Repenser le temps scolaire sur l'année, le retour d'un serpent de mer

En visite à Marseille pour la seconde phase de son plan "Marseille en grand" lancé en septembre 2021, Emmanuel Macron a esquissé mardi les contours d'"une nouvelle école" (Photo, AFP)
En visite à Marseille pour la seconde phase de son plan "Marseille en grand" lancé en septembre 2021, Emmanuel Macron a esquissé mardi les contours d'"une nouvelle école" (Photo, AFP)
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Publié le Mardi 27 juin 2023

Repenser le temps scolaire sur l'année, le retour d'un serpent de mer

  • Eternel serpent de mer, le raccourcissement des vacances d'été revient régulièrement sur la table alors que chaque ministre de l'Education s'échine sur le sujet du calendrier scolaire
  • «On doit rouvrir un débat qui est celui du temps scolaire dans l'année, une des autres grandes hypocrisies françaises», a estimé le président de la République

PARIS: Emmanuel Macron a annoncé mardi vouloir "rouvrir le débat" du "temps scolaire dans l'année" et de la durée des vacances d'été, un thème récurrent qui mérite une réflexion plus approfondie selon les syndicats enseignants, pour qui c'est un "coup de com'" du président.

"Edouard Philippe avait lancé déjà le débat il y a quelques semaines, mais là ça devient complètement irresponsable, à la fin de l'année, de jeter de l'huile sur le feu sur un sujet de tension, sans concertation", a réagi Elisabeth Allain-Moreno, secrétaire générale du SE-Unsa. "S'il fallait trouver une nouvelle annonce pour se mettre à dos toute une profession, c'est celle-là".

En visite à Marseille pour la seconde phase de son plan "Marseille en grand" lancé en septembre 2021, Emmanuel Macron a esquissé mardi les contours d'"une nouvelle école" avec notamment des horaires élargis au collège, mais aussi sans doute moins de vacances, pour tenter de réduire les inégalités.

"On doit rouvrir un débat qui est celui du temps scolaire dans l'année, une des autres grandes hypocrisies françaises", a estimé le président de la République. "Vos collégiens, quand est-ce qu'ils ont commencé leurs vacances? On a des enfants qui ont deux mois et demi parfois de vacances, presque trois pour certains", a poursuivi le chef de l'Etat.

"Il faut repenser ce temps dans l'année. Quand on a des vacances de trois mois, l'inégalité revient", a insisté Emmanuel Macron, estimant qu'à la rentrée de septembre, les élèves "reviennent avec les compétences qu'ils avaient un mois à un mois et demi avant l'arrêt des cours: on détruit en quelque sorte de l'apprentissage collectif". "La conséquence de cela, c'est qu'on bourre les semaines de nos enfants, qui arrivent crevés tous les soirs", a-t-il poursuivi.

En abordant le sujet début juin, l'ancien Premier ministre Edouard Philippe avait dressé les contours de sa vision de l'école. Le président du parti Horizons avait posé la question "d'une réorganisation des rythmes sur l'année", remettant notamment en cause la coupure estivale, pour répondre à ce qu'il considère comme étant la caractéristique la plus "abominable" du système éducatif français: la reproduction des inégalités.

"intérêts économiques" 

Eternel serpent de mer, le raccourcissement des vacances d'été revient régulièrement sur la table alors que chaque ministre de l'Education s'échine sur le sujet du calendrier scolaire.

Et ces nouvelles déclarations sans concertation irritent les syndicats.

"C'est une annonce qui tombe comme ça, sans avoir partagé des éléments de constat, de problématique", regrette Catherine Nave-Bekhti, du Sgen-CFDT. Pour Sophie Vénétitay, secrétaire générale du Snes-FSU, premier syndicat du secondaire, c'est "un effet de com' qui joue sur le cliché sur les vacances d'été trop longues".

Pour les syndicats, ce sujet mérite aussi d'être abordé de manière plus large, en repensant le temps scolaire sur l'ensemble de l'année - avec des périodes actuellement inégales entre les différentes vacances scolaires -, ou encore sur la semaine et même sur la journée, et en repensant également l'organisation des temps hors école pour les enfants, notamment dans les quartiers sensibles.

