annoncé la cheffe de la diplomatie de l'UE Kaja Kallas.

"+Terroriste+, c'est bien ainsi que l'on qualifie un régime qui réprime les manifestations de son propre peuple dans le sang", a aussitôt réagi la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen.

"Tout régime qui tue des milliers de ses propres citoyens travaille à sa propre perte", a assuré de son côté Mme Kallas, en marge d'une réunion ministérielle à Bruxelles.

Ces derniers ont donné leur feu vert à l'inscription des Gardiens iraniens dans la liste de l'UE recensant les organisations terroristes. Les Européens rejoignent ainsi d'autres pays comme les Etats-Unis, le Canada ou l'Australie.

La France avait annoncé dès mercredi être prête à soutenir cette décision, en réponse à la répression "la plus violente" de l'histoire récente iranienne.

Les Européens ont aussi décidé jeudi de sanctionner plusieurs responsables iraniens, dont le ministre de l'Intérieur, le chef de la police et plusieurs dirigeants des Gardiens de la révolution. La liste de ces responsables iraniens a été publiée jeudi au Journal officiel de l'UE.

Au total, quelque 21 entités et individus sont ciblés par ces sanctions, qui prévoient une interdiction d'entrer dans l'UE et le gel de leurs avoirs sur le territoire des Vingt-Sept.


Trump dit qu'il "semble" que le Hamas va se désarmer

Les membres de l'administration du président américain Donald Trump applaudissent lors d'une réunion du cabinet à la Maison Blanche à Washington, D.C., États-Unis, le 29 janvier 2026. (Reuters)
Les membres de l'administration du président américain Donald Trump applaudissent lors d'une réunion du cabinet à la Maison Blanche à Washington, D.C., États-Unis, le 29 janvier 2026. (Reuters)
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  • Donald Trump affirme que le Hamas « semble » prêt à se désarmer, une étape clé de son plan pour mettre fin à la guerre à Gaza
  • La deuxième phase de la trêve prévoit le désarmement du Hamas, un retrait progressif israélien et le déploiement d’une force internationale

WASHINGTON : Donald Trump a dit jeudi qu'il "semblait" que le mouvement palestinien Hamas allait "se désarmer", ce qui est l'une des étapes cruciales prévues dans son plan de règlement du conflit à Gaza.

"Beaucoup de gens disent qu'ils ne se désarmeront jamais. Il semble qu'ils vont se désarmer", a déclaré le président américain pendant un conseil des ministres à la Maison Blanche.

Il a également relevé que le Hamas "nous a aidé avec les corps, leur rapatriement et sa famille est très reconnaissante", faisant référence au rapatriement des restes du dernier otage israélien du 7-Octobre, Ran Gvili, à qui Israël a rendu hommage mercredi lors de funérailles nationales.

Pour sa part, l'émissaire spécial Steve Witkoff s'est félicité que "nous ayons chassé les terroristes de là-bas et ils vont se démilitariser".

"Ils le feront parce qu'ils n'ont pas le choix. Ils vont abandonner. Ils vont abandonner les AK-47", a-t-il ajouté.

La veille, le Hamas s'était dit prêt à un "transfert complet de la gouvernance" de la bande de Gaza aussi vite que possible.

Aux termes du plan du président américain pour mettre fin à la guerre de Gaza, un Comité national pour l'administration de Gaza (NCAG) doit administrer provisoirement le territoire palestinien sous la houlette du "Conseil de paix" présidé par M. Trump lui-même.

La deuxième phase de la trêve entrée en vigueur le 10 octobre dernier prévoit entre autres le désarmement du Hamas, le retrait progressif de l'armée israélienne, qui contrôle encore plus de la moitié du territoire, et le déploiement d'une force internationale de stabilisation.


Ethiopie: combats entre armée fédérale et forces tigréennes, vols supendus vers le Tigré

Des combats, selon des sources concordantes, ont opposé ces derniers jours les troupes fédérales à des forces tigréennes et les vols à destination du Tigré ont été suspendus, une première très inquiétante depuis la fin d'une guerre sanglante en 2022 dans cette région du nord de l'Ethiopie. (AFP)
Des combats, selon des sources concordantes, ont opposé ces derniers jours les troupes fédérales à des forces tigréennes et les vols à destination du Tigré ont été suspendus, une première très inquiétante depuis la fin d'une guerre sanglante en 2022 dans cette région du nord de l'Ethiopie. (AFP)
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  • De premiers affrontements directs entre armée fédérale et forces tigréennes avaient eu lieu en novembre 2025 dans la région voisine de l'Afar
  • Des tirs d'armes lourdes et des frappes de drones avaient notamment été dénoncés

ADDIS ABEBA: Des combats, selon des sources concordantes, ont opposé ces derniers jours les troupes fédérales à des forces tigréennes et les vols à destination du Tigré ont été suspendus, une première très inquiétante depuis la fin d'une guerre sanglante en 2022 dans cette région du nord de l'Ethiopie.