Pour Frédéric Marchand, secrétaire général de l'Unsa Education, "le temps scolaire est une problématique qui engage l'ensemble de la société, qui interroge l'éducation populaire et ses centres de loisirs, les collectivités territoriales qui organisent le temps périscolaire, qui questionne l'accès à des modes de garde sur tout le territoire, voire même la capacité des infrastructures touristiques et routières".

"Il ne peut être réglé de manière péremptoire", estime-t-il.

"On voit bien que ce serait bien de réorganiser les vacances sur l'année scolaire", souligne Guislaine David, secrétaire générale du Snuipp-FSU, premier syndicat du primaire. "Le frein, ce n'est ni les élèves, ni les enseignants ni les parents. Le frein c'est l'économie du tourisme", juge-t-elle.

Grégoire Ensel, président de la FCPE, première fédération de parents d'élèves, partage ce constat.

"Il faut remettre la question du rythme de l'enfant au centre. Le calendrier scolaire est jusqu'ici régi par les intérêts économiques", estime-t-il. Pour lui, "il faut une véritable concertation, avec tout le monde autour de la table".


Ormuz: le projet de coalition voulue par Trump "pas concurrent" de l'initiative franco-britannique (Barrot)

Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, s’exprime lors de la 11e Conférence d’examen du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) au siège des Nations unies à New York, le 27 avril 2026. (AFP)
Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, s’exprime lors de la 11e Conférence d’examen du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) au siège des Nations unies à New York, le 27 avril 2026. (AFP)
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  • La France et le Royaume-Uni avancent sur une mission « neutre » pour sécuriser le détroit d’Ormuz, que Jean-Noël Barrot juge complémentaire — et non concurrente — du projet de coalition mené par les États-Unis
  • Malgré une trêve, le détroit reste sous tensions avec un double blocus américano-iranien, perturbant l’économie mondiale et faisant grimper les prix du pétrole au-delà de 125 dollars le baril

ABOU DHABI: Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a affirmé vendredi que le projet américain d'une coalition pour rouvrir le stratégique détroit d'Ormuz ne viendrait pas concurrencer une mission que la France et le Royaume-Uni veulent mettre en place.

Avant le début de la guerre opposant les Etats-Unis et Israël à l'Iran, le 28 février, un cinquième des hydrocarbures consommés dans le monde passait par le détroit.

Alors qu'une trêve est en vigueur depuis le 8 avril, ce passage reste soumis à un double blocus américain et iranien, secouant l'économie mondiale.

S'exprimant à Abou Dhabi à l'issue d'une tournée régionale, M. Barrot a indiqué avoir informé ses alliés du Golfe de l'initiative franco-britannique, désormais à un stade "avancé".

M. Barrot a estimé que le projet américain n'était pas "de même nature" que celui initié par la France et le Royaume-Uni, auquel "plusieurs dizaines" de pays ont annoncé qu'ils contribueraient "certainement".

Il s'inscrit "dans une forme de complémentarité" et n'est "pas concurrent" de l'initiative franco-britannique.

Mi-avril, plusieurs pays "non-belligérants", dont la France et le Royaume-Uni, s'étaient dits prêts à mettre en place "une mission neutre" de sécurisation du détroit.

L'objectif est "d'accompagner et sécuriser les navires marchands qui transiteront dans le Golfe", a déclaré le président français Emmanuel Macron. Le Premier ministre britannique Keir Starmer avait parlé d'une force "pacifique et défensive".

Jeudi, un responsable du département d'Etat américain a indiqué que l'administration américaine avait demandé à ses ambassades de convaincre ses alliés de rejoindre une coalition internationale chargée de sécuriser Ormuz.

Le "Mécanisme de liberté maritime" (MFC) prendra "des mesures pour garantir un passage en toute sécurité, notamment en fournissant des informations en temps réel, des conseils en matière de sécurité et une coordination", a expliqué ce responsable.

Un haut responsable américain a indiqué mercredi que la Maison Blanche envisageait de poursuivre son blocus des ports iraniens "pendant des mois si nécessaire", alors que les négociations entre l'Iran et les Etats-Unis visant à obtenir une fin durable de la guerre, sont au point mort.

En réaction, le pétrole a bondi jeudi à plus de 125 dollars le baril.


Barrot et Ben Farhane appellent à renforcer la désescalade au Moyen-Orient

 Le ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, s’est entretenu jeudi à Riyad avec son homologue saoudien, le prince Faisal ben Farhane Al Saoud, dans un contexte régional marqué par de fortes tensions. (AFP)
Le ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, s’est entretenu jeudi à Riyad avec son homologue saoudien, le prince Faisal ben Farhane Al Saoud, dans un contexte régional marqué par de fortes tensions. (AFP)
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  • Paris a réitéré sa condamnation ferme des attaques menées par Téhéran contre ses voisins
  • Le chef de la diplomatie française a également exprimé la solidarité de la France envers le Arabie saoudite

PARIS: Le ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, s’est entretenu jeudi à Riyad avec son homologue saoudien, le prince Faisal ben Farhane Al Saoud, dans un contexte régional marqué par de fortes tensions.

Au cœur des échanges : la situation sécuritaire au Moyen-Orient. Les deux responsables ont insisté sur la nécessité de consolider les cessez-le-feu en Iran et au Liban, tout en appelant à progresser vers un règlement politique durable garantissant la stabilité régionale.

Paris a réitéré sa condamnation ferme des attaques menées par Téhéran contre ses voisins. Le chef de la diplomatie française a également exprimé la solidarité de la France envers le Arabie saoudite, affirmant que son pays restait disposé à contribuer à sa défense si la situation l’exigeait.

Dans le même temps, la France a mis l’accent sur la nécessité d’une désescalade et d’une solution diplomatique. Jean-Noël Barrot a notamment appelé à la réouverture immédiate et sans condition du détroit d’Ormuz, soulignant l’importance de la liberté de navigation dans cette zone stratégique. Il a rappelé que la France, en coordination avec ses partenaires, était prête à contribuer à la sécurisation du passage dans le cadre d’une initiative conjointe avec le Royaume-Uni.

Les deux ministres ont par ailleurs souligné qu’une solution diplomatique restait essentielle pour empêcher l’Iran d’accéder à l’arme nucléaire, tout en abordant les préoccupations liées à ses programmes balistiques, ses drones et ses activités de déstabilisation dans la région.

La situation au Liban a également été évoquée, notamment les répercussions de la guerre et la nécessité de soutenir les autorités face aux défis à la souveraineté de l’État. Paris a insisté sur l’importance du respect strict du cessez-le-feu par l’ensemble des parties.

Enfin, Jean-Noël Barrot et Faisal ben Farhane Al Saoud ont réaffirmé leur volonté de maintenir une coordination étroite afin de contribuer aux efforts diplomatiques en cours et à la stabilité du Moyen-Orient.


Qui sont les Padhue, médecins à diplôme étranger au statut précaire ?

Cette photographie montre l’entrée du Conseil national de l’Ordre des médecins à Paris, le 20 mars 2026. (AFP)
Cette photographie montre l’entrée du Conseil national de l’Ordre des médecins à Paris, le 20 mars 2026. (AFP)
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  • Les Padhue (médecins diplômés hors UE) sont essentiels au système hospitalier français, mais travaillent souvent sous statuts précaires, avec des rémunérations inférieures malgré des responsabilités équivalentes
  • Leur titularisation repose sur un parcours long et complexe, vivement critiqué, que le gouvernement souhaite désormais simplifier

PARIS: Emmanuel Macron s'est emporté lundi sur le sort des médecins à diplôme étranger, notamment algériens, contraints de repasser des concours pour être titularisés. Qui sont ces "Padhue", sous quels statuts travaillent-ils à l'hôpital et comment deviennent-ils officiellement médecins en France ?

Tour d'horizon d'un système complexe, que le gouvernement a promis mercredi de revoir, notamment en "simplifiant" la procédure visant à titulariser ces médecins.

- Qui sont-ils ?

Les "Padhue" sont des praticiens diplômés hors de l'Union européenne qui exercent en France mais ne bénéficient pas des mêmes conditions de travail et de revenu que les diplômés en Europe. Urgentistes, psychiatres, gynécologues, généralistes, gériatres... La désertification médicale et la crise Covid a conduit de nombreux établissements à en recruter.