De premiers affrontements directs entre armée fédérale et forces tigréennes avaient eu lieu en novembre 2025 dans la région voisine de l'Afar. Des tirs d'armes lourdes et des frappes de drones avaient notamment été dénoncés.

Ces tensions font planer le risque d'une reprise d'un conflit après la sanglante guerre qui a opposé entre novembre 2020 et novembre 2022 l'armée éthiopienne aux forces du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF).

Au moins 600.000 personnes étaient mortes, selon l'Union africaine, des estimations que plusieurs experts pensent sous-estimées.

Ces derniers jours, des combats se sont tenus à Tsemlet (ouest du Tigré), une zone revendiquée par des forces de la région voisine de l'Amhara, ont déclaré à l'AFP, sous couvert d'anonymat, des sources diplomatique et sécuritaire en poste en Ethiopie.

"Raisons opérationnelles" 

A Tsemlet, face aux forces tigréennes, "ce sont les ENDF (armée éthiopienne, NDLR) avec des milices amharas", a déclaré la source diplomatique, sous couvert d'anonymat. Des affrontements se sont tenus "ces derniers jours", mais "aujourd'hui on ne sait pas encore" s'il se poursuivent, a-t-elle ajouté, sans plus de détails.

Les combats ont été confirmés par une source locale au Tigré, qui a également requis l'anonymat.

"La situation semble dégénérer", a corroboré la source sécuritaire, se montrant "dubitative sur la capacité des TDF (l'armée tigréenne, NDLR), à récupérer par la force Tselemt".

Le porte-parole de l'armée fédérale et des membres du TPLF n'ont pour l'heure pas donné suite aux sollicitations de l'AFP.

Les liaisons aériennes vers le Tigré d'Ethiopian Airlines, compagnie publique et seule à desservir cette région, ont été suspendues, ont également affirmé les sources diplomatique et sécuritaire.

Les vols, tout comme les services de télécommunications et bancaires, avaient été complètement suspendus durant la guerre, avant de reprendre à la suite de l'accord de paix conclu à Pretoria fin 2022. Leur suspension est une première depuis l'accord de paix.

Selon deux responsables d'Ethiopian Airlines, qui ont requis l'anonymat, les vols ont été interrompus pour "raisons opérationnelles", sans donner plus de détails.

L'un d'eux a toutefois déclaré "suspecter" que l'arrêt pour l'instant temporaire du trafic soit lié "aux tensions politiques" entre les autorités fédérales et l'administration au Tigré.

"Escalade militaire" 

Selon un journaliste à Mekele, joint au téléphone par l'AFP et qui a lui aussi requis l'anonymat, une "anxiété croissante" se ressent dans cette ville, capitale du Tigré.

Depuis plusieurs mois, la situation est tendue dans le nord de l'Ethiopie. Des forces amhara et érythréennes sont toujours présentes dans la région, en violation de l'accord de paix de Pretoria - auquel elles n'ont pas participé - qui prévoyait leur retrait.

Début 2025, le chef de l'administration intérimaire au Tigré, institution mise en place par Addis Abeba, avait été contraint de fuir Mekele, la capitale régionale, en raison de divisions croissantes au sein du TPLF.

Ce parti qui a dominé l'Ethiopie pendant presque trois décennies avant de se retrouver marginalisé après l'arrivée au pouvoir en 2018 du Premier ministre Abiy Ahmed et d'être aujourd'hui radié, est accusé par les autorités fédérales de s'être rapproché de l'Erythrée voisine.

Les relations entre les deux voisins de la Corne de l'Afrique, qui s'étaient réchauffées durant la guerre du Tigré, lorsque les troupes érythréennes avaient appuyé les forces fédérales éthiopiennes, sont de nouveau acrimonieuses, nourries de discours belliqueux, faisant planer le risque d'un nouveau conflit.

Pour Kjetil Tronvoll, professeur à Oslo New University College et spécialiste de la zone, cette confrontation entre forces fédérales et tigréennes "n'est pas surprenante". "Le risque d'une escalade militaire est grave, et il est possible que des forces non éthiopiennes viennent appuyer les forces tigréennes", a-t-il confié à l'AFP.