Théoriquement, ils travaillent sous la supervision d'un médecin titulaire. Mais dans beaucoup d'hôpitaux, ils font tourner des services en tension et exercent des fonctions similaires à celles des médecins seniors, selon les syndicats. D'après le syndicat des internes (ISNI), ils travaillent sous des statuts précaires aux rémunérations très inférieures à leurs confrères.

- Combien sont-ils ?

"Aucune statistique fiable" ne recense leur "nombre exact", écrivait en 2024 l'Ordre des médecins, sollicité pour un rapport parlementaire qui, en compilant plusieurs sources, avait évalué leur nombre à plus de 10.000 en 2024.

Le ministère de la Santé a indiqué à l'AFP ne pas disposer de chiffre global de Padhue travaillant dans les établissements sous statut précaire, car les recrutements se font "de gré a gré". Il précise toutefois qu'environ 4.700 Padhue sont demandeurs d'une autorisation temporaire d'exercice ou détenteurs de cette autorisation mais sans avoir passé le concours, et que 7.500 sont en cours de validation après avoir passé le concours.

- Comment sont-ils titularisés ?

Pour voir leur diplôme reconnu, ils doivent en effet obtenir une "autorisation de plein exercice", via un concours annuel puis une longue procédure. Ces contraintes visent selon l'Académie de médecine et l'Ordre à garantir "la qualité et la sécurité" des soins.

Le concours a longtemps mis en concurrence les médecins déjà en France et ceux qui candidataient depuis l'étranger. Il a été réformé en 2025. Désormais, les médecins déjà en poste passent un concours "interne" et sont prioritaires sur l'essentiel des postes disponibles. Une "voie externe" plus sélective existe pour ceux sans expérience en France.

Une fois lauréats, les Padhue entament un "parcours de consolidation des compétences" (PCC), sorte de stage de deux ans (qui peut être raccourci de 18 mois maximum, sous conditions), avant d'être autorisés ou non à exercer par une commission dédiée.

La procédure est souvent critiquée, accusée de les maintenir longtemps dans des conditions de travail indécentes. Ses détracteurs appellent à exempter les Padhue de concours et faire reconnaître leurs compétences par des pairs. Mercredi, l'exécutif a promis de "simplifier" les procédures avec l'idée de "sortir de cette logique de concours".

- Et en cas d'échec ?

Un régime dérogatoire a longtemps permis de les embaucher pendant plusieurs années, sous divers statuts rémunérés entre 1.500 et 2.200 euros mensuels. Désormais obligés de passer le concours, ils peuvent, dans l'attente, demander des autorisations temporaires.

La loi Valletoux de 2023 a créé le statut de praticien associé contractuel temporaire (PACT), sous lequel les médecins expérimentés peuvent travailler 26 mois au maximum, pour 31.204,37 euros bruts annuels.

Des hôpitaux emploient toujours des Padhue sous d'autres statuts plus précaires, selon des syndicats et élus.

- Que deviennent les anciens Padhue ?

Au 1er janvier 2026, les ex-Padhue devenus titulaires représentaient 9,2% des médecins en activité régulière (environ 19.000 praticiens) contre 4,1% en 2010, a indiqué a l'AFP l'Ordre des médecins.

Selon une étude de 2025, ils sont diplômés en majorité d'Algérie (38,6% des Padhue "actifs réguliers"), Tunisie (16%), Syrie (8,3%), Maroc (6,8%) ou Liban (4,2%).

Toujours selon cette étude, les spécialités les plus représentées sont la médecine générale (19,6% des Padhue "actifs réguliers"), la psychiatrie (8,8%) ou l'anesthésie-réanimation (7,9%).

La proportion d'anciens Padhue varie beaucoup d'un département à l'autre: ils représentent 1,4% des médecins actifs dans les Pyrénées-Atlantiques mais 29,6% dans l'Aisne et 29,1% dans l'Eure-et-Loir. Cette proportion est souvent importante dans des espaces péri-urbains et ruraux défavorisés